ET
Terminons par M. AMddouson, qui demande une seconde Tour Eiffel reliée à la première par un pont suspendu.
Tiens, une idée! Je propose une troisième tour, reliée à la tour AA iddouson par un autre pont suspendu. Il est loisible à tout lecteur de proposer, à son tour, une cpiatrièmc
dito reliée à la tour AN ill y par un troisième pont suspendu : pas de raison pour que ça finisse I
l ne bien grave nouvelle nous arrive du Japon : Sa Majesté l'Impératrice, femme intelligente, conquise aux idées européennes, vient, parait-il, d'exiger que toutes les dames de la cour portent désormais le corset. Et elles ne
sont pas contentes, les dames de la couil Elles résistent; elles traitent la décision impériale de « chinoiserie », terme horriblement méprisant depuis la dernière raclée infligée par les Japonais aux Célestes. Leurs mignons appas, affirment-elles, sont rebelles à tout emprisonnement; au seul mot de corset, ils se dressent d'indignation ! (Bienheureux Japonais! Hélas! que nous en avons vus, de nichons, dans notre Europe perfectionnée, que l'indignation même était impuissante à redresser !)
Certes, on comprend que puisque les petits seins de ces dames réunissent les qualités chantées par Maurice Donnay.
IModcrncs, mais non décadents, Sans l'aide des corsets prudents, Sachant se tenir dans le monde,
leurs propriétaires se refusent à les comprimer inutilement, et que vous dédaigniez cet instrument de torture, chère petite madame Chrysanthème, qui connûtes de plus douces Viaudlences. Si, du moins, il s'agissait du célèbre corset Hygie de la doctoresse Gaches-Sarraute. celui dont l'Ouvreuse du Cirque d'Été, qui n'en porte jamais d'autres, a déclaré : « La santé de la femme y git ! »
Il faut espérer que l'Impératrice reviendra sur sa décision, renoncera à condamner son entourage féminin au supplice du corset forcé. L'héritier présomptif du trône et ses cadets nous paraissent d'ailleurs tout indiqués pour résoudre ce conflit à l'amiable et réconcilier leur mère avec les dames de la cour; chacun sait, en effet, que a les petits mikados entretiennent l'amitié ». Nous sommes convaincus qu'ils se montreront, en cette circonstance, à la hauteur de leur réputation, et qu'après avoir coûté tant de larmes aux jolies Japonaises, cette histoire de corsets, heureusement terminée, finira par les faire tordre comme de petites baleines.
Mieux inspiré que sa souveraine, le ministre des Beaux
Arts de Tokio vient, s'il faut en croire les journaux du pays, de faire réaliser un progrès considérable à l'art dramatique national, en autorisant les acteurs et les actrices à paraître désormais sur la scène simultanément, ce qui, jusqu'à ce jour, avait été interdit pour raison de haute mora- [té. De sorte qu'on assistait des scènes d'amour ainsi trésentées :
Lui, .seul en scène.
VAï bien, chère Kao-Li-
-Lu, je puis enfin devenir
otrc époux ; vos parents
m'accordent votre main .
Quelle joie ! (// s'éloigne par
le côté cour.)
Elle, entrant par le côté jardin.
Ah! moi aussi, cher
bienheureuse (Elle dis parait.)
Lui, reparaissant.
Ah! merci, mais..., mais me refuserez- vous ce que je vous demanderai? (7/ s'en va.) Elle, après s'être assurée que personne n\'st plus en scène.
Dame! ça dépend. (Elle se relire.)
Lui, s'avanrant eers le soufjleur.
Me refuserez -vous un baiser de fiançailles? (Il se sauve.)
Togu-ta-wa
suis
Elle, se dirigeant vers un fauteuil .
Maman m'a autorisée ; le voilà! (Elle s'enfuit.)
Lui, se précipitant en scène, 0 mon adorée! (// ouvre les bras et embrasse le vide. Uémotion est à son comble; tonnerre d'applaudissements .)
Je sais un excellent acteur d'une scène des boulevards (je ne précise pas, par galanterie) qui ne serait pas fâché de voir ce genre de théâtre mis à la mode parmi nous : le malheureux, quelque pièce qu'il joue, personnifie toujours l'amoureux, l'amant ou le mari de 1' a étoile » du lieu, actrice de talent, certes, mais qui jouit du fâcheux privilège d'occire les mouches à vingt-cinq pas, à volonté ou au commandement; ceci ne laisse pas que d'incommoder forte-
ment son camarade, qui préférerait de beaucoup, selon l'ancien système japonais, embrasser le vide, dont sa nature n'aurait point du tout borreur.
