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ORAISONS JACULATOIRES

Le temps peut manquer pour faire souvent, dans le cours de la journée de longues et continuelles prières. Pourquoi alors ne pas les faire courtes en ayant recours à ce que les saints appellent oraisons jaculatoires ? Elles sont des prières courtes et brûlantes qu'on peut faire monter vers le ciel comme un trait de feu. Au moindre bruit l'oiseau prend son vol dans les cieux ; ainsi aa moindre mouvement de joie ou de tristesse, d'espérance ou de crainte, l'âme fervente peut prendre son essor vers Dieu par une courte prière et dire ses besoins au Maître de la terre et des cieux qui saura y répondre aussitôt par ses grâces.

" Cet exercice, dit saint François de Sales, n'est pas malaisé; car il se peut entrelacer entre toutes nos affaires et occupations sans aucunement les incommoder. "

" Il est possible, dit saint Jean Chrysostôme, de prier avec ferveur en traversant la place publique ; il est possible, au milieu d'une conversation d'amis d'élever vers les cieux un cri puissant que personne n'entende et sans aucun signe extérieur qui trahisse ce qui se passe en nous. . . Il est possible à la femme qui tient son fuseau de regarder le ciel avec le coup d'œil de l'âme; le voyageur, l'ouvrier dans sa boutique, celui qui travaille à la cuisine, peuvent préparer dans leur cœur une prière vive et ardente. Le Seigneur ne rougit pas des lieux ; il ne demande qu'une âme pleine de ferveur. "

Ces traits rapides de l'âme qui partent comme des flèches au milieu des occupations les plus extérieures ont été définis par saint Augustin " des prières très courtes et lancées, pour ainsi dire, à la dérobée. " Elles peuvent être tout intérieures et alors leur usage est plus facile : ni les occupations, ni le bruit de la foule, ni le regard des hommes, ne sauraient les empêcher. Elles peuvent se manifester par une courte sentence, par une rapide

exclamation, qui contient, pour ainsi dire, toute l'essence de Pâme. " Mon Dieu et mon tout, " s'écriaient les saints, et ils n'avaient plus rien à dire : Deus meus et omnia. "Deo gratias" répétait sans cesse saint Augustin. On ne saurait rien avoir de meilleur dans l'âme, ni sur les lèvres, ni au bout de la plume ; on ne saurait rien dire de plus court, rien entendre de meilleur, rien comprendre de plus grand, rien pratiquer de plus utile.

Dites simplement à Dieu : " Mon Dieu, ayez pitié de moi. " Cette parole est courte, mais elle peut contenir un océan de miséricorde. Et encore il n'est pas nécessaire que vos lèvres articulent cette parole ; prononcez-la de cœur ; car Dieu exauce le cri silencieux de l'âme.

On interrogeait saint Macaire sur la manière de prier ; il répondit : il n'est pas nécessaire de beaucoup parler, mais dites souvent : " Seigneur, ayez pitié de moi, selon votre volonté et la connaissance que vous avez de mes misères. " Si la guerre est à l'intérieur de votre âme, ajoutez : " Seigneur, secourez-moi. " Et comme Dieu sait ce qui nous est utile, il nous fera miséricorde.

Rien n'est meilleur que la pratique de ces oraisons jaculatoires; mais rien n'est plus facile, plus simple, plus agréable au cœur ; rien n'est meilleur pour le perfectionnement de l'âme. Ce n'est autre chose que la douce habitude de la présence de Dieu excitée de temps en temps par les étincelles d'un feu intérieur. Saint François de Sales ne craint pas d'assurer que dans ce saint exercice repose " la grande œuvre de la dévotion. "

Et pour conserver cette habitude de la présence de Dieu, pourquoi ne pas aimer à placer avec honneur dans les appartements que nous habitons les images du Sauveur, de sa Très Sainte Mère, des Anges du ciel, des bienheureux dont nous portons le nom ? La présence habituelle de ces saintes représentations exerce sur l'âme une action sanctifiante ; elle lui apporte force, courage, consolation dans toutes les situations de la vie.

