‹ A mes jeunes amisChapitre 33 sur 40 · L'ÉCOLIER · texte numérisé non relu

L'ÉCOLIER

N tout petit enfant s'en allait à l'école.

On avait dit : Allez !... Il tâchait d'obéir ^ Mais son livre était lourd , il ne pouvait courir : Il pleure , et suit des yeux une Abeille qui vole.

a Abeille y lui dit-il y voulez-vous me parler ?

« Moi y je vais à l'école : il faut apprendre à lire ^

« Mais le maître est tout noir , et je n'ose pas rire :

« Voulez-vous rire , abeille^ et m'apprendre à voler ? »

c» Non , dit-elle j j'arrive et je suis très-pressée.

« J'avais froid ^ l'Aquilon m'a long-temps oppressée :

« £iifia , j'ai vu les fleurs , je redescends du ciel ,

tt Et je vais commencer mon doux rayon de miel .

« Voyez ! j'en ai déjà puisé dans quatre roses ;

« Avant une heure encor nous en aurons d'écloses.

« Vite y vite à la ruche ! on ne rit pas toijgours :

<( Cest pour (aire le miel qu'on nous rend lesbeaux jours.»

Elle fuit et se perd sur la route embaumée.

Le frais lilas sortait d'un vieux mur entr'ouvert ; Il saluait Taurore, et Taurore charmée Se montrait sans nuage et riait de l'hiver.

Une Hirondelle passe : elle effleure la joue Du petit nonchalant qui s'attriste et qui joue ; Et dans l'air suspendue , en redoublant sa voix y Fait tressaillir l'écho qui dort au fond des bois.

a Oh ! bonjour ! dit Tenfant ^ qui se souvenait d'elle ; « Je t'ai vue k l'automne. Oh ! bonjour, hirondelle ! (( Viens ! tu portais bonheur à ma maison y et moi

« Je voudrais du bonheur. Veux-tu m'en clonner , toi ?

« Jouons. — Je le voudrais ^ répond la voyageuse ^

« Car je respire à peine ^ et je me sens joyeuse.

« Mais j'ai beaucoup d'amis qui douteat du printemps ;

« Ils révéraient ma mort si je tardais long-temps.

« Non y je ne puis jouer. Pour finir leur souffrance y

« J'emporte un brin de mousse en signe d'espéi*ance.

« Nous allons relever nos palais dégarnis :

« L'herbe croît , c'est l'instant des amours et des nids.

« J'ai tout vu. Maintenant^ fidèle messagère ^

« Je vais chercher mes soeurs y là-bas sur le chemin.

« Ainsi que nous ^ enfant ^ la vie est passagère ^

« Il en &ut profiter. Je me sauve... A demain ! »

L'enfant reste muet ^ et , la tête baissée , Eéve et compte ses paS; pour ti*omper son ennui , Quand le livre importun , dont sa main est lassée , Rompt ses fragiles nœuds ^ et tombe auprès de lui.

Un Dogue l'observait du seuil de sa demeure.

Stentor^ gardien sévère et prudent à la fois^

De peur de refïrayer retient sa grosse.voix.

Hélas ! peut-on crier contre un enfant qui pleure ?

« Bon dogue y voulez-vous que je m'approche un peu ,

« Dit l'écolier plaintif? Je n'aime pas mon livre ^

ce Voyez ! ma main est rouge , il en est cause. Au jeu

a Rien ne fatigue y on rit ^ et moi je voudrais vivre

« Sans aller à l'école^ où Ton tremble toujours.

« Je m'en plains tous les soirs , et j'y vais tous les jours y

« J'en suis très-mécontent. Je n'aime aucune af&ire.

« Le sort des chiens me plaît , car ils n'ont rien à faire. »

« Ecolier ! voyez-vous ce labouteur aux champs?

a £h bien ! ce laboureur y dit Stentor ^ c'est mon maître.

<c II est très-vigilant; je le suis plus y peut-être.

a II dort la nuit , et moi j'écai'te les méchans.

« J'éveille aussi ce bœuf qui , d'un pied lent; mais ferme;

« Ya creuser les sillons quand je garde la ferme.

« Pour vous-même on travaille ; et y grâce à vos brebis y

« Votre mèro; en chantant^ vous file de^ habits.

a Par le tiavail tout plaît, tout s'unit, tout s'arrange.

s Allez donc 4 l'école ; allez , mou petit ange !

D Les chiens ne lisent pas , mais la diaine est pour eux :

n L'ignorance toujours mène à la servitude.

K L'homme est fin, l'homme est sagc,il nous défeudrétudc;

V Enfant , vous serez homme , et vous serez heureux ;

« Les chiens vous serviront, s L'enfant l'écouta dire ,

Et même il lebaisa. Son livre était moins lourd.

En quittant le bon dogue il pense , il marche , il court.

L'espoir d'être homme un jour lui ramène un sourire.