On vient d'inventer la zoothérapie, ou l'art de se guérir par le contact des animaux. En dépit des apparences, cette
métbode n'est pas due à l'imagination d'un vétérinaire, mais bien de médecins authentiques. Un journal spécial, le Moniteur des Expositions, donne là-dessus des détails abondants et curieux. A l'en croire, pour faire disparaître la migraine la plus violente, il suffit de s'appliquer un chien sur le front jusqu'à ce que le mal ait disparu complètement {sic). Vous voyez comme c'est simple !
Les personnes sujettes aux céphalalgies les plus rebelles n'hésiteront pas, j'en suis persuadé, à se procurer un roquet quelconque pour, le cas échéant, s'en faire une compresse qu'elles conserveront une heure, deux heures s'il le faut; toutefois, elles feront bien de s'assurer auparavant que l'animal est bien dressé et qu'il n'éprouve pas le besoin de déposer ce que ma concierge appelle u une petite commission ».
A M Wr.EU nu FOIN
At
Le dociciir Bonnejoio (un nom bien synipalhiqno), de Chaix en Vexin, s'est délivré d'une doulcnr à l'épaule, — toujours d'après le Moniteur des Expositions, — en y faisant séjourner un corbeau. Avis à ceux cpii désirent conserver un corps beau.
(Pardon !) [^}
Un ecclésiastique (( nerveux lieux ! (serait-ce l'abbé Gayraud?) ruiné par une fièvre aiguë », gisait sans couleur et sans voix; un cbat, qui partageait sa couche, rétablit par sa bienfaisante chaleur la transpiration de son maître. L'ecclésiastique, sans doute, demeuia nerveuv et bilieux, mais la fièvre disparut.
Enfin, d'après le même confrère, les chats seraient d'excellents accumulateurs d'électricité, et le moment ne saurait tarder où l'on découvrira le moyen d'utiliser cette précieuse propriété de la race féline. Espérons-le, mon Dieu! je possède un magnifique angora, qui répond (quand il veut bien répondre) au joli nom de Kiki-la-Doucette et qui, jusqu'à présent, ne m'a jamais rendu que des services insignifiants, sans doute, il excelle à renverser les encriers, et je dois reconnaître que pour briser les potiches il n'en craint pas; même il sait, mieux que tout autre, faire un nœud gordien avec une simple pelote de ficelle et n'a pas son pareil pour déposer, sans même que je l'y invite, ses petites ordures un peu partout,
excepté dans le plat spécialement affecté à cet usage. Ce sont là qualités appréciables, évidemment, mais qui ne compensent pas les nombreuses pièces de quarante centimes que je consacre chaque jour à l'achat du (( foie de première ^^ qualité » destiné à la nourri-
^ ^s>) ture de l'intéressant animal.
Si, au contraire, l'accumulalour d'électricité qu'est le susdit Riki-la-Doucetle pouvait suffire à mon éclairage, j'y trouverais une sérieuse économie.
Les sociétés originales.
Les blanchisseuses américaines viennent, assure-t-on, de fonder une association dont les membres s'engagent à ne pas se marier, à ne pas lire de romans, à se vêtir de noir toute leur vie et à observer une foule d'autres pratiques d'une utilité plus ou moins contestable.
(Je ne sais pas si ma blanchisseuse est mariée; il m'est, an fond, assez indifférent qu'elle ignore la littérature contemporaine et qu'elle se vête de noir ou de u vert Nil » ; mais, sapristi! que je serais donc content si cette marquise de l'Eau de Javelle prenait l'engagement d'empeser un peu mieux les devants de mes chemises et de ne plus élimer mes uiaiicholtes î)
D'ailleurs, en fait de sociétés originales, ce ne sont pas les Américains qui détiennent le record, mais les Anglais.
