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LA PRIERE DU MAITRE

Il est une prière admirable, simple et sublime tout à la fois, à la portée du plus jeune enfant et à la hauteur du plus grand génie ; c'est Jésus-Christ lui-même qui nous l'a enseignée et c'est pour cela que nous l'appelons l'Oraison Dominicale, ou Y Oraison du Seigneur.

Cette divine prière, Jésus-Christ nous l'a enseignée dans deux circonstances remarquables de sa vie : la première dans le magnifique sermon sur la montagne. Notre-Seigneur voyait à ses pieds une foule innombrable qui l'écoutait avec attention et recueillement et recevait avec reconnaissance les divins enseignements qu'il lui donnait. Après avoir passé en revue les principaux points de la religion nouvelle qu'il voulait fonder sur la terre, il s'écria : " Quand vous priez, dites : Notre Père qui êtes aux cieux, que votre nom soit sanctifié. (Saint Luc, xi, 2.)

Et Notre-Seigneur a enseigné cette prière dans une autre circonstance. Après une visite à Béthanie, il avait traversé le Jourdain ; i] avait laissé à quelques pas ses Apôtres et ses disciples, et il priait à la manière des orientaux, debout les bras levés et les yeux au ciel. Ses disciples l'observaient et, quand il eut terminé sa prière, l'un d'eux s'avança vers Lui : " Maître, dit-il, enseignez-nous à prier. " Un seul interrogeait. Dans sa réponse, Jésus s'adresse à tous ses disciples : " Lorsque vous priez, dites : Notre Père qui êtes aux cieux. "

Cette prière est donc sortie du cœur de Jésus ; elle nous est apportée par le souffle de ses lèvres. Comme une mère qui prend son petit enfant sur ses genoux, lui fait joindre ses mains innocentes, lui montre le ciel du geste et du regard, et puis bégaie mot à mot la prière qu'elle veut lui apprendre ; ainsi le Fils de Dieu, environné de ses Apôtres, leur dit la prière qu'ils doivent

répéter après Lui, ce qu'il faut dire à Dieu pour le glorifier et mêler notre voix au chœur de louanges et d'hymnes d'amour dont retentit l'immensité des mondes.

Quel respect ne devons-nous pas avoir pour cette sublime oraison i Quelle estime ne devons-nous pas en faire ! On recherche et on conserve avec le plus grand soin les pensées des grands hommes ; un mot de leur plume ou de leur bouche devient un oracle ; une lettre qui porte seulement leur signature est regardée comme un trésor. Or, voici l'ouvrage et comme le chefd'œuvre, non pas d'un grand homme, mais de Dieu qui nous a créés et rachetés ; c'est une lettre qu'il a écrite de sa propre main et qu'il nous remet Lui-même.

Il y a un grand nombre de formules admirables de prières. Les unes sont dues à la plume de pieux et savants personnages ; il en est qui se présentent à nous avec l'approbation de l'Eglise ; il en est d'autres qui ont été révélées par l'Esprit Saint aux patriarches et aux prophètes ou à d'autres âmes privilégiées, soit dans l'Ancien soit dans le Nouveau Testament. Mais le Pater, YOraïsan Dominicale a été révélée par Dieu Lui-même, par Dieu fait Homme, venu en ce monde pour nous instruire et nous sauver. Ce ne sont plus les savants, les saints, les prophètes que nous entendons transmettre les messages de l'Esprit, c'est Jésus Luimême qui a voulu nous enseigner le langage que nous devons tenir à Dieu pour être agréés de Lui.

Tout homme dont le cœur est ouvert aux pieuses affections conserve avec un tendre souvenir les instructions, quelle qu'en soit la portée, qu'il a recueillies de la bouche d'un père ou d'une mère. Or YOraison Dominicale, c'est de Jésus Lui-même que nous la tenons, de ce Jésus qui, pour tout chrétien, doit être plus qu'un père, plus qu'une mère ; ce sont ses propres paroles que nous redisons et qui se perpétuent en passant de ses lèvres sur les nôtres.

