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Récompence du zèle

Et quelle belle récompense nous recevrons de notre zèle ! D'abord nous goûterons cette joie intérieure, ce témoignage d'une bonne conscience qu'on éprouve toujours quand on fait le bien.

C'est comme un sourire de Dieu, sourire d'autant plus consolant, que le bien qu'on a fait, a été plus grand. Et se peut-il un bien plus grand, plus important que celui qui a pour objet le salut et la sanctification des âmes ? Nous savons qu'au témoignage de saint Bernard, une seule âme, vaut plus que l'univers entier ; nous savons que, d'après saint Grégoire de Nazianze, rien ne réjouit le cœur de Dieu, que la conversion et le salut de l'homme; et d'après saint Jean Chrysostôme, convertir une seule âme, c'est se rendre plus agréable à Dieu que de répandre tous ses biens en aumônes.

Quelles consolations ineffables dilatent le cœur du prêtre dans ses travaux, dans ses fatigues ! Porter secours aux âmes que le péché frappe de mort et que la grâce ressuscite ; changer les cavernes du démon en temples du Saint-Esprit, les vases d'iniquité et d'ignominie en vases d'honneur et de sainteté, des esclaves de Satan faire des membres de Jésus-Christ ; en un mot, fermer l'enfer et ouvrir le ciel, quoi de plus délicieux et de plus encourageant !

Jamais père ne fut plus absorbé par l'amour de sa famille que saint Jean Chrysostôme l'était pour le salut des âmes de son troupeau de Constantinople. Constatait-il un progrès moral, avaitil réussi à ramener une seule âme au devoir, sa joie s'épanchait devant tous : " l'empereur, disait-il, est moins satisfait de sa puissance que moi de vos vertus. Il reviendrait de l'armée portant les couronnes de la victoire qu'il aurait moins de joie de la victoire que moi de vos progrès. "

Saint Laurent Justinien adressait ces paroles à ses prêtres dans une réunion sacerdotale : " 0 felices sacerdotes si sacerdoliter vixeritis. "

Le zèle pour la gloire de Dieu et le salut des âmes donnent un grand prix à toutes les actions du prêtre, si petites, si communes soient-elles ; car, dit saint François de Sales, comme en l'Arabie heureuse non seulement les plantes de nature aromatique, mais toutes les autres sont odorantes, participant au bonheur de ce solage ; ainsi en l'âme charitable, non seulement les œuvres excellentes de leur nature, mais aussi les petites besognes se ressentent de la vertu du saint amour et sont en bonne odeur

devant la majesté de Dieu. Que dis-je, le mérite de nos œuvres se mesurera non pas à leur nombre ni à leur excellence extérieure mais au degré d'amour avec lequel nous les aurons accomplies, à ce point, dit le saint évêque de Genève, que souffrir une chiquenaude, avec deux onces d'amour, vaut mieux qu'endurer le martyre avec une once du même amour.

Ecoutez saint François-Xavier écrivant aux Pères de la Compagnie de Jésus à Rome : " Je suis dans un pays où l'on manque de tout pour les agréments de la vie, mais j'y ressens tant de consolations intérieures qu'il y a danger que je perde les yeux à force de pleurer de joie. " Et dans une autre circonstance, il écrit : " Je veux vous parler des joies ineffables dont Dieu se plaît à combler ceux qui travaillent à défricher cette terre inculte et barbare. Elles sont si abondantes, si solides que ce sont assurément les seules que l'on puisse goûter en cette vie. "

Un prêtre ne vivant que pour le salut des âmes, enivré de l'amour de Dieu doit dire avec ce saint missionnaire : " c'est assez ! Seigneur, c'est assez, c'est trop pour cette vie. Mettez un terme à mon bonheur ! Ou, si dans votre infinie miséricorde, vous voulez m'inonder de joies célestes, enlevez-moi de cette terre ; elle doit être une vallée de larmes ; transportez-moi dans le séjour des bienheureux. Celui qui a goûté ces ineffables délices ne peut plus vivre hors de votre divine présence. "

Nous avons un intérêt personnel et suprême à sauver les âmes. Autant nous en sauvons, autant nous nous assurons de protecteurs dévoués qui sans cesse intercéderont pour nous dans le ciel, avec toute la chaleur de la reconnaissance pour le plus grand des bienfaits, et Dieu les exaucera ; car on ne travaille jamais en vain pour lui ; et s'il promet une si belle récompense à la charité qui soulage le pauvre, que ne donnera-t-il pas à celui qui aura fait bénir son nom, défendre ses intérêts, étendu son règne sur les cœurs, sauvé ses enfants du naufrage ?