C'est surtout dans nos peines, au milieu des plus dures épreuves, que nous nous sentirons soulagés par la vue de ces saintes effigies ; elles paraîtront s'animer d'un souffle de vie pour compatir à notre douleur et partager nos tristesses.

Toutes les bonnes influences qui émanent de la présence des

objets religieux, se répandront autour des chefs de famille sur les personnes qui habitent dans la même maison.

Les parents ont des jeunes enfants à élever, dont le cœur est à former, et qu'il faut préparer aux dures épreuves de la vie. Quel moyen plus facile et plus efficace en même temps pour leur inspirer l'amour de Dieu et de la vertu, que leur mettre souvent sous leurs yeux les signes sacrés qui nous rappellent les grands souvenirs de la religion et les exemples des saints. Une croix, une image de la Mère de Dieu, une médaille bénite sont autant de livres éloquents où les enfants apprennent à connaître les vérités de la foi et les devoirs qui en découlent. On ne peut se représenter un spectacle plus beau ni plus touchant que celui d'une mère un crucifix à la main, expliquant à son jeune fils agenouillé devant elle l'histoire de la religion et ses mystères les plus augustes. Cet enseignement ainsi donné sous une forme sensible, pénètre jusqu'au fond de l'âme et ne s'en efface jamais.

.Ayons donc souvent la prière à la, bouche ; invoquons Notre Seigneur dans toutes les circonstances qui intéressent notre vie; aimons Dieu et nous saurons quand il faut prier ; le cœur aimant a une aiguille dont les heures ne trompent jamais. L'enfant ne demande pas à quelle heure il doit aller embrasser sa mère ; il considère son cœur et c'est le meilleur guide. Prions brièvement si le temps manque et si le devoir nous appelle ; mais répondons à Dieu qui nous parie, quand ce ne serait que par un regard du cœur. Les vrais amis, dit sainte Thérèse, s'entendent bien dans un seul regard. "

Il est certain que le bras du Seigneur nous soutient à chaque instant du jour et de la nuit, mais il est des heures où nous avons surtout besoin de ressentir les doux et puissants effets de ce bras protecteur " Notre vie, dit Job, est de peu de durée et elle est remplie de misères" (Job xiv). Et pour adoucir nos afflictions et nos douleurs ayons recours à la prière. " Quelqu'un de vous est-il triste, dit l'Apôtre, qu'il prie " (Jac. v). La prière ranimera notre cœur desséché par l'affliction ; elle sera le baume consolateur qui adoucira nos épreuves et nos sacrifices ; elle relèvera nos cœurs abattus ; elle nous fera accepter nos peines avec résignation et nous poussera à dire : " Mon Père, que votre volonté

se fasse et non la mienne. " Alors nous nous sentirons près de Dieu. " L'âme malade est voisine de Dieu," nous a dit saint Pierre. La prière sera la rosée du eiel qui rafraîchira notre âme, le rayon de joie qui traversera nos tristesses. Nous ne quitterons jamais la prière sans emporter un adoucissement à nos peines. " La prière, dit le Saint Curé d'Ars, est un miel qui descend dans l'âme et adoucit tout, Les peines se fondent devant une prière bien faite comme la neige devant le soleil. "

Si nous prions dans la souffrance, Dieu nous fera comprendre que la douleur c'est le marteau et le ciseau du divin sculpteur qui travaille nos âmes pour les faire plus belles, plus pénétrées d'idéal humain et divin, pour y ajouter ce je ne sais quoi d'achevé que la souffrance ajoute à la vertu. Oui, souffrir pour le chrétien, c'est monter, c'est grandir, c'est devenir plus grand et plus fort, c'est devenir meilleur.

u Tu fais l 'homme, 6 douleur, oui V homme tout entier, Comme le creuset Vor et la flamme V acier. "

