QUI FAUT-IL PRIER
Toute prière, pour avoir un effet, doit nécessairement parvenir à Celui qui seul peut l'exaucer ; or Dieu seul a le pouvoir de nous accorder les choses que nous lui demandons, parce qu'il est la source de tout bien et de toute perfection. Il est donc évident qu'il doit être la fin suprême de toutes nos prières.
Et pour que nos prières soient exaucées, prions au nom de Jésus-Christ qui est notre médiateur entre Dieu et les hommes ; présentons à Dieu le prix inestimable de notre rédemption comme la source de toutes les grâces que nous lui demandons.
Il est de foi que nos actions n'ont de valeur surnaturelle que par les mérites de Jésus-Christ. Nos pensées, nos paroles, nos bonnes œuvres, tout doit passer par le Calvaire pour s'imprégner d'un parfum divin et le sang de Jésus-Christ peut seul mettre un cachet surnaturel sur les actions de l'homme. Il y a un abîme entre les hauteurs du ciel et les misères humaines ; il ne fallait rien moins que la puissance d'un Dieu pour nous aider à le franchir. Voilà pourquoi l'église, à la fin de toutes ses oraisons, ajoute ees paroles : Par Notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec vous. Cette seule parole est comme un charbon brûlant qui, jeté sur l'encens de nos prières, le consume, le change en vapeurs odoriférantes et lui donne la force de monter vers les <*ieux. Le prêtre à l'autel répète continuellement les mêmes paroles. Avant la consécration, il s'écrie : O Père très clément, nous vous adressons nos vœux suppliants par Jésus-Christ, votre Fils, Notre Seigneur " Te igitur, clementissime Pater, per Jesum Christum Filium titum Dominum noslrv/m, supplices Te rogamus et petimus" Après la consécration, tenant en ses mains la Sainte Hostie, il s'écrie encore : C'est pir lui, c'est avec lui, c'est en lui, que tout honneur et toute gloire vous appartiennent ô mon Dieu, le Père tout puissant, dans l'unité du Saint-Esprit :
uPer ipsum et cum ipso et in ipso" Partout dans les liturgies, dans les livres de prières mis entre les mains des fidèles, des paroles analogues sont répétées presqu'à chaque page et jamais l'Eglise catholique n'a été infidèle à cette parole de saint Cyrille : " C'est notre coutume de terminer chaque prière au nom de Jésus- Christ, "
Prier au nom de Jésus-Christ, c'est dire à Dieu : Il est vrai que je ne suis par moi-même que misère et péché, que je ne suis pas digne que vous m'écoutiez ; mais aussi n'est-ce pas en mon nom que j'ose me présenter devant votre auguste majesté pour solliciter vos faveurs, mais au nom de votre Divin Fils, notre adorable Sauveur. C'est uniquement sur ses mérites infinis que je m'appuie pour obtenir de votre miséricorde la grâce que je demande. C'est par sa bouche que je viens vous parler ; je dépose ma prière en ses mains ; je la lui consacre comme son propre bien afin qu'il en dispose selon son bon plaisir, qu'il la dépouille surtout de ce qu'elle a d'indigne de vous et qu'il la sanctifie. Ce n'est donc pas sur mon néant, Seigneur, que vous devez jeter les yeux ; ne considérez que les adorables perfections de votre cher Fils qui vous est égal en toutes choses et en qui vous avez mis toutes vos espérances : respice in faciem Christi lui. Comment du reste pourriez-vous détourner de moi vos regards, puisqu'en me méprisant, c'est lui que vous mépriseriez, et qu'en me rejetant, vous le rejetteriez lui-même. Je sais que vous ne pouvez rien lui refuser ; voilà pourquoi j'ai toute confiance en votre miséricorde.
Revêtus ainsi de Jésus-Christ, nous ne pouvons pas ne pas avoir une entière confiance en nos prières, puisqu'il nous assure lui-même que tout ce que nous demanderons à son Père en son nom nous sera accordé : " Tout ce que vous demanderez à mon Père en nom nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le pouvoir qu'il accorde à son Fils Qvodcumque petieritis Patrem in nomme meo, hoc faciem ut glorifiœtur Pater in Filio "
(Jean xiv).
C'est pour cela que l'Apôtre nous presse de nous approcher du trône de la grâce qui est Jésus-Christ afin d'arriver par lui jusqu'à la miséricorde du Père éternel, seule voie qui puisse
nous y conduire : " Adeamus cum fiducia ad thronum gratiœ ut misericordiam consequamur " (Heb. iv).
