REGINA
Bien cher* collaborateur*
II est impossible de parler dignement de l'excellence de la prière, de dire tout son prix sur les lèvres d'un cœur humble et pur ; car la foi nous apprend qu'elle vaut plus que tous les trésors et toutes les richesses de ce monde. La prière est l'encens le plus pur, le parfum le plus suave que la terre fasse monter vers le trône de Dieu ; elle est la chaîne d'or qui unit la terre au ciel, le lien sacré qui rattache le monde visible à l'invisible, le Créateur à la créature, le temps à l'éternité.
Prier : c'est suspendre le temps, quitter un moment la vallée des douleurs, faire trêve à cette pauvre vie e^ue V homme mène ici-bas pour s'élever en haut. Alors, sur les limites du ciel, se passe un ineffable rendez-vous. L'âme appelle et Dieu descend ; l'âme se prosterne et Dieu la relève ; l'âme dit : j'ai faim et Dieu, ouvrant son cœur, V appuie sur son, sein pour la nourrir de lumière et de vie ; l'âme raconte les peines de son pèlerinage et Dieu l'écoute avec amour ; l'âme dit : je suis fatiguée et Dieu de sa douce main essuie la sueur de son front ; l'âme pleure et Dieu dit à ses anges de recueillir ses larmes ; l'âme dit : mon Père, et Dieu dit : mon enfant ; l'âme soupire : je vous aime et Dieu répond : je vous aime aussi ; et alors, pour l'âme qui est vraiment embrasée d'amour pour Dieu, la voix de Dieu est si suave, sa main si caressante, son cœur si bon et si tendre que le colloque une fois engagé, on ne voudrait plus le finir. C'est alors que les saints perdus dans le ravissement s'écriaient : " Assez de douceurs, ô mon Dieu ; " ou bien ils se plaignaient au soleil de venir trop tôt troubler les extases de leurs nuits.
Tous les Pères de V Eglise, parlant de la prière, ne cessent de le
répéter : la prière est un soleil qui éclaire, réchauffe et féconde notre âme ; c'est une eau délicieuse qui la refraîchi l dans V ardeur de ses passions et de ses combats ; c'est un levier qui soulève en nous le poids du vieil homme et nous aide à nous élever vers le ciel; c'est Vor qui nous procure les biens de la grâce et du salut ; c'est une route facile qui nous mène à Dieu.
La prière, disent-ils, c'est la consolation des malheureux, l'espérance du pécheur, le soutien du faible ; c'est la nuée qui éclaire pendant les ténèbres de la nuit et nous protège de son ombre pendant le jour ; c'est la verge de Moi se qui fait jaillir Veau du rocher dans le désert, c'est-à-dire, qui fléchit le cœur de Dieu, quelque irrité qu'il soit contre l'âme coupable qui se trouve par ses péchés dans un désert brûlant.
La prière, disent-ils encore, est pour Vâme une nourriture délicieuse qui la fortifie pour la pratique du bien ; c'est une ancre de sûreté pour (quiconque est en danger de faire naufrage ; c'est un trésor inépuisable pour celui qui est pauire ; c'est un remède très efficeice pour celui qui est malade et un préservatif infaillible pour qui veut se conserver en santé ; t'est l'échelle mystérieuse de Jacob qui unit la terre au ciel et doit nous élever de cette vallée de larmes à la terre des vivants ; c'est un baume salutaire pour toutes les plaies du cœur, un remède pour toutes les maladies de l'âme ; c'est une huile vivifiante qui multiplie les forces et la vertu de l'âme du juste, un parfum suave qui lui fait répandre au loin la bonne odeur eles vertus, une force qui la transporte au ciel, une chaîne qui l'unit à son Créateur.
Le plus grand, service que le prêtre puisse rendre aux âmes dont il a la charge est de leur apprendre à bien prier, de les engager à recourir fréquemment à cette source de tout bien, de chercher à leur faire aimer la prière en leur en montrant les avantages.