Ah ! si au moment de l'épreuve nous savions toujours nous adresser du fond de l'âme à ce Fils de David, nous tourner vers le Christ, nous rappeler une grande parole aussi actuelle après dix neuf siècles qu'au jour lointain où pour la première fois elle faisait tressaillir l'âme des multitudes : "Venez à moi, disait le Sauveur, vous tous qui travaillez, qui luttez, qui souffrez et pleurez, qui vous sentez prêt de succomber sous votre fardeau, venez et je vous donnerai la force. Venez et jusque dans les larmes vos goûterez une paix et une joie que les mondains ne connaissent pas. " Et cette étrange, cette sublime promesse s'est vérifiée, se vérifie chaque jour.

" Quand vous avez prié, a pu dire un illustre et malheureux écrivain — malheureux parce que plus tard aveuglé par l'orgueil il a cessé de prier — quand vous avez prié, ne sentez-vous pas votre cœur plus léger et votre âme plus contente ? La prière rend l'affliction moins douloureuse et la joie plus pure ; elle mêle à l'une je ne sais quoi de fortifiant et de doux, et à l'autre un parfum céleste. Il passe quelquefois sur les campagnes un vent qui dessèche les plantes et alors on voit leurs tiges flétries

pencher vers la terre ; mais humectées par la rosée, elles reprennent leur fraîcheur et relèvent leur tête languissante. Il y a toujours des vents brûlants qui passent sur l'âme de l'homme et la dessèchent ; la prière est la rosée qui la rafraîchit.

Mais de toutes les épreuves de la vie, la plus dangereuse et la plus ordinaire est la tentation. La maladie, les adversités, les souffrances morales, la mort compromettent notre vie ou notre félicité terrestre, mais la tentation de sa nature nous expose à la mort et à la souffrance éternelle.

C'est une vérité de notre foi, que, sans le secours de Dieu, nous sommes impuissants à faire le bien et incapables d'avancer dans le chemin de la vertu ; mais sa divine grâce nous est encore plus indispensable pour nous défendre des suggestions du démon et pour garder notre cœur pur de toute souillure. La tentation, c'est le combat que nous livre l'ennemi de notre salut et, dans cette lutte journalière, souvent terrible, nous avons besoin de revêtir notre divine armure pour n'être pas mis en infériorité. Or notre arme la plus puissante est la prière. " Contre le démon aucune arme n'est comparable à la prière, dit saint Jean Chrysostôme. La prière est à la fois le bouclier qui pare les coups, l'épée qui tranche les plus dangereuses attaches et le trait acéré qui frappe cruellement le démon et le met en fuite. "

" La prière est le trait qui blesse de très loin l'ennemi du salut," dit saint Ambroise ; " elle est le fléau du démon, " dit saint Augustin. " La puissance de l'enfer est bien grande, mais la prière est encore plus forte, écrit saint Bernard, parce qu'au moyen de la prière l'âme obtient le secours divin qui l'emporte sur toute puissance créée. " Aussi David dans toutes ses craintes s'encourageait-il, en répétant : " Seigneur à mon secours, et je serai délivré de tous mes ennemis " (Ps. xvn).

N'oublions donc jamais la parole de Notre Divin Sauveur à ses Apôtres : " Priez pour ne pas succomber à la tentation " (Luc xxn). Alors nous serons invincibles dans les combats et la

prière sera notre abri puissant contre toutes les séductions de la terre et de l'enfer.

Dans toutes les parties du monde il y a des églises où la voix du prêtre s'élève vers les cieux, escortée et soutenue par les chants du peuple rassemblé. Là, à des jours et à des heures fixes, le peuple se réunit pour prier ; là il vient chanter un cantique d'actions de grâces, demander le pain de chaque jour ou fléchir le courroux du ciel par les larmes de la pénitence. Dans ses peines, dans ses joies, dans ses malheurs, il se rappelle toujours que l'église est sa maison. Là le pauvre s'assied à côté du riche, le savant à côté de l'ignorant et tous, au moment où s'entonne le Pater, apprennent qu'ils ont le même Père dans les cieux, que tous, ayant la même origine, ils doivent s'aimer comme des frères.

