QUE VOTRE NOM SOIT SANCTIFIE
Par les paroles qui forment le préambule de l'Oraison Dominicale /'Notre Père qui êtes aux cieux, " Jésus a évidemment pour but de détacher nos cœurs des choses de la terre, de les élever vers le ciel qui est notre héritage et de les remplir d'une parfaite confiance en Dieu. Pour dire ces paroles, nous avons fléchi les' genoux afin d'offrir à Dieu nos supplications et lui présenter nos humbles respects. Nous nous sommes mis aux pieds de l'Eternel, face à face avec son immensité. Dieu est prêt à nous écouter; ses entrailles sont émues par le doux nom de Père ; son bras est armé de sa puissance. Qu'allons-nous Lui demander ?
Le premier sentiment que la nature met dans le cœur d'un enfant, c'est le désir de voir honorer son père. Aussi le premier désir que Jésus veut que nous exprimions à notre Père céleste est celui-ci : Que votre nom soit sanctifié. Cette demande qui est la première de l'Oraison Dominicale est aussi la plus noble, la plus juste, la plus agréable que nous puissions adresser à Dieu. En effet, elle ne regarde que son honneur et sa gloire et c'est ce que nous devons avoir le plus à cœur en ce monde, puisque c'est l'unique fin pour laquelle nous avons été créés.
Jésus-Christ a voulu que notre première demande, nos premiers vœux fussent pour Dieu. On le comprend, cela est juste ; cela est d'un fils bien né et d'un bon cœur ; c'est de plus notre propre avantage ; car qui ne sait que Dieu ne se laisse jamais vaincre en générosité par ses créatures et c'est quand celles-ci s'oublient le plus pour lui qu'il les comble de faveurs plus abondantes et plus précieuses. N'est-ce pas ce que Jésus-Christ nous a donné clairement à entendre quand il a dit : " Cherchez d'abord le royaume des cieux et tout le reste vous sera donné comme par surcroît. "
Or sanctifier le nom de Dieu, c'est de le connaître, de le res-
pecter, de l'honorer et aussi de le faire connaître, de le faire honorer, de le faire respecter.
Il sanctifie le nom de Dieu le pauvre paysan qui, sous le faix d'une lourde charge, chemine en récitant le chapelet, qui s'agenouille pour dire l' Angélus lorsque la cloche de l'église en sonne les heures et qui devant les terribles menaces de l'éclair se couvre du signe de la croix.
Il sanctifie le nom de Dieu le jeune enfant qui joint ses mains, lève au ciel ses yeux limpides d'innocence et demande à Dieu de bénir ses parents, de bénir le petit orphelin pauvre, de consoler la douleur, la souffrance, la misère et tous les malheureux.
Ils sanctifient le nom de Dieu tous ces chrétiens qui dès le matin élèvent leur âme vers lui, lorsque le sentiment de l'existence s'éveille en eux et le soir avant qu'ils se perdent dans le sommeil.
Us sanctifient le nom de Dieu ces mêmes chrétiens qui dans le cours de la journée, au milieu d'occupations multiples, se laissent éclairer, fortifier, animer par la pensée de Dieu, qui savent communier à sa majesté suprême pour l'adorer, à sa bonté pour le remercier, à sa sagesse pour l'exalter, à sa justice pour la craindre, à sa miséricorde pour l'implorer, à son omniprésence pour la respecter.
Et cette sanctification du nom de Dieu élève l'homme et l'ennoblit ; car elle unit la créature au Créateur.
N'est-il pas vrai que lorsque nous vivons dans l'intimité d'une grande âme, à la haute intelligence, au caractère puissant, il émane d'elle comme une effluve magnétique qui nous enveloppe, nous subjugue et décalque au fond de notre cœur sa volonté, ses goûts, ses idées, en un mot, son portrait moral ? Sa beauté s'imprime en nous comme un cachet d'or sur une cire molle.
Qu'en est-il de l'homme qui vit dans une fréquentation habituelle de Dieu ? Dieu le pénètre, l'éclairé, l'embrase, le transforme, le fait monter et marcher vers les cimes ; Dieu lui communique sa nature autant que la chose est possible. Rien de ce qui est faible, vulgaire, commun, n'apparaît dans les actions de ce bon chrétien ; en toutes apparaissent l'ordre, la dignité, la splendeur ; vivant rapproché du soleil, il en refléchit la lumière.
