‹ à mes prêtres [microforme] (volume 2)Chapitre 9 sur 23 · Avec les gens du monde · texte numérisé non relu

Avec les gens du monde

Vous n'êtes pas appelés à une vie d’anachorètes ; vous devez avoir des relations avec ceux qui vous entourent, surtout avec vos paroissiens.

Vous devez toujours vous rappeler ce conseil : C'avete ab hominibus. Méfiez-vous surtout de vous-mêmes : Facilius est domi

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latere quam foris se posse custodire sufficienter. (Imit. 1, 20.) Allez au peuple en prêtres ; agisses, conversez en prêtres ; surnaturalisez toutes vos actions, n'oubliant pas que si vous alles au peuple, c'est pour travailler à son relèvement moral, à sa sanctification : Vade ad populum et sanctifica illos. Soyez au milieu du monde comme des flambeaux tout resplendissants de vertu et de sainteté : Inter quos lucetis sicut luminaria in mundo. Mettez incessamment à exécution le précepte de l’Apôtre: Teipsum præbe exemplum bonorum operum. Exzemplum esto fidelium in verbo, in conversatione, in charitate, in fide, in castitate... Hæc autem et leipsum salvum facies et eos qui te audiunt.

Dans ces relations, pour qu’elles soient utiles, il faut que vous montriez d’abord :

a) La douceur. ‘ Le signe le plus certain pour savoir si une âme est vertueuse, c’est d'envisager la douceur qu’elle montre dans les occasions difficiles. ” Par ces paroles saint Jean Climaque semble placer la douceur au-dessus de toutes les vertus. C'est que la douceur chrétienne suppose en effet ia réunion des vertus d'humilité, de foi, d'abnégation, de charité, de dévouement, etc.

Et combien de prêtres en font peu de cas !

‘La douceur, dit saint Alphonse de Liguori, est une vertu qui consiste dans une parfaite immobilité de l'âme, par laquelle nous réprimons en nous l’animosité et le ressentiment, et supportons avec patience les humiliations, les mépris, les injures. ” Celui qui est doux est toujours rempli d’une attention délicate à éviter tout ce qui peut faire de la peine, à aller au-devant de ce qui peut faire plaisir ; et cela parce qu’il est humble et, qu’estimant les autres au-dessus de lui, il n’a pour tous que des prévenances et des égards.

La douceur est la fille de l'humilité, elle en est la fleur, elle en est le charme. La plupart du temps, les manquements à la douceur viennent du défaut d’humilité. Pourquoi cette vivacité -cette brusquerie, cet emportement ? Parce qu’on a été piqué,

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contrarié, vexé, humilié. Un peu d’humilité et tout serait supporté avec calme et sans que la douceur en souffre le plus léger dommage. On voudrait ne trouver dans son ministère que des consolations sans amertume, des succès sans obstacles, des victoires et des triomphes sans combats ; c'est impossible. Il faut donc savoir supporter une contrariété, une vexation, une humiliation, avec cette douce tranquilité qui émoussera les traits de l'ennemi et maintiendra du moins la paix dans l'âme.

Cette vertu est si absolument nécessaire que Notre-Seigneur a voulu en être particulièrement le docteur. Il n'a pas dit : Apprenez de moi à opérer des miracles, à guérir les malades, à ressusciter les morts ; mais, apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. ”

Leçon sublime et à la portée de tous ; car si tous ne peuvent pas s'élever à de hautes connaissances, faire des aumônes abondantes, soutenir des jeûnes rigoureux, tous peuvent aimer et pratiquer la douceur et, par elle, avoir part au mérite des autres vertus.

Puis la douceur est séduisante ; elle donne un charme idéal au regard qu’elle inspire, de l’amabilité aux traits et à la voix, au front une sérénité qui attire, à tout l’être humain un reflet de la personne de Jésus-Christ ; elle tient en quelque sorte la clef de tous les cœurs.

“S'il est impossible de plaire à Dieu sans la foi, dit saint Bernard, il ne l’est pas moins de gagner les cœurs des hommes et de les conduire sans la douceur. ” Et saint Jean Climaque de dire : “ Rien qui édifie davantage, rien qui attire plus d’âmes à Dieu que les exemples d’un prêtre doux.

Vous suivrez donc toujours le conseil du Saint Esprit : Fili, in mansuetudine opera tua perfice. Mettez en pratique la maxime de saint Vincent de Paul : ‘‘ Traitez les inférieurs avec douceur ; usez , ujours de prières et de paroles aimables et jamais de mots rudes et injurieux... Si un homme ne se gagne pas par douceur, il sera difficile de l’avoir autrement. ”

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