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II doit être soutenu par la prière

Telles sont les qualités du zèle qui permet au prêtre de faire tant de bien et lui assure tant de mérites.

On raconte qu'au moment où Théophane Vénard était au séminaire, il lui arrivait quelquefois d'appliquer son oreille sur le sol et, le visage tout illuminé, de dire à ses camarades étonnés: n'entendez-vous pas la voix des païens qui m'appellent ? Ordonné prêtre, il dit adieu à sa famille et partit pour l'extrême Orient où il subit un glorieux martyre.

Le prêtre n'a pas besoin d'appliquer son oreille sur le sol, il n'a qu'à ouvrir les yeux pour voir des âmes qui marchent dans la voie de la damnation et il doit lui sembler entendre leurs anges gardiens l'appeler à leur secours. Que son zèle, enflammé de charité, de prudence, de bonté, de persévérance, le porte vers ces âmes pour les ramener à Dieu, leur Créateur, leur Rédempteur, et, afin qu'il réussisse, qu'il recoure à la prière, qu'il s'enveloppe de sainteté.

D'abord qu'il intéresse le Divin Maître à tous ses travaux, qu'il le tienne au courant, qu'il lui fasse son rapport quotidien, qu'il lui demande avis et conseil, qu'il ne fasse rien sans lui. Le téléphone de la prière est toujours à sa disposition et Dieu est toujours disposé à l'entendre, à toutes les heures du jour et de la nuit.

L'apostolat, dans l'Eglise, n'est qu'un ensemencement des âmes ; ce n'est pas une récolte, une moisson de fruits. La moisson dépend de Dieu ; nous n'y pouvons rien : " Apollo rigavit, Deus autem incrementum dédit. Neque qui plantât est aliquid, neque qui

rigat, sed qui incrementum dat, Deus. " (i Cor. m, 7). La fonction du prêtre est de semer la vérité dans les âmes, après y avoir fait tout le travail réparatoire qu'exige la semence. A cause de cela, il ne doit pas toujours espérer le succès total, ni chercher le succès pour lui-même. Un autre viendra peut-être moissonner là où il aura semé ; peu importe, la seule chose qu'il ait à faire, est de procurer la gloire de Dieu.

Un néophyte ardent à propager le règne de l'Evangile disait un jour au missionnaire : j'exhorte les païens, mais à peine ai-je dit quelques mots que la parole me manque : je n'ai plus rien à dire. — Et alors que faites-vous ? — Je dis et je redis : Omon Dieu, ayez pitié d'eux.

Quelle grande leçon de zèle donne ce novice aux prêtres, aux chefs de l'armée chrétienne !

Personne mieux que le prêtre sait que le pécheur pour revenir à la pratique du devoir, a besoin que Dieu se penche vers lui, qu'il vienne à son aide, par ces lumières, ces inspirations, ces forces, ces secours mystérieux qu'on appelle les grâces actuelles, et ces grâces dépendent de la prière qui a une puissance étonnante, une efficacité prodigieuse pour obtenir que les hommes soient justifiés, qu'ils reviennent à Dieu, qu'ils se sanctifient

Le prêtre sait toutes les déclarations du Divin Maître, relatives à la puissance de la prière : " Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, dit Jésus, il vous le donnera (Saint Math, xxiv, 35). Ailleurs Notre-Seigneur parle ainsi : " demandez et il vous sera donné ; cherchez et vous trouverez ; frappez et il vous sera ouvert ; car quiconque demande reçoit, qui cherche trouve, et à qui frappe il sera ouvert. " (Saint Math, vu, 7). Et pour inspirer plus de confiance encore à ceux qui l'écoutaient, Notre Divin Sauveur, faisant appel aux plus forts sentiments du cœur, ajoute aussitôt " quel est d'entre vous l'homme qui, si son fils lui demande du pain, lui présentera une pierre ? Ou, si c'est un poisson qu'il demande, lui présentera un serpent ? Si donc vous qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui dans est les cieux donnerat-il de bonnes choses à ceux qui les lui demanderont ? " (Saint Math, ix, 11).

