CONCLUSION
N'oublions donc jamais que la vertu de charité réclame une place à part dans l'estime et dans la vie du prêtre. Nous ne devons pas oublier ce que le Pontife nous a dit, en nous imposant la chasuble le jour de notre ordination : revêtez ce vêtement sacerdotal, qui symbolise la charité. De même que la chasuble couvre les autres vêtements, les contenant et les renfermant en elle, de même la charité, dont elle est le signe, doit résumer et perfectionner toutes nos vertus.
Aimons donc Dieu de tout notre cœur. " L'amour de Dieu, dit saint François de Sales, est une vertu non pareille, la vie et l'âme de toutes les autres vertus qu'elle embaume et parfume de son odeur céleste, par le moyen de laquelle, elles sont rendues de grand prix devant Dieu. " Elle est relativement aux autres vertus ce qu'est le général, par rapport à son année, ce qu'est le soleil, par rapport aux autres astres du firmament, la rose, reine des rieurs, par rapport aux autres fleurs, l'or, par rapport aux autres métaux. Elle seule tient l'étendard dans l'armée des vertus ; c'est le seul drapeau, sous lequel, Notre-Seigneur les fait combattre.
Aimons Dieu pour lui-même ; il le mérite pour ses perfections infinies. Il possède toutes les perfections. Bon, n'est-il pas vrai, est le cœur de notre père et de notre mère, belle est la fleur des champs, la mélodie de la musique, l'harmonie de la nature, la magnificence du firmament parsemé d'étoiles. Toutes ces beautés, ces bontés, ne sont qu'un pâle reflet, une faible émanation de la bonté et de la beauté de Dieu. Toutes les gouttes de perfections répandues sur la créature, se trouvent en Dieu, comme en leur source, comme en un vaste océan, sans rivage et sans fond.
Aimons Dieu aussi par reconnaissance pour l'immense amour qu'il nous porte. Si l'on réunissait l'amour de tous les hommes,
de tous les saints, de tous les anges, on ne parviendrait pas à égaler la moindre partie de l'amour que Dieu porte à chacun de nous ; car il nous aime infiniment.
Aimons le prochain. L'amour de Dieu et l'amour du prochain sont comme deux anneaux passés l'un dans l'autre et mis au doigt ; on ne peut en ôter l'un sans l'autre. Il faut les tirer ensemble. Ces deux amours sont inséparables. L'un ne peut jamais subsister sans l'autre, parce que ce n'est qu'un même amour de charité qui nous porte à aimer Dieu et le prochain pour Dieu. xAinsi, nous ne pouvons aimer Dieu sans aimer le prochain, ni aimer le prochain, avec un amour de charité, sans aimer Dieu.
Quoi de plus divin, que de consacrer toutes ses facultés, tout son temps, toute sa personne à la même œuvre pour laquelle Jésus-Christ a prodigué ses sueurs, ses larmes, son sang, sa vie, à l'œuvre de sa gloire infinie qui est le principe et la fin de ses opérations, dans l'univers et dans tous les siècles ! Quoi de plus avantageux pour nous et pour tous les autres, que de coopérer, avec un Dieu Rédempteur, aa salut des créatures, qu'il admet en participation de sa nature divine et de son royaume éternel ?
Porter aux âmes les bienfaits du Verbe incarné, les convertir leur faciliter le chemin du ciel, les provoquer à de continuelles ascensions dans le chemin de la sainteté, c'est la belle mission qu'est la nôtre.
Prenons l'habitude de manifester à Dieu cet amour, par ce qu'on appelle des oraisons jaculatoires. Il nous est arrivé, déjà, de nous trouver près d'un brazier ardent. Avec quelle abondance il s'en échappait des étincelles qui s'élevaient dans les airs. Voilà l'image de ce que doit être notre cœur. A chaque instant, s'il est embrasé du feu de la charité, il faut qu'il en jaillisse des élans d'amour, courts, vifs, spontanés, qui montent droit vers le ciel et aillent jusqu'à Dieu.