Si Dieu considère comme fait à lui-même ce que nous faisons pour le moindre de ses frères, que pensons- nous que seront les prix qu'il réserve et l'amour qu'il portera à celui qui l'aura en quelque sorte sauvé lui-même dans la personne de ses frères ! avec quelle tendre affection ne lui dira-t-il pas, en face de tout

l'univers : " Venez, le béni de mon Père, j'étais perdu dans la personne de mon frère et c'est vous qui avez opéré mon salut ; c'est vous qui le retirant de la voie de l'enfer, où il eut éprouvé la faim éternelle de Dieu avez apaisé ma faim ; c'est vous qui, l'arrachant au péril de la soif éternelle, m'avez donné à boire ; c'est vous qui, l'aidant à se revêtir de la robe d'innocence, avez couvert ma nudité."

Pourrions-nous croire que Dieu, si libéral dans ses dons, ne saura pas récompenser ceux qui, par leurs efforts, leurs démarches, contribuent en quelque sorte à sa gloire ? Lui qui ne laisse rien sans récompense ne récompenserait pas le zèle ? Mais, dit saint Jean Chrysostôme, " sauver ses frères est quelque chose de plus grand que faire des miracles " ; et saint Grégoire nous déclare que " le zèle des âmes est le sacrifice le plus beau et le plus agréable aux yeux de Dieu. "

Saint Jacques a écrit : " Celui qui ramènera un pécheur des égarements de sa vie, sauvera son âme de la mort et couvrira la multitude de ses péchés. " (Saint Jac. v, 20). En effet, dit saint Grégoire au sujet de ces paroles : " si celui qui délivre un homme de la mort corporelle, en lui conservant aujourd'hui une vie qui peut lui échapper demain, est digne d'une grande récompense, quelle récompense ne mérite pas celui qui sauve une âme de la mort éternelle et inamissible ? Aussi avec quelle magnificence d'expression la Sagesse, dans l'Ecriture sainte, célèbre-telle la grandeur des destinées réservées à ceux qui se consacrent à l'enseignement de ses voies. Peu contente de leur assurer une vie éternelle, elle leur promet une splendeur qui les fera briller comme des astres éclatants pendant la durée des siècles éternels."

C'est un signe de prédestination, au jugement de saint Paul, que de travailler avec ardeur au salut des âmes. Il affirme que les noms de ses collaborateurs dans l'établissement de l'Evangile sont inscrits au livre de vie.

Saint Augustin enseigne que " celui qui sauve l'âme de son prochain sauve la sienne. Si c'est une œuvre méritoire d'arracher à la mort une substance charnelle qui doit périr, quel n'est pas le mérite de l'œuvre qui fait ressusciter à la grâce, l'âme appelée à vivre éternellement ! " Il enseigne aussi que le coopérateur

de Jésus-Christ se prépare autant de couronnes qu'il a le bonheur de gagner d'âmes à Dieu.

Il est certain que nous ne savons pas si nous sommes dignes d'amour ou de haine ; voulons-nous paraître avec confiance au tribunal du Souverain Juge, travaillons avec zèle au salut des âmes. " Les âmes que nous aurons sauvées , dit saint Alphonse de Liguori, se présenteront devant Notre-Seigneur Jésus-Christ et lui diront : " Seigneur, oseriez-vous précipiter en enfer celui qui nous a préservés de l'enfer ? " " Il n'est pas possible, ajoute le même docteur qu'on fasse une mauvaise mort lorsque, pendant sa vie, on a consacré ses travaux au salut des âmes. "

La grâce d'une bonne mort, le ciel par de là le tombeau, voilà dans l'ordre surnaturel les inappréciables avantages d'un saint zèle. Qui pourra nous dire combien sera grande, pendant l'éternité, la gloire de celui qui aura été un véritable apôtre durant sa vie ! Il n'y a qu'à ouvrir l'Evangile pour le savoir : " Si vous prodiguez votre âme au prochain, dit le Prophète, votre lumière se lèvera dans les ténèbres et vos ténèbres seront comme le midi. Le Seigneur vous donnera le repos sans interruption et il remplira votre âme de splendeurs. " (Isaïe, 58). Et le Prophète Daniel assure que quiconque aura contribué à sauver des âmes à Dieu, brillera un jour au ciel, comme on voit maintenant briller les étoiles au firmament.

