Amour pour votre Evêque
Ces sentiments de religieux respect et de sincère affection le prêtre doit les avoir pour son évêqne, s'il veut attirer sur son ministère les bénédictions du ciel. Quoiqu'il fasse pour le rendre heureux, la vie de l'évêque est toujours rude, la croix qu'il porte est lourde. C'est vrai, il ne doit pas s'en plaindre, car il sert un maître économe qui ne laisse rien perdre, pas plus une goutte de nos sueurs qu'une goutte de ses rosées et, dans ses souffrances, il pense à la moisson de mérites que les anges engrangent pour lui dans les celliers du bon Dieu.
Mais il a droit de compter sur le respect, l'affection, la soumission de ses prêtres et il en a besoin pour la bonne administration de son diocèse. Le prêtre doit voir en lui le représentant de Dieu et regarder son autorité comme une émanation de l'autorité même de Dieu, comme l'expression de son vouloir souverain.
Quelle belle leçon donne au prêtre Jésus-Christ lui-même ! Les trente premières années de sa vie sont résumées dans ces
trois mots : " érat subditus illis. " Dans la sainte maison de Nazareth, trois personnes y habitaient. De ces trois personnes, quelle est celle qui commande ? C'est Joseph, Joseph, grand saint sans doute, mais incomparablement moins éclairé, moins parfait que Marie, et surtout à une distance infinie de Jésus. Et cependant Joseph commande et Jésus obéit. Dans celui qui reçut la mission de protéger son enfance, il voit le représentant de son Père céleste.
Dans toute société comme dans une famille, il faut un chef. Or l'Église est un royaume dont Jésus-Christ est le chef invisible. Mais à une société visible il fallait un chef visible et des supérieurs visibles. Il a substitué à sa place Pierre, comme le moteur universel ; il a établi dans son Eglise des évêques dépendant de Pierre ou du Pape, son successeur, et chargés de diriger une portion déterminée du troupeau, de gouverner un diocèse : " Posuit épiscopos regere Ecclesiam Dei. "
Rappelez-vous ce qui est arrivé au jour le plus solennel de votre vie. Vos mains venaient d'être consacrées ; vous aviez célébré avec l'évêque votre première messe et reçu de lui le pouvoir de remettre les péchés. Pendant que vous étiez à genouxdevant lui, le cœur rempli de consolations saintes, tout tremblant d'émotion, l'évêque vous a demandé : " Promittis mihi et successoribus meis reverentiam et obedientiam f Et c'est sincèrement que vous avez répondu : " Promitto. " C'était bien le moins que vous puissiez faire pour reconnaître les grands dons du ciel qui vous étaient venus par ses mains. Toute promesse lie un honnête homme, surtout si elle a été revêtue d'une forme sacrée, publique, irrévocable. Or telle est celle de l'ordination ; faite sans restriction aucune, elle a été sérieuse, absolue, générale. On ne peut y manquer sans offenser Dieu grièvement.
Au reste c'est Jésus-Christ lui-même, par la bouche du grand Apôtre saint Paul, qui dit aux prêtres : " Obedite prœpositis vestris et subjacete eis" (Heb. xiii, 45) ... " Obedite in simplicitate œrdis vestri sicut Christo. " (Eph. vi, 5). Quoi de plus sûr dans la vie ? Quoi de plus consolant à la mort que de pouvoir se rendre le témoignage d'avoir toujours obéi dans la simplicité du cœur !
Comme les saints se sont toujours soumis à cette volonté expresse de Notre Divin Sauveur !
Au moment de partir pour le cirque de Rome qu'il allait arroser de son sang, saint Ignace d'Antioche écrivait des sortes de testaments aux diverses églises. Ecoutez les accents de cette voix qu'interrompent déjà les rugissements avides des lions et qui vous crie avec une persévérance infatigable: " L'Esprit-Saint m'a instruit et m'a dit de vous exhorter à ne rien faire sans Vévêque. . . Celui qui aime et honore l'évêque sera lui-même aimé et honoré de Dieu. Obéissez à l'évêque et soyez-lui soumis comme Jesus-Christ l'a été à son Père dans le cours de sa vie mortelle, comme les Apôtres l'ont été à Jesus-Christ, " Quelle langage \ Toujours l'évêque à la place de Jésus-Christ, et cela sans restriction, sans atténuation. C'est le langage le plus éloquent, le plus formel tout à la fois de la soumission catholique. Ainsi parlaient tous les contemporains au moment où brûlant d'amour pour lui, ils allaient signer de leur sang des instructions qu'ils léguaient à l'Eglise.
