‹ A ma patrie enchainée; poèmesChapitre 22 sur 28 · DIMANCHE · texte numérisé non relu

DIMANCHE

Une mésange toque du bec sur les carreaux

De ma fenêtre.

C'est un dimanche de tout repos

Et de bien-être,

Un dimanche de Londres, brumeux et assoupi,

Voilé de silence, de confort et d'ennui ....

Pourquoi faut-il que je vous revoie sans cesse,

0 mes frères,

Et que j'entende vos cris de détresse

Et de colère ?

En haut, la mère chantonne

Une berceuse monotone

Pour endormir l'enfant

Dans son berceau rose et blanc.

La cloche de l'église voisine sonne,

A petits coups las,

Pour quelqu'un qui ne vient pas.

Tandis qu'au-dessus de ma tête

Tipetappent les petits pas

Empressés

De l'aînée...

Pourquoi faut-il, ô mes frères,

Que je ne puisse rien faire

Sans revoir vos yeux agrandis

Par l'attente et par la nuit,

Sans entendre le sifflement aigu

Des balles et le grave ronflement des obus,

Et sans me dire

Que chaque coup de bec de l'oiseau

Fait choir un nouveau martyr.

Et que chaque cloche sonne un glas,

Et que chaque petit pas, là-haut,

Dresse une nouvelle croix là-bas,

Et que ceux qui vont mourir

N'ont pas les bras

De leurs mères

Pour les endormir

Et leurs prières

Pour les bénir ?

C'est un dimanche de Londres brumeux et assoupi, Voilé de silence, de piété et d'oubli...

Page 1