‹ A mes jeunes amisChapitre 35 sur 40 · LE PETIT MENTEUR · texte numérisé non relu

LE PETIT MENTEUR

ENEz bien près, plus près, qu'on ne puisse m'ente ndre :

Un bruit vole sur vous , mais qu'il est peu flatteur ! Votre mère en est triste; elle vous est si tendre î Onrdit, mon cher Amour, que vous êtes menteur.

Au lieu d'apprendre en paix la leçon qu'on vous donne , Vous faites le plaintif, vous traînez votre voix, Et vous criez très-haut : Hé ! ma bonne ! ma bonne ! L'écho, qui me dit tout, m'en a parlé deux fois. Vous avez effrayé cette bonne attentive ,

On rit que ses deux bras étaient nus et sanglans .

c n ne ment pas, dit-on , il tremble ! il saigne ! il pleure !

« Quoi ! c'est donc vrai, Colas? b II s'appelait Colas.

« Nous avons bien ri tout-à-l'heure ; « Et la brebis est morte ! elle est mangée. . . hélas ! » On le plaignit. Un rustre ^ insensible à ses larmes, Lui dit : a Tu fus menteur, tu trompas notre eflroi : « Or, s'il m'avait trompé, le menteur, fut-il roi^

« Me crierait vainement aux armes. »

Et vous n'éles pas roi, mon ange , et vous mentez ! Ici , pas un flatteur dont la voix vous abuse ^

Vous n'avez point d'excuse.

Quand vous aurez perdu tous les cœurs révoltés , Vous ne direz qu'à moi votre souffrance amère,

Car on ne ment pas à sa mère.

Tout s'enfuira de vous , j'en pleurerai tout bas ; Vous n'aurez plus d'amis, je n'aurai plus de joie : Que ferons-nous alors? Oh! ne vous cachez pas î Prenez un peu courage , enfant ; que je vous voie }

Vous me touchcE le cœur, j'y sens votre pardon ; Allei, petit chéri , ne trompez plus personne ; Soyez sage, aimez Dieu , je crois qu'il vous pardon Il est père, il est bon I

LA SOURIS CHEZ UN JUGE

LA SOURIS CHEZ UN JUGE

REMBLANTE^ pHse au piège et respirant à peine ^ Sortie imprudemment du maternel séjour^ Rêvant sa dernière heure au seul bruit de sa chaîne y Une jeune souris voyait tomber le jour .

Dans le grillage étroit qui la tient prisonnière^

A passé d'un flambeau l'éclatante lumière ;

Elle tressaille^ écoute : un silence de paix

Succède au mouvement qui la glaçait de crainte ;

Et d'un vieux mur caché sous des lambris épais

On entend murmurer cette humble et douce plainte :

c Dans ta belle maison y toi j qui rentres content^ Quand je me sens mourir de la mort qui m'attend ^ Redoutable ennemi de tout ce qui respire.

Oh ! n'étends pas sur moi ton oppressif empire ! Laisse ton cœur s'ouvrir au cri du malheureux : Hélas ! est-on moins fprand pour être généreux ? Laisse-moi boire encor l'air^ la douce rosée , Ce bienfait de la nuit, ce céleste présent^

Dont y par un souffle humide et bienfaisant,

Chaque matin la terre est arrosée.

Juge , sois juste et rends^noi mes trésors ^ Un ciel à contempler, ma liberté native :

Dieu me fit de la vie un plaisir sans remords , Toi y tu la rends sombre et captive.

« Je suis une souris née au dernier printemps ;

L'été commence. Hélas ! c'est vivre peu de temps !

Viens voir, je porte encor la robe de l'enfance. Le blé nouveau , le riz friand , les noix , Disait ma mère , allaient avant deux mois

Enrichir mou adolesceDce.

Peu m'est assez pourtant; facile à me nourrir^ Je ne suis pas g^ourmande et tout sert au ménage ; Un grain d'orge suffit aux souris de mon âge

Pour les empêcher de mourir.