Et ce Dieu ne veut autre chose que le salut des hommes. Voilà pourquoi, ces paroles de saint Paul : " Je demande instamment, avant tout, qu'on fasse des supplications, des prières, des demandes, des actions de grâces pour tous les hommes. Car cela est bon et agréable à Notre Divin Sauveur qui veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité." (Tim. ii, 5).

Imaginez-vous la joie que nous éprouverions si nous avions à notre disposition le moyen de guérir les malades, de ressusciter les morts, d'enrichir ceux que nous aimons, de toutes sortes de biens. Ce moyen que la Providence nous a refusé quand il s'agit du corps, elle l'a mis à notre disposition en faveur de l'âme. Et ce moyen, c'est la prière.

Que faut-il en effet, aux âmes pour qu'elles se sauvent ? Il leur faut la grâce habituelle ou sanctifiante sans laquelle il est impossible d'entrer au ciel. Et que leur faut-il pour les enrichir de cette grâce, pour la rendre à celles qui l'ont perdue, pour la maintenir, pour la préserver, l'accroître dans celles qui l'ont déjà ? 11 leur faut un nombre plus ou moins grand de secours divins, c'est-à-dire de grâces actuelles. C'est là une vérité de foi définie par la Sainte Eglise.

S'il en est ainsi, n'est-il pas évident que le meilleur moyen de procurer le salut des âmes sera celui qui leur obtiendra le plus sûrement des grâces actuelles ? Ce moyen, c'est la prière. Jésus- Christ nous l'affirme : " Si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous l'accordera. "

Aussi tous ceux qui ont eu à cœur le salut des âmes, ont compris l'importance de la prière pour le succès de leur apostolat.

Voyez les Apôtres, c'est à la prière qu'ils donnent la préférence sur tous les autres ministères. Ne pouvant plus suffire à des occupations qui devenaient de plus en plus accablantes, ils choisirent sept diacres, sur qui ils se déchargèrent de quelques-unes de leurs importantes fonctions. Mais pour eux-mêmes, que voulurent-ils se réserver ? le soin de vaquer à la prière et à la prédication : " Pour nous dirent-ils, nous nous appliquerons à la prière et au ministère de la parole." (Act. vi, 4).

Avant de se partager l'univers pour en faire la conquête à Jésus-

Christ, les Apôtres se réunirent quelques jours dans le cénacle, ils mirent en commun leur recueillement et leurs ardentes prières, pour attirer sur eux avec le Saint Esprit, des lumières et son secours. Ce n'est qu'accompagné et revêtus de cette force divine, qu'ils sentirent le courage d'attaquer à la fois toutes les superstitions et tous les vices, de prêcher et de faire pratiquer la mortification aux voluptueux, le détachement aux avares, l'humilité aux orgueilleux, la charité aux égoïstes, le sacrifice et le dévouement à tous ; ce n'est qu'après s'être fortifiés par la prière, qu'ils eurent le courage de braver le fanatisme et la cruauté, de supporter les fatigues, les outrages et les tortures.

" Les Apôtres, disait saint François de Sales, joignaient toujours la prière à la prédication. Et de fait, s'ils convertissaient le monde, ce n'est ni par la force des armes, ni par la puissance de l'or, ni par le prestige de la science et de l'éloquence, c'est par quelque chose de bien plus merveilleux que tout cela : c'est par la prière, la souffrance et la prédication de l'évangile. "

Voyez les saints. Ils savaient que ce ne sont pas les efforts et les industries de l'homme qui convertissent, mais la grâce de Dieu, laquelle s'obtient, surtout, par la prière. Ils comprenaient que la prière est, à celui qui veut glorifier Dieu par le salut des âmes, ce que les armes sont au soldat, et qu'on avance plus la conversion des pécheurs, la sanctification des justes, l'œuvre de la Rédemption en s'adressant directement à Jésus-Christ qui, seul, a la clef des cœurs pour les ouvrir à la grâce, que par n'importe quel autre moyen. Aussi quelles longues heures ne consacrent-ils pas à la prière ! Lorsqu'ils ne peuvent pas converser à loisir avec Dieu pendant le jour, absorbés qu'ils sont par les exigences d'un ministère ou d'un travail incessant, ils le font pendant la nuit.

