‹ À mes prêtresChapitre 24 sur 62 · CHAPITRE HUITIÈME LA CHARITÉ ENVERS LES ENFANTS · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME LA CHARITÉ ENVERS LES ENFANTS

Et la famille bien-aimée du prêtre, ce sont les enfants qui doivent être l'objet de ses soins les plus affectueux, le but principal de tous ses efforts, parce qu'ils sont l'espérance, l'avenir de sa paroisse et de la religion. Ah ! qui n'aimerait ces chers petits êtres ! qui ne les couvrirait de toutes ses sympathies !

Il n'y a qu'à ouvrir ce livre admirable qu'on appelle l'Evangile pour être frappé de l'attitude de Jésus-Christ à l'égard des enfants. Lui, si bon pour tous les hommes, lui qui disait : " J'ai pitié de cette multitude . . . Venez à moi vous tous qui avez de la peine, qui êtes chargés, et je vous soulagerai " (Math, xi, 28), lui qui semait les prodiges sous ses pas et répandait les bienfaits à pleines mains, il a cependant pour les enfants des attentions, des tendresses, des prédilections étonnantes. " Il a eu, disait saint François de Sales, des tendresses admirables envers les petits enfants qu'il prenait dans ses bras et dorlottait amoureusement. " Nous pouvons nous rappeler ce qui se passa un jour au pied de la montagne de la Transfiguration. Les Apôtres discutaient entre eux pour savoir qui serait le premier. Mais Jésus- Christ, apercevant un petit enfant, l'appela et le plaça au milieu d'eux, en disant : " En vérité, je vous le dis, si vous ne vous convertissez pas et ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux. Quiconque donc se fait petit comme ce petit enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des cieux. Et qui reçoit en mon nom un petit enfant me reçoit." (Math, xviii, 1).

Nous pouvons nous rappeler aussi ces scènes à jamais touchantes qui sans doute, devaient se renouveler souvent dans les villes et les campagnes de la Judée et de la Galilée, autour de la personne de Notre-Seigneur. Touchés de sa bonté, séduits par un

attrait surnaturel et divin, les petits enfants se pressaient sur ses pas et prenaient plaisir à l'entourer. Et lorsque les Apôtres voulaient les éloigner, il leur disait : " laissez les petits enfants venir à moi et ne les empêchez pas ; car à de tels est le royaume des cieux. " Et les embrassant et imposant les mains sur eux, il les bénissait. (Saint Math, x, 14).

Il ne faut pas être surpris de cette prédilection si touchante de Jésus-Christ. Qui donc est plus digne d'intérêt que l'enfant ? Il est la touchante expression de la faiblesse, de la candeur, de l'espérance. En le voyant, on croit voir une fleur frêle, délicate. Le moindre souffle, le moindre orage peut la ternir et la faire courber vers la terre. Mais aussi, bien cultivée, elle peut répandre un doux parfum et donner plus tard des fruits délicieux ; car toute la vie de l'homme est dans l'enfance comme le fruit est dans la fleur.

Aussi, le bon pasteur ne laisse pas échapper le moment si précieux où, chez l'enfant, la raison commence à luire, le sentiment à s'éveiller ; il connaît tout le prix de ces instants passagers et rapides qu'il donne à catéchiser, à former des âmes dans leur pureté naïve et, partant, bien disposées à recevoir des impressions salutaires. Il fait pénétrer la sève de la vertu dans ces âmes neuves ; il les nourrit du lait fortifiant de la religion et de la morale ; il leur inculque profondément la croyance en un Dieu, Père commun des hommes, à une Providence pleine de sagesse, à l'immortalité de l'âme, à une justice rigoureuse du crime et rémunératrice de la vertu, ainsi que toutes ces belles maximes de piété, d'amour filial, de charité fraternelle qui font la conscience droite et timorée.

L'éducation religieuse des enfants est la tâche la plus importante et aussi la plus consolante que Dieu a imposée aux prêtres. A Dieu appartiennent encore ces âmes non souillées. Il a créé ces intelligences avides de vérité et la soif de leur cœur ne s'est pas encore désaltérée aux coupes empoisonnées du monde. L'enfant cherche naturellement et instinctivement Dieu, comme la fleur printanière incline sa corolle immaculée et ouvre son cœur vierge au rayon vivifiant du soleil.

