‹ À mes prêtresChapitre 51 sur 62 · AMEN, AINSI SOIT-IL · texte numérisé non relu

AMEN, AINSI SOIT-IL

S'il est important de bien commencer la prière, il ne l'est pas moins de la bien finir. Le Saint-Esprit assure même qu'il l'est plus, car il dit expressément : Melior est finis orationis quant principium. (2EccL\n, 9). La fin de la prière doit en être en ■effet le plus grand effort, puisqu'il s'agit de décider celui qu'on sollicite à nous accorder ce que nous lui avons demandé C'est ainsi que l'orateur réserve pour la fin de son discours le plus puissant effort de son éloquence, afin d'arracher à ses auditeurs, jusque là ébranlés leur complet assentiment. Voilà pourquoi Notre-Seigneur qui nous a si bien fait commencer notre prière en nous faisant donner à Dieu le nom tendre et respectueux de Père nous a fait finir par ce mot Amen, mot hébreux qui se traduit en français par : Ainsi soit-il. En disant ce mot, nous faisons nôtre la prière que nous venons de réciter, comme si nous disions : Oui tout ce qui vient de vous être demandé, ô mon Dieu, nous vous le demandons, nous désirons d'un grand désir que vous nous accordiez les grâces dont nous avons besoin et que nous sollicitons. Amen, Ainsi soit-il ; toute l'Oraison Dominicale se trouve abrégée dans ce seul mot : Amen ; c'est le Pater tout entier ; c'est la conclusion et le mot final ; il est sous-entendu après chaque demande.

Que votre nom soit sanctifié, je le désire de tout mon cœur. Qu'il soit connu, adoré, aimé et, pour tout dire d'un mot, glorifié, car votre nom, c'est vous-même.

Qu'il le soit par toutes les créatures sorties de vos mains, même par les plus infimes, même par les plus enfouies dans la matière, et ce sera déjà un beau cantique.

Qu'il le soit surtout par les Anges parce que, vivant dans l'intimité de votre cour céleste, ces purs esprits sont mieux en mesure de vous connaître, de vous louer, et ce sera un plus beau «cantique encore.

Qu'il le soit, — oserai-je le dire, par les hommes encore plus que par les anges parce que l'homme, centre des deux mondes, du monde de l'esprit par son âme et du monde de la matière par son corps, se trouve ainsi être le chantre né de la création tout entière. Que tous les hommes sincèrement aient le respect du nom de Dieu, le respect dans leur âme, le respect dans leurs paroles, dans leurs actes.

Que votre règne arrive. Qu'il arrive par l'augmentation toujours accrue du nombre des fidèles, par le développement de plus en plus intense de la vie chrétienne, de cette vie dont l'Apôtre a ainsi formulé la loi : " gratia Dei mecum, la grâce avec moi et moi avec la grâce. "Ah ! Nous voyons sur la terre le règne des passions humaines, le règne de l'orgueil, le règne de l'argent. Que l'on voit luire sur la terre le règne de votre divine grâce, précurseur de votre divine gloire. 0 Jésus, régnez sur nos cœurs, régnez sur nos intelligences, régnez sur vos volontés, régnez sur tous les hommes, sur toute la terre.

Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Oui, que tous les hommes accomplissent votre sainte et adorable volonté. La conformité, la soumission à votre volonté, c'est là le résumé de la perfection chrétienne. Savoir vous obéir quand vous commandez, quand vous défendez, mieux que cela, quand vous conseillez, mieux que cela encore, quand vous désirez, ne vouloir jamais que ce que vous voulez et comme vous le voulez, tout est là; " vir obediens loguetur victorias ". De quelque part que