Qu'il est beau de voir le laboureur quitter sa charrue, l'artisan son atelier, le marchand sa boutique, le prince son palais, le pauvre sa chaumière, pour aller, revêtus de leurs habits de fête, se confondre au pied des saints autels et adresser au Très Haut leur commune prière ! Oui, il est beau de voir tous les enfant de Dieu se présenter, sans distinction, dans son temple pour lui rendre le même acte d'adoration et lui demander les mêmes grâces.

Jésus-Christ disait : "Là ou deux où trois personnes sont réunies en mon nom, je me trouve au milieu d'elles. " Dieu donne sa grâce à qui il veut et dans les conditions déterminées par sa sagesse. Or il nous assure que si deux ou trois personnes sont réunies en son nom, il est au milieu d'elles ; que sera-ce lorsque cent, lorsque mille chrétiens assiégeront les autels ? " Quid negabitur multorum millium plebi per unum spiritum concorditer supplicant ? dit saint Léon. Alors vraiment, selon une admirable pensée de Tertulien : nous sommes réunis en bataillons serrés, nous forçons les portes du ciel et nous faisons violence à Dieu comme des soldats qui vont à l'assaut. Ne nous effrayons pas de notre audace ; cette violence est douce au cœur de notre Dieu. C'est lui-même qui nous a enseigné la manière de le vaincre et de le désarmer ; car l'homme a dans le cœur de Dieu une intelli-

gence secrète et miséricordieuse toujours prête à trahir la justice. Et saint Jean Chrysostôme va jusqu'à dire que " Quand Dieu voit la multitude réunie et confondant ses vœux dans la même prière, il éprouverait une sorte de honte à refuser. " Saint Ambroise fait remarquer que " des âmes faibles et sans influence sur le cœur de Dieu quand elles sont isolées, se transforment en géants dès lors qu'elles sont réunies. " Et saint Thomas ne recule pas devant cette affirmation, quelque hardie qu'elle semble au premier coup d'œil : " Il est impossible que les prières communes ne soient pas exaucées lorsque, fondues ensemble, elles montent vers les cieux comme une seule prière. "

Jésus dit à tous les hommes comme autrefois Marthe à sa sœur: " Le Maître est là et il t'appelle. " Qu'il serait heureux si tous allaient lui rendre chaque jour leur devoir d'adoration et d'amour se tenant devant Lui dans l'attitude de Madeleine implorant son pardon, de Zachée lui demandant ses bénédictions, de saint Thomas faisant son acte de foi et pouvant lui chanter la belle strophe :

" Qu'il est heureux celui qui te contemple

Et qui soupire au pied de tes autels ;

Un seul moment qu'on passe dans ion temple

Vaut mieux qu'un siècle aux palais des mortels. "

Ah ! si tous les chrétiens pouvaient comprendre que le tabernacle de l'autel est l'asile de toutes les joies de l'âme, le foyer de toutes les lumières de l'esprit, la source de tous les saints amours du cœur, le rendez-vous de tous les pieux désirs. Touteles pensées, tous les sentiments qui veulent voler plus haut que la terre s'arrêtent là un instant pour se reposer et prendre des forces comme l'aigle, avant de se perdre dans les nuages, se repose dans l'aire qu'il s'est bâtie sur le sommet inaccessible d'un roc.

Là les hommes rencontrent les anges et parlent avec eux des félicités du ciel ; là les joies du ciel s'unissent aux douleurs suppliantes de la terre ; là les souvenirs de ceux qui ne sont plus rencontrent les espérances de ceux qui sont encore ; là les amitiés s'affinent, les haines s'effacent, les pensées s'élèvent, les cœurs

s'élargissent pour donner passage à l'immense charité qui y habite ; là les anges du ciel et les anges de la terre s'enlacent dans de saints baisers ; et l'homme, enivré de délices et d'amour, s'endort dans l'extase de la prière sur le Cœur de Jésus et de l'Eglise ; là est le lieu le plus élevé de la terre et un pas plus haut , c'est le ciel.