Il faut être de ces chrétiens et souhaiter que tous les hommes: sanctifient ainsi le nom de Dieu. Que la terre serait belle alors t Par ces paroles : " Que votre nom soit sanctifié, " nous ne demandons pas que le nom de Dieu soit saint, comme s'il ne rétait pas déjà, mais qu'il soit connu saint parmi les hommes, qu'il soit estimé, honoré, aimé, béni sur la terre comme il l'est dans le ciel où l'on chante éternellement qu'il est saint en luimême, en ses desseins, en ses œuvres : " Saint, Saint, Saint est le Seigneur ".
L'amour de Dieu, dit saint Augustin, a besoin d'expansion ; il ne veut pas aimer tout seul ; il cherche des cœurs qui aiment avec lui ; il souffre quand il rencontre une âme qui ne connait pas Dieu. Voyez saint Paul dans ses courses apostoliques : il rentre dans la ville d'Athènes et il lit sur un autel cette inscription : au Dieu inconnu. " Quoi ! s'écrie-t-il, mon Dieu est inconnu ici, " et voilà qu'il se met à prêcher au peuple l'Evangile du salut. On le mène devant l'aréopage ; au milieu de cette assemblée de sages et de philosophes, il n'est point déconcerté et l'espoir de gagner des disciples à son Maître inspire à cet homme ignorant dans l'art de bien dire des accents sublimes.
Si nous aimons véritablement le Seigneur, nous devons désirer, demander que tous les hommes le connaissent, le louent, le servent avec amour ; que les infidèles sortent des ténèbres où ils sont ensevelis et soient appelés à la lumière de l'Evangile ; que les hérétiques renoncent à leurs erreurs et soumettent leur esprit au joug de la foi ; que les schismatiques cessent de se révoltercontre l'autorité légitime ; que les justes persévèrent dans la justice ; que toute langue bénisse le Seigneur dans tous les pays de l'univers, que la lumière de l'Evangile se répande jusqu'aux extrémités de la terre en sorte que nous puissions dire en toute vérité : " O Seigneur, que votre nom est admirable sur toute la terre et la gloire en remonte par dessus les hauteurs des cieux, Dominus nostery quant admirabile est nomen tuum in universâ terra, quoniam elevata est magnificentia tua super terram. " (Ps. vm).
Nous devons demander que les temps prophétiques se réalisent qu'il n'y ait bientôt plus qu'un troupeau et qu'un pasteur, qu'une
seule et grande Eglise formée de tous les hommes unis dans la foi et la charité. Nous devons vouloir par nos prières avancer cette grande ère évangélique où il sera vrai de dire : " Depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, le nom du Seigneur est grand et célèbre parmi les nations, ab ortu solis usque ad occasum, magnum est nomen tuum in gentibus. (Malach. 1, 2).
Nous devons désirer avant tout connaître Dieu davantage et dire avec saint Augustin : noverim te, Deus, noverim me. Nous devons, selon la parole de l'Apôtre saint Pierre nous efforcer de croître dans la connaissance de Celui qui s'est rapproché de nous, en Notre Seigneur Jésus-Christ : " Fratres, crescite in cognitione Domini Nostri Jesu Christi. Il est venu nous apporter les secrets du ciel ; c'est à Lui surtout que s'appliquent les paroles du Psalmiste : " Accedite ad illum et illuminamini, approchez-vous de Lui et vous serez illuminé. " Vous connaîtrez mieux vos misères, vos imperfections, vos besoins ; vous connaîtrez mieux l'immense beauté de Dieu et ses perfections manifestées dans les mystères de la révélation ; vous connaîtrez mieux la grandeur de vos destinées et la perfection qu'exige de vous votre fin si sublime.
Alors vous accomplirez mieux vos devoirs et, par une conduite irréprochable, vous ferez connaître et sanctifier le nom du Seigneur ; la splendeur de vos vertus et de vos œuvres sera pour les autres le principe d'une sainte émulation ; vous accomplirez le précepte de l'Apôtre : " sic luceat lux vestra coram hominibus ut videant opéra vestra et glorificent Patrem vestrum qui in cœlis est. " (Math, v, 16).