On cite, à Londres, le club des Treize, le club de la Toison d'or, dont les membres, négociants en vins ou en spiritueux, se réunissent le soir, la boutique close, pour boire entre eux; les clubs des Hommes laids, des Hommes gras, des Borgnes, des Hommes de grande taille, des Habitants d'nne même rue, des Menteurs, etc. — Comme le remarque judicieusement le confrère auquel j'emprunte ces renseignements, le nom de ces associations indique suffisamment les conditions à remplir pour y être admis.
C'est égal, on doit être bien fier quand on peut inscrire sur ses cartes de visite la mention : (( ^lembre du club des Menteurs ! » Je me plais à penser, du reste, que les membres de cette Société relevée sont aussi nombreux que les sables de la mer, et qu'ils admettent des dames parmi eux.
A quoi songeait-il donc, Jean-Jacques Rousseau, quand il s'est avisé d'écrire : <( L'iiomme n'est pas fait pour vi\re en sociétés n')
Une grosse nouvelle pour mes jolies lectrices. (Avez remarqué que nos lectrices, à mes confrères et à moi, sont toujours décrétées jolies ?) A la suite d'un entretien que je viens d'avoir avec un des maîtres de la mode, — la seule crainte d'effaroucher sa modestie m'empêche de le nommer, — je crois pouvoir annoncer la fm prochaine
vous
5o A MANGER DU FOIN.
du chapeau. S'il n'est pas mort encore, il est déjà frappé; en tout cas, il file un bien mauvais coton, si j'ose risquer cette métaphore. Oui, Mesdames, c'est comme j'ai l'honneur de vous le dire, avant qu'il soit longtemps, une femme qui se couvrira d'un chapeau se couvrira en même temps de ridicule. Fini, le règne des galurins empanachés comme un corbillard de première classe, ou fleuris comme le visage d'un eczémateux; démodés, les couvre-chef tapageurs dont le moindre assume les proportions du mont Gaurisankar; adieu aussi, provocants boléros espagnols et décentes capotes britanniques qu'affectionnaient les petites femmes aux airs modistes ! Leurs jours sont condamnés, ils vont quitter la tète. {Air connu.)
Je ne me dissimule pas que ces renseignements vont perturber violemment l'àmc des personnes du Sexe fort, — vous m'entendez bien, — qui me font l'honneur de me lire. Des révélations naissent les révolutions (V. Hugo, Œuvres inédites). Moi-même, je ne pus m'empêcher d'être ému, lorsque le maître de la mode susdit me communiqua ces affolantes nouvelles ; aussi fut-ce d'une voix qui tremblait un peu que je demandai :
— Mais, au nom de Zeus et de Kithéré, par quoi remplacerez-vous les pétases abolis?
— Par le madras de soie, écossais ou chiné, artistement chiffonné sur une légère carcasse et fixé à l'arrière de la tête à l'aide d'une grosse épingle d'or. Plus de plumes, plus de fleurs, de rubans ni de paillettes; le simple madras avec ses deux pointes sortant d'un nœud contournant le petit macaron (?) bordelais.
Telle fut la réponse que, d'une main fébrile, je recueillis, tandis que je la sténographiais d'une oreille attentive.
— Un dernier mot, maître, fis-je. A qui sommes-nous redevables de cette révolution dans la coiffure féminine?
— A la toute belle madame Trois-Etoilcs.
— Je la reconnais bien là !
Sur ce, je pris congé de mon aimable interviewé, un excellent cigare qu'il me tendait, et la porte.
Personnellement, j'approuve des deux mains, de la tétc
aussi, cette réforme que l'élymologie m'auluiiso à qualifier (( capitale » ; assez et trop longtemps, de miguoiuies créatures me ruinèrent en pailles, feutres, garnitures de toute sorte. Vivent le madras et la simplicité ! Tout de même, je ne puis m'empécher de sourire en songeant au mépris cyniquement bismarckien des nationalités affiché par cet en-
semble : un tissu de Madras (Inde), écossais (Grande-Bretagne), autour d'un macaron (?) bordelais (France). Posez le tout sur une tête d'Allemande, et vous aurez une véritable salade russe... géographique. Du moins, la nouvelle mode aura l'avantage de trancher d'une façon définitive l'épineuse question des coiffures au théâtre qui inspira tant
de flots d'encre et lit couler tant de scènes de revues. Vous rappelez-vous qu'elle suscita presque une émeute à Marseille, où, un arrêté du maire ayant prescrit aux dames d'assister nu-téle aux représentations des théâtres municipaux, quelques opposantes, — crânement, — assurèrent leurs chapeaux, comme si elles allaient avoir l'honneur de charger ? L'une d'elles, même, sans doute pourvue du brevet supérieur, riposta avec une fierté toute cornélienne aux contrôleurs qui l'invitaient à ne point provoquer de scandale :
Le crime fait la honte, el non pas les chapeaux !