" Aimez votre évêque, soyez-lui soumis et regardez-le comme le père de votre âme, " écrivait saint Jérôme. " Quand on offense un supérieur, on résiste aux desseins de celui qui l'a établi, ' affirmait saint Grégoire le Grand. " Il y a de la cruauté à censurer des hommes dont la charge fait trembler " disait saint Bernard.
C'est cette vérité qu'ont cherché à répandre nos Papes contemporains. Ecoutez Léon XIII dans son Encyclique au clergé de France : " La discipline ecclésiastique exige l'union entre les divers membres de la hiérarchie, le respect, l'affection, l'obéissance des inférieurs à l'égard des supérieurs. Nous le disions naguère dans nos lettres à l'Archevêque de Tours : l'édifice de l'Eglise dont Dieu lui-même est l'architecte, repose sur un très visible fondement d'abord sur l'autorité de Pierre et de ses successeurs, mais aussi sur les Apôtres et les successeurs des Apôtres qui sont les évêques, de sorte que, écouter leur voix ou la mépriser équivaut à écouter ou à mépriser Jésus-Christ luimême. "
Et le saint Pape, Pie X disait un jour : " Vous savez ce que dit
saint Thomas. d'Aquin : " la discipline n'est autre que l'ordre. Pour produire l'ordre il est nécessaire d'obéir ; or, il faut le dire, de nos jours on ne sait plus obéir. Jusque dans le sanctuaire, on respire cet air empoisonné qui infecte la société, l'air de l'indépendance. Et peut-être mus par ce sentiment, sous prétexte de faire le bien, certains jeunes gens, même des prêtres, manquentils à un devoir qui s'impose à tous, mais surtout aux ministres du Seigneur. "
Les prêtres se feront donc un devoir de suivre le conseil si sage qui leur est donné par tous les saints. Ils suivront docilement la direction générale donnée par la discipline et le ministère ecclésiastique sans chercher à éluder les statuts du diocèse ou à s'y soustraire, en se livrant à de subtiles et dangereuses distinctions pour faire une séparation entre l'ordre et le conseil.
Il y aurait injustice pour eux à se prononcer précipitamment sur des mesures émanant de l'autorité diocésaine et dictées souvent par une sagesse qu'on n'est pas à même d'apprécier. N'estil pas avéré que très souvent l'autorité administrative s'inspire, pour prendre le parti qu'elle'prend de motifs qui ne sont pas connus . dehors, qui ne peuvent pas l'être, qui ne doivent pas l'être. Quoi de plus facile de formuler au coin du feu de merveilleuses utopies dont le bon sens et la pratique des affaires auraient bientôt fait justice ? L'évêque connaît et dirige tous les ressorts du gouvernement de son diocèse, placé au point de vue d'où il peut en saisir l'ensemble, est plus que personne à portée de bien juger ce qui est ou non compatible avec les véritables besoins du corps dont il est le chef ; semblable à l'observateur assis au sommet d'une colline et embrassant d'un coup d'œil tous les objets qui se déroulent à ses pieds, ne saurait-il pas, mieux que tout autre, voir ce qu'il y a à faire pour le bien de tous ?
Que les prêtres se rappellent toujours ces belles paroles de Bossuet : " L'obéissance est trop curieuse qui examine les causes du commandement ; elle ne doit avoir des yeux que pour considérer son devoir. "
Du reste un moyen bien simple de couper court à l'esprit de critique, c'est de tenir pour certain que l'évêque a une conscience, qu'il la consulte, qu'il l'écoute, avant de parler et d'agir, que
plus d'une des déterminations auxquelles il s'arrête lui a coûté de longues et peut-être douloureuses réflexions ; qu'il a prié pour que Dieu l'éclairât de ses lumières, en un mot qu'il s'est conduit en évêque soucieux de remplir son devoir.
Demandons à Dieu de faire que dans tous les diocèses les prêtres se groupent autour de leurs premiers pasteurs ; qu'ils soient pleins de charité pour eux, qu'ils se soumettent avec un affectueux respect à leurs jugements, décisions ou mesures, adoptant leurs inspirations pour règle de leur conduite ; qu'ils forment une édifiante association de cœurs et d'intelligences unis pour le bien commun par l'harmonie des vœux et des efforts. A cette vue, les ennemis même du sanctuaire seront saisis d'admiration, comme autrefois Balaam qui s'écriait en contemplant le camp du peuple hébreu : " O Jacob, que tes pavillons sont beaux ! Israël, que tes tentes sont magnifiques : qua?n pulchra tabernacula tua, Jacob, et tentoria tua, Israël ! (Num. xxtv, 9).