A l'école , un peu tard , il arrive gaîment ,

Et dans le mois des firuils il lisait couramment.

CONTE D'ENFANT

CONTE D'ENFANT

[ L ne faut plus courir à travers les bruyères , Enfant, ni sans congé vous hasarder au loin.

Vous êtes très-petit; et vous avez besoin Que l'on vous aide encore à dire vos prières. Que feriez- vous aux champs , si vous étiez perdu? Si vous ne trouviez plus le sentier du village? On dirait : « Quoi , si jeune , il est mort ? c'est dommage ! »

Vous crieriez De si loin seriez-vous entendu ?

Vos petits compagnons , à l'heure accoutumée , Danseraient à la porte et chanteraient tout bas ; Il faudrait leur répondre , en la tenant fermée :

« Une mère est malade j enians , ne chantez pas I » £t vos cris rediraient : « O ma mère ! ô ma mère ! » L'écho vous répondrait^ l'écho vous ferait peur. L'herbe humide et la nuit vous transiraient le cœur. Vous n'auriez à manger que quelque plante amëre; Point de lait^ point de lit!... Il faudrait donc mourir ? J'en frissonne ! et vraiment ce tableau fait frémir. Embrassons-nous , je vais vous conter une histoire } Ma tendresse pour vous éveille ma mémoire.

« Il était un b^er ^ veillant avec amour Sur des agneaux chéris , qui l'aimaient à leur tour. Il les désaltérait dans une eau claire et saine ^ Les baignait à la source , et blanchissait leur laine; De serpolet , dé thym ^ parfumait leurs repas ; Des plus faibles encor guidait les premiers pas ; D'un ruisseau quelquefois permettait l'escalade. Si l'un d'eux ^ au retour y tramait un pied malade , Il était dans ses bras tout doucement porté ^ Et, la nuit^ sur son lit, dormait k son côté;

Réveillés le matân par l'aurore vermeille ,

il leur jouait des airs à captiver l'oreille;

Plus tard, quand ils broutaient leur souper sous ses yeux^

Aux sons de sa musette il les rendait joyeux.

Enfin il renfermait sa famille chérie

Dedans la bergerie.

Quand l'ombre sur les clianips jetait son manteau noir^

Il leur disait : « Bonsoir, • « Ghers agneaux ! sans danger reposez tous ensemble ; « L'un par Tautre pressés^ demeurez chaudement; « Jusqu'à ce qu'un beau jour se lève et nous rassemble ^ « Sous la garde des chiens dormez tranquillement. »

Les chiens rôdaient alors , et le pasteur sensible Les revoyait heureux dans un rêve paisible.

£h! ne Fétaient-ils pas? Tous bénissaient leur sort, Excepté le plus jeune; hardi , malin , folâtre ^ Des fleurs^ du miel; des blés et des bois idolâtre , Seul il jugeait tout bas que son maîti^e avait tort.

Un jour , riant d'avance j et roulant sa chimère^

Ce petit fou d'agneau s'en vint droit à sa mère j

Sage et vieille brebis ^ soumise au bon pasteur.

« Mère ! écoutez^ dit-il : d'où vient qu'on nous enferme?

« Les chiens ne le sont pas^ et j'en prends de l'humeur.

« Cette loi m'est trop dure ^ et j'y veux mettre un terme.

« Je vais courir partout ^ j'y suis très-résolu.

« Le bois doit être beau pendant le clair de lune :

« Oui ^mère^ dès ce soir je veux tenter fortune :

« Tant pis pour le pasteur^ c'est lui qui l'a voulu. )i

— « Demeurez ^ mon agneau^ dit la mère attendrie ; « Vous n'êtes qu'un enfknt^ bon pour la bergerie;

« Restez-y près de moi ! Si vous voulez partir^ « Hélas ! j'ose pour vous prévoir un repentir. »

— « J'ose vous dire non ; cria le volontaire.... » Un chien les obligea tous les deux à se taire.

Quand le soleil couchant au parc les rappela ^

£t que par flots joyeux le troupeau s'écoula^

L'agneau sous une haie établit sa cachette ;

n avait finement détaché sa clochette .

Dès que le parc fut clos j il courut à l'entour ,

Il jouait^ gambadait, sautait à perdre haleine.

a Je voyage, dit-il , je suis libre à mon tour !

« Je ris y je n'ai pas peur ; la lune est claire et pleine :

« Allons au bois, dansons, broutons !» Mais, par malheur ,

Des loups pour leurs enfans cherchaient alors curée :

Un peu de laiiie, hélas ! sanglante et déchirée ,

Fut tout ce que le vent daigna rendi*e au pasteur.

Jugez comme il fut triste, à l'aube renaissante !

Jugez comme on plaignit la mère gémissante !

« Quoi ! ce soir, cria-t-elle, on nous appellera,

« Et ce soir... et jamais l'agneau ne répondra ! »

£n l'appelant en vain elle affligea l'Aurore }

Le soir elle mourut en l'appelant encore.

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