La prière qui nous vient de Dieu ne peut être qu'éminemment parfaite. Aucune autre ne pourra l'égaler. Saint Thomas l'appelle avec raison : la plus parfaite des prières, perfectissima oratio. ''Entre toutes les prières et toutes les louanges que l'on adresse à Dieu, dit le pieux Thomas à Kempis, il n'y en a pas de

plus sainte que le Pater. " " En le donnant à ses Apôtres, dit saint Augustin, il ne leur donnait pas seulement une prière comme les autres, mais une prière qui, par son contenu et par sa distribution, devait servir de règle et comme de moule à toutes les autres, un modèle de prière, en un mot. "

Cette prière, qu'on la considère dans son ensemble ou dans ses détails, apparaît comme un pur chef-d'œuvre où toutes les qualités se sont donné rendez-vous.

On discutait un jour devant Chateaubriand sur la question de savoir si on pouvait attribuer à Napoléon cette page où le grand captif de Sainte-Hèlene parle de l'amour que Jésus-Christ a demandé aux hommes, qui l'a obtenu et qui se termine, après un torrent d'éloquence, par ces mots : "Je me connais eh homme et je vous dis que Jésus-Christ n'était pas un homme. " Le grand écrivain la lut attentivement et, la remettant à son interlocuteur, il lui dit : 4> Comment pouvez-vous en douter ? Il y a là la griffe du lion. " La griffe du lion, c'est-à-dire, ce je ne sais quoi dont les génies marquent leurs œuvres, une empreinte si puissante de leur esprit, une transpiration de leur grande âme, à travers la parole, la toile, le marbre, que, quand bien même toutes les preuves extérieures auraient disparu, on n'hésitera pas. Prenez un tableau de Raphaël, une page de Bossuet, une statue de Michel-Ange, qu'elle soit signée ou non, qu'importe ? Vous la regardez et vous dites : voilà qui est d'un grand maître ; il y a la griffe du lion.

Dans l'Oraison Dominicale, il y a plus que la griffe du lion, il y a l'empreinte et le sceau de la Divinité. Si le Divin Maître ne nous avait laissé que le Pater, nous aurions une preuve suffisante de sa Divinité.

Cette prière, elle est courte. " Pas n'est besoin de beaucoup parler, dit saint Augustin ; une prière fervente est une longue prière. " Le Christ nous a Lui-même prévenus contre le bavardage dans la prière. " Quand vous prierez, ne dites pas beaucoup de mots, " nous dit-il. Aussi c'est une prière courte qu'il nous a enseignée ; tout le monde peut l'apprendre ; il n'est personne qui n'ait assez de mémoire pour la retenir. Aussi n'est-il pas permis à un chrétien de l'ignorer, dit le Concile de Reims :

" Ignorari nulli ehristiano licet. " Elle est si courte qu'avec un peu d'attention et de bonne volonté, nous pouvons toujours la réciter comme il faut. Elle n'exige ni réflexion ardue, ni contention d'esprit ; c'est le cri du cœur filial qui s'épanche avec la sobriété du vrai.

Elle est courte et il fallait qu'elle eût cette qualité. Jésus savait que les hommes ici-bas sont souvent pris, absorbés par leurs occupations ; il faut qu'ils mangent leur pain à la sueur de leur front et qu'ils gagnent celui de leurs enfants. Aussi il ne leur apprend que l'Oraison Dominicale et ils peuvent ainsi trouver souvent dans la journée le temps de la réciter.

Ludolphe, le chartreux, dans sa belle vie de Jésus-Christ, donne sept raisons de la brièveté du Pater. C'est, dit-il, afin 1) qu'on l'apprenne plus vite, ut citius discatur ; 2) qu'on le retienne mieux, ut milius retîneatur ; 3) que personne ne puisse être excusé s'il l'ignore, ut nullus de ejus ignorantiâ excusetur ; 4) qu'on le répète plus souvent : ut frequentius dicatur ; 5) qu'on ne s'ennuie pas en le disant, ut tœdium dicendo removeatur; qu'on ait la confiance d'être plus tôt exaucé, ut fiducia cito impetràndi tribuatnr ; 7) c'est pour nous faire comprendre que la vertu de la prière est toute dans la dévotion de l'esprit et non dans la multiplicité des paroles, ut in devotione mentis non in multiplicatione verborum virtus orationis ostendatur.

