‹ A mes jeunes amisChapitre 37 sur 40 · IMITATION DE SHAKSPEARE · texte numérisé non relu

IMITATION DE SHAKSPEARE

jx accourt, on veut voir la mère infortunée D'Arthur; et la Pitié muette ^ consternée , Pleure , et n'ose répondre à ses profonds sanglots ; Et la prison mobile emporte sur les flots Arthur, le jeune Arthur , l'espoir de son veuvage.

Cet enfant-roi tombé dans l'esclavage.

Inconsolable, errante aux rivages déserts, De longs gémissemens elle frappe les airs , Gomme une aigle éperdue à son nid enlevée , Quand le lâche vautour , usurpateur affreux,

Cherchant un festin ténébreux , Dans l'ombre a dévoré la royale couvée.

Sur le sable, où la nuit répand un voile obscur, L'Écho mourant répond : Arthur ! mon cher Arthur!.. Un heureux de la terre, un sage , un insensible, Ne voit dans ses clameurs qu'au fol égarement; Pâle , elle ouvre les yeux , le regarde un moment , Et repousse en ces mots cette voix inflexible :

« Il me parle ! et jamais il n'a connu mon fils ; « Il n'entend pas mon ame, il me croit insensée. « Eh ! que me rendra-t-il pour tous mes biens ravis ? « Que ditril?.... Je ne sais , mais sa voix m'a blessée. « Oh ! tais-toi ! j'aime mieux écouter ma douleur ; « Elle parle d'Arthur, elle a seê jeunes charmes , a Elle a ses derniers cris , ses sanglots et ses larmes , « Ses suppliantes mains, son efFroi , sa pâleur 5 « Elle est... ce qu'il était! Oui, cette ombre fidèle m Au milieu de la uuit me réveille, m'appelle , « M'embrasse et m'apparatt avec ses traits chéris :

a Laisse-moi Tadorer , elle me rend mon fils ; « Elle me rend sa voix ! je l'écoute, je pleure ; « Je la suis comme Arthur , au son triste de l'heure ^ « Et sous son vêtement , quand je l'ai rencontré , « Elle m'en a fait voir le fantôme adoré.

« Toi , tu n'as pas de fils , je le vois , j'en suis sûre :

« Effrayé pour toi-même et plaignant ma blessure ,

« Tu te fondrais en pleurs , tu ne pourrais parler.

« Non I tu n'as pas de fils... peux-tu me consoler?

« Toi seul n'es pas ému de mes plaintes amères :

« Quand je parle d'Arthur , tout m'entend , tout frémit.

« Les Anges attentifs pleurent aux cris des mères ;

« Dieu même en les frappant les regarde et gémit;

tt II est père ! il est Dieu. Dans sa miséricorde ,

a II forme de nos pleurs l'espoir qu'il nous accorde :

« On m'a volé mon fils , et Dieu me le rendra.

« Mais ici.... plus jamais nous n'y serons ensemble!

« On m'a volé mon fils, on Temmène.... il niourra...

« Et je ne verrai plus d'enfant qui lui ressemble !

a Que ne suis-je insensée !... en mes rêves confus « Je serais , comme toi , froide , austère , farouche ; « Et le doux nom d'Arthur , exilé de ma bouche , « Fuirait de ma mémoire , et je n'aimerais plus ! « Je préfère la mort à ce songe immobile ; « Je veux aimer toujours ce que j'ai tant aimé , « Arthur , mon cher Arthur, qu'en ta pitié stérile « Tu ne m'as pas nommé !

« Oh! parle-moi d'Arthur !.. Mais tu nepeuxm'entendre.

« Hélas ! ce que le ciel a formé de plus tendre y

« Son miracle d'amour est-il connu de toi ?

« C'est le cœur d'une mère , et je le porte en moi , '

« Et je n'ai plus d'enfant ! et sa grâce enchaînée,

« Et ses pas inégaux^ que je guidais encor^

« Loin de ma destinée ^

« Ont emporté son sort !

« Et ce bel arbrisseau^ dont la tige brisée « Promettait à ma vie un ombrage si beau^ « Va languir sans amour , sans^ soleil , sans rosée,

« Sans^eur pour mon tombeau !...

« Ya ! je ne suis pas insensée !

« Ma raison tout entière éclate dans mes pleurs ;

« Elle approuve, elle ordonne, elle accroît mes douleurs •

« Et c'est un crime à toi de la dire éclipsée.

« Qui donc était sa mère?... Oh! moi!., c'était bien moi.

« Ces pleurs... ce sont mes pleurs qui tombent devant toi;

« Peux- tu les démentir? Sans joie et sans parure ,

« Gomme un saule mourant traîne sa chevelure,

« Vois mon front se courber : sous ce voile de deuil ,

« C'est la mère d'Arthur qui se traîne au cercueil.

« Suis-je insensée? £h bien ! à ce nom qu'on lui donne,

« C'est la mère d'Arthur qui meurt et qui pardonne ;

« Et si tu n'es ému , si ton cœur est glacé ,

« Va , c'est toi qu'il faut plaindre et nommer insensé!

« Et vous qui me disiez, dans vos leçons pieuses^

« Qu'au-delà du tombeau Dieu nous rend nos amours ,

a Ma mère , ouvrez les cieux^ vos mains religieuses

« VoDtrecevoîrmonfila; gardez-le moi toujoura ! « J'ini bientfti, bientôt.... Mais si l'aflreuie envie ■ Veut le feire périr ,

■ Souffrant, décoloré, détruit, il va mourir.

■ Je méconuaitral donc mon sang, ma propre vie!

■ Arrachez^uoi le cœur ou cet horrible eifroi ;

■ Vous tous qui m'écoutez, sauvei-le, lauvez^uoi! « Otei-^noi ces bandeaux qui pèsent sur ma tête....

a Je veux m'enfuir... Lai8sez...Non, que rien uem'airéte,

■ laisses-moi l'appeler, n'étouilêipasmescris;

■ Mon Arlhtu-I^noDenfiiat! mon univers ! mon fils!... >

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