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Amour pour le Saint Père

Le prêtre a un cœur ; il doit aimer, il aime. Il y a un homme qui est notre prochain le plus proche, c'est le supérieur. Après Dieu et nous-mêmes, il est, dans la hiérarchie de la charité, le premier objet de nos devoirs.

Et le premier de nos supérieurs ici-bas est le Pape, le Vicaire de Jésus-Christ, le représentant visible de Dieu sur la terre.

Avant de monter au ciel, Jésus avait promis aux Apôtres qu'il ne les abandonnerait pas, qu'il serait avec eux jusqu'à la fin du monde. Le bon Maître a tenu fidèlement sa promesse. Il a fait sa demeure parmi les enfants des hommes en instituant l'admirable sacrement de nos autels. Dans l'Eucharistie il est vraiment, réellement, susbtantiellement présent avec son corps, son sang, son âme et sa divinité. Mais tout en étant réellement présent, il est caché sous les espèces du pain et du vin ; il ne se manifeste en aucune manière aux sens de l'homme. En vain celuici écoute, regarde et palpe ; il n'entend rien, il ne voit rien et il ne touche que du pain et du vin. O mystère ! Est-ce donc là cette présence que Jésus avait en vue lorsqu'il promettait à ses disciples d'être avec eux jusqu'à la fin du monde ? Oui, l'Eucharistie est une des formes par lesquelles se réalise la présence du Sauveur parmi nous ; mais ce n'est pas la seule. Pour réaliser son projet, que fait-il ? Il institue, il crée, en quelque sorte, une nouvelle présence réelle. Mais cette fois il ne se sert pas d'éléments matériels ; point de pain ni de vin, c'est un homme qu'il lui faut. Il se choisit un représentant, un autre Lui-même, un vicaire visible qu'on pourra voir, entendre, consulter, vénérer.

Il choisit le Bienheureux Apôtre Pierre et, l'élevant au-dessus

de tous, il lui dit : " Je te dis que tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise. " c'est-à-dire, moi, le Fils de Dieu, je te dis à toi mon vicaire, moi le Souveiran Pontife éternel, à toi le Souverain Pontife par adoption, le second Christ, représentant du premier, je te dis que tu es Pierre, tu es pierre avec moi, comme moi et en moi. Moi, Jésus, je suis la pierre angulaire, la pierre fondamentale sur laquelle tout repose ; et toi aussi, tu deviens pierre recevant par ma grâce l'immuable solidité que je possède par nature. Désormais mon Eglise reposera sur toi, parce que désormais tu ne fais plus qu'un avec moi, parce que je te constitue sur la terre mon vicaire unique, mon fondé de pouvoir, mon premier ministre. C'est en reposant sur toi que mon Eglise reposera sur moi, de telle sorte qu'il sera facile à toute créature de reconnaître où est mon Eglise, où est ma vérité, où est ma voie, où est ma vie.

Et à partir de ce moment Jésus n'a pas cessé d'être présent dans son Eglise par le moyen de son Vicaire. Pierre et ses successeurs sur le siège de Rome ont été comme le voile de cette présence réelle.

Depuis ce jour, on n'a jamais manqué de voir dans le chef de l'église un autre Jésus-Christ.

Ce fut la volonté de Dieu, dit saint Augustin de faire de Pierre à qui il remit ses brebis, un autre lui-même, un avec lui, afin qu'il put les lui confier. " Saint Bernard enseigne la même chose en écrivant au Pape Eugène III " Vous êtes le Christ par l'onction du Saint-Esprit." Et saint François de Sales de dire " Le Pape et l'Eglise, c'est tout un. " Les Souverains Pontifes euxmêmes ont proclamé hautement cette vérité chaque fois qu'ils en ont eu l'occasion : " Dieu, disait un jour Pie IX, s'est choisi sur la terre un vicaire et ce vicaire de Dieu, c'est moi. "

Et le plus humble des fidèles professe cette croyance. Un jour, Mgr de Ségur se promenait dans la campagne romaine. Il rencontre un petit pâtre ; il l'interroge sur son catéchisme " Sais-tu lui demanda-t-il, ce qu'est le Pape " " Je crois bien, répond l'enfant ; le Pape, c'est le Christ sur la terre " Et en disant cela, il se découvrit respectueusement.

Avec tous les Saints Pères, avec les Docteurs, avec toute la

tradition catholique, notre devoir est de respecter, de vénérer, d'aimer ce roi de l'Eglise universelle, ce second Christ que le Fils de Dieu a constitué son vicaire au milieu des hommes et, en cet homme très sacré, vénérons, aimons Jésus Lui-même, le Pasteur éternel, l'évêque de nos âmes, l'unique chef de l'Eglise, le père de l'humanité régénérée. Telle est l'union qui existe entre Jésus-Christ et son vicaire qu'ils ne font qu'une personne morale. Ce que commande, ce que défend, ce qu'exécute le Pape, Jésus le commande, le défend, l'exécute avec lui.

Aussi quelle a été l'obéissance des saints à la volonté du Souverain Pontife !