La conquête de l'enfant doit donc être le point capital et pri-

mordial dans le plan d'action du prêtre, soucieux de servir les intérêts du Divin Maître. L'enseignement du catéchisme est une des plus intéressantes, des plus utiles fonctions du sacerdoce.

L'Apôtre distribuait le lait de la doctrine à tous les néophytes, ne rougissant pas de descendre jusqu'à leur niveau. Le docte traducteur des Livres Sacrés, saint Jérôme, catéchisait les petits et bégayait avec eux, les éléments de la foi. Il en fut de même de saint Grégoire le Grand qui, malgré ses sollicitudes pour le gouvernement de l'Eglise universelle, consacrait encore bien des heures à l'éducation religieuse de l'enfance et de la jeunesse romaine. L'éloquent évêque d'Hippone, si renommé dans tout le monde catholique pour la profondeur et la variété de ses connaissances, n'a pas cru avilir ses talents, en traçant à un simple catéchiste de Carthage, dans ses deux livres : de catechisandis rudibus, les règles à observer pour l'instruction des ignorants.

Saint Vincent Ferrier, éprouvait le plaisir le plus vif à converser avec les enfants, à leur apprendre le signe de la croix, à leur faire réciter l'oraison dominicale, la salutation angélique, les principaux mystères de la religion, le symbole des Apôtres, les commandements de Dieu.

Saint Charles ne regardait pas l'humble fonction de catéchiste comme au dessous de la haute qualité de cardinal.

Saint François de Sales, pendant la durée de son épiscopat, avait l'usage de catéchiser, tous les dimanches et fêtes, dans sa cathédrale. Et quand des occupations indispensables l'empêchaient de remplir ce devoir si cher à son cœur, il se faisait remplacer par le premier dignitaire de son chapitre.

Il avait chargé un hérault vêtu d'une cotte d'arme bleue sur laquelle était écrit en lettres d'or le nom de Jésus d'aller par les rues en agitant une clochette et de crier à voix haute et sonore : " Venez à la doctrine chrétienne, petits enfants ; on vous y enseignera le chemin du paradis. "

Le Père de la Rivière, qui avait assisté à ces catéchismes, en parle naïvement dans la vie du saint évêque de Genève : " J'ai eu l'honneur de participer à ce béni catéchisme ; jamais on ne vit un pareil spectacle. Cet aimable et vrai bon père était assis sur un trône de quelque cinq degrés ; toute l'armée enfantine

l'environnait. C'était un contentement non pareil d'ouïr combien familièrement il exposait les rudiments de notre foi ; à chaque propos les riches comparaisons lui naissaient en la bouche pour s'exprimer ; il regardait son petit monde et son petit monde le regardait ; il se rendait enfant avec eux, pour former en eux l'homme intérieur et parfait selon Jésus-Christ. "

Gerson, à qui de graves critiques attribuent l'Imitation de Jésus-Christ, et qui fut chancelier de la plus grande université du monde ne crut pas s'abaisser en initiant les enfants aux rudiments de la foi. Il passa les dernières années de sa vieillesse à catéchiser les enfants dans l'église de saint Paul de Lyon ; de beaux esprits de son temps se scandalisèrent et attribuèrent ce zèle de Gerson à un affaiblissement de tête pardonnable mais ridicule chez un vieillard. Le chancelier répondit à l'étonnement des uns et aux sarcasmes des autres par le magnifique traité : De parvulis ad Christum trahendis, un des chefs d'oeuvre sortis de sa plume. " On traite Gerson de pauvre vieillard qui tombe dans l'enfance, dit-il, parce qu'il s'occupe sans cesse des enfants, mais estce donc consumer en vain son temps et sa dignité que de faire le catéchisme. Qu'y a-t-il de plus grand et de plus utile que d'arracher ces jeunes âmes au démon et à l'enfer. Oui, sans doute, je pourrais travailler avec plus d'éclat, mais non avec plus d'efficacité. "

