‹ A manger du foinChapitre 4 sur 24 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Les clous de lExposition. — Corsets européens et nichons japonais. — Le théâtre de Tokio. — - La zoothérapie : nombreuses attestations. — Les sociétés ne crèvent pas, Monsieur Augier. — Le chapeau est mort : vive le madras ! — A l'Académie de ^lode : communication de M. Le Bargy, candidature de M. Emile Zola.

En

fait d'ingéniosité, nous n'en

craignons pas, nous autres Français.

Les (( clous )) imaginés par nos compatriotes pour l'Exposition de 1900 en sont la preuve. On les compte par milliers ; la place me manque pour les énumérer tous, malheureusement.

Mais voici quelques-uns des derniers proposés :

Un M. Guville demande la construction d'un restaurant sous l'eau, tout en fer et en verre.

Voilà un établissement oii je n'aurai jamais de contestations avec le personnel; car, outre que la mort par immersion ne me sourit que médiocrement, je craindrais, vu la situation spéciale de ce restaurant-aquarium, de m'y rencontrer avec un grand nombre de ces jeunes gens si appréciés du beau sexe que le temps leur manque pour travailler, et qui, parfois, — histoire de prouver qu'ils ne sont pas manchots, — s'amusent à planter

ho

A xMANGER DU FOIN

un couteau dans la peau d'un paisible bourgeois. S'asseoir à une table de café, commander : (( Garçon, un Turin », et s'entendre répondre : a Surin, boum! voilà », cependant qu'un monsieur qu'on ne connaît même pas vous enfonce entre les deux épaules un instrument pointu et tranchant,

cette perspective ne me sourit guère. Je ne suis pas à ce point friand de la lame.

M. Arnold propose, (( la France, dit-il, étant la patrie du miroir », d'Installer un immense miroir au sommet de la Tour Eiffel qui réfléchirait la plus grande partie de Paris. Un autre miroir, placé au pied de la tour, reproduirait les images réfléchies par le miroir supérieur, de telle sorte qu'en se promenant u on verrait tout ce qui se passe à Paris, à toute heure du jour et de la nuit ». — Je supplie l'honorable commissaire général de l'Exposition de « réfléchir », lui aussi, avant d'adopter ce projet; car si toutes les Pari-

A MANGER DU FOIiN.

siennes un peu jolies qui répondent au doux prénom de Marguerite (et Dieu sait s'il y en a, des Parisiennes jolies et dénommées Marguerite!) se mettaient à en entonner la célèbre gargouillade de Faust : (( Ah I je ris de me voir si belle en ce miroir », un nouveau déluge serait à craindre. M. Buffa conseille d'établir (je cite textuellement) a deux fontaines représentant l'une un homme, l'autre une l'emme, avant deux cents fois la

hauteur naturelle et munis de leurs organes », îlum î renvoyé à M. Bé

M . Mazelaygue de mande une maison de trois cents mètres, afin de déterminer scientifiquement jusqu'à quelle hauteur les maisons sont habitables sans danger d'aucune sorte. — Très bien, ce projet. La nécessité d'une telle expérience s'impose, en effet, et je réclame l'honneur d'y participer; je demande à habiter le rez-de-chaussée ou le premier étage, à la seule condition qu'on ne me présentera jamais de quittance de loyer : j'ai horreur de ce genre de plaisanteries.

Les étrangers ont aussi émis des propositions dignes d'être prises en considération. C'est ainsi que M. John Richardson (un Anglais, probablement) veut construire une pyramide tournante de trois cent vingt mètres. Une pyramide de trois cent vingt mètres, c'est gentil, mais est-il bien nécessaire, est-il surtout très prudent de la faire tournante? Toupie or not toupie, comme disait ce brave Hamlet, that is tlie question !

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