« Ne me fais pas mourir ! Suis l'exemple d'un sage :

lies souris sans danger visitaient son séjour ;

Car ce sage disait : « De nos âmes un jour

« Le sein des animaux peut-être est le passage.

« Tout est possible à Dieu ^ l'impossible est son bien;

(< Si par lui l'homme est tout ^ par lui l'homme n'est rien.

« Grâce donc ! criait-il aux hommes en colère,

« Muets pour la clémence et sourds à la prière;

« Grâce ! oubliez un peu les mots : glaive , trépas ;

« Régnez sur le plus faible et ne le tuez pas !

« Qui sait si la souris n'est pas la jeune fille

« Frappée en folâtrant au sein de sa famille,

« ]£t qui tombe immobile en courant dans les fleurs ?

« Car, pour un peu de miel, que d'absinthe et de pleurs ! »

« Si le sage a dit vrai^ tremble d'être inflexible , Tremble de tourmenter Tame errante et sensible D'une sœur qui t'aima^ d'une jeune beauté Qui se plaisait^ enfant ^ sur ton sein agité.

« Enfin y si ma part de la vie

N'est que le rayon passager Du jour que mon cachot me dérobjs et m'envie ^ Ce don si fugitif, daigne le ménager !

Vivre, c'est vivre enfin , et le néant m'alarme ) Cette crainte au méchant coûte au moins une larme; Juge de son horreur pour un cœur tout amour, Et si loin de la nuit ne m'éteins pas le jour ! Faut-il te dire tout? je veux devenir mère.

Laisse-moi donc revoir, dans ma douleur amère , Un ami de mon âge, imprudent comme moi , Qui pour me délivrer s'élancerait vers toi.

S'il avait de mon sort la triste confidence , Je lui dirais en vain : Sauvez-vous ! il viendrait : L'amour au désespoir connatt-il la prudence ?

^ 259 «d Il rongerait mes fers y ou bien il me suivrait.

« J'ai dit l'amour : tu le connais peut-être ?

Béni soit Dieu ! car l'amour est humain.

Oui y je retrouverai la moitié de mon être y

Et je serai libre demain I Oui y tu sais que l'amour console la nature ,

Qu'il jette au prisonnier àe& rêves gracieux^ Qu'il souffle à son oreille un chant délicieux , Et que même au coupable il sauve la torture.

Etje suis à genoux... et je tremble... et j'attends... Homme, pour te fléchir qu'il faut parler long-temps !

Non ! ne m'écrase pas ! et si ma peur te touche , Que l'accent du pardon s'échappe de ta bouche ! Il est dieu , leur dirai-je^ il m'a donné des jours ! Ton toit sera béni , ton nom vivra toujours ^ Et toujours de beaux yeux aimeront à le lire,

« Et si jamais ton cœur, bràlé d'un saint délire ,

On rit que ses deux bras étaient nus et sanglans.

« n ne ment paS; dit-on ^ il tremble ! il saigne ! il pleure !

« Quoi ! c'est donc vrai^ Cola«? » Il s'appelait Colas.

« Nous avons bien ri tout-à-l'heure ^ « Et la brebis est morte ! elle est mangée. .. hélas ! » On le plaignit. Un rustre ^ insensible à ses larmes^ Lui dit : a Tu fus menteur^ tu trompas notre effroi : « Or, s'il m'avait trompé , le menteur, fût-il roi,

« Me crierait vainement aux armes. »

£t vous n'éles pas roi, mon ange , et vous mentez ! Ici , pas un flatteur dont la voix vous abuse y

Vous n'avez point d'excuse.

Quand vous aurez perdu tous les cœurs révoltés , Vous ne direz qu'à moi votre souffrance amère,

Car on ne ment pas à sa mère.

Tout s'enfuira de vous , j'en pleurerai tout bas ; Vous n'aurez plus d'amis, je n'aurai plus de joie : Que ferons-nous alors? Oh ! ne vous cachez pas î Prenez un peu courage , enfant ; que je vous voie ^

Vous me touchez le cœur, j'y sens votre pardoa ; Allez, petit chéri, ue trompez plus personne; Soyez sage, aimez Dieu, je crois qu'il vous pardonne ; Il est père, il est bon !