Lorsqu'il fut près de mourir, le saint docteur fit venir autour de lui ses chers enfants, leur donna ses derniers conseils et leur demanda de recommander à Dieu l'âme de son " pauvre serviteur Jean Gerson. " Il voulut être enseveli, tenant dans sa main glacée la baguette qu'il tenait au catéchisme et ayant près de lui, dans son cercueil, la sonnette dont il se servait pour rassembler les enfants dans les rues de Lyon. " Ces instruments, disait-il, me serviront de témoins devant le Seigneur et protesteront contre l'inutilité de mes autres travaux. "

Les délices de saint Ignace de Loyola étaient d'appeler près de lui les enfants et de leur faire le catéchisme. Son frère trouvait qu'il s'abaissait trop pour un gentilhomme et qu'il déshonorait sa famille. Pour l'en détourner, il lui disait que personne ne viendrait l'entendre. " Quand il ne se présenterait qu'un seul

enfant au catéchisme, répondit le Saint, ce serait toujours pour moi un assez grand auditoire. " Lorsqu'il fut nommé général de la Société de Jésus, il s'obligea par vœu, ainsi que ses autres compagnons, à enseigner aux petits la doctrine chrétienne. Il commença, dès son entrée en charge, par faire le catéchisme dans une église de Rome. Bien que ses instructions ne fussent destinées qu'aux enfants, toutes sortes de personnes y venaient, même des hommes et des femmes de qualité, des théologiens, des canonistes.

" Cher ministère de l'enfance, écrit Mgr Dupanloup, ô aimables et précieuses âmes des petits enfants ; je les ai beaucoup aimées, je les aimerai toujours. C'est là au catéchisme que j'ai appris à connaître la beauté des âmes ; et cette beauté naïve qu'elles ont surpasse tout. C'est là qu'elles m'ont apparu avec ce charme inexprimable dont l'innocence et la grâce de Dieu embellissent le premier âge ; c'est là qu'un humble et obscur dévouement trouva chez des milliers de jeunes cœurs une docilité si confiante, une reconnaissance si vive, une fidélité si constante, et qui dure encore. Aussi mon ministère auprès de ces jeunes âmes d'enfants est-il mon plus doux souvenir ici-bas, et rien ne sera jamais comparable pour moi au bonheur d'avoir été l'ami, le précepteur et l'apôtre de l'enfance. "

Ce grand évêque écrit encore : " évoquant les impressions de sa jeunesse sacerdotale, à propos du catéchisme des enfants de la première communion : " j'ai beaucoup prêché, jai vu des grands auditoires, d'immenses assemblées de fidèles recueillis autour de la chaire sacrée ; j'ai vu parfois aussi, grâce à Dieu, les grands fruits de la parole sainte, l'émotion des cœurs, les touches visibles de la grâce, des conversions extraordinaires ; et, je dois l'avouer, j'ai trouvé là une douceur telle qu'elle fait oublier à un homme apostolique toutes ses fatigues ; et néanmoins, je dois le dire, rien de tout cela n'est comparable pour moi aux impressions, aux souvenirs du catéchisme de semaine ; nulle prédication, si solennelle qu'elle soit, nul ministère, si consolant qu'il soit, ne peut, à mon sens du moins, égaler celui-là ; parce que j 'ai vu là et de plus près et plus intimement que nulle part ailleurs, ce qu'il y a de plus beau ici-bas, de plus grand et de plus attachant :

les âmes et Dieu dans les âmes, l'épanouissement de leurs facultés les plus belles et de leurs plus vives puissances ; la noblesse, la grandeur et le fond divin de ces âmes immortelles."

On a vu des beaux génies comme Bossuet et Fénélon, se montrer heureux de confondre les derniers rayons de leurs belles intelligences avec les premières lueurs des jeunes esprits.

Tous les saints prêtres ont cherché à s'entourer d'enfants. Leurs âmes pures et candides se retrouvaient dans ces jeunes âmes que le mal n'avait pas encore déformées et l'attention soutenue, les sympathiques regards de ces charmants auditoires, montraient combien les maîtres en étaient compris et aimés.

Or si les docteurs et les princes de l'Eglise se sont fait gloire de catéchiser l'enfance, un bon prêtre qui a à cœur de sauver des âmes, pourrait-il ne pas aimer une occupation dont se tenaient honorés tant de grands hommes ? Il sait que l'enfance est une source d'où découle une vie heureuse ou malheureuse, une vie pour Dieu ou contre Dieu, une vie couronnée par la béatitude éternelle ou vouée à la terrible damnation, une vie qui sera ellemême le berceau des vies semblables, se développant sous l'action fécondante de Dieu ou dépérissant, de jour en jour, parce qu'elles sont flétries par Dieu et porteront, de génération en génération, le poids de sa malédiction.