L'historien de saint Ambroise nous apprend qu'un jour, après avoir reçu une éloquente et courageuse lettre du pape saint Sirice, le grand Docteur convoqua à Milan les évêques de sa région et, de concert avec eux, rédigea pour le Vicaire de Jésus- Christ une réponse collective où se révèlent, dans les termes les plus touchants l'amour, la reconnaissance et le respect pour le Pontife de Rome : " Vous êtes bien le bon Pasteur, écrivirentils au Pape ; vous gardez avec amour et vous défendez avec fermeté le bercail de Jésus-Christ ; vous veillez sur la porte de la bergerie et vous méritez bien que les brebis du Sauveur vous écoutent et vous suivent. De tout notre cœur nous vous en bénissons. "

Le Pape Pie VI, trompé par de faux rapports, avait exclu saint Alphonse de Liguori de la Congrégation fondée par lui. Loin de se plaindre, le Saint disait : " Le Pape le veut, Dieu le veut et moi aussi. "

Telle a été l'obéissance de saint Charles Borromée. " Souvenezvous, disait ce Saint à un de ses familiers qui marquait son mécontentement d'une réponse défavorable venue de Rome, souvenez-vous que nous devons obéir à Dieu en toutes choses et que le Saint Père nous le représente sur la terre ; se soustraire à l'obéissance du Pape, c'est désobéir aux ordres de Dieu. Instruisons le Pape le mieux qu'il nous sera possible, de toutes nos affaires ; après cela, demeurons en paix et attendons avec soumission ce qu'il lui plaira d'ordonner. "

L'historien de saint Vincent de Paul écrit que " ce Saint était

constamment uni au Souverain Pontife, en la personne duquel il respectait et aimait Jésus-Christ ; et lorsque le Saint Siège était vacant par le décès de quelque Pape, il ne cessait de prier Dieu et de le faire prier incessamment par les siens afin qu'il plut à sa bonté d'en donner un qui fut selon son cœur. Quand l'élection était canoniquement faite, il concevait un respect et une affection filiale envers celui qui était installé en cette sublime dignité. "

Et à ce propos le Comte J. de Maistre écrivait : " Examinez l'un après l'autre les grands Docteurs de l'Eglise catholique ; à mesure que le principe de sainteté a dominé chez eux, vous les trouvez toujours plus fervents envers le Saint Siège, plus pénétrés de ses droits, plus attentifs à les défendre. " Aussi le Pape Benoît XIV déclarait, dans son traité de la canonisation des saints qu'il faut compter parmi les signes d'une vertu héroïque la soumission et l'obéissance parfaites au Chef de l'Eglise. "

Sans doute le Chef de l'Eglise est digne de notre plus profond respect, de notre plus entière soumission puisqu'il est le représentant de Dieu sur la terre, le Vicaire du Christ ; mais il est aussi le père de tous les chrétiens. S'il est une dénomination qui lui convienne plus particulièrement, qui soit plus communément employée par les fidèles, c'est bien celle-là. Presque toujours et partout, quand il s'agit du Chef de l'Eglise, on le désigne sous le nom de " Père, " de " Saint Père. "

Ce Souverain Pontife, ce Père béni, il nous faut l'aimer. Saint Pierre Damiens affirme : que celui-là seul est l'ami du Christ qui aime son Vicaire. " " Aimer le Pape, dit Mgr de Ségur, c'est aimer l'Eglise, c'est aimer Jésus-Christ, c'est aimer le bon Dieu."

Cet amour, témoignons-le par nos prières à Dieu en sa faveur ; car il est revêtu de fonctions extrêmement difficiles, pénibles et redoutables ; il ne peut s'en acquitter avec les seules forces humaines. Son ministère a pour but de continuer l'œuvre de Jésus- Christ sur la terre ; sa juridiction s'étend sur nous comme celle du Sauveur. Qui peut envisager sans trembler une telle responsabilité ? Des millions de consciences dépendent de lui, des milliers de causes attendent sa décision ; les intérêts qu'il doit régler sont d'une importance supérieure à tous les autres puisque ce

sont les intérêts éternels des âmes. Comme il a besoin de s'appuyer sur Dieu, comme il doit compter sur les lumières du Saint- Esprit ! Tous les jours prions pour lui afin que Dieu l'éclairé et l'assiste constamment. Alors nous remplirons un devoir sacré; nous plairons à Dieu et nous attirerons sur nous ses faveurs.

A l'égard du Pape, ayons donc une vénération profonde et un amour filial comme au Chef de l'Eglise et au Vicaire de Jésus- Christ ; ayons une soumission totale, sincère, hautement professée, non seulement à ses oracles infaillibles, mais encore à toutes ses directions doctrinales ou disciplinaires ; prions ardemment pour sa personne sacrée et pour ses œuvres ; montrons du zèle pour soutenir son autorité, défendre ses droits et ses intérêts, selon l'étendue de nos pouvoirs. Et cherchons à faire partager aux fidèles confiés à nos soins les sentiments qui nous animent à l'égard du Souverain Pontife.

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