LA SOURIS CHEZ UN JUGE

De frais parfums, d'attrayantes douceurs, Et d'un soufHe embaumé la langueur sympathique. Toutes deux ont franchi l'enclos vert du jardin : « Voyez ! dit la plus vive » ^ elle était frêle et blonde ; « Voyei que de trésors ! ce n'est rien que jasmin , « Lilas y rose , et je crois toutes les fleurs du monde, i» Cette folle suivait son volage désir, Aux suaves bouquets se suspendait à peine, Prodiguant ses baisers jusqu'à manquer d'haleine. Disant : « Demain le miel, aujourd'hui le plaisir ! »

L'autre, plus posément, savourait les délices ^

Du banquet préparé pour les filles de l'air.

Et, prévoyante aux besoins de l'hiver.

Pour la ruche épuisée en gardait les prémices. Leurs ailes en tremblaient. Mais un globe fatal , Suspendu dans les fleurs sous la o^éridienne , Semble de l'ambroisie offrir le doux régal

A la jeune épicurienne.

Sous ce cristal frappé de tous les feux du ciel ,

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S'échauffe et fermeate le miel ^ lunocente liqueur pour l'homme préparée , Mais qui donne la mort à la mouche dorée :

Sa force s'y consume ^ et sa raison s'y perd. L'abîme transparent par malheur est ouvert :

L'imprudente n'y voit qu'un don de la fortune ] Sa sœur, qui l'en détourne , est presqu'une importune , Et) malgré ses conseils ^ elle com*t s'y plonger : Quand on veut le bonheur^ en voit-on le danger ? a Par quel charme imposteur vous êtes asservie y « Dit l'autre en soupirant; vous me faites pitié : ft Quittez ce doux breuvage y au nom de l'amitié ,

« Peut-être^ hélas ! au nom de votre vie !

« Vous ne m'écoutez pas. Je reviendrai ce soir ; « O ma sœur I le travail est utile à notre âge. « Puissé-je ne pas voir bientôt , chère volage,

« Ce que je tremble de prévoir. »

Elle retourne aux fleurs avec inquiétude.

Ce beau jour lui paraît plus lent qu'un autre jour

Tout suc lui semble amer, et sa sollicitude Implore, et croit du soir avancer le retour.

Enfin à l'horizon le soleil va s^éteindre ; Elle vole à sa sœur^ et, tout près de l'atteindre , L'appelle en la grondant d'un ton craintif et doux : « Allons, il se fait tard; me voici , venez-vous ? »

« — 11 n'est plus temps , ma soeur, je suis trop accablée ;

« Je ne puis me sauver de ce lieu.

« Je vous regarde encor; mais ma vue est troublée; « Mon corps brûle et languit ; venez me dire adieu , « Je ne puis me mouvoir • Un grand feu me dévore: tt Mes ailes , je le sens, ne peuvent m' emporter ; « Voyez comme je suis ! mais soyez bonne encore ; « Si mon crime (il est grand ! ) ne peut se racheter, « I9e me haïssez pas, je n'étais pas méchante. « La volupté trompeuse égarait ma raison; a Ce breuvage mortel, dont l'ardeur nous enchante, « Que je l'aimais , ma sœur , et c'était un poison !

« Je mo rcpens , ei je succombe :

ic Suus une fleur creusez ma tombe.

■ Adieu ! Pourquoi le ciel crédH-il le désir, « S'il a caché la mort dans le plaisir? ■

Elle uc parla plus<Se8 ailes s'étendirent , Ses petits pieds doucement se raidirent ;

Et sa sœur gémissante eut peine à s'envoler.

Ce tableau d'un long deuil accabla sa mémoire ;

Elle fut toujours triste j et jamais, dit l'histoire,

Même au sein du travail ne put se consoler.

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