‹ A manger du foinChapitre 2 sur 24 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le gendarme a une honnc figure. — L'enseignement de Tliistoire natvirelle : réformes nécessaires. — Quand je serai ImmorteL.. — Un annuaire précieux. — Mon courrier : je fais école. — Polychromie coloniale, — Un académicien au café-concert. — Réclame sauce hollandaise. — L^n royaliste... à l'écarté.

Les oa7eiios ont rapporté la mrsavontiiro do cet étranger

falot, le docteur H..., qui, la semaine dernière, s'avisait d'apostropher en ces termes un placide représentant de la

maréchaussée : o Gendarme, vous avez une bonne g-...I » L'assertion emplit Pandore d'une amertume légitime, en conséquence de quoi — subséquemment, — il verbalisa, si bien que le docteur s'entendit, quelques jours plus tard, condamner à vingt-cinq francs d'amende. Or l'infortuné rasta n'aA'ait jamais eu l'intention d'insulter un gendarme notoirement inoffensif; mais empêtré dans les inextricables dif-

ficultés de notre langue (a la phis claire de toutes ». affirment les Français avec aplomb), habitué à s'entendre répéter par les peintres des ateliers qu'il fréquentait : o Amène ta g... Tourne la g... », il se conformait à cet exenqile artistique — c'est le rapin qui a commencé — et croyant, dur comme fer, « g... » et a figure » synonymes, il disait indifféremment a la g... d'un gendarme » ou a un canon chargé jusqu'à la figure ».

L'ignorance de l'étranger ne va donc pas sans excuses; mais combien plus répréhensible m'apparaît celle de l'anonyme qui voulut bien, ce matin même, m'envoyer une icMIre débnlanl ainsi : « Monsieur Willv. vons êtes un

A m\N(;ei{ du foin a.S

veau... » A Dion no plaise qu'nne telle épîtro medifie l'opinion qne j'ai de moi-même ; elle me navre uniquement parce qu'elle fournit un exemple significatif de la négligence avec laquelle est donné en France renseignement de l'histoire naturelle.

Il est clair que si mon correspondant, aimable mais masqué, avait la plus légère teinture de zoologie comparée, il se serait successivement coupé la main droite et la main gauche avant d'écrire cette énormité : « Monsieur, vous êtes un veau. » Ma physionomie (si parisienne!) est trop connue pour que j'insiste sur les différences do tout genre qui me distinguent du sympathique animal à qui nous devons la blanquette; en aucun temps, fût-ce aux plus pénibles époques d'une existence que je confesse mouvementéo, je n'ai figuré dons les baraques foraines sous le nom flatteur de a l'homme à la tête de veau )s même comme doublure, et j'offre cent louis, Mesdames et Messieurs, à qui prouvera le contraire. (Musique.)

Aussi bien, mon cas n'est pas isolé. Dans les ménages unis, les conjoints ont accoutumé de se traiter couramment de Morue, d'Ours, de Singe; c'est ce qu'on appelle (ô logique!) se donner (( des noms d'oiseaux ».

Je pourrais remplir tout ce volume d'exemples analogues, mais pourquoi me livrer à ce pénible labeur, puisque je ne suis pas payé à la ligne? Je me contenterai donc de citer une anecdote qui m'a été contée par Thomas W. Lance, un jeune Anglais venu en France pour apprendre à faire des vers symboliques. Il se trouvait récemment en compagnie de deux penseurs, MM. le sénateur Bérenger et Alphonse Allais, qu'il interviewait sur l'avenir du théâtre, quand, soudain, le nom qu'il prononça imprudemment du boursier connu pour confectionner les piteuses revues de la Tour Eiffel, ce nom fit jaillir ces deux réponses simultanées des quatre lèvres de ses interlocuteurs :

— C'est une moule! s'écria M. Ah)honso Allais.

— C'est un daim! proféra M. le sénateur. Le fils de l'impudique Albion, plus prudent en cela que le docteur H..., se défia de ses connaissances linguistiques, et, tirant de sa poche un dictionnaire, y lut ceci : Moule. — Mollusque comestible de forme oblongue.

Daoi. — Petit ruminant du genre cerf.

Et je ne vous cèlerai point que ces définitions étrangement divergentes troublèrent pour longtemps l'àme de Thomas A\ . Lance.

La morale de cette hisloire. c'est qu'il n'est que temps de rectilier les erreurs zoologiques enracinées chez trop de gens, et.de donner à l'enseignement de l'his toire naturelle une place plus importante. Puisse M. le ^Ministre de l'Instruction publique y songer, entre deux inaugurations ! Le jour où tout le monde en France, même AL Allais et M. Bérenger, saura précisément ce qu'est un \eau.

une Morue, une Moule, etc., on évitera

' les confusions lamenl;ibles donl je viens

de Aous en l retenir, et nul ne sera plus tenté de prendre a le nom d'un/:>o;Tpour un nom d'homme ».

Je me réserve, du reste, de traiter cette question à l'Académie française, dans le plus bref délai..., car vous n'ignorez pas que ma nomination au fiuiteuil d'Edouard Pailleron est d'ores et déjà décidée. Je compte i)our enlever les suffrages des immortels qui ne me seraient pas nettement favorables sur un volume de fables, dont ra|)parition immine et qui

fora bollcment la pige — la callipigc — an pauvre La Fontaine. Dégustez cet apologue :

LE FOLATRE POURCEAU En des excès sans nombre un cochon plein de joie Consuma sa jeunesse, et tout son poil tomba Qu'arriva-t-il? Il s'enrhuba.

:n[0rale

On a souvent besoin d'an petit oeu de soie.

Et col au Ire encore :

LE DISCOHD INTEMPESTIF

En faisant la salade, un monsieur d'humeur aicro. S'élant contre sa femme emporté follement, Renversa l'assaisonnement.

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