Bien faire le catéchisme n'est pas une tâche facile. Elle suppose de la science, de l'habileté, de la patience. En effet, exposer clairement les mystères sublimes de la religion, les mettant à la portée des intelligences les plus simples ; parler avec précision et netteté, se servir toujours des termes propres, procéder avec méthode, employer des comparaisons faciles et justes, recourir à des exemples qui en récréant, instruisent, voilà ce qui n'est pas facile.

Et pour être en état de le faire, le catéchiste doit prévoir et préparer chaque séance, avec le plus grand soin. Parce qu'il ne doit parler qu'à des enfants, il ne faut pas se présenter à eux, sans avoir pensé longuement à ce qu'il va leur dire. Il a besoin de mettre à la portée de son auditoire, la doctrine tout entière, à l'aide d'une foule d'industries, d'explications, de comparai-

sons, d'exemples, d'histoires qui la rendent saisissable plus que l'affirmation autoritaire et le raisonnement. Ces mots délicieux de Lamartine :

" Il fait toucher le ciel aux plus petites mains, " doivent être sa devise.

Pour que le prêtre fasse le catéchisme avec goût et avec fruit, il doit aimer ce divin métier et aimer les enfants, les aimer tendrement et en Dieu et pour Dieu. Ces enfants l'aimeront s'il les aime ; il ne sera pas nécessaire de les punir pour les lui envoyer, ils viendront d'eux-mêmes, et s'il y a de leur cœur dans son cœur, un flux et un reflux de divine charité, quelle utile instruction, il donnera à ces chers enfants.

Que le catéchiste soit assez sérieux et assez grave avec les enfants pour n'avoir pas besoin d'être sévère ; qu'il ait assez d'autorité pour les contenir et beaucoup de douceur pour les attirer et les gagner. Rien de plus subtil que les enfants pour découvrir, dès le premier jour, le fort et le faible de celui qui les instruit.

Que la bonté soit le fond du catéchiste. Que les enfants sachent, à n'en point douter, qu'il aime son petit troupeau et que son grand bonheur est d'être avec lui.

Qu'il fasse apprendre et comprendre aux enfants la lettre du catéchisme ; qu'il leur donne une explication à la portée de leur âge, qu'il ait soin d'exciter leur attention par des exemples, des paraboles, des comparaisons ; qu'il ait un choix bien fait de faits historiques intéressants et édifiants. Il faut que les enfants soient habitués à écouter avec plaisir tout ce qu'il raconte ; alors ils s'attendront à quelque chose de nouveau et de piquant qui excitera leur curiosité.

Qu'il néglige rien pour que ses leçons soient, vraiment, aussi intéressantes qu'instructives, afin que les enfants gardent pour leur vie entière, un souvenir agréable de leur première initiation à la vie chrétienne.

En général qu'il parle par lui-même, qu'il fasse parler beaucoup son petit monde pour tenir son attention éveillée et excitée par la série des questions qu'il leur pose.

Qu'il habitue les enfants à agir non par crainte du châtiment ou par l'espérance d'une récompense humaine et immédiate, mais

en chrétien, par sentiment du devoir et de l'honneur, par crainte et par amour de Dieu, en prenant les principes de la foi pourrègle de leurs pensées, de leurs affections et des actes de toute leur vie.

Qu'il leur apprenne à suivre la messe avec intelligence et profit, en leur expliquant les différentes parties du saint sacrifice, les diverses fins pour lesquelles il est offert.

Qu'il leur apprenne à prier avec dévotion. Dans ce but, qu'il les habitue à bien faire le signe de la croix et la génuflexion complète. Qu'il les habitue surtout à bien réciter les principales prières avec une lenteur convenable, sur un ton recueilli et naturel, avec les pauses voulues par le sens des paroles, en y mettant l'accent des sentiments qu'expriment les paroles.