Les amateurs de théâtre pourront enfin goûter leur plaisir favori, sans risquer d'attraper de fâcheux torticolis, le jour
OÙ les spectatrices n'auront plus sur la tête qu'un mouchoir; encore ce mouchoir même sera-t-il parfois absent, jeté à quelque heureux gigolo,
11 m'a paru intéressant, toutefois, de recueillir l'opinion d'une femme en vue, et nous nous sommes adressés à une bellissimc et fort riche Américaine qui fut quelque temps princesse, la même que mon ami Abel Hermant, en ses savoureux Transatlantiques, mit en scène sous le nom de Suzanna Ford. Celle-ci me (( reçut d'une façon charmante », mais en déclarant qu'il lui était impossible, en l'espèce, de formuler un jugement quelconque.
— Je me désintéresse complètement de cette question, me dit-elle. Peu me chaut que le madras triomphe ou que le chapeau l'emporte. La seule coiffure tolérable, c'est le béguin. Pour moi, depuis que j'ai jeté mon bonnet pardessus les moulins, je ne suis plus coiffée que de mon tzigane.
Il eût été indiscret d'insister
Pendant que nous y sommes, signalons une très louable proposition du Gaulois qui, reprenant une idée émise par (( un esprit curieux », en 1778, — ah! dame, ça ne nous
A m\\(;er nu foin.
rajeunit pas, — demande la fondation d'une Académie de Mode, composée, comme celle du quai, de quarante membres choisis parmi les hommes et les femmes a qui se distinguent par rélci^ancc la plus recherchée )). Ils se réuniraient deux
fois par semaine, pour discuter sur tout ce qui est relatif aux modes. Cette fondation, conclut notre confrère, serait nécessaire dans une capitale où la mode tient son empire.
In-con-tes-ta-ble-ment ! On peut nier l'utilité des Académies française ou goncourtienne, celle de l'Académie de Mode s'impose. Sans compter qu'il serait piquant de lire.
aux échos mondains, le lendemain de chaque séance, des petites notes ainsi conçues :
(( L'Académie de Mode s'est réimie hier sous la présidence du prince de Son botte, assisté de M. Arthur Meyer, secrétaire perpétuel. Après une discussion à laquelle ont pris part les membres Brandès, baronne Staiïe, Le Bargy, Jane llading-.
Cieorges VVydeau, com tesse de Pougy, l'Académie s'est prononcée à une forte majorité contre le rétablissement de la crinoline et pour la sup pression de la jupe-parapluie. L'Académie a nommé une commission de six membres pour étudier un projet de corsage destiné à être considéré comme « chic »
pendant la première semaine du mois prochain .
{( M. Le Bargy a ensuite présenté à ses collègues une fort jolie collection de cravates inédites dont il est l'auteur. Toutefois, l'éminent académicien a déclaré qu'il ne les considérait pas encore comme définitives, et qu'il tenait à y apporter quelques ultimes perfectionnements.
(( On a particulièrement goûté un petit nœud déluré, à la cravate-faire-fiche, qui fera fureur pour le foofinr/ matinal.
(( L'Académie s'est encore entretenue d'un retour possible au chapeau haut de forme à bords plats; mais, en dépit du parti des journalistes, elle a rejeté sa décision à ime séance ultériciue.
(( M. le Secrétaire perpétuel a donné lecture de la lettre par laquelle M. Emile Zola pose sa candidature au fauteuil actuellement vacant. Une phrase de cette lettre : a S'il y a une yVcadémie de Mode en France, je dois en être », a beaucoup diverti l'honorable assemblée.
(( L'Académie, enfin, a chargé son président de la représenter à l'inauguration de la statue de Brummel, qui doit avoii' lieu à Londres le mois prochain, estimant avec raison qu'elle ne pouvait se soustraire à la glorification de l'illustre dandy sans être taxée d'andyfiérence. ))