Quand les chrétiens sont humbles, modestes, doux, affables, miséricordieux, charitables, bienfaisants à tout le monde, ils gagnent les cœurs par leurs vertus, touchent et convertissent les méchants qui admirent en eux les effets de la vraie religion et ainsi Dieu est glorifié. Qu'est-ce qui attirait au commencement de l'Eglise tant d'infidèles à la foi de Jésus-Christ, sinon la sainteté et le bon exemple des premiers chrétiens ? Aussi la première et la principale exhortation que les Apôtres faisaient aux premiers convertis était qu'ils édifiassent le prochain par leur bonne vie et que leurs actions fussent irréprochables. Conduisez-
vous parmi les gentils, leur disait saint Pierre, d'une manière pure et sainte, afin qu'au lieu qu'ils médisent de vous comme si vous étiez des méchants, les bonnes œuvres qu'ils vous verront faire les portent à rendre gloire à Dieu au jour qu'il daignera Jes visiter par sa grâce. (Saint Pierre, ii, 12). De son côté, saint Paul ne recommandait rien tant aux nouveaux chrétiens sinon " qu'ils eussent soin de se conduire d'une manière qui soit digne de l'Evangile de Jésus-Christ et de la doctrine qu'ils avaient embrassée. " (Phil. ii, 27). " Soyez irrépréhensibles et sincères, ajoutait-il, afin qu'étant enfants de Dieu vous soyez sans tache au milieu d'une nation dépravée et corrompue, parmi laquelle vous brillerez comme des astres dans le monde." (Phil. ii, 45).
C'est ainsi que tous peuvent contribuer à la sanctification du nom de Dieu dans les autres ; leur sainteté est une émanation de la sainteté de Dieu qui par ce moyen est reconnu et adoré par un plus grand nombre. Les vertus qu'ils pratiquent par sa grâce sont comme autant de voix qui font retentir de toute part ses perfections infinies. Ainsi ils accomplissent cet ordre que Jésus- Christ nous a donné lorsqu'il a dit : " Que votre lumière luise devant les hommes afin que voyant vos bonnes œuvres ils glorifient votre Père qui est au ciel. " (Math, v, 16).
Quelles réflexions remarquables ont faites les saints Pères sur cet important sujet ! " Celui qui pratique les vertus, dit saint Jean Chrysostôme, quoiqu'il soit caché et ne dise mot, instruit néanmoins ceux qui le voient et ceux qui ne le voient pas; les uns par sa vie exemplaire, les autres par sa réputation. Et ainsi il se fait de grands trésors de mérites pour l'éternité ; il s'attire des grâces immenses non seulement par ses vertus et par ses bonnes œuvres, mais encore par la bonne vie de ceux qui sont excités par son exemple à glorifier Dieu. Un homme de cette sorte loue et glorifie Dieu par une infinité de bouches et de langues ; car il n'a pas seulement pour témoins de sa vie ceux qui le connaissent et qui l'admirent, et avec lui le Seigneur qu'il sert, mais encore ceux qui ne le connaissent pas et qui sont instruits de sa sainteté par le rapport que les autres leur en font et ceux mêmes qui habitent des terres éloignées du lieu où il est. "
Saint Grégoire de Nazianze exprime de semblables pensées
quand il écrit : " Quel est l'homme assez étranger à tout sentiment de justice et d'humanité pour que, à la vue d'une conduite pure, vertueuse, irrépréhensible, signalée par la tempérance, la sagesse, par la fermeté à résister aux assauts des passions, aux amorces de la volupté, aux séductions de la mollesse et de la sensualité, ne s'empresse pas de glorifier le saint nom de Dieu qu'il voit invoqué par de telles mœurs ? "
Ceux qui ne croient pas à la vérité de l'Evangile, dit saint Grégoire de Nysse, observent attentivement la vie et la conduite des disciples de Jésus-Christ, et s'ils aperçoivent sous le nom chrétien une vie où l'avarice, l'intempérance, donnent la main à tous les autres désordres, aussitôt le monde élève la voix ; il ne se contente pas d'accuser la malice et la perversité des chrétiens indignes de ce nom, il incrimine la religion, comme si elle autorisait le calomniateur, l'avare, le trompeur. Aussi Notre-Seigneur nous dit dans l'Ecriture : " Malheur à ceux qui font blasphémer mon nom parmi les hommes. " Si au contraire, le disciple de Jésus-Christ mène une vie pure et tempérante, si la prudence, la force, la sobriété, élèvent son âme au-dessus des biens terrestres ; si la vertu est sa richesse, l'amour de Dieu sa noblesse s'il mène ici-bas une vie angélique, quel est, je ne dis pas l'homme raisonnable, mais le cœur assez farouche pour ne pas glorifier le nom du Père céleste qui inspire un si généreux sentiment ? Tel est, continue saint Grégoire, le sens de ces paroles : que votre nom soit sanctifié ; car l'homme n'a qu'un moyen de faire glorifier Dieu : C'est de mener une vie qui ne puisse s'expliquer que par l'action de Dieu.