Demandons-nous souvent si nous avons travaillé du fond du cœur à être zélés, ex corde, sans nous contenter de le paraître ; si notre cœur a brûlé à la vue de la perte lamentable de tant d'âmes ; si nous en avons eu compassion à l'exemple du Divin Sauveur : " qui videns civitatein, flevit super illam. (Luc, ix). si nous en avons été attristés, comme l'Apôtre des Gentils l'atteste de lui-même : " tristitia mihi magna est et continuus dolor cordi meo. " Pour allumer et entretenir un zèle ardent, avons-nous souvent médité sur la gloire de Dieu, le prix des âmes, le compte sévère que nous aurons à rendre ? Quis potest dicere se deligere Deum qui ejus imaginem in sterquilinium jacere videt et non curât f (Saint Bon aventure). Avons-nous prié avec instances pour la conversion des pécheurs, imitant la conduite des saints?

Songeons donc souvent que notre pèlerinage terrestre n'est

qu'un simple campement, une halte momentanée sur le chemin de l'éternel séjour par delà cette nébuleuse région des tempêtes, élevons souvent nos regards et nos désirs, jusqu'aux splendeurs de l'infini, seul héritage vraiment digne de notre ambition, incomparable demeure promise à la vertu persévérante.

Que le prêtre se dise : je suis prêtre ; ma dignité est au-dessus de celle des anges ; ma vie doit être d'une pureté angélique et je suis obligé d'y tendre par tous les moyens possibles ; un Dieu daigne obéir à ma voix, je dois donc, à plus forte raison, obéir à la sienne. La Sainte Eglise m'a honoré, il faut que je l'honore moi-même, par la sainteté de ma vie, par mon zèle, par mes travaux. . . J'offre au Père éternel, Jésus-Christ, son Fils ; il est donc de mon devoir de me revêtir des vertus de Jésus-Christ et que je me rende propre à traiter le plus saint des mystères. Le peuple chrétien voit en moi un ministre de réconciliation, médiateur entre Dieu et les hommes ; il faut en conséquence que je me conserve toujours dans la grâce et dans l'amitié de Dieu. Les fidèles veulent avoir en moi, un modèle des vertus auxquelles ils aspirent ; je dois donc les édifier tous et toujours. Les pauvres pécheurs qui ont perdu la vie de la grâce, attendent de moi, leur résurrection spirituelle, il est donc nécessaire que j'y travaille par mes prières, mes bons exemples, par mes paroles, par ma conduite. Je suis prêtre ; mon devoir est d'inspirer la vertu et de glorifier Jésus-Christ, le prêtre éternel.

Après une telle vie, après avoir porté, pendant de longues années, l'étole pastorale avec le plus grand honneur, le bon prêtre s'acheminera calme et heureux vers la mort. Entouré du respect et de l'affection de tous ceux qui l'auront approché, rassuré sur son avenir par les bienfaits qui ont marqué chaque heure de sa vie, soutenu par les divines promesses de la religion, il descendra paisiblement dans la tombe et avec la foi et l'espérance du réveil éternel. Il éprouvera bien, sans doute, quelques regrets, au milieu des accents plaintifs que feront entendre, autour de son lit funèbre, ses brebis désolées ; mais il espérera les revoir un jour dans une meilleure patrie ; car il sera convaincu que s'il quitte la terre, c'est avec l'assurance de l'échanger pour le ciel où le Père des miséricordes le glorifiera. Il fermera donc tranquillement les

yeux à la lumière et il s'envolera, heureux, dans le sein de son Dieu, à qui il pourra dire cette parole que Notre-Seigneur disait à son Père, en quittant la terre : " opus consummavi quod dedisti mihi ut faciam." (Jean, xvi).

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