Qu'il leur explique les sens spirituels des mots qui composent les prières les plus usitées pour les faire aimer et goûter. Ne craignez pas de leur donner vous-même l'exemple de la vraie prière en prononçant avec onction, d'un ton pénétré et plein de respect les formules des prières les plus usuelles. Faites même avec eux un pieux chemin de la croix pour leur faire voir de plus près ce que Notre-Seigneur a souffert pour eux.

Accoutumez-les à prier pour eux, oui, mais aussi pour leurs parents, pour la paroisse. " Il est incompréhensible, disait le saint curé d'Ars, le pouvoir que l'âme pure d'un enfant a sur le bon Dieu ; ce n'est pas elle qui fait la volonté de Dieu, c'est Dieu qui fait la sienne.

. . ." chez lui, tout est amour, joie, espérance. Qui sait ce qu'un enfant peut dire à V Eternel ! Peut-être qu'au milieu des prières du monde, La prière la plus douce et la plus féconde, Est celle d'un enfant qui regarde le ciel. Petits enfants à tête blo?ide, Vous dont l'âme est un encensoir, Priez. La prière est féconde.

Un enfant peut sauver le monde, En joignant les mains chaque soir. " Le catéchiste ne doit pas seulement parler à la raison naissante et à l'imagination, il doit aussi parler au cœur et incliner celui-ci

vers la piété. Il est facile d'attendrir, d'émouvoir ces âmes d'enfants. Le doute ne les a pas même effleurées ; aucune passion invétérée ne les dispute encore à Dieu ; elles lui appartiennent par le baptême et elles peuvent le goûter sans efforts. Que le catéchiste s'attache donc à exciter, à raviver dans ces enfants, l'amour du Père céleste, l'amour du Sauveur Jésus qui les a aimés jusqu'à la crèche, jusqu'à la croix et qui leur prépare, pour l'aube de leur adolescence, le festin de son Eucharistie ; qu'il excite aussi en eux, l'amour de leur Mère du ciel. Il ne parlera pas en vain ; des battements de cœur répondront à sa parole, si sa parole elle-même est échauffée par la divine charité.

La première communion des enfants doit être le grand objet du zèle des catéchistes ; c'est, en effet, une des actions les plus intéressantes pour ceux qui leur sont confiés, celle qui a le plus d'influence sur le reste de leur vie. C'est dès ce moment que l'on commence à recueillir les fruits de la semence qu'on a jetée dans leurs cœurs et qu'on voit des enfants jusque là volages et dissipés, se fixer et se plier à la pratique des vertus chrétiennes. Tous ne persévèrent pas ; mais ceux mêmes qui s'écartent du droit chemin, trouvent encore dans leur première communion une des plus grandes ressources pour leur salut. La pensée de cette sainte action se présente, de temps en temps, à eux, elle leur reproche vivement leur ingratitude, elle leur remet devant les yeux le bonheur qu'ils ont goûté alors ; et combien le souvenir seul de ce beau jour a retirés de l'égarement ! Si la première communion est mal faite, ce premier faux pas en entraîne bien d'autres ; et l'âme, n'ayant jamais goûté Dieu, ne trouve rien au dedans d'ellemême qui la réveille et la rappelle au bien. Pourquoi voit-on tant de chrétiens froids, apathiques, insensibles aux choses de Dieu ? Ne peut-on pas attribuer en partie ces tristes effets au malheur que la plupart ont eu de débuter par une communion faite avec des dispositions fort équivoques ? Ces considérations ne peuvent manquer d'exciter le zèle d'un pasteur, et de l'engager à ne rien épargner pour éclairer l'esprit des enfants et former leur cœur : double objet qu'il doit avoir en vue pendant le temps qu'il les dispose à la première communion.