Saint Mathias, Apôtre, disait : " Si le voisin d'un chrétien pèche, ce doit être la faute du chrétien ; car si le chrétien avait vécu en disciple de Jésus-Christ, le voisin n'aurait pas péché. "
En effet, reprend saint Jean Chrysostôme, " si notre vie estconforme à notre nom de chrétien, celui qui n'a pas la foi s'écriera avec admiration : " le Dieu des chrétiens est vraiment grand. Quels hommes sait-il former ? ce ne sont plus des hommes ; ce sont de^ anges. " Et ailleurs le même docteur ne craint pas de dire : " Il n'y aurait plus d'incrédules si nous étions de vrais.
chrétiens ; tous se convertiraient si notre vie était conforme au nom que nous avons l'honneur de porter. "
C'est pour sanctifier, glorifier le nom de Dieu que les Apôtres sont allés avec joie à la conquête de l'univers et ont versé leur sang jusqu'à la dernière goutte.
C'est dans le même but que les anachorètes sont allés vivre dans le creux des rochers, s'enfermer dans les bois pour s'y nourrir de fruits et de racines.
C'est pour glorifier le saint nom de Dieu que les martyrs se sont laissés dévorer par les flammes ou déchirer par la dent des bêtes féroces.
C'est pour glorifier le nom de Dieu que les vierges se sont ensevelies et s'ensevelissent encore dans les cloîtres.
C'est pour glorifier le nom de Dieu que les missionnaires passent les détroits et les mers, quittent leur pays, leur famille, tout ce qu'ils ont de plus précieux ici-bas, afin d'aller travailler au salut d'âmes qu'ils ne connaissent pas mais qu'ils aiment tendrement dans le Christ.
C'est pour glorifier le nom de Dieu que le prêtre, les ministres de Dieu renoncent aux plaisirs du monde et à ses appâts enchanteurs pour aller passer leur vie à aller entendre le râle des agonisants, être le consolateur de toutes les misères, le témoin de tous les malheurs.
Dieu ne demande pas à tous de faire ces sacrifices mais tous sont appelés à glorifier et à faire glorifier son saint nom. Il n'est pas de circonstance, pas d'action si petite qu'elle paraisse, qui ne puisse nous fournir l'occasion de prêcher Jésus-Christ. C'est prêcher Jésus-Christ pour un père de famille que de donner toujours l'exemple de l'ordre, de la régularité, de la probité, de l'austérité dans le devoir. C'est prêcher Jésus-Christ pour une mère de famille que de faire bénir le nom de Dieu par sa famille d'abord et ensuite par toutes les personnes qui l'approchent, qui la connaissent, par son dévouement, par la simplicité, la modestie de sa mise, par la bonté de son caractère jointe à une grande fermeté de vertu. Heureuse serait-elle si tous ceux qui la voient, l'entendent, ont des rapports avec elle, étaient obligés de jeter le cri que poussaient les païens en voyant la mère de saint Jean
Chrysostôme : " Quelles femmes que ees femmes chrétiennes ! "
C'est prêcher Jésus-Christ pour un chrétien quelconque que de faire preuve d'une piété éclairée et du ferme désir de toujours remplir son devoir, de toujours chercher à perfectionner et à embellir les bonnes qualités de la nature, de toujours donner le spectacle d'une conduite en harmonie avec sa croyance. C'est le précepte du Sauveur : " Que votre conduite paraisse aux yeux des hommes afin que, voyant vos bonnes œuvres, ils glorifient votre Père céleste. '' (Rom. n, 24).