Toutefois dans cette brièveté Dieu n'a rien omis. Cette prière renferme tout ; on peut bien demander en des termes différents, mais on ne peut pas demander autre chose. Jésus- Christ a tout prévu ; les intérêts de Dieu, ceux du prochain, les nôtres ; les nécessités du corps et les biens de l'âme, ceux du temps et de l'éternité.

Dans les trois premières demandes qui concernent les intérêts de Dieu, nous le supplions de faire en sorte que son saint nom soit sanctifié, que son règne s'étende de plus en plus, que sa sainte volonté s'accomplisse. Que peut-on demander de plus pour Dieu ?

Dans les quatre autres demandes qui concernent nos intérêts, nous pensons d'abord à nos intérêts présents : donnez-nous le pain de chaque jour. Et ce n'est pas seulement le pain matériel

de nos corps que nous lui demandons, c'est aussi le pain de nos âmes, le pain de notre esprit qui est la vérité, le pain de nos cœurs qui est la charité, c'est surtout le pain sacré, le vrai pain descendu du ciel, panem de cœlo verum, la Sainte Eucharistie.

Puis viennent les intérêts du passé : pardonnez-nous nos offenses. Notre vie n'a été qu'une suite d'infidélités et de fautes ; il nous importe d'en obtenir le pardon, et, pour le mériter ce pardon, nous promettons de pardonner à ceux qui nous ont offensés.

Enfin se présentent les deux demandes qui concernent notre avenir ; et à ce sujet, qu'avons-nous à craindre, sinon les tentations qui nous portent au mal et dont nous réclamons la délivrance, puis les maux du temps et de l'éternité que nous demandons à notre Père d'éloigner de nous afin que nous puissions l'aimer et le servir sans entraves ?

Saint Augustin va jusqu'à se demander non pas s'il serait possible, mais s'il serait permis de demander à Dieu autre chose que ce qui est contenu clans les demandes du Pater : non tibi licet petere aliud, qnod ibi scriptum est.

Tertulien appelle l'Oraison Dominicale : l'abrégé de l'Evangile, breviarium totius Evangelii. Saint Cyprien, son disciple l'appelle : le sommaire de la doctrine céleste, celestis doctrinœ compendium. Les sept demandes du Pater sont comme les sept épis pleins que le roi d'Egypte vit croître et se balancer sur une seule tige. L'Oraison Dominicale a germé dans le cœur du Divin Maître et nous pouvons en recueillir autant de bon grain qu'il est nécessaire pour nourrir et rassasier nos âmes.

Cette prière est simple ; elle est à la portée de tous ; elle ne renferme pas de métaphores, de figures ; les mots sont assez clairs et assez transparents pour que l'esprit le plus simple puisse apercevoir le sens divin qu'ils renferment. Et ici on retrouve un des caractères du christianisme qui est bien frappant. Le christianisme est toujours simple et grand, populaire et divin ; il s'adresse au peuple, il ne néglige pas l'homme de génie. Il éclaire sur les cîmes du rocher l'aigle dont le regard a conservé sa pureté native ; il descend avec amour dans les plaines de l'humanité pour instruire et consoler.

Cette prière est en même temps d'une profondeur qui la faitla délicieuse nourriture des âmes élevées et parfaites. " C'est, dit saint Hilaire, un miroir qui, sous la transparence d'expressions simples et ordinaires nous montre la splendeur des vérités les plus mystérieusement cachées. "

Elle renferme tout ce que Dieu a pensé pour nous ; elle nous dit tout ce que nous devons faire pour lui ; elle nous dit tous nos besoins ; elle nous donne la règle de nos sentiments, de nos pensées, de nos paroles, de nos œuvres, la manière de sanctifier notre vie tout entière.

Un artiste essaie de faire passer le plus possible de son âme dans son chef-d'œuvre. Notre-Seigneur a mis dans le Pater son âme divine : sa puissance, sa bonté, la science qu'il a de la grandeur de Dieu et des l>esoins de l'homme.

