‹ A mes jeunes amisChapitre 6 sur 40 · VALLÉE DE LA SCARPE · texte numérisé non relu

VALLÉE DE LA SCARPE

ON beau pays, mon frais berceau ;

Air pur de ma verte contrée^

Lieux où mon enfance ignorée

Coulait comme un humble ruisseau !

S'il me reste des jours ^ m'en irai-je, attendrie^ Errer sur vos chemins qui jettent tant de fleurs 5 Keplonger tous mes ans dans une rêverie OÙ Famé n'entend plus que ce seul mot : a Patrie ! »

Bt ne répond que par des pleurs ?

Ciel !... un peu de ma vie ira-t-elle, paisible^

Se perdre sur la Scarpe au cristal argenté ?

Cette eau qui m'a portée^ innocente et sensible ^ Frémira-trelle un jour sous mon sort agité?

Entendrai-je au rivage encor cette harmonie ^ Ce bruit de l'univers^ cette voix infinie^ Qui parlait sur ma tête et chantait à la fois Gomme un peuple lointain répondant à ma voix ?

Quand le dernier rayon d'un jour qui va s'éteindre Golore^l'eau qui tremble et qui porte au sommeil; O mon premier miroir ! 6 mon plus doux soleil ! Je vous vois... et jamais je ne peux vous atteindre! Mais cette heure était belle , et belle sa couleur : Dans son doux souvenir un moment reposée ^ Elle passe à mon ame ainsi que la rosée

Passe au fond d'une fleur^ D'un repentir qui dort elle suspend la chaîne ^ Pour la goûter en paix le temps se meut à peine ^ Non , ce n'est pas la nuit, non , ce n'est pas le joifr ; C'est une douce fée , et je la nomme : Amour !

Cest l'heure où Tame en vain détrompée et flétrie

Rapelle en gémissant l'ame qu'elle a chérie. ^

Oh! qui n'a souhaité redevenir enfant I

Dans le fond de mon cœur que je le suis souvent!

Mais comme un jeune oiseau^ né sous un beau feuillage;

Fraîchement balancé dans l'arbre paternel^

Supposait à sa vie un printemps éternel y

Et qui voit accourir l'hiver dans un orage ,

J'ai vu tomber la feuille ^ au vert pur et joyeux^

Dont le (î^missement plaisait à mon oreille^

Du même arbre aujourd'hui la fleur n'est plus pareille :

Le temps ; déjà le temps a-t-il touché mes yeux?

Du moins ^ là-bas^ dans Fombre^ où par lui tout arrive ^

Si mes pas cliancelans tombent avant le soir^

n est doux en fuyant de regarder la rive

Où naguères l'on vint jouer avec l'espoir.

Là^ de la vague enfance un regret qui sommeille

Dans les fleurs du passé tout-à-coup se réveille ;

n reparait vivant à noà yeux d'aujourd'hui ;

On tend les bras ^ on pleure en passant devant lui !

Ce tendre abattement vous saisit-il ^ mon frère ^

Le soir , quand vous passez près du seuil de mon père ?

Croyez-vous voir mon père assis ^ calme y rêveur?

Dites- vous à quelqu'un : « Elle était là ^ ma sœur ! i>

Eh bien ! racontez-moi ce qu'on fait dans nos plaines ;

Peignez-moi vos plaisirs ^ vos jeux ^ surtout vos peines.

Dans l'église isolée... où tu m'as dît adieu ^

Mon frère , donne encor à Faveugle qui prie :

Dis que c'est pour ta sœur; diS; pour ta sœur chérie ;

Dis que ta sœur est triste y et qu'il en parle à Dieu !

Et le vieux prisonnier de la haute tourelle

Respire-t-il encore à travers les barreaux?

Partage-t-il toujours avec la tourterelle

Son pain , qu'avaient déjà partagé ses bourreaux ?

Cette fille de l'air^ à la prison vouée ,

Dont Taile palpitante appelait le captif^

Etait-ce une ame aimante au malheur envoyée?

Etait-ce l'espérance au vol tendre et furtif ?

Oui ; si les vents du nord chassaient Toiseau débil« ^ L'œil perçant du captif le cherchait jusqu^au soir 5 De l'espace désert voyageur immobile^ Il oubliait de vivre } il attendait l'espoir. Car toujours jusqu'au terme où nous devons atteindre ^ Jusqu'au jour qui n'a plus pour nous de lendemain ^ Le flambeau de l'espoir vacille sans s'éteindre ^ Comme un rayon qui part d'une immortelle main.