Le trône de grâce, dit saint Alphonse de Liguori, c'est Jésus- Christ qui est maintenant assis à la droite de son Père sur un trône, non de justice mais de grâce, pour nous obtenir le pardon, si nous sommes en état de péché, et les moyens de persévérer, si nous jouissons de l'amitié de Dieu. "
Si un souverain faisait savoir à ses sujets que tous ceux qui auront quelque demande à lui faire devront s'adresser à son fils qui se met à leur disposition pour recevoir leurs suppliques ; et que non seulement ce fils se charge de les lui remettre de sa propre main, mais encore de les appuyer de tout son crédit, comme s'il en était lui-même l'auteur, combien les sujets de ce roi ne s'estimeraient-ils pas heureux d'une telle faveur et ne s'empresseraient-ils pas d'y avoir recours ? Eh bien ! c'est là ce que fait dans le ciel Jésus-Christ, Fils unique et éternel de Dieu le Père ; il s'y est constitué notre avocat et ne cesse de plaider notre cause auprès de son Père ; il reçoit avec empressement toutes les prières que nous lui adressons et il s'empresse de les présenter à son Père en les appuyant de son divin crédit. Il épouse notre cause ; il la plaide comme si c'était une affaire qui lui fût personnelle. Ne manquons donc jamais de recourir à un si puissant protecteur et de déposer entre ses mains toutes les demandes que nous avons à adresser à Dieu.
La prière faite au nom de Jésus-Christ, avec la pensée et l'amour de Jésus-Christ, c'est pour nous rappeler une pensée de saint Augustin, une espèce de billet à ordre signé avec le sang précieux du Sauveur et que le Père céleste ne peut pas refuser ; il est d'après ses promesses obligé de le solder, au moins dans la manière qu'il saura devoir nous profiter davantage.
Mais il ne faut pas oublier qu'il y a entre Dieu et nos âmes des êtres supérieurs et puissants qui peuvent solliciter pour nous des bienfaits et que nous devons ou que nous pouvons prier.
" Invoquer et prier les saints, dit le Concile de Trente, est une chose bonne et utile." Or il y a toujours obligation de faire une chose bonne et utile au salut.
En priant les anges et les saints, nous ne leur demandons pas des faveurs dont ils soient les souverains maîtres, mais nous les supplions de plaider notre cause auprès de Dieu dont ils sont les amis ; nous déposons entre leurs mains nos prières afin qu'ils les présentent eux-mêmes à Dieu, en les appuyant de leur crédit.
Il en est des prières adressées aux anges et aux saints comme des suppliques que l'on dépose entre les mains des ministres d'un roi. Ils n'accordent pas eux-mêmes les faveurs que l'on sollicite, mais ils les obtiennent facilement de leur souverain. Il ne s'est jamais rencontré un homme sensé à qui il soit venu à la pensée de dire que c'est faire injure au prince et méconnaître son autorité que d'adresser des pétitions à ses amis en les priant d'user de leur influence pour en obtenir le succès. Un roi, loin d'être blessé de cette manière d'agir, en est flatté. Il aime à voir la confiance que l'on a en ceux qu'il honore lui-même de son amitié, qu'il fait les dépositaires de son autorité et il accorde bien plus facilement ce qu'on lui demande par leur intermédiaire. Sa dignité, loin d'en souffrir, est au contraire rehaussée de toute la grandeur de ceux qui lui présentent ces prières. Comment se faitil donc que nos frères séparés s'imaginent faire injure à Dieu en lui adressant leurs demandes par l'intermédiaire des anges et des saints qui sont ses ministres ?
Il est impossible que Dieu défende aux anges et aux saints de s'occuper de nous. Comment pourrait-il ne pas permettre à ceux qui forment sa cour dans le ciel de s'intéresser à notre salut et à notre bonheur éternel ? Il est impossible que ceux qui jouissent de la gloire de Dieu dans le ciel soient insensibles à notre malheureux sort, indifférents à notre destinée. S'ils ne nous aimaient pas, ils seraient indignes du ciel qui est le séjour de la charité.