Et comme cette prière doit être puissante et efficace ! Elle est l'œuvre de la puissance et de l'amour infini. Peut-il y avoirrien de plus éloquent et de plus efficace ? Jésus-Christ connaissait le cœur de son Père et comment il veut être prié ; il a donc préparé notre prière en conséquence ; il connaissait aussi tous nos besoins et il a dû les exposer comme il faut et n'en oublier aucun. Naturellement il n'y a rien qui ne soit digne de Celui à qui nous nous adressons, rien qui ne puisse être exaucé. Où trouver un meilleur guide ? Y eût-il jamais un maître plus sûr et qui mieux que Dieu était capable de nous enseigner comment nous devions parler à Dieu ?" Celui que vous devez prier, dit saint Pierre Chrysologue, vous dresse lui-même votre requête et les demandes auxquelles il avait l'intention de répondre; le roi, pour vous inspirer plus de confiance et vous témoigner son amour a bien voulu faire l'office d'avocat et vous dicter en personne la demande qu'il devait exaucer, ipsimi se legit in precibus qui rogatur. "

Si nous avions une supplique à présenter à un Souverain, pour obtenir de lui quelque faveur et si nous en avions une qui eût été dictée par le propre fils de ce prince, il est bien certain que nous n'irions pas en chercher une meilleure et plus capable de nous obtenir l'objet de nos désirs. Or c'est là précisément le grand avantage de l'Oraison Dominicale. Quand nous prions

le bon Dieu, c'est en quelque sorte une supplique que nous lui présentons pour obtenir de lui une faveur. Et cette supplique nous a été dictée par Jésus-Christ lui-même, par le Fils éternel de Dieu, par Celui qui est l'objet de toutes ses complaisances et qui, de plus a bien voulu se faire notre divin avocat. Comment Dieu iv écouterait-il pas favorablement cette prière ? C'est son Fils bien-aimé qui la lui adresse par notre bouche ; car nous empruntons, pour parler à Dieu, les paroles de Notre Divin Sauveur. Et un père restera-t-il jamais sourd aux supplications et aux prières de son Fils ?

Il est rapporté dans nos Livres Saints qu'une pauvre femme de la petite ville de Técua présenta un jour une requête au roi David. Or, observe le texte sacré, elle le fit avec tant d'art et dans un langage si parfaitement approprié que le monarque tout émerveillé lui dit : ,4 Femme, ne me cachez rien, ce n'est pas vous qui avez rédigé seule cette supplique. Un autre bien sûr, y a coopéré et serait-ce d'aventure mon serviteur Joab ? " Et l'humble suppliante de répondre : " Seigneur vous avez deviné juste ; oui, c'est votre serviteur Joab qui a mis dans la bouche de votre servante tout ce que je viens de dire. " Inutile d'ajouter que David se montra bon prince.

Et nous, que faisons-nous quand nous récitons le Pater ? Nous' nous présentons devant Dieu comme cette pauvre femme de Técua devant son roi et nous nous y présentons, nous aussi, avec une requête toute faite, faite non pas par un serviteur de Dieu mais par son égal, de telle sorte qu'en nous entendant, le Père qui est dans les cieux, reconnaît les pensées, les sentiments, l'âme, le cœur et, si je puis dire, la voix de son Fils. Et que voulez-vous qu'il refuse à une prière dont chaque syllabe lui rappelle " le Bien- Aimé en qui il a mis toutes ses complaisances. "

Faisons donc de l'Oraison Dominicale un plus digne et plus fréquent usage. C'est une prière courte, simple, complète néanmoins, magnifiquement ordonnée, extraordinairement efficace et, pour tout dire d'un mot, sublime, sublime comme Celui à qui elle s'adresse, sublime comme Celui qui l'a enseignée, sublime aussi, en un sens, comme celui pour qui elle fut faite ; une

prière digne de Dieu, digne de Jésus-Christ, digne de l'homme

Un philosophe, Montaigne, écrivait : " Je ne sais si je me trompe, mais puisque, par une permission de la bonté divine, cette façon de prier nous a été prescrite et dictée mot à mot par la bouche de Dieu, il m'a toujours semblé que nous devions en faire un plus fréquent usage ; et si j'en étais cru, à l'entrée et à l'issue de nos tables, à notre lever et à notre coucher, à toutes les actions particulières auxquelles on a coutume de mêler nos prières, je voudrais que ce fût le Pater noster que les chrétiens emparassent si non seulement, au moins toujours. L'Eglise peut étendre et diversifier les prières selon le besoin de notre instruction ; car je sais bien que c'est toujours même substance et même chose, mais on devrait donner à celle-là le privilège que le peuple l'eût toujours à la bouche ; car il est certain qu'elle dit tout ce qu'il faut faire et qu'elle est toujours propre à toutes les occasions. C'est l'unique prière dont je me sers partout et je la répète au lieu d'y rien changer. "