£t lui^ voit-il encor la froide sentinelle

Attachée en silence^ au cercle de séjours ?

D'une faute expiée est-ce l'ombre éternelle ?

Sur ces rév^ troublés veille-t-elle toujours ?

Regarde-t-il encor sous sa demeure sombre

Les fleurs?,.. Libre du moins ^ toi ^ tu les cueilleras !

Oh ! que j'ai vu souvent ses yeux luire dans l'ombre ^

Étonnés qu'un enfant vînt lui tendre les bras !

Il me montrait ses mains l'une à l'autre enchaînées ;

Je les voyais trembler^ pàlea et décharnées:

Au poids de tant de fer joignait-il un remord?

)» 54 «es

Est-il heureux enfin? est-il libre? est-il mort? Que j'ai pleuré sa vie ! 6 Liberté céleste !

Sans toi^ mon jeune cœur étouf&it dans mon sein ; Je t'implorais au pied de ce donjon funeste.

Un jour... as-tu ^ mon frère ^ oublié ce dessein? De la déesse un jour tu me montras l'image:

O Dieu ! qu'elle était belle! Arrivais-tu des cieux ^ Liberté y pour ouvrir et pour charmer les yeux? Dans nos temples d'alors on te rendait hommage ; Partout l'encens y les fleurs y l'or mûri des moissons y Les danses du jeune âge et les jeunes chansons , Partout l'étonnement y le doux rire des Grâces y Partout la foule émue à genoux sur tes traces !

Et je voulais courir, pour le vieux prisonnier, Te chercher par le monde où l'on t'avait revue ; Te demander pourquoi, dans nos champs revenue, A bénir ton retour il était le dernier ?

Doux crime d'un enfant ! clémence aventureuse ! Je t'aime, un jour entier tu m'a» rendue heureuse !

Toi dont le cœur naïf y prêta du secours y

Hoa frire ^ dans mes vœux reconnais*moi toujours.

Que jamais sur ta vie une grille inflexible

N'étende son voile de fer !

Sois libre ^ et que le sort content^ s'il est possible y N'ajoute plus tes maux à ce que j'ai souffert !

On m'arrêta fuyante ; et^ craintive, à ma mère Je fus à jointes mains conduite vers le soir. Omère I trop heureuse encorpeme revoir , Sa tremblante leçon ne me fut point amère } Gar^ de mon front coupable en détachant les fleurs, Pour cacher son sourire elle baisa mes pleurs.

J'oubliai mon voyage , et jionaista soufB*ance, Vieux captif! et jamais ton doux nom, Liberté I Et jamais ton pardon de nM>n cœur regretté^ Ma mère ! et ton beau rêve envolé , belle France ! Et la leçon : « Ma fille, où voulez-vous courir? « Votre idole n'est pas où vous pensez l'atteindre.

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« Un flambeau vous éclaire, et vous alliez l'éteindre : « Ce flambeau y c'est ma vie, et je n'ai qu'à mourir , « Si vous m'abandonnez. Pour vous , chëre ingénue , « Livrée à des regrets que vous ne savez pas^ M Sous le toit déserté , faible et traînant vos pas ,

« Trop tard vous seriez revenue.

« Vos yeux à peine ouverts égareront vos jours ^ « Enfiaint, si près de moi vous ne marchez toujours.

(( La Liberté, ma fille , est un ange qui vole )

a Pour l'arrêter long-temps la terre est trop frivole ;

« Trop d'encens lui déplaît, trop de cris lui fout peur \

« Elle étouffe en un temple , et sa puissante haleine ,

« Qui cherche les parfums et l'air pur de la plaine,

« Rafraîchit en passant le front du laboureur.

(( On dit qu'elle descend rapide, inattendue;

«c Que son aile sur nous repx>se détendue....

tt Hélas 1 ou donc est-elle? en vain j^uvre les yeux ;

« En vain , dit-on : «Voyez! » Je ne la vois qu'aux cieux.

« Loin y bien loin des palais, au toit du pauvre même ,

o Où l'on travaille en paix, où l'on prie , ou l'on aime ,

a Où l'iadigeDce obtieot une obole et des pleurs ,

E La Déesse en silence aime à jeter ses fleurs;,

■ Les fleurs tombent sans bruit, et de peur de l'envie,

a On les effeuille k Dieu, qui dit : a Cache ta vie. »

a Ainsi priez , ma fille^ et marchez près de moi :

( Un jour tout sera libre , et Dieu seul sera roi. d

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