L'Eglise a toujours recommandé aux fidèles d'invoquer les anges et les saints qui peuvent nous obtenir de Dieu beaucoup de grâces. Les Saints Pères ont tous enseigné que cette pratique est extrêmement avantageuse à notre salut. Origène disait, en
parlant de l'invocation des saints: " Il nous est permis de dire de tous les justes qui ont quitté cette vie, qu'ils assistent du secours de leurs prières et de leur médiation auprès de Dieu, leurs frères qu'ils ont laissés ici-bas et qu'ils conservent toujours pour eux les mêmes sentiments de charité. Je me prosternerai à genoux et n'osant, à cause de mes péchés, présenter moi-même ma prière à Dieu, j'appellerai tous les saints à mon secours. O vous, saints du ciel, je vous supplie, avec une douleur mêlée de soupirs et de larmes, tombez aux pieds du Dieu des miséricordes pour moi, misérable pécheur. "
" Je vous en supplie, disait aussi saint Ephrem, saints martyrs qui avez tant souffert pour Notre-Seigneur, intercédez ]X)ur nous auprès de lui, afin qu'il répande ses grâces sur nous. Dieu miséricordieux, par l'intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, de tous les anges et de tous les saints, ayez pitié de votre créature. "
Parmi les anges et les saints il en est que nous devons prier d'une manière toute spéciale parce que nous avons avec eux des relations plus intimes et qu'ils sont plus particulièrement chargés de nous. C'est notre patron, c'est notre Ange gardien, c'est la Très Sainte Vierge.
En nous régénérant dans les eaux du baptême, en nous enfantant à la vie de la grâce, l'Eglise nous a placés sous le patronage d'un saint qui, avant de recevoir la récompense de ses travaux et la couronne de ses victoires, a traversé le pénible torrent de la vie et trempé ses lèvres dans la coupe amère des épreuves. Ce saint est un héros que Dieu a revêtu d'une grande puissance dans le ciel ; il peut nous être d'un immense secours pour nous apprendre à combattre et à vaincre nos ennemis, à poursuivre vaillamment notre chemin vers la céleste patrie. Il connaît la route du ciel et les dangers que l'on y rencontre ; il est d'autant plus disposé à nous prendre en pitié et à nous venir en aide qu'il connaît les écueils semés sur la route de l'éternité.
Soyons donc fiers d'avoir auprès de Dieu un tel représentant. Il est notre guide, consultons-le dans nos difficultés. Il est notre protecteur, invoquons-le et demandons-lui son assistance. Que le jour de sa fête soit surtout marqué par un redoublement de
confiance, de ferveur et de piété. Nous obtiendrons ce jour-là des grâces plus abondantes.
Et parmi ces saints du ciel, il y en a qui ne sont pas canonisés, c'est-à-dire, inscrits dans la liste officielle de l'Eglise ; mais ils régnent dans les splendeurs des cieux. Il n'y a pas de famille si humble soit-elle dont tous les membres ne puissent dire : J'ai dans mes veines du sang des saints. Parmi les heureux habitants du ciel, je compte moi aussi la lignée de mes ancêtres ; depuis le premier de mon nom et de mon sang, qui a reçu le saint baptême, jusqu'à celui qui le dernier dans la maison paternelle s'est endormi dans la paix du Seigneur et la sainte hostie sur les lèvres.
Oui, ne sommes-nous pas les enfants et les petits enfants de bons parents pleins de foi, de charité, de sainteté, qui ont gardé au foyer de la famille le feu sacré des vertus chrétiennes ? Sans sortir de chez nous, est-ce que nous n'avons pas vu dans nos propres demeures, nous échapper, au milieu des transports d'amour de Dieu et de sa croix, de ces chrétiens, de ces chrétiennes, un père ou une mère, un frère ou une sœur, un oncle ou une tante, dont nous disions les larmes aux yeux et la conviction dans le cœur : c'est un saint. Leur mort était l'écho d'une vie édifiante et nous étions portés à les invoquer au lieu de prier pour eux. Ces saints aujourd'hui sont au ciel ; ils nous tendent les bras ; nous pouvons les regarder, les reconnaître, les invoquer.
L'Eglise nous permet de penser que les âmes de nos morts ont, comme les anges, le pouvoir d'intervenir comme bienfaitrices dans les intérêts de ceux qu'ils ont aimés et laissés sur la terre. Sans doute les saints qui sont canonisés sont plus haut placés dans le ciel que nos parents ; mais s'ils sont plus près de Dieu, nos parents sont plus près de nous. Ils nous restent attachés par les liens de la famille que Dieu a créés et qu'il veut voir respectés dans le ciel comme sur la terre. Pourquoi un père ou une mère qui vivent là-haut dans la société des saints ne pourraientils pas en faveur de leur famille ce que peuvent les saints canonisés, mais après tout éloignés de cette famille ? Si les saints peuvent quelque chose en notre faveur — et ils nous en donnent
des preuves tous les jours — nos morts, eux aussi, sont pour nous de précieux patrons.