Si la foi était plus vive chez les chrétiens, avec quel empressement ils se rendraient aux offices de leur église, avec quel bonheur ils iraient vers Celui qui n'a pas voulu nous laisser orphelins sur la terre et qui les attend à l'autel sur le trône modeste où le place son ministre pour écouter leurs prières, recevoir leurs confidences et les combler de ses faveurs. Si leur amour était plus ardent comme elle parlerait à leur coeur cette blanche Hostie sous laquelle se cache le Dieu de toute bonté, le Père compatissant, l'ami céleste, qui seul peut donner le bonheur ! Comme ils comprendraient qu'aux pieds de Jésus-Christ nous trouvons plus que tous les trésors du monde, puisque nous trouvons le Maître du monde lui-même, les mains pleines de grâces pour nous consoler !

" C'est dans nos temples, dit saint Jean Chrysostôme, que les faveurs du ciel coulent par plus de canaux sur la terre." L'église est par excellence le lieu de la prière.

Ecoutez les prières de la bénédiction d'une église : " 0 Dieu qui sanctifiez les lieux qu'on dédie à votre nom, répandez votre grâce sur cette demeure afin que tous ceux qui vous y invoqueront reçoivent et sentent le secours de votre miséricorde. " Et encore : " Très clément Seigneur, que votre esprit descende dans cette maison avec l'abondance de ses grâces, afin que chaque fois que votre saint nom y sera invoqué, tous ceux qui l'auront invoqué voient leurs prières bien accueillies. "

Si tous les chrétiens comprenaient leur devoir, ils se rendraient souvent à l'église pour y entendre la sainte messe. " La messe, dit saint François de Sales, c'est le soleil des exercices spirituels, l'abîme de la miséricorde divine, le cœur de la dévotion, la source de la charité, le moyen le plus précieux pour obtenir toutes les grâces. "

" La messe, dit saint Bonaventure est l'abrégé de tous les bien-

faits dont le Seigneur a comblé les hommes/7 Et le Concile de Trente de dire : " La messe est l'acte le plus agréable à Dieu, c'est celui auquel est attaché le salut du monde entier. " Et un célèbre prédicateur affirmait : "Il serait à souhaiter que tous ceux qui tiennent à être agréables à Dieu fussent vivement pénétrés de cette pensée que, quelque chose qu'il fassent, ils ne feront rien qui leur soit plus utile que d'assister avec dévotion à cet auguste sacrifice. "

" Seigneur, s'écriait un jour une sainte âme, je voudrais avoir autant de cœurs et de langues qu'il y a de feuilles sur les arbres, d'étoiles au ciel et de gouttes d'eau dans l'Océan, pour vous louer et vous honorer comme vous le méritez"; et aussitôt une voix mystérieuse de lui répondre: "Console-toi, ma fille ; par une seule messe que tu entendras avec ferveur, tu me rendras la gloire que tu souhaites, et infiniment plus encore. "

Et à cette messe, les chrétiens devraient communier souvent. Alors ils n'auraient qu'à prêter l'oreille pour entendre une voix douce et suave leur dire : "Mon enfant, donne-moi ton cœur ; donne-moi ce cœur que j'ai tant aimé, que j'aime encore. Tu t'es approché de la sainte Table, je veux le remplir de ma présence et de mes grâces, je veux le façonner si bien qu'il deviendra un cœur nouveau ; je veux l'enflammer au contact du mien. A l'avenir il sentira plus de forces pour me rester fidèle, pour me rester soumis, pour ne vivre que pour moi et agir de manière à mériter un jour de venir goûter dans le ciel l'éternelle récompense promise à ceux qui aiment sincèrement Dieu sur la terre."