C'est le devoir d'un prêtre aussi de faire contracter aux en-

fants l'habitude de la communion fréquente, de bien les convaincre que leur âme est comme une lampe, comme un foyer, comme une citerne ; la lampe, pour éclairer, a besoin d'huile ; le foyer, pour donner de la chaleur, a besoin de combustible ; une citerne pour arroser un jardin, a besoin d'être remplie d'eau du ciel ou du ruisseau. Or ce qui éclaire l'esprit, ce qui réchauffe le cœur, ce qui vivifie l'âme, c'est ce pain délicieux que donne Jésus-Christ ; et de même qu'une lampe sans huile s'éteindrait, qu'un foyer sans combustible serait froid et qu'une citerne sans eau serait desséchée, ainsi sans le pain eucharistique l'âme serait condamnée à l'obscurité, au froid, à la mort. Voilà pourquoi saint Antonin s'écriait : " O banquet délicieux, source admirable de salut, rempli de toute sorte de suavités, engraissez mon âme par l'abondance de vos dons. " " O Jésus, s'écriait à son tour saint Augustin, viens en moi pour que cette nourriture qui est la chair de mon Dieu, serve au salut de mon âme, afin qu'en te mangeant je vive de toi, je vive pour toi, je parvienne jusqu'à toi, je demeure en toi. "

Et pourquoi le prêtre, entouré de ces chers enfants, se désintéresserait-il du recrutement du clergé ? Pourquoi ne chercherait-il pas les jeunes âmes que Dieu a marquées pour le service des autels et l'empreinte divine laissée par la main de la Providence sur ces âmes de choix ? Pourquoi ne chercherait-il pas à reconnaître dans quelques enfants, le signe de la vocation ? Pourquoi dans un enfant intelligent, pieux et pur, n'éveilleraitil pas le désir du sacerdoce ou ne provoquerait-il pas le premier aveu d'un désir secret que la timidité avait jusque-là retenu au fond de l'âme discrète et lente à s'ouvrir.

S'il est au monde une œuvre qui doive exciter l'intérêt et enflammer le zèle d'un catéchiste, c'est assurément celle-là. Nulle autre, en effet, ne saurait mériter au même titre ses plus ardentes sympathies ; car un bon prêtre, un prêtre pieux, instruit et fidèle, est le plus riche présent que Dieu puisse faire à l'humanité, parce que c'est du cœur du prêtre que sortent toutes les sources de miséricorde. Si c'est une grande chose aux yeux de la foi, de donner de l'huile à la lampe du sanctuaire, des ornements à son autel, des tabernacles à son Dieu, que sera-ce de donner à l'Eglise

l'homme de la prière, du dévouement, du sacrifice, un autre Jésus-Christ qui est la voie, la vérité et la vie !

Que d'occasions le prêtre peut avoir de faire cette œuvre excellente ! A une jeune âme qui est venue vers lui pour lui accuser ses fautes et qui lui a révélé surtout son innocence et sa candeur ; à un enfant qui fréquente le catéchisme, qui semble plus attiré par les cérémonies liturgiques, qui apporte à son instruction religieuse une volonté décidée ou une intelligence vive ; à un petit passant qui témoigne d'un jugement droit, il dira un jour : il Ne voudrais-tu pas être prêtre " ? Parfois, ce seul mot, fécondé par la grâce, suffira pour faire retentir, de façon victorieuse, l'appel divin dans son âme.

Et ces enfants, qu'ils soient ensuite l'objet particulier de sa sollicitude et de son labeur ; qu'il corrige leurs défauts naissants, qu'il développe leur instruction religieuse, qu'il leur inculque le goût et les habitudes de la piété, qu'il leur suggère les pratiques les plus propres à augmenter en eux la vie chrétienne, qu'il leur inspire une profonde dévotion à Jésus-Eucharistie, un vif sentiment de sa présence au saint autel, un amour très éclairé et très intense de la messe et de la communion.

Qu'il ait à cœur aussi de rechercher et de recueillir les ressources nécessaires à l'éducation des enfants pauvres, qu'il faudrait placer dans le séminaire. Qu'il s'efforce de faire comprendre aux fidèles qu'il n'y a pas de gloire comparable à celle de contribuer à donner un prêtre à l'Eglise. Ils n'ont peut-être pas donné aucun de leurs fils à Dieu ; qu'ils lui donnent, au moins, l'enfant du pauvre. Us ont peut-être commis bien des fautes et leur âme tremble à la pensée de la justice de Dieu ; qu'ils fassent monter à l'autel un prêtre qui, chaque matin, le fléchira pour eux. Us descendront un jour dans la tombe, c'est-à-dire, dans l'oubli et peu après leur disparition, aucune lèvre humaine ne prononcera plus leur nom. Qu'un prêtre, du moins, le redise au saint autel et que son puissant suffrage leur porte dans une autre vie, un secours dont ils auront peut-être besoin.

