doit s'appuyer sur la sainteté
Il est évident que l'efficacité de notre zèle, notre puissance d'action auprès des âmes, dépend de l'abondance plus ou moins grande de la grâce considérée comme agent indispensable dans l'œuvre de la conversion et de la sanctification. Nous le savons, abandonnés à nos propres ressource , nous pouvons bien convaincre, toucher, ébranler une âme, mais il nous est impossible de la convertir et de la faire avancer d'un pas danc le chemin du devoir, de la vertu.
Cette grâce, c'est la sainteté qui nous la donne. Un saint porte la grâce avec lui ; il en est comme le sanctuaire vivant, il la répand comme le soleil répand la lumière et la chaleur, comme la fleur répand son parfum. Comment, dans ces conditions, par le seul fait de son contact avec une âme, ne la toucherait-il pas, ne produirait-il pas en elle, si elle est coupable, le remords, ne lui communiquerait -il pas le feu sacré de l'amour de Dieu ? Comment, en d'autres termes, n'exercerait-il pas auprès de cette âme, une surnaturelle et bienfaisante influence ? Aussi est-ce avec raison qu'on a pu dire : un saint de plus, ou même un degré de plus dans la sainteté dans le plus petit d'entre ses membres, c'est dans l'Eglise un accroissement de vie, de force, de beauté, d'honneur et de joie ; c'est Jésus devenu en elle plus présent, plus libre, plus actif.
Saint Grégoire de Nazianze disait : " avant de purifier, il faut être pur, avant d'enseigner la sagesse, il faut l'avoir acquise, avant d'éclairer, il faut devenir lumineux, avant d'amener les autres à Dieu, il faut s'en être approché, avant de sanctifier, il faut être saint. "
Que la sainteté, c'est-à-dire, l'union à Dieu par la grâce, par la pratique généreuse et persévérante de toutes les vertus devienne un moyen fécond d'apostolat et que les fruits de cet apostolat soient en raison directe des efforts accomplis pour acquérir la sainteté, c'est ce que personne ne peut mettre en doute . . . Quels sont les hommes qui ont le plus contribué à la gloire de Dieu par le salut des âmes ? Quels sont ceux qui ont ramené à Dieu un plus grand nombre de pécheurs ? Est-ce parmi les riches, les
puissants, les savants de ce monde qu'il faut aller les chercher ? Non, mais parmi les saints. Inutile de parler des saints François Xavier, François d'Assise, saint Vincent de Paul, saint Léonard de Port Maurice. Que ne font pas encore de nos jours, dans leurs paroisse, de saints prêtres !
Il n'était ni riche, ni savant, ni puissant le bon curé d'Ars. Sa paroisse, quand il y arriva, était dans la plus grande pauvreté spirituelle ; la vertu y était peu connue, peu pratiquée, presque tout le monde oubliait la bonne voie, c'est-à-dire, négligeait le soin de son âme et de son salut. Les jeunes personnes n'avaient en tête que les amusements et les plaisirs. Chaque dimanche, ou peu s'en faut, on s'assemblait sur la place à quelques pas de l'église ou dans les cabarets du village, selon la saison, pour s'y livrer aux danses et au divertissements de toutes sortes. On sait que l'humble curé fit successivement disparaître tous les désordres et qu'Ars, sous sa conduite, devint une paroisse modèle. On ne saura qu'au jour du jugement, disait le saint curé lui-même, le nombre incalculable de pauvres âmes troublées, égarées qui ont retrouvé la paix, la joie du Seigneur dans sa modeste église.
Voyez saint François de Sales. Issu d'une noble famille, doué d'une belle intelligence, sans doute il était savant et puissant, mais ce n'est pas par ces moyens humains qu'il a ramené au sein de l'Eglise des milliers d'hérétiques, c'est par sa sainteté.
Voyez les Apôtres, est-ce par le prestige de leur puissance, par la force de leurs armes, par l'éclat de leur renommée, qu'ils ont converti le monde ? Non, puisqu'ils étaient destitués de tous ces avantages, mais c'est par leur sainteté.
Quels sont les prêtres qui travaillent le plus efficacement à l'avancement du règne de Dieu sur la terre, à l'exaltation de la sainte Eglise, à la conversion et au salut des âmes ? Sont-ce les prêtres orateurs, écrivains, hommes d'action et d'oeuvres extérieures ? Sans doute, il ne faut pas méconnaître l'action bienfaisante exercée par ces diverses forces toutes les fois qu'elles sont mises au service du véritable zèle ; mais aussi, en toute justice, il faut placer la sainteté au dessus d'elles.