Ce furent les prières de saint Etienne qui convertirent l'un de ses persécuteurs et le remplirent d'un zèle plus qu'héroïque pour Jésus-Christ et le salut des hommes. La conversion du plus célèbre docteur de l'Eglise, fut autant l'effet des prières de sa sainte mère que des prédications de saint Ambroise. Ceux-là seuls à qui les trésors de la miséricorde divine sont ouverts pourraient nous dire combien de fois une humble et fervente prière

a été plus efficace pour retirer un pécheur des voies de l'iniquité que les raisonnements et les exhortations les plus pathétiques. Telle est sa puissance et sa fécondité qu'au jugement des saints, elle est comme une véritable mère qui engendre à Dieu ses enfants. Sainte Catherine de Sienne convertissait par ses prières un si grand nombre de pécheurs que saint Grégoire XI lui envoya quatre confesseurs, qu'elle tenait incessamment occupés au tribunal de la pénitence. Saint Bernard, appréciant l'importance relative de la prédication, du bon exemple et de l'oraison, attribue à cette dernière, une plus grande efficacité : " Manent tria hœc : verbum, exemplum, oratio ; major autem eorum est oratio. "

Et nous, prêtres, voulons-nous, comme les Apôtres et les Saints, contribuer puissamment à l'œuvre de la Rédemption ? Prions, " Donnez-moi un levier et un point d'appui, disait Archimède, et je soulèverai la terre. " Ce n'est point le monde physique qu'il faut soulever, c'est le monde moral, ce sont les âmes, les âmes dont la dernière est plus belle, plus précieuse que le monde tout entier, et qui sont tombées. Il faut les relever, les régénérer ; et nous le pouvons ; car le point d'appui qui manquait dans l'ordre physique au géomètre de l'antiquité, nous l'avons dans l'ordre religieux : c'est le cœur de Jésus, ce sont ses promesses infaillibles et le puissant levier qu'Archimèdc cherchait en vain, il est sans cesse à notre disposition, c'est la prière à laquelle, chose étonnante, Dieu a donné droit de commander à sa bonté, à sa justice et à sa puissance.

Et quelle ressource nous avons dans la prière, nous surtout prêtres, qui nous présentons devant Dieu au nom de ce Fils qu'il exauce toujours, revêtus de son sacerdoce, couverts de ses mérites infinis, certains dès lors, d'attirer sur nous des regards de particulière bienveillance ! Que nous sommes puissants à cet autel qu'il nous a permis de revendiquer comme notre bien propre, " habemus altare, " par ce sacrifice de la messe que nous offrons chaque matin !

Et le soir, quand la nuit tombe et que nous nous rendons dans cette chère église pour nous agenouiller au pied de l'autel où nous avons célébré la messe le matin, abandonnons-nous à la préoccupation sacerdotale des âmes, dont nous avons la charge ; disons à

Dieu la parole du Divin Sauveur: " tui erant et mihi eos dedisti, " et avec Jésus ajoutons : " Pater, serva eos in nomine tuo quos mihi dedisti. " Mon Dieu, nous avons fait tout ce que nous avons pu, pour ceux et pour celles que vous nous avez donnés, mais nous sentons, nous voyons jusqu'à l'évidence que notre bonne volonté reste impuissante à accomplir tout le bien désirable et désiré et c'est vers vous que nous nous réfugions pour obtenir que vous fassiez vous, par votre grâce, ce qui reste à faire. Eclairez donc, guidez donc les aines que j'ai reçues de vous.