Si, en tant que chrétiens, nous avons dans le ciel un saint dont nous portons le nom et qui alors nécessairement s'intéresse à nous, nous avons aussi un ange qui veille sur notre double existence temporelle et spirituelle. On l'appelle ange gardien et cet ange est appelé à guider nos pas sur cette terre pendant toute la durée de notre vie. C'est une vérité appuyée sur la parole même de Jésus-Christ. " Prenez bien garde de mépriser aucun de ces petits enfants ; car je vous déclare que, dans le ciel, leurs anges voient sans cesse la face de mon Père qui est dans les cieux " (Math, xviiii).
Depuis le premier instant de notre existence, notre Ange Gardien n'a cessé de nous entourer de ses soins les plus vigilants. " Les Anges, dit Origène, ont soin des âmes qui leur sont confiées, comme des tuteurs ont soin de leurs pupilles. "
Le principal objet de leur sollicitude doit être tout ce qui se rapporte au salut de nos âmes. Ils nous défendent contre les attaques des démons, ils nous aident à découvrir et à éviter les pièges de toute sorte que leur haine tend sous nos pas. Notre faiblesse, dit saint Hilaire, ne pourrait résister à la malice des mauvais anges sans le secours des Anges Gardiens. Quelle sécurité doit nous inspirer l'assistance de ces saints protecteurs qui combattent pour nous !
Ils offrent à Dieu nos prières et les accompagnent de leurs propres supplications. " Tandis que vous priiez avec larmes, dit l'Archange Raphaël à Tobie, j'ai présenté votre prière au Seigneur." Saint Augustin nous assure que les Anges ne nous assurent pas seulement les bienfaits de Dieu, mais qu'ils lui offrent aussi nos supplications, qu'ils portent devant lui nos gémissements et nos soupirs, non pas, dit-il, que Dieu les ignore, mais pour nous obtenir plus facilement les dons de sa miséricorde et pour nous rapporter les bénédictions de sa grâce. Quel encouragement pour nous, dont les prières sont si souvent lan-
puissantes, d'être assurés que les Auges suppléent à cette imperfection par l'ardeur de leur amour.
Us nous inspirent sans cesse de bonnes et saintes pensées. Notre âme bien souvent devient comme un théâtre où le bien et le mal, les inclinations pures et les penchants mauvais se livrent un rude combat. Nos anges protecteurs dans cette grande guerre domestique soutiennent notre faiblesse, nous aident à résister à nos ennemis et s'efforcent de faire pencher notre volonté du côté de la vertu et de la grâce.
Ne devons-nous pas être profondément touchés et reconnaissants de l'ineffable bonté de Dieu qui nous a donné pour compagnons et pour guides ces esprits si élevés qui entourent son trône ? Soyons donc attentifs et empressés à remplir les devoirs que nous inspirent envers ces messagers célestes les services qu'ils nous rendent, sans se lasser, dans tout le cours de notre existence. Le premier est le profond respect que doit nous inspirer la présence de ces purs esprits. Ne faisons jamais devant eux ce que nous ne ferions pas devant une personne que nous aimons et que nous respectons.
Puis donnons à notre Ange Gardien notre affection et notre docilité. Comment ne serions-nous pas remplis d'amour et de dévotion pour cet ami fidèle qui s'attache à nos pas et consacre son existence à notre service, depuis le premier jusqu'au dernier jour de notre vie ? Il est attentif à nos besoins, il nous avertit secrètement de nos devoirs. Soyons empressés de suivre ses inspirations et ne méprisons pas ses salutaires avis.
Enfin songeons à sa puissance auprès de Dieu, au dévouement qu'il nous porte et ayons confiance en lui ; mettons à profit le crédit de ce noble et illustre protecteur.
Quel avantage nous retirerions pour notre sanctification de la pensée habituelle que toutes les actions de notre vie, même les plus secrètes, s'accomplissent sous les yeux de ce témoin pur et incorruptible ! Nous serions alors sans cesse attentifs à ne point le contrister, à ne l'obliger jamais à détourner ses regards par une conduite indigne de la sainteté du caractère chrétien. Souvenons-nous que tous les péchés, quels qu'ils soient, sont pour cet envoyé céleste le sujet d'une grande peine.
Il nous faut prier les Anges et les saints, et, en particulier, ceux qui sont spécialement chargés de nous de la part de Dieu; mais au dessus des anges et des saints se trouve la Très Sainte Vierge dont les prières sont certainement plus puissantes auprès de Dieu que celles de tout le paradis. Plusieurs Saints disent, en parlant de Marie, que comme nous n'avons accès auprès de Dieu que par le moyen du Fils qui est le médiateur de justice, de même nous n'avons accès auprès du Fils que par le moyen de Marie médiatrice et qui nous obtient, par son intercession, les biens que Jésus-Christ nous a mérités.
