‹ A mes jeunes amisChapitre 36 sur 40 · LE SOIR D'ÉTÉ · texte numérisé non relu

LE SOIR D'ÉTÉ

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£N£z ^ mes chefs petits ; venez ^ mes jeunes âmes ^ Sur mes genoux, venez tous les deux vous asseoir. Au soleil qui se couche il faut dire bonsoir :

Vovez comme il est beau dans ses mourantes flammes I Sa couronne déjà n'a plus qu'un rayon d'or :

Demain y plus radieux vous le verrez encor y Car on ne Ta point vu s'enfuir sous un nuage : La cigale a chanté ; nous n'aurons point d'orage. Ce soleil mûrira les fruits que vous aimez; U vous rendra vos jeux^ vos bouquets parfumés. Des qu'il s'éveillera , je vous dirai moi-même :

À^llons voir le soleil. Jugez si je vous aime !

Les charmantes Heures viendront

Danser autour de la journée ;

Et riantes y s'envoleront ^ Formant avec des fleurs la trame de Tannée. £t vous appellerez le faible agneau qui dort^ Pour le baigner ce soir il n'est pas assez fort; Huit jours font tout son âge; il se soutient à peine ^ Et vous le fatiguez à courir dans la plaine.

Venez, il en est temps, vous baigner au ruisseau ; Tout semble se pencher vers son cristal humide : Le moucheron brûlant y pose un pied timide; Et, fatigué du jour, le flexible arbrisseau Y trace de son front la fugitive empreinte.

A ses flots attiédis confiez-vous sans crainte; Je suis là. Voyez-vous ces poissons ihnocens ? Ne les effrayez pas; ils s'enfuiront d'eux-mêmes : De vos jeunes désirs on dirait les emblèmes ; Sans les troubler encor ils glissent sur vos sens.

Saluez^ mes amours ^ cette vieille bergère :

Son sourire aux enfans donne une nuit légère. Quoi ! vous voulez courir^ pauvres petits mouillés? Ce papillon tardif^ que la fraîcheur attire y Baise dans vos cheveux les lilas effeuillés, £t^ tout en vous bravant, je crois l'entendre rire. C'est assez Je poursuivre et lui jeter des fleurs, Ën&ns 'f vos cris de joie éveillent la colombe : Un roseau qui s'incline ; une feuille qui tombe ^ Rompt le charme léger qui suspend les douleurs. Écoutez dans son nid s'agiter l'hirondelle :

Tout lui semble un danger^ car elle a des petits: Peut-être elle a rêvé qu'ils étaient tous partis. La voilà qui se calme ^ elle les sent près d'elle l

Mais la lune se lève^ et pâlit mes crayons :

Ne bravez pas dans l'eau ses humides rayons.

Les pavots vont pleuvoir sur sa lente carrière ;

Au ciel; qui donne tout^ offrez votre prière^

Elle est pure et charmante ; et vous la dites bien.

La voix est faible encore , mais c'est Dieu qui l'écoute !

Un feible accent vers lui sait trouver une route f

II entend un soupir; il ne dédaigne rien.

£t maintenant dormez. Leurs mains entrelacées

Semblent lier encor leurs naïves pensées.

Hélas ! ces cœurs aimans, qu'elles viennent d'unir^

Ne les séparez pas, mon Dieu, dans l'avenir I

Us dorment. Qu'ilssont beaux! Queleur mèreestheureuse!

Dieu n'a pas oublié ma plainte douloureuse ;

Sa pitié m'écouta... Tout ce que j'ai perdu ,

Sa pitié, je le sens, me l'a presque rendu !

Sommeil ! ange invisible aux ailes caressantes, , Verse sur mes enfiins te^ fleurs assoupissantes; Que ton baiser de miel enveloppe leurs yeux , Que ton vague miroir réfléchisse leurs jeux } Au pied de ce berceau], que mon amour balance, Fais asseoir avec toi l'immobile silence.

Ma prière est sans voix ; mais elle brèle encor. Dieu ! bénissez ma nuit ; Dieu ! gardez mon trésor !

UNE MERE

UNE MÈRE

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