Les âmes de enfants que tant de périls menacent, afin qu'ils conservent la foi du jeune âge, afin qu'ils échappent aux premières contagions du mal.

Les âmes des jeunes gens pour qu'ils ne se laissent pas fasciner aux fausses séductions du monde, aux entraînements coupables, à la désertion des habitudes chrétiennes.

Les âmes des pères et des mères pour qu'ils comprennent la beauté de leur vocation, qu'ils orientent vers le ciel et qu'ils y conduisent leur famille.

Les âmes des vieillards déjà penchés vers la tombe, pour qu'ils ne s'effrayent pas de mourir et qu'au delà des biens de la terre, dont il leur faudra se séparer et se dépouiller bientôt, ils entrevoient les biens meilleurs que leur réserve votre amour.

Les âmes des riches pour qu'ils ne soient pas les esclaves de leur fortune, qu'ils comprennent et apprécient le noble usage qu'il en faut faire.

Les âmes des pauvres pour que leur indigence et les privations qui l'accompagnent ne les poussent pas au murmure.

Les âmes des malades pour qu'ils ne perdent pas patience et ne manquent pas de résignation dans leurs souffrances mais qu'ils les sanctifient à l'exemple du Divin Crucifié.

Les âmes des adversaires, des égarés, pour qu'ils ne persistent pas dans leur hostilité, pour qu'ils accueillent, qu'ils entendent nos appels et qu'ils s'y rendent.

Combien de prêtres s'apercevront probablement un jour que dans le choix des moyens qu'ils ont employés pour le salut de leurs ouailles, ils ont trop négligé le principal ?

Et alors quelle déception ! Aujourd'hui, ils accusent ces âmes

A mes prêtivs 0

infidèles, ingrates ; ils leur reprochent leur dureté, leur indifférence, leur paresse. . . mais un jour ne leur demanderont-elles pas si ceux qui avaient mission de les sauver ont bien rempli tout leur devoir et ne les dénonceront-elles pas au tribunal de Dieu ?

On raconte de saint Etienne de Constantinople, qu'il avait été relégué à Proconèse. La mer l'environnait, mais dès qu'il la voyait s'agiter et se soulever en tempête, il songeait aux malheureux qui pouvaient être en péril sur les flots et il priait pour eux. Bien des fois, sa charité fut récompensée ; il vit venir à lui des navigateurs qui, instruits par une lumière divine, le remerciaient d'avoir été leur ange tutélaire.

Nous ne voyons pas toujours aujourd'hui les fruits de salut qu'opèrent nos prières, mais un jour nous les trouverons sous la forme de ces âmes que nous aurons guidées, sans les connaître, au port du salut. Ce sera la récompense de nos prières.

Soyons donc bien convaincus que la prière est le plus sûr moyen dont le prêtre puisse se servir pour assurer le succès de son zèle et de ses fonctions. Sans elle, il sera sur le champ de l'Eglise comme une nuée sans eau qui, loin de rien donner, empêche même les salutaires influences du ciel de passer sur la terre ; il sèmera et Dieu ne donnera pas l'accroissement ; il instruira et sa parole ne sera qu'un airain sonnant, qui fera peut-être un peu de bruit et rien de plus.

Prions avec confiance et aussi faisons prier les âmes pieuses ; habituons-les à prier à nos intentions. " Multum enim valet deprecatio justi assidua. " (Jacob, v, 16).

Faisons prier les enfants ; Dieu ne saurait rester sourd à leur voix si pure.

Quand nous aurons prié et fait prier, travaillons avec le calme de l'homme qui se rend compte de la force que lui donnent ses relations avec le Tout-Puissant et qui s'en remet avec confiance à la Providence.

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