EZECH. IV
La chose la plus nécessaire pour s'acquitter de ces obligations est de se comporter de telle façon que sa vie soit un modèle de vertu et un exemple de toutes sortes de bonnes œuvres. " Soyez l'exemple des fidèles, dit saint Paul parlant à un pasteur, dans vos paroles, dans vos conversations, par la charité, la foi, la chasteté. " (Tim. i, 12). " Faites en sorte, dit-il à un autre, qu'en tout lieu, en tout temps, en toutes choses, vous soyez un exemple de bonnes œuvres. " (Tim. h, 7). Un pasteur doit être tel qu'il puisse dire avec le grand
Apôtre aussi : " Nous portons partout la bonne odeur de Jésus- Christ" (Cor. il, 14), c'est-à-dire, V odeur de sa charité, de sa pureté, de son humilité, de sa patience et des autres vertus. Aux jours d'ordination, quand l'évêque a fini d'accomplir les rites sacrés, il adresse à ses nouveaux fils spirituels ces belles paroles : " sit odor vit» vestrse delectamentum Ecclesise, que désormais l'odeur de votre vie soit la joie de l'Eglise divine. " Et c'est là l'idée vraie de la vie sacerdotale ; elle doit être un parfum et ce parfum doit s'exhaler de manière à réjouir ceux qui le respirent.
Et pour la mener, cette vie sacerdotale, il faut pratiquer la charité qui est la vertu des vertus ; il faut absolument que notre cœur en soit orné. Elle remplit au firmament des âmes un office analogue à celui que remplit lé soleil dans la nature. Saint François de Sales la compare tantôt à un soleil qui embellit l'âme de ses rayons, tantôt à une reine de majesté assise dans la volonté comme sur son trône d'où elle répand sur toute l'âme ses suavités et ses douceurs, la rendant, par ce moyen, toute belle, agréable et aimable à la divine bonté.
Puisque telle est l'excellence de la charité, il faut faire en sorte que notre cœur soit toujoiirs orné et pénétré de cette belle vertu ; il faut qu'elle devienne la vie de notre âme comme notre âme est la vie de notre corps. Laissons notre cœur s'envoler par attrait et par besoin vers celui de Jésus, et, dans ce sanctuaire divin du Verbe incarné, accordons notre amour avec les suaves harmonies de la charité divine ; ayons de la tendresse pour Celui qui n'a eu pour nous que des miséricordes ; reconnaissons les immenses bienfaits que nous en avons reçus et rendons notre gratitude tendre et affectueuse ; ne nous lassons pas de le bénir, de l'admirer, de nous laisser charmer par ses attraits, de savourer les douceiirs ineffables de son amour et d'en faire l'objet constant de nos contemplations pour devenir davantage ensuite l'objet de ses tendresses et de ses miséricordieuses complaisances.
Et cet amour que nous apprécierons, nous nous efforcerons de le procurer à ceux qui nous sont confiés. Ne serait-ce pas de l'égoïsme que de garder pour nous seuls un pareil trésor ? Si nous aimons véritablement Jésus, non seulement nous nous efforcerons de lui obéir en toute chose, nous chanterons ses perfections de tout l'élan de notre âme, nous nous attristerons des injures qui sont faites à
son cœur et lui en offrirons des amendes honorables, mais nous nous emploierons avec zèle à étendre son règne dans les âmes, nous nous efforcerons de procurer sa gloire, nous nous dépensereons avec joie, nous irons, s'il le faut, jusqu'à nous épuiser, selon la belle parole de saint Paul : " Libentissime impendam et superimpendar. " (n, Cor. xii, 15).
C'est pour raviver en vous ces nobles sentiments que nous avons écrit et que nous vous offrons ces pages que nous demandons à notre aimable Jésus de bénir. Puisse-t-il jeter des regards de miséricorde sur vous tous ! Puisse-t-il se rappeler et accomplir au milieu de vous la promesse qu'il a faite à son Eglise, de sanctifier ses ministres et ses prêtres qui doivent être eux-mêmes les sanctificateurs de son peuple ! Lui seul peut faire de vous les modèles des peuples dont il vous a établis les conducteurs et les guides ; lui seul peut faire que vous inspiriez aux fidèles du respect pour les choses saintes, en les traitant vous-mêmes saintement, que vous paraissiez au pied des autels comme les vieillards devant le trône de l'agneau, frappés de la majesté qui y réside ; que la modestie, la ferveur, la profonde religion dont vous accompagnez vos fonctions sacerdotales, apprennent aux fidèles les dispositions avec lesquelles ils doivent y asister
Aimons donc Dieu, aimons le prochain, pratiquons la charité nous vivrons alors cette vie de la terre comme une continuelle ascension vers la vie du ciel ; notre vie sera celle du Christ, mihi vivere Christus est, et la mort pour nous sera un gain, et mori lucrum, le gain inestimable d'une paix, d'une joie, d'une gloire d'une béatitude étemelle.
t Olivier-Elzéar, Archevêque de Regina.