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CHAPITRE ONZIÈME LÀ CHARITÉ ENVERS LES AFFLIGÉS

Mais il est une classe de malheureux bien dignes des soins attentifs et de la commisération d'un curé. Si dans les maladies graves mais de courte durée, rien n'est aussi consolant que la visite d'un pasteur qui sait unir quelques mots d'espérance pour le temps, à des paroles de vie pour l'éternité, de quelle nécessité plus grande ne sera pas sa présence dans ces affections chroniques qui se prolongent parfois longtemps, clouant pour des mois, des années un pauvre patient sur un grabat de douleurs et fatiguent, parfois, le dévouement des familles ! Il est de ces malheureux atteints d'infirmités incurables, dont l'existence n'est qu'une lutte perpétuelle contre la souffrance ; la patience leur ferait défaut dans les tourments qu'ils endurent, si un consolateur ne venait combattre leur désespoir et relever leur cœur abattu, en tournant leur regard vers le ciel. Que le prêtre s'intéresse donc à leur triste sort, compatisse à leurs maux, retrempe leur courage, adoucisse leur situation par les espérances ineffables de la religion seules capables de tempérer l'amertume des peines de la vie et de faire porter, patiemment, le poids de ses cruelles infortunes. Quelques pieuses paroles de confiance, souvent répétées à l'oreille d'un valétudinaire, ont plus d'une fois suffi pour alléger ses souffrances et ranimer son âme défaillante.

Il est un autre genre de douleurs humaines qui sollicite encore bien vivement l'intérêt du bon pasteur : ce sont les peines morales, beaucoup plus amères et plus cuisantes que les peines physiques. La charge du malheur est si lourde à porter ! Tantôt c'est un revers de fortune qui précipite, soudain, un homme dans

la misère ; tantôt, c'est une catastrophe qui ravit à une famille, les plus tendres objets de son affection ; ou c'est un acte de bassesse qui imprime à un de ses membres une flétrissure indélibile. Ajoutons à cela, les déceptions et les désanchantements du monde. Ces tortures morales sont souvent plus intolérables que les souffrances les plus atroces. C'est alors que la charité pastorale apparaît dans tout son éclat ; c'est là son côté, à la fois, le plus consolant et le plus sublime. Au prêtre, de visiter ces maisons de deuil, ces créatures infortunées, exposées au désespoir. Que le bon pasteur aille répandre sur leurs blessures saignantes, l'onction si douce des espérances chrétiennes, partager leurs peines, mêler ses larmes à leurs larmes et les rendre ainsi plus résignées ou moins malheureuses. La visite d'un curé est alors bien propre à rendre le calme à des âmes agitées, à faire éclore un sourire de bonheur sur leurs lèvres flétries par le chagrin. Aussi voit-on nombre de malheureux, le bénir avec amour, et remercier le ciel à son approche.

Et qui plus que le prêtre a reçu cette puissance de consolation ? Il montrera à tous ces affligés le Dieu du Calvaire, supplicié sur le bois de l'infamie et il leur parlera de la résignation héroïque et sublime du Rédempteur crucifié ; il leur fera envisager les souffrances et les tourments de la terre, comme la voie de la gloire et du bonheur, ou comme une condition à laquelle, seule, le ciel leur est promis ; il leur fera entrevoir une patrie à venir où un torrent d'éternelles voluptés sera le prix d'une passagère douleur. En versant ainsi dans leur âme ulcérée, le baume salutaire de la consolation, il verra bientôt ces malheureux revivre dans l'espérance. Ses paroles amies et encourageantes descendront dans leurs cœurs comme une bienfaisante rosée sur des fleurs flétries par le souffle brûlant du midi ; elles adouciront et cicatriseront les plaies saignantes de leur âme.

En agissant ainsi, le prêtre se montrera l'imitateur du Divin Maître, la bonté même. Rappelez-vous comment il se comporta envers Marthe et Marie qui avaient perdu leur frère Lazare ; envers la pauvre veuve de Naïm, dont on conduisait le fils au tombeau ; envers tous les affligés à qui il disait : " venez à moi, vous tous qui prenez de la peine et êtes chargés, et je vous soulagerai."

(Saint Math, ix, 18). Quelle condescendance, quelle délicate attention Jésus a toujours montrée pour tous ceux qui souffrent ! on ne voit pas qu'il ait jamais refusé à aucun sa demande. Que voulez-vous que je fasse ? Et, de suite, il le faisait.

Imitez ces beaux exemples. Oh ! que de plaies vous pouvez guérir, que de murmures vous pouvez arrêter, que de bien vous pouvez faire, par une pieuse parole de sympathie ou d'encouragement, par un conseil donné à propos, par un sacrifice que vous saurez vous imposer, surtout, par une prière bien fervente ! T^oyez pour les âmes éprouvées par l'affliction, ce qu'est pour le voyageur qui chemine péniblement dans le désert, la vue d'une belle fleur, plantée sur le bord de la route, par la main bienfaisante de Dieu ; ce qu'est pour le pauvre malade, après une nuit d'insomnie et de souffrance, un rayon de soleil.

En agissant ainsi, le prêtre jouira de la plus douce consolation qu'il soit possible de goûter ici-bas, celle d'avoir consolé des frères malheureux. Rien, en effet, ne rafraîchit l'âme comme le sentiment des bonnes actions. Le plaisir de faire du bien ne ressemble pas aax autres plaisirs qui ne laissent après eux que des regrets. Celui-là ne rappelle que d'agréables souvenirs ; c'est une sensation délicieuse, un contentement intime auquel rien .au monde n'est comparable.

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