‹ A mes jeunes amisChapitre 34 sur 40 · LE PÉLICAN · texte numérisé non relu

LE PÉLICAN

^ ou

LES DEUX MÈRES

ouT perdu dans le soin de sa jeune famille ; Sur la yague qui passe ^ et qui roule ^ et qui brille ^ Un Pélican s'incline , et saisit les poissons Qu'il ofFre en espérance à ses chers nourrissons.

Sans affaire^ et livrée à l'amour d'elle-même j L'Autruche , en digérant , vient le long du rocher. Son repas est fini^ qu'aurait-elle à chercher? Elle porte tout ce qu'elle aime.

« Grand dieu ! d'où venez-vous ? dit-elle au tendre oiseau

Dont la poitrine est ouverte et sanglante* Sortez-vous d'un combat, d'un piège, d'un réseau? Le coup est-il mortel? j'en suis presque tremblante. Parlez donc ! quelle flèche ou quel ongle assassin

Vous déchira le sein?

Vous faites peur. » « Cest moi, c'est un peu de ma vie , Répond le Pélican à sa pèche assidu.

Voua allez me porter envie :

Mes petits avaient faim ; mon sang n'est pas perdu , Je l'ai versé pour eux. — Quoi! dit l'autre irritée ; Votre ^ang... taisez-vous ! on ne peut sans horreur Supporter dans Famour cet excès de fureur ; Il soulève y il repousse^ et j'en suis révoltée. Vous perdez le bon sens , vos petits vous tueront y

Et les oiseaux riront.

Laissez ces préjugés aux tendres tourterelles. L'amour est un besoin qu'il est doux d'éprouver , Mais je n'aurais point d'oeufs s'il fallait les couver. Quel emploi^ quel ennui d'étendre ainsi les ailes^

De garder la ùiaison y d'y mourir de chaleur ! L'hymen n'est donc pour vous qu^un travail^ un malheur? Se torturer le flunc^ s'appauvrir l'existence, Mourir^ pour satisfaire à l'importune instance

De petilk jeunes dévorans^ Dont les cris déchirans

Troublent et le somme et la veillé !

D'en parler seulement je me bleste Toreille.

Ce fanatisme fait pitié ; . Toutefois , s'il est temps , écoutez l'amitié.

« Mon exemple peut vous instruire^

L^n de couver, de me détruire,

Au hasard je laisse mes œufs :

Le ciel veille sur moi , le ciel veille sur eux :

Je ne me charge pas de ce soin haïssable.

Je suis mère pourtant, je les couvre de sable.

Si la pluie et l'orage , et les vents tour à tour ,

Ne les écrasent pas avant de naître au jour ,

Si le Milan ne les dévore,

La chaleur du soleil enfin les fait éclore ; , La nature en prend soin j et tous les élémcns Composent mieux que moi leurs premiers alimcns. Ils s'envolent alors et vont chercher fortune : Je n'ai pas supporté leur enfance importune.

Ce qu'ils deviennent^ je ne sais :

Je me porte bien , c'est assez. »

« — Méchante I ah ! méchante endurcie !

De quel aveuglement ton ame est obscurcie?

Tu n'as donc d'une mère obtenu que le nom?

Va, tu glaces mon cœur, tu blesses ma raison. Quoi ! te déshériter des larmes d'une mère ,

De ses tourmens délicieux ,

De ses plaisirs silencieux j Où tout est volupté bien que parfois amère !

Quand je sens mes petits s'agiter sous mon sein ,

Quand leurs cris me disent : J'ai faim !

Oh ! quel bonheur j'éprouve à leur donner ma vie ! Mais ma douce blessure est promptement guéri« :

On dirait que T extrême amour Renaît sans cesse de lui-même :

Ou le prodigue en vain ^ comme le feu du jour. Il se ranime encor pour nourrir ce qu'il aime. Va chercher tes enfians ; tu me remercîras ^ Si tu peux les trouver et devenir sensible :

Ton sort, au milieu d'eux y s'écoulera paisible. ' Va y ne crains plus la mort ; sois mère y tu vivras ! »

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