Récitons donc souvent cette belle prière, non seulement de bouche mais de cœur ; soyons toujours attentif à ce que nous demandons et réfléchissons davantage à ce que nous disons. Cette prière alors ne manquera pas de plaire à Dieu, d'attirer sur nous ses bénédictions et ses grâces. Nous adressons à Dieu la prière la plus excellente de toutes, et cette prière, trop souvent, nous la faisons sans piété, sans recueillement ; nous adressons à Dieu des demandes d'une importance capitale, qui intéresse notre âme, notre salut éternel comme aussi notre bonheur ici-bas et ces demandes, nous les faisons sans attention, sans sérieux, sans réflexion, machinalement, sans y attacher d'importance, et comme pour nous acquitter d'un devoir qui nous pèse et dont nous ayons hâte de nous débarrasser au plus tôt.

Recourons souvent à cette belle prière ; ayons pour elle une profonde estime à cause de son excellence et de sa divine perfection et montrons l'estime que nous en avons en la récitant toujours avec une foi profonde, une humilité vraie, une piété émue, une confiance réconfortante.

Nous savons l'incomparable destinée de cette belle prière. Recueillie par les disciples de Jésus, propagée par leurs succès-

seurs, traduite dans toutes les langues, apprise et récitée sur toute la surface du globe, la prière du Maître n'a jamais cessé un seul instant de monter de la terre au ciel. Elle a été comme un cri d'appel ininterrompu, comme la voix perpétuellement suppliante de l'humanité vers Dieu.

Et aujourd'hui encore, embrassez dans un vaste coup d'oeil tous les peuples des deux hémisphères ; voyez toutes les mères tenant leurs enfants sur leurs genoux, voyez tous les vieillards marchant tristes et solitaires, préoccupés du terme de leur voyage ; entrez dans toutes les églises, dans les monastères, dans les hôpitaux, dans les cimetières, partout où l'on aime, partout où l'on souffre, partout où l'on prie ; qu'entendez-vous ? " Notre Père qui êtes aux cieux. "

Il n'est rien de plus éminemment suggestif que ce qui se passa en 1893 à l'exposition universelle de Chicago. On avait eu l'idée toute nouvelle de joindre aux autres congrès un congrès de religion. De fait, tous les cultes du globe y furent représentés. Il y avait là, au nombre de huit mille, des sectateurs de Boudha, de Confucius, de Mahomet, de Jéhovah, du Christ. Eh bien ! quand il s'agît de trouver une prière qui pût servir de trait d'union entre tous ces dissidents, il ne s'en trouva qu'une pour rallier l'unanimité des suffrages : ce fut la prière du Maître. Un prêtre catholique, le cardinal Gibbons, ouvrit le Congrès en récitant le "Notre Père", et un rabbin juif le clôtura en récitant la même prière.

Encore une fois, cette belle prière, disons-la donc toujours à Dieu non seulement de bouche mais de cœur. Ne la prononçons jamais sans lui dire : " O mon Dieu, comme je craindrais de ne pas vous prier convenablement, je veux employer les propres paroles de votre Divin Fils. C'est Lui qui m'a ordonné de m'en servir. En proférant ces paroles, j'obéis donc à votre Christ bien-aimé ; je, vous demande avec lui, en lui et par lui, et je ne crois pas être audacieux en ajoutant que vous ne pouvez pas refuser d'exaucer ma demande, puisque la rejetant, vous donneriez un démenti à Celui qui est la sagesse et la vérité infinies. Il nous a dit que tout ce que nous demanderions au Père en son nom nous serait accordé. A plus forte raison, devons-nous obte-

nir lorsque nous nous servons de ses propres paroles pour demander en son nom.

Nous constaterons la puissance de notre prière si nous pratiquons ainsi ce saint exercice. Un seul Pater récité avec cet esprit de foi et d'amour nous obtiendra les plus riches faveurs.

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