Nous devons non seulement mener une vie qui soit une prédication muette, mais prier avec confiance et sans nous lasser pour que Dieu ramène à Lui les pécheurs. C'est ce que fit sainte Monique à l'égard de son mari et de son fils et elle eut la joie de les voir tous deux glorifier Dieu.
En agissant ainsi, nous ferons la volonté de Dieu qui ne cesse dans l'Ecriture Sainte de nous recommander de respecter son nom vénérable.
Ecoutez le Psalmiste : " O mon Dieu, que votre nom est admirable sur la terre !" (Ps. 1). "Que le nom du Seigneur soit béni dans tous les siècles ; en lui seront bénies toutes les nations de la terre" (Ps. 71). " Que toute la terre adore le Seigneur et chante un cantique en son nom". (Ps. 65). "Que toutes les créatures, le feu, la neige, la tempête, les montagnes, les collines, que les arbres des forets et les animaux de la campagne, que les rois et les peuples, les jeunes gens et les vieillards, louent le saint nom du Seigneur ; car son seul nom est grand. (Ps. 148)". " Les hommes mettent leur espoir dans les ressources de la terre; pour nous, nous invoquons le nom du Seigneur, notre Dieu. " (Ps 19). " Au nom de Jésus, dit saint Paul, tout genou doit fléchir au ciel sur la terre et dans les enfers. " (Phil. ii, 10).
Il faut donc prendre l'habitude de ne jamais prononcer le nom adorable de Dieu sans un souverain respect. Ce n'est pas assez qu'il soit parfumé dans notre amour, " qu'il soit, dit saint Bernard, du miel à la bouche, une mélodie à l'oreille, au cœur une harmonie. "
Avec quelle légèreté ce nom auguste ne revient-il pas quelquefois sur les lèvres de ceux qui ont reçu de Dieu tant de bienfaits!
Avec quelle déraison et quelle impiété les blasphèmes l'outragent tous les jours ! Combien de fois, non seulement les oreilles pieuses, mais le sentiment de la plus simple convenance ne sontils pas révoltés en entendant ces insultes du mépris ou tout au moins ces oublis inconcevables de la parole humaine qui ne craint pas de s'attaquer à ce qu'il y a de plus sacré, de plus vénérable et de meilleur sur la terre !
Il faut non seulement ne jamais prononcer le nom de Dieu inutilement, mais il faut aussi ne pas souffrir que ceux qui dépendent de nous ou sur qui nous pouvons avoir quelque influence le prononcent à la légère ; il faut être pénétré d'une tristesse profonde quand nous l'entendons profaner ou blasphémer, et expier ces irrévérences par un acte intérieur d'adoration.
Saint Ignace d'Antioche, disciple de saint Jean l'Evangéliste, répondait à l'empereur Trajan qui le pressait de renier le nom du Christ : non, jamais rien ne pourra me l'arracher de la bouche. — Je te l'arracherai bien de la bouche, répliqua l'empereur, en te faisant couper la tête. — Oui, dit le Saint, vous pouvez me l'arracher de la bouche, mais du cœur jamais ; car il y est inscrit profondément et voilà pourquoi je ne cesserai jamais de l'invoquer. L'empereur Trajan, pour s'assurer de la vérité de ces paroles, lui fit trancher la tête et lui fit arracher le cœur ; et l'on trouva en effet le nom de Jésus-Christ inscrit sur son cœur en lettres d'or. C'est saint Thomas lui-même qui raconte ce miracle pour prouver combien le nom de Dieu ou celui de Jésus, car c'est tout un, ne doit être prononcé qu'avec amour et respect.
Sanctifions donc le nom de Dieu ; nous aurons droit alors à la récompense que Dieu a promise par ces paroles : " Je glorifierai quiconque m'aura glorifié. " (Reg. n, 30).