‹ A mes jeunes amisChapitre 7 sur 40 · A MES SŒURS · texte numérisé non relu

A MES SŒURS

A MES SCEURS.

'étais enfant; l'eniance est écouteuse ; Sur notre beau navire emporté par les vents ^ En^e le ciel et Fonde et nos destins mouvans y Les vieux marins charmaient la route aventureuse ^ Le soir sous le grand mât circulaient leurs récits : Je n'avais plus de peur alors qu'entr'eux assis Des voyages lointains ils commençaient Thistoire. Us ne mentaient jamais ; je veux toujours le croire ; Et y quand l'heure avec nous s'envolait sur les flots ^ On appelait en vain y parmi les matelots y Un jeune passager dont la vue attentive

Poursuivait tristement la vague fugitiv e :

On eût dit que si jeune ^ et si triste ^ et si beau^

Sur cette route humide il voyait un tombeau.

Un soir que le vaisseau^ bondissant sous ses voiles^ Formait un long sentier tout scintillant d'étoiles^ £n regardant Couvrir ce sillage éclatant^ Je disais : Conduit-il au bonheur qui m'attend? Je croyais qu'une fée, en épurant les ondes ^ Pour tracer au navire un lumineux chemin^ Brûlait des lampes d'or sous les vagues profondes; Et moiypûiu^^ihn bénir ^ je lui tendais la main.

A mes yeux fascinés la belle Néréide

Errait^ sans se mouiller^ dans son palais humide ;

Je voyais son front calme orné de diamans^

Et dans- le frais cristal glisser ses pieds charmans.

Je tressaillais de crainte , et de joie et d'envie;

J'aurais voulu près d'elle aller passer ma viej

Car je révais encor ces contes qu'autrefois^

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Pour m!endormir^ ma mère enchautait de sa voix !

Peut-être à mon berceau quelque aimable marraine

D'un talisman secret avait doté mon sort ;

Peut-être que des flots elle était souveraine j

Et que ses doux regards me protégeaient encor. . .

Un soupir dissipa la scène de féerie :

Le j eune homme sur Tonde était aussi penché ;

Je me souvins alors que je l'avais cherché^

Et que l'on m'envoyait troubler sa rêverie;

Car déjà le soleil s'éteignait dans les flots ^

Et les récits du soir charmaient les matelots.

« VienS; lui dis-je^ on t'attend. Vois !la mer est tranquille; faut conter : pom*quoi ne parles-tu jamais ?

Des joyeux passagers quelle douleur t'exile ? Pleures-tu ton pays ? eh bien ! si tu l'aimais y Viens-en parler long-temps. Moi, j'ai quitté la France, Mais j'en parle, et la plainte éveille l'espérance. Vois-tu : le même ciel nous aime et nous conduit; ^ L'étoile qui m'éclaire est celle qui te luit;

Sa lueur au navire annonce un vent prospère^

Et moi^ je reverrai la maison de mon père !

Toi^ n'as-tu pas un père? et n'est-ce pas pour lui

Que l'on t'a vu prier en pleurant aujourd'hui?

Ne pleure plus. Ecoute! on chante au bruit des ondes !

Que cet air est charmant ! c'est un écho français ;

Dans nos humbles vallons que je le chérissais !

Viens l'apprendre : il t'appelle, il faut que tu répondes.»

Et le jeune inconnu, moins fiirouche à ma voix,

Vint au cercle conteur prendre place une fois.

Ce qui m'a fait pleurer, jamais je ne l'oublie : C'est un songe du cœur, il survit au réveil.

Si le charme» jen pouvait deux fois étxe pareil. Mes sœurs , je vous dirais, dans sa mélancolie, Ce songe, qu'en parlant j'écoute encor tout bas^ Mais il est des accens que l'on n'imite pas !

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