‹ A mes jeunes amisChapitre 32 sur 40 · LA MOUCHE BLEUE · texte numérisé non relu

LA MOUCHE BLEUE

^ UMBLE fille de l'air ^ mouche bleue et gentille , Qui rafraîchis ton vol sur d'humides roseaux^

N'es-tu pas le nain des oiseaux ?

Non I tu ne chantes pas , légère volatile ; Tu n'as point de plumage , et ton rapide essor M'en fait mieux admirer l'invisible ressort.

Tu ris de l'oiseleur ^ tu fais sauver sa joie ; Ton piquant aiguillon le distrait de sa proie;

Et ton bourdonnement moqueur

Lui noDune impunément son agile vainqueur.

Tu montes jusqu'aux cieux les ailes étendues;

Un rayou de soleil te guide et te soutient; Ta famille dansante et s'y joue et s'y tient , Comme un essaim de fleurs dans les airs répandues. Qu'il est gai de te voir t'y balancer long-temps ^ Descendre vers la terre , et remonter encore ,

Y chercher , renaissante au souffle du printemps , Sur ta robe de gaze un reflet de l'aurore !

Violette vivante ! à ce peu qu'il t'a fait , Le Ciel donna le monde , iniprima la pensée , Le sentiment^ l'amour! et, sans remords blessée , Pour toi ^ du moins ^ Tamour n'est qu'un bienfait !

Je m'amuse à rêver sur ton frêle édifice

Soutenu de frêles piliers ^

Si polis et si réguliers Qu'on les croirait mouvans par artifice.

Hélas ! dans l'âge le plus fort ^ Comme toi l'homme tombe ; et ce maître du monde

N'a plus d'ami qui le seconde

Dans son duel avec la Mort.

mouche ! que ton être occupa mon enfance !

Combien , lorsq[u'attri8tant mon paisible loisir Quelqu'enfant sous mes yeux accourait te saisir^ Mes larmes prenaient ta défense !

Petite philosophe^ on a médit de toi :

J'en yeux à la fourmi qui t'a cherché querelle. Un printemps fait ta vie ^ en jouir est ta loi ^ Es-tu moins prévoyante , es-tu moins riche qu'elle ? Esclaye de la terre, elle y rampe toujours ^ Ses trésors souterrains sont clos à l'indigence ; Et, quand il a rempli son avare exigence , Du ciron malheureux elle abrège les jours.

Pour toi , souvent rêveuse et souvent endormie , Je t'observe partout avec des yeux d'amie :

Quand la nature est triste , il ne te faut plus rien , Et tu romps avec elle un fragile lien.

Oh ! puisse l'âpre hiver épargner ta faiblesse ! Que l'aquilon jamais ne te soit rigoureux !

Que ton corps délicat y qu'ua rien détruit ou blesse , Trouve contre 1& brume un foyer généreux !

Atome Toyageur I en passant les moirtagnes y Les ruisseaux, les chemins, les cités, les campagnes , Que Dieu te sauve , hélas ! et du bec d'un oiseau , Et de Tinsecte au fin réseau !

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