La Charité, la première des vertus
Il y a dans le langage humain un mot qui résume toute vie sacerdotale, toute vie chrétienne, un mot tellement saint que Dieu lui-même a voulu se définir par lui, tellement doux qu'il se porte instinctivement aux lèvres de celui qui implore, de celui qui a pitié : c'est le mot béni de charité. La charité, voilà le lien principal qui unit l'homme à Dieu et les hommes entre eux ; c'est la voie la plus directe pour nous conduire au ciel ; c'est ce qui résume toute religion, toute piété. C'est là ce que nous affirme saint Paul : plenitudo legis est dilection. (Rom. xiii, 10).
Les vertus surnaturelles sont à notre âme ce que les fleurs sont à un jardin, ce que les astres sont au firmament. Elles l'ornent, l'embellissent et la rendent apte à mériter les complaisances de l'adorable Trinité. Mais, de même que les fleurs n'ont pas toutes la même couleur, la même forme, le même parfum, ni les astres la même grandeur, de même les vertus n'ont pas toutes le même prix, le même éclat. Les plus précieuses sont les vertus théologales et parmi elles la charité sans conteste a le pas sur ses deux sœurs. C'est encore saint Paul qui nous l'enseigne ; après les avoir énumérées toutes, il ajoute : " la plus grande est la charité, major autem est charitas. " Et aussitôt il en donne la raison : " C'est, dit-il, que la charité ne finira jamais, nunquam excidiL"
La foi devra disparaître. Elle n'aura plus sa raison d'être quand nous verrons non plus seulement " en énigme et comme à travers un miroir, mais face à face, ce que nous croyons ici-bas,
videmus nunc in spéculum et m œnigmate, tune auiem fade ad faciem.1J (I Ad Cor. xiii, 12.)
L'espérance s'effacera devant la réalisation des promesses dont elle était la gardienne. Seule la charité demeurera ; elle trouvera sa consommation et sa perfection dans l'union béatifique. Après avoir fait la consolation et le mérite des exilés voyageurs sur la terre, elle sera la récompense impérissable des élus dans le ciel. C'est pour cela que saint Thomas l'appelle : " la vertu de beaucoup la principale, principalissima virtus ; la mère de toutes les vertus en tant qu'elle les renferme toutes, mater aliarum et radix, in quantum esi omnium virtutum forma. "
Il ne faut donc pas s'étonner si le grand Apôtre, après avoir recommandé à ses disciples la pratique des vertus chrétiennes, leur dit : " par dessus tout, ayez la charité qui est le lien de la perfection : super omnia autem hœc, charitatem habete, quod est vinculum perfectionis. " (Ad Col. m, 14).
Sachant l'indispensable nécessité de cette vertu, l'athlète admirable s'écrie : " Qui nous arrachera à l'amour du Christ ? les tribulations, les misères, la persécution, la faim, la nudité, le danger, le feu ? ... Ni la mort, ni la vie, ni le présent, ni l'avenir, ni hauteur, ni profondeur, ni aucune créature ne pourra nous arracher à l'amour de Dieu en Jésus-Christ, Notre-Seigneur. Quand je parlerais la langue des hommes et celle des anges, si je n'ai pas la charité, je suis comme un airain sonnant et une cymbale retentissante ; quand j'aurais l'esprit de prophétie, quand je connaîtrais tous les mystères et posséderais la science universelle ; quand j'aurais cette foi puissante qui fait transporter les montagnes, si je n'ai pas la charité, je ne suis rien ; et quand bien même je distribuerais tous mes biens pour en nourrir les pauvres et livrerais mon corps au martyre pour être consumé par le feu, si je n'ai pas la charité, tout cela ne me sert de rien. " (Ad Rom., viii, 35).
Le grand Apôtre savait que Jésus avait voulu être aimé ; il se rappelait le premier et le plus grand de ses commandements : Diliges Dominum Deum tuum ex toto corde . . . hoc est primum et maximum mandatum. (Matt. xxn, 37). C'est le commandement qui renferme tous les autres ; car quand on aime Dieu, on est
fidèle à tous les autres préceptes. De là cette parole de saint Augustin : Ama et fac quod vis, " aimez et faites ce que vous voudrez. "
Il est bon de se recueillir pour écouter Dieu lui-même nous imposant l'obligation de l'aimer.
Voyez le Sinaï et les éclairs qui l'illuminent ; entendez le tonnerre qui gronde et jette la consternation et l'effroi dans le cœur des enfants d'Israël ; C'est Dieu qui donne sa loi à Moïse au milieu de ce formidable appareil, et voici en quels termes le grand législateur des Hébreux promulgue le premier commandement de la loi divine : " Ecoute, Israël, ce que ton Dieu te commande ; tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toutes tes forces. Tu conserveras précieusement ces paroles dans ton cœur ; tu les enseigneras à tes enfants ; tu les méditeras à ton foyer, le long de ton chemin, le matin et le soir, tu les attacheras à ta main ; tu les placeras entre tes yeux afin de ne jamais les perdre de vue ; tu les inscriras sur le seuil et sur la porte de ta maison. " (Deut. vi, 5) Et ailleurs : " Maintenant, ô Israël, ton Dieu, que demande-t-il de toi ? Que tu l'aimes de tout ton cœur, de toute ton âme. " (Deut. x, 12) Et encore : " O Israël, aime le Seigneur, ton Dieu ; si tu l'aimes de toute ton âme, il te bénira. " (Deut, iv, 30)
Un docteur, s'approchant un jour de Notre-Seigneur, lui adressa cette question : " Maître, quel est le grand commandement de la loi ?" Et Jésus-Christ lui répondit : " Vous aimerez le Seigneur de tout votre cœur, de toute votre âme, de toutes vos forces. C'est là le plus grand et le premier de tous les commandements. "