Un homme saint, parfait et très vertueux, dit sainte Thérèse, fait plus de bien aux âmes qu'un grand nombre d'autres plus
instruits et mieux doués. Saint Jean-Baptiste ne fit aucun miracle. Joannes quidem signum fecii nullum (Jean, x, 41), mais par la seule force de sa sainte vie, il attirait à lui la masse des juifs, et opérait d'admirables conversions. Quel rayonnement de piété et de foi se fait autour d'une âme vraiment unie a Dieu ! Sa vue seule est une prédication. Il sort de toute sa personne, divinisée par l'union divine, des parfums célestes qui répandent autour d'elle la bonne odeur de Jésus-Christ et insinuent dans les cœurs le goût de ce qui est pur, le sens de ce qui est élevé.
Douce et consolante pensée que celle-là, bien capable de déterminer les prêtres à être saints, à le devenir chaque jour davantage. S'ils sont des saints, tout parlera en eux, même leur silence. Ils prêcheront par leur douceur, leur charité, leur désintéressement, leur égalité d'humeur et la dignité de leur vie. Quand une population voit dans son pasteur un modèle de toutes les vertus, un évangile vivant et qu'elle est convaincue qu'il cherche non pas son bien-être ni son intérêt, mais uniquement, le salut des âmes non vestra quœrimus sed vos, elle finit par se donner à lui et il a ainsi le bonheur de la donner à Dieu. Il n'a peut-être pas été un bel esprit ni un éloquent orateur, ni un savant écrivain, mais il a beaucoup aimé Dieu et les hommes ; il a beaucoup prié et beaucoup pardonné ; il a donné ce qu'il a pu ; il s'est donné lui-même ; et sa vie de sainteté et de sacrifices a triomphé de tous les obstacles.
Il vous a peut-être été donné de voir une paroisse éplorée et agenouillée sur un tombeau ; on eut dit des enfants qui avaient perdu un père. Quelle était donc la cause de ces gémissements et de ces regrets ? C'est qu'un saint prêtre venait d'être ravi à la terre. Pendant longtemps son image restera vivante dans les âmes ; les pères rediront son nom et ses vertus à leurs enfants et, du fond de son tombeau, il s'exhalera comme un parfum suave d'immortalité, in memoria œterna erit justus.
" Le prêtre, disait saint Jean Chrysostôme, porte sur les épaules de sa sainteté, le fardeau de tout l'univers. " " Pour un prêtre, disait Massillon, ne pas édifier c'est scandaliser ; ne pas confirmer par la sainteté de sa vie les vérités qu'il annonce, c'est les désavouer. "
Ne soyons pas étonnés de cette parole de Notre-Seigneur Jésus-Christ: " Je me sanctifie moi-même pour les autres afin qu'eux aussi soient sanctifiés en vérité." (Saint Jean, xvii, 19). Et saint Alphonse de Liguori de dire ensuite : " si nous ne tâchons pas de nous rendre saints, il nous sera bien difficile de sanctifier les autres. " Et Mgr Pie écrivait : " On n'est apôtre qu'à la condition de travailler à être saint ; on est puissant pour le bien quand on se donne tout envier à l'œuvre de sa sanctification. "
Massillon disait un jour à ses prêtres : " C'est nous seuls qui décidons pour ainsi dire de la perte ou du salut des peuples et de tout le succès des desseins de Dieu. " Sans être aussi affirmatif, dans une question qui est, avant tout, le secret de Dieu, comment ne pas s'inquiéter, en voyant d'une part le grand nombre de prêtres munis des pouvoirs de Dieu, et d'autre part leur insuffisante influence ? Comment se fait-il qu'il y ait tant d'énergie sacerdotale accumulée et si peu d'effet produit ? Quand une énergie dans le monde physique ne produit pas tout son effet, c'est qu'elle rencontre un obstacle, une résistance. L'obstacle et la résistance se trouvent dans le monde qui nous entoure, mais ne sont-ils pas aussi dans l'instrument qui doit transmettre la force ?
Quel sérieux examen de conscience ici s'impose à nous ! Sommes-nous, vis-à-vis de nos fidèles, les vrais prêtres dont parlait saint Paul, quand il disait : " exhibeamus nos ergo tanquam Dei ministros in caritate non fictâ f " (n, Cor. vi, 4). Sommes-nous le sel de la terre ? Sommes-nous la lumière du inonde ? Vos estis sal terrœ : vos estis lux mundi.