LE PRESSENTIMENT
'est en vain que l'on nomme erreur
Cette secrète intelligence j Qui , portant la lumière au fond de notre cœur^ Sur des maux ignorés nous fait gémir d'avance, (j est l'adieu d'un bonheur prêt à s'évanouir ; Cest un subit effroi dans une ame paisible^
Enfin j c'est pour l'être sensible
Le fantôme de l'avenir.
Pressentiment^ dont j'éprouvai l'empire^ Oh ! qui peut résister à tes vagues douleurs?
Encore enfant, tu m'as coûté des pleurs^ Et de mon front joyeux tu chassas le sourire.
Oui, je t'ai vu, couvert d'un voile noir, Aux plus beaux jours de mon jeune âge y Tu formas le premier nuage
Qui des beaux jours lointains enveloppa l'espoir.
Tout m'agitait encor d'une innocente ivresse }
Tout brillait à mes yeux des plus vives couleurs^ Et je voyais la riante jeunesse
Accourir en dansant pour me jeter des fleurs. Au sein de mes chères compagnes , Gourant dans les vertes campagnes, Frappant Tair de nos doux accens.
Qui pouvait attrister mes sens ?
Gomme les fauvettes légères Se rassemblent dans les bruyères , La saison des fleurs et des jeux Rassemblait notre essaim joyeux.
Un jour, dans ces jeux pleins de charmes,
Je cessai tout-à-coup de trouver le bonheur;
J'ignorais qu'il fût une erreur.
Et pourtant je versai des larmes !
Eh reveoïntje ralentis mes pas; Je remarquai dujour le feu prêta s'éleindre, Sa chute k l'horizon, qu'il regrettait d'atteindre; Mes compagnes dansaient... moi , je ne dansai pas.
Un mois après, j'errai dans ce lieu solitaire; Hélas I ce n'était plus pour y chercher des fleurs : La mort m'avait appris le secret de mes pleurs , Etj'élais seule au tombeau de ma mère!