Saint Augustin nous enseigne que comme Marie à coopéré par sa charité à la naissance spirituelle des fidèles, Dieu veut qu'elle coopère encore par son intercession à leur faire acquérir la vie de la grâce en ce monde et la vie de la gloire en l'autre. C'est pour cela que l'Eglise veut que nous l'appelions notre vie, notre douceur, notre espérance.
Saint Alphonse l'appelle : " Echelle," parce que, comme on ne monte au troisième échelon qu'en s'appuyant sur le second et au second qu'en se servant du premier ; de même on n'arrive à Dieu que par le moyen de Jésus-Christ et l'on n'arrive à Jésus- Christ que par le moj^en de Marie. 11 l'appelle ensuite " sa plus grande confiance " et tout le fondement de son espérance parce que, dit-il, Dieu veut que toutes les grâces qu'il nous accorde passent par les mains de Marie ; et, ajoute-t-il, toutes les grâces que nous désirons, nous devons les demander par le moyen de Marie dont les prières ne sauraient jamais être rejetées.
Nous savons que Marie est réellement la mère de Jésus-Christ. Elle doit donc avoir tout pouvoir sur lui. Un fils ne doit rien pouvoir refuser à sa mère quand elle ne demande que des choses justes et raisonnables. Au contraire, il met à sa disposition tout ce qui lui appartient ; il ne veut rien avoir qui ne soit en même temps à sa mère. Or Jésus-Christ qui est non seulement le fils le plus parfait, ayant la mère la plus accomplie, mais qui surpasse autant les autres enfants des hommes que la divinité s'élève
au-dessus de l'humanité, pourrait-il ne pas partager ses biens avec sa mère qui a, elle seule, plus de beauté, de bonté, de vertus, de perfection que toutes les autres mères ensemble ? Cela n'est pas possible.
La place qu'elle occupe dans le ciel ; le pouvoir qu'elle y exerce, nous commande donc d'avoir pour elle une piété et une confiance sans bornes. Soyons assurés que les prières que nous lui adresserons ne seront jamais perdues pour nous, que tôt ou tard nous en ressentirons les salutaires effets ; car Marie peut et veut nous secourir chaque fois que nous invoquerons sa maternelle protection. Profitons donc de la puissance de Marie pour nous ménager un accès favorable auprès du Souverain Juge des vivants et des morts. Nous voulons aller au Fils ; adressons-nous à la Mère. C'est par Marie que l'on arrive à Jésus et par Jésus à Dieu le Père.
Près de Marie au ciel comme il l'était sur la terre se trouve saint Joseph que Jésus a tant aimé, à qui il a obéi quand il était sur la terre et à qui il ne peut encore rien refuser.
La Séraphique Mère Sainte Thérèse a écrit ces mots au chapitre sixième de sa vie : " Je ne me souviens pas de lui avoir jamais rien demandé jusqu'à ce jour qu'il ne me l'ait accordé. Quel tableau je mettrais sous les yeux, s'il m'était donné de retracer les grâces insignes dont Dieu m'a comblée, et les dangers tant de l'âme et du corps dont il m'a délivrée par la médiation de ce bienheureux saint ! Le Très-Haut donne seulement grâce aux autres saints, pour nous secourir dans tel ou tel besoin, mais le glorieux saint Joseph, je le sais par expérience, étend son pouvoir à tous. Notre-Seigneur veut nous faire entendre par là que de même qu'il lui fut soumis sur cette terre d'exil, de même il se plaît encore à faire sa volonté dans le ciel, en exauçant toutes ses demandes. Jusqu'ici j'ai toujours vu des personnes qui ont eu pour lui une dévotion vraie et soutenue par les œuvres, faire des progrès dans la vertu ; car ce céleste protecteur favorise d'une manière frappante l'avancement spirituel des âmes qui se recommandent à lui ... Je m'empresse donc de conjurer, pour l'amour de Dieu, ceux qui ne le croiraient pas d'en faire l'épreuve; ils verront par l'expérience combien il est avantageux de se
recommander à ce glorieux patriarche et de l'honorer d'un culte particulier.
Voulons-nous donc avancer dans la vertu et obtenir une sainte mort ? Prenons pour guide et pour modèle, durant notre vie, et pour protecteur au terrible moment de l'agonie le glorieux saint Joseph. Prions-le d'une manière spéciale durant le mois de mars et le mercredi de chaque semaine. Il nous obtiendra de l'Enfant Jésus les grâces dont nous avons besoin pour l'aimer comme il l'a aimé et le servir comme il l'a servi.