doit être surnaturel
D'abord il doit être surnaturel ; il doit prendre sa source dans les inspirations de la charité, c'est-à-dire, de l'amour de Dieu. Le prêtre vraiment zélé doit être uni à Dieu seul, n'avoir plus de joie, de tristesse, de complaisance que par rapport à Dieu seul. Il doit répéter ces paroles que le Roi de Sodome adressait à Abraham : " donnez-moi les âmes et prenez le reste pour vous. (G en. iv, 21). Et quand une fois il rencontre des âmes qu'il peut sanctifier, il ne doit pas s'arrêter à leurs qualités extérieures, ni même à leurs qualités surnaturelles, mais il ne doit voir en elles que l'image de Jésus. Et plus cette image est souillée, défigurée, plus il doit s'y attacher, imitant en cela le Divin Sauveur qui a dit : " Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs. " (Saint Mathieu, ix, 13).
Le seul objectif du prêtre zélé est la gloire de Dieu et le salut des âmes. Il ne peut évidemment pas se laisser diriger par quelque considération étrangère. L'ambition, le désir de paraître, de capter les suffrages des hommes ne doivent compter pour rien dans ses travaux : " Si je cherchais à plaire aux hommes, je ne serais plus le serviteur du Christ. " disait saint Paul. (Ad G al. I, 10).
Et alors, vraiment épris de l'amour de Dieu, il opérera des miracles de zèle : " fecit enim mirabilia in vitâ sua. "
" Donnez- moi douze apôtres, douze prêtres animés de l'esprit de la charité de Dieu, disait saint Philippe de Néri, et je réponds de la conversion du monde. " Le prêtre qui vraiment se sent auprès des âmes le ministre de Dieu, de ce Dieu, Pater misericordiarum . . . cui proprium est miserere semper et parcere, pourrait-il n'être pas ému, attendri, prêt à tous les sacrifices pour ramener ces âmes à Dieu, qu'elles soient ou languissantes ou muettes ? Quel tressaillement n'éprouvera-t-il pas dans son cœur et quel langage sortira de ses lèvres quand une âme s'approchera de lui et lui dira : " bénissez-moi, mon père, car j'ai péché ?" Ce ne sera pi as lui qui sentira en lui, qui palpitera en lui, qui parlera en lui, ce sera Jésus-Christ avec ses divines tendresses et sa compassion infinie. " In me Christus loquitur. " (Ro., vin, 10).
Et pour les attirer à lui ces âmes si chères à Dieu, il faut que son zèle soit prudent, c'est-à-dire conforme aux inspirations de la saine raison éclairée par la foi. Que deviendrait ces chars de feu que la locomotive entraîne d'une extrémité du pays à l'autre, s'ils n'étaient pas placés sur des rails solides et dirigés par une main ferme et prudente ? Comme le zèle est une ardeur enflammée ou une inflammation ardente de l'amour, dit saint François de Sales, il a besoin d'être sagement et prudemment pratiqué. Si le prêtre n'a pas cette prudence surnaturelle, il ne pourra pas faire le bien dans la mesure voulue de Dieu. On l'a dit avec raison : " souvent le mieux est l'ennemi du bien, " et le prêtre imprudent est exposé à faire à ses dépens l'expérience de cette vérité, à voir son zèle se briser contre les écueils.
Le gouvernement des âmes, le travail de leur conversion et de leur sanctification sont choses si complexes et si délicates ! Il y faut tant de circonspection ! de sainte habileté. Si la sagesse qui assiste au trône de Dieu (Sap. ix). ne vient pas au secours du prêtre pour l'inspirer dans tous ses actes, il commettra des fautes, il s'engagera dans des démarches inconsidérées et inopportunes.
Vous connaissez la consigne qu'un trop fameux diplomate donnait à l'ambassadeur qu'il envoyait dans un poste difficile : " surtout, monsieur, pas de zèle. " Ce mot d'ordre n'est pas celui qu'il faut donner au prêtre. Tout au contraire, il faut lui dire : ayez
du zèle, beaucoup de zèle ; vous ne saurez en avoir trop, mais à la condition qu'il sera toujours dirigé par la prudence et que vous irez en chercher l'inspiration, non dans les conseils de votre propre esprit, mais à la source même, dans la sagesse de Dieu. Elle vous enseignera à travailler dans le champ qui vous est confié comme elle travaille elle-même à travers le monde : elle atteint d'une extrémité à l'autre avec force et dispose toutes choses avec suavité " aitingit a fine usque ad finem fortiter et disponit omnia suaviter. " (Sap. viii, 1).
La prudence fera vivre les prêtres avec le prochain de telle sorte que celui-ci retirera de ses rapports avec eux des fruits de salut.
Elle leur fera supporter les imperfections des autres et laisser passer leurs faiblesses sans aller toujours fouiller au fond des plaies.
Elle leur fera gouverner leur langue et savoir ce qu'ils doivent dire, ce qu'ils doivent taire et le temps opportun de parler ; car, selon le Sage : il y a " tempus loqucndi et tempus tacendi"
Elle leur permettra de prévenir les dangers, de reconnaître de loin les issues funestes de telle ou telle affaire, de se munir de bonne heure de prières et de bonnes résolutions pour être prêts à tout événement.
Elle leur fera éviter les extrêmes et garder le milieu parce que la vérité et la vertu fuient toujours l'excès.
Elle leur fera comprendre qu'un faux pas, une réprimande à contre-temps, une parole indiscrète, suffisent pour leur faire perdre les fruits d'un nombre considérable d'années et rendre stériles les plus grandes fatigues.
Au milieu des difficultés que le prêtre rencontre pendant sa vie, au milieu des combats qu'il peut avoir à livrer, au milieu des peines qui souvent l'accablent, il agira sagement en cherchant la cause, tâchant de découvrir l'origine de tous ces maux qui sont souvent pour lui une croix bien pesante, quelquefois, souvent peut-être, s'il est sincère, s'il ne craint pas la vérité, il sera forcé de reconnaître que telles et telles difficultés qui ne lui laissent pas un moment de repos, de paix, viennent de lui-même, des défauts de son caractère. Tantôt parce qu'il n'a pas suffisamment
réfléchi, parce qu'il n'a pas suffisamment étudié, examiné avant de prendre une détermination dans une affaire importante. Tantôt impatient, violent peut-être, il a blessé par des paroles dures, par des reproches immérités, reproches qui ont fait naître et ont entretenu la haine de ceux qu'ils ont affectés. Une autre fois peu zélé, peut-être négligeant, peut-être insouciant pour l'accomplissement de ses devoirs il est critiqué, blâmé, délaissé par ceux qui sont confiés à ses soins, ce qui fait souffrir son amourpropre. Dans ces cas, le prêtre peut se plaindre d'être persécuté. Mais qui est tracassé, poursuivi ? Est-ce le prêtre ? Non mais c'est l'homme, l'homme prêtre, parce que cet homme a parlé, a agi en homme ; les maux qu'il endure sont le fruit de la conduite humaine.