Accoutumons-nous à voir Dieu toujours présent devant nous, et à nous entretenir familièrement avec lui, comme avec notre meilleur ami. Ouvrons-lui notre cœur ; parlons-lui de nos peines, de nos joies, de nos craintes. Nous n'avons pas besoin, pour cela, de l'aller chercher bien loin, puisqu'il est toujours près de nous. Si nous travaillons, si nous marchons, si nous restons assis,
il ne nous quitte pas un instant ; si nous dormons, il se place à côté de nous, il s'assied en quelque sorte sur notre chevet, afin de mieux veiller sur nous. " Quiesces et suavis erit somnus tuus. Dominus enim erit in latere tuo. (Prov. m).
Disons-lui souvent : " Mon Dieu, je vous aime de tout mon cœur. " Sachons profiter de tout, pour élever notre âme, vers lui, et nous exciter à son amour. Lorsque, par exemple, nous apercevons une belle campagne, un site agréable, disons : " Mon Dieu, que vos œuvres sont belles !" ou bien : " Seigneur, si vos ouvrages ont tant de beauté, que devez-vous donc être vous-même ! " A la vue de magnifiques demeures, disons : " que sont ces demeures brillantes, en comparaison du ciel ! O mon Dieu, donnez-moi votre paradis. " Lorsqu'on parle, devant vous, de richesses, de gloire, d'honneurs, disons : " O mon Dieu, vous seul me suffisez ; vous êtes tout mon bien et toute ma gloire. " Si nous apercevons un pauvre pécheur qui offense Dieu, disons : " O Jésus, ayez pitié de cet homme. " Ensuite revenons à nousmêmes. " Hélas ! je ferais peut-être encore pis que lui, si vous m'abandonniez à ma faiblesse. Que votre miséricorde soit à jamais bénie. " Quand il nous arrive quelque disgrâce, ou que quelque chose nous chagrine, disons : " Mon doux Jésus, veuillez prendre part à ma peine et me soulager ; vous voyez ce que je souffre. " Après nos fautes, crions-lui : " Jésus miséricorde. " Mille fois le jour, disons que nous l'aimons de tout notre cœur. Que la vue de l'étoile qui brille au firmament, du soleil qui darde,, sur le monde, ses rayons lumineux, du fleuve qui se précipite vers l'océan, de la campagne couverte de moissons, de l'oiseau qui chante, de la fleur qui réjouit nos regards, de la foule qui s'agite . . . fasse sortir de notre cœur un cri d'admiration, de louange et d'amour.
Suivons la règle , que donne saint Bernard, à tous les ouvriers évangéliques : soyons bassin et non canal, leur disait-il, par nos prières, par nos bonnes œuvres, par notre zèle pour la gloire de Dieu ; remplissons-nous de grâces comme un bassin, puis, nous les communiquerons aux autres et nous ne serons pas comme un canal où l'eau passe sans qu'elle y demeure. Nous sommes les. instruments de Dieu et nous travaillons, sous lui, comme sous un
maître architecte qui assigne à chacun sa tâche, selon le but qu'il se propose. Nous ferons d'autant plus de bien, que nous serons plus unis à Dieu et que nous nous rendrons plus dépendants de sa conduite.
Aimons Dieu, aimons le prochain : " dum tempus habemus, operemur bonum, " (Galat. vi, 10). faisons le bien, tandis que nous en avons le temps ; accumulons, derrière nous, des années de bonnes actions et de mérites ; soyons saintement passionnés pour la gloire de Jésus. Et le jour de notre mort, nous nous endormirons, ici-bas, dans une sécurité sans mélange, nous irons nous réveiller aux cieux, dans une félicité sans limites.
TABLE DES MATIERES
Dédicace
Chap. I. La Charité envers Dieu 11