Quel bonheur pour un prêtre d'avoir contribué par tous les moyens possibles, à donner des prêtres à l'Eglise ! Quelle gloire pour un vétéran du sacerdoce lorsqu'une couronne de jeunes

prêtres qu'il a formés, entoure le repos de ses vieux jours ! Quelle joie quand il se voit revivre dans ceux qu'il a donnés au Christ ! Dieu se doit de réserver une récompense spéciale à ceux qui ont ainsi assuré la vitalité de son Eglise.

A combien d'enfants une vie sacerdotale vertueuse a donné la première idée de la vocation ! Il ne faut pas l'oublier. Un prêtre, raconte Delbrel, qui avait su gagner le cœur d'un enfant confié à sa direction, lui demandait : " Que voulez-vous être plus tard ? — Prêtre, mon Père. — Pourquoi ? et l'enfant répondit : "" Pour être comme vous. "

Sur la montagne de la Galilée, le Seigneur un jour enseignait ses disciples. Après avoir énuméré les béatitudes, il leur annonce qu'ils sont le sel de la terre et la lumière du monde ; et après avoir rappelé que le sel affadi n'est plus bon à rien, que l'on n'allume pas une lumière pour la mettre sous le boisseau, il leur dit : " que votre lumière luise devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres. " (Math, v, 16).

C'est au prêtre surtout que s'adresse cette parole, lui qui est vraiment le sel de la terre et la lumière du monde, chargé par son .sacerdoce de diriger les autres. Le prêtre entraînera par sa sainteté personnelle, s'il donne constamment l'exemple de la patience, de la douceur, de l'égalité et de la suavité de caractère, en un mot, s'il fait en sorte que tous ceux qui viendront en contact avec lui soient pénétrés d'un parfum d'éternité, comme dit saint Grégoire : " ut quisquis sacerdoti jungitur ceternœ vitœ sapore condiatur ; " ou bien encore s'il peut dire avec saint Bonaventure : " Si formam Christi desideratis ad imitandum cognoscere, in mets hanc moribus considerate. "

Que le curé qui veut imiter Jésus-Christ et lui plaire mette •donc tous ses soins à enseigner parfaitement et fréquemment le ■catéchisme aux enfants. Qu'il se concerte avec les instituteurs et les institutrices pour avoir en eux des collaborateurs zélés. Il est pasteur ; c'est à lui de conduire les âmes dans le sentier de la vertu, en leur enseignant la vérité. Heureux sera-t-il si, par le •catéchisme fait avec zèle, il peut jeter la semence de la vertu •dans l'âme des enfants, dans cette terre féconde que la zizanie du vice n'a pas encore eu le temps de rendre stérile. Quels fruits

il produira pour la vie éternelle ! Les autres prédications, ce sont des pluies ardentes et souvent des torrents impétueux qui baignent la terre mais qui ne le fécondent pas ; le catéchisme bien expliqué, est comme une pluie paisible qui, la pénétrant et l'imbibant, lui fait produire beaucoup de fruits. Il y a en outre cet avantage que l'enfant instruit et incliné à la pratique de la vertu dès ses plus tendres années, oubliera rarement, le reste de sa vie, les principes gravés alors dans son cœur : " Adolescens juxta viam sua?n, etiam cum senuerit, non recedet ab ea. " (Prov. xxii, 6).

Le catéchisme est une œuvre sublime dans sa modestie et Mgr Dupanloup l'a justement qualifié d'œuvre par excellence. " C'est ma profonde conviction, dit cet illustre Prélat, qu'on sauverait le monde si on se donnait à l'enfance et à la jeunesse. Et nulle part, on ne peut s'y donner avec plus de bonheur et de fruit que dans les catéchismes, mêmes les plus humbles. "

" Il faut donc tout faire pour attirer dans les catéchismes et y garder le plus longtemps possible la jeunesse, cette espérance du troupeau de Jésus-Christ. Si les catéchismes étaient faits comme ils pourraient l'être, ce qu'on ferait de bien par là est incalculable. Mettez-y toute votre âme, et rien dans votre vie ne sera jamais plus béni de Dieu.

Page 1