Enseigner aux fidèles la beauté de la vertu, les exhorter à la pratiquer, leur dépeindre la richesse et la magnificence des deux, leur faire comprendre c/ue ces biens sont la récompense des âmes généreuses dans le service du Seigneur, et que celles qui sont paresseuses n'y auront eiucune part ; c'est sans doute une chose très importante qu'il ne faut pas négliger ; mais il ne faut pas oublier que, pour preiticjuer la sainteté, pour arriver à la possession des biens éternels,
il faut commencer par la prière, puisque sans la prière on ne peut avoir la grâce et sans la grâce il n'y a point de salut.
Aussi quelle ne serait pas notre joie si nous avions à notre disposition un moyen facile de guérir les malades, de ressusciter les morts, de faire au prochain toute sorte de bien. Nous en userions sans cesse et nous ferions bénir notre nom à cause de nos bienfaits.
Ce moyen que la Providence nous a refusé, quand il s'agit du corps, elle Va mis à notre disposition quand il s'agit des âmes. Et ce moyen tout-puissant, c'est la prière. Sachant, comme le dit Bossuet, que les âmes sont le véritable diadème dont Jésus-Christ veut être couronné, nous devons regarder les âmes qui se perdent comme autant de pierres précieuses qu'on arrache de la couronne de Jésus et sans cesse prier pour que cette couronne soit parfaite et qu'aucune ne périsse. Soyons, plus que tout autre, persuadés que la prière joue un rôle d'une importance capitale dans l'œuvre du salut, qu'elle a une puissance étonnante, une efficacité prodigieuse pour attirer la grâce, et par conséquent pour obtenir que les hommes soient justifiés, qu'ils se sanctifient, qu'ils arrivent au ciel et qu'ils y occupent une place de choix.
La pensée de vous être utile, le désir de vous donner une nouvelle preuve que nous vous portons, l'affection tendre sincère que nous avons pour les âmes que Dieu nous a confiées, voilà ce qui nous a poussé à écrire ces pages dans lesquelles sont exprimées des vérités qui pourront être pour vous le sujet de méditations profitables que vous pourrez rappeler à vos fidèles afin de leur faire aimer davantage la prière qui sera leur force, leur consolation au milieu des luttes et des amertumes de cette vie, qui sera encore leur force et leur espérance au dernier jour. La prière, après avoir été pour eux, selon l'Apôtre, leur cuirasse, leur bouclier, leur casque, leur ceinture et leur épée da?is les combats, sera encore la clef qui leur ouvrira la porte de l'éternel séjour.
Rappelez-vous que le prêtre peut tout espérer par la prière ; sans elle il n'est plus qu'un homme dont les 'meilleurs projets sont livrés à toutes les incertitudes de l'habileté humaine. Celui qui a le pouvoir de tenir Dieu dans ses mains, celui qui peut le déposer et le garder dans le tabernacle, doit pouvoir recevoir facilement les saintes pensées, les communications les plus surnaturelles. Il cesse
alors d'être V homme terrestre pour devenir l'instrument du ciel.
Rappelez souvent à vos fidèles qu'incomparable est l'excellence de la prière, qu' incomparables sont ses privilèges ; jamais vous ne pourrez leur redire assez son importance ; pour elle, les deux sont toujours ouverts, leurs secrets révélés et les oreilles du Seigneur attentives.
On lit dans le livre des Actes des Apôtres (Ch. 27) que, pendant une terrible tempête qui menaçait de jeter un navire au fond des abîmes, saint Paul obtint par sa prière le salut de tous les passagers qui étaient au nombre de deux cent quatre vingt seize. Deux cent quatre vingt seize âmes lui furent données ce jour-là.
0 mon doux Jésus et bon Maître, allumez dans rame de nos prêtres le feu de la prière apostolique afin qu'ils puissent, eux aussi, en gagner beaucoup et vous les donner.
t Olivier-Elzéar, Archevêque de Regina.