Notre âme est comme une lampe, comme un foyer, comme une citerne ; la lampe, pour éclairer, a besoin d'huile ; le foyer, pour donner de la chaleur, a besoin de combustible; une citerne, pour arroser un jardin, a besoin d'être rempli d'eau du ciel ou de ruisseau. Or ce qui éclaire l'esprit, ce qui réchauffe le cœur, ce qui vivifie l'âme, c'est ce pain délicieux que nous donne Jésus-Christ. Et de même qu'une lampe sans huile s'éteindrait, qu'un foyer sans combustible serait froid, qu'une citerne sans eau serait desséchée, ainsi sans le pain eucharistique l'âme est condamnée à l'obscurité, au froid, à la mort. Voilà pourquoi saint Antonin s'écrie : " O banquet délicieux, source admirable de salut, rempli de tou-

tes sortes de suavités, engraissez mon âme par l'abondance de vos dons. "

" O Jésus, s'écriait saint Augustin, viens en moi pour que cette nourriture qui est la chair de mon Dieu, serve au salut de mon âme, afin qu'en te mangeant, je vive de toi, je vive pour toi, je parvienne jusqu'à toi, je demeure en toi. "

Et quand nos chers fidèles auront communié, quand Jésus descendu en eux reposera sur leur cœur, qu'ils lui demandent de lui être toujours fidèles, de combattre vaillamment le bon combat, de travailler sans repos et sans cesse à se vaincre.

Qu'ils lui demandent le courage et la force. . . qu'il trempe l'acier de leur volonté dans le feu de sa grâce, afin que, comme dit l'Apôtre, elles restent invinciblement attachées à tout ce qui est vrai, à tout ce qui est pur, à tout ce qui est juste, à tout ce qui est saint, à tout ce qui est honneur et vertu. Cela sera la beauté et îa grandeur de leur vie ; qu'ils lui demandent aussi ce qui en est le charme et l'enchantement, le bonheur. Leur pauvre cœur en a si faim et si soif ! C'est vrai, le bonheur n'est pas de ce monde, Dieu le réserve à l'autre ; mais qu'ils lui demandent de leur en laisser goûter ici-bas quelque saveur lointaine. Qu'ils lui demandent de ne faire trop pesant sur leurs épaules le fardeau de la vie ; il est parfois si dur à porter ; mais quoi qu'il décide de leurs destinées, qu'ils aient confiance en lui, qu'ils lui soient fidèles ; à brebis tondue, il mesurera le vent. Il est la force ; il est le pardon, mais il est aussi la bonté, l'amour, l'espérance.

Quelle belle réponse faisait un jour un bon catholique à un impie qui lui demandait pourquoi il se rendait souvent à l'église : " Je vais à l'église, lui dit-il, parce que c'est la maison de mon Dieu et que tout me fait un devoir de lui payer dans son temple le tribut de mes adorations et de ma reconnaissance. "

Je vais à l'église parce que je suis faible et que j'y trouve la force ; parce que je suis peu fortuné et que je m'y console de n'être pas dans une position plus indépendante.

Je vais à l'église parce que j'ai des défauts, des passions < 1 qu'il m 'arrive quelquefois de tomber dans le péché ; je sais

— TOque j'ai besoin d'être pardonné et c'est aux pieds de Jésus-Christ qu'on trouve le pardon.

Je vais à l'église parce que j'ai besoin de lumière, de secours, parce que j'ai mille choses à demander au bon Dieu. Or c'est là qu'il accorde ses audiences aux malheureux et qu'il leur distribue ses faveurs.

Je vais à l'église parce que tout ne finit pas avec la vie, parce que j'ai une âme à sauver et que, pour la sauver, je dois lui donner tous les soins qu'elle réclame, la faire participer aux sacrements, la retremper dans l'atmosphère surnaturelle. Et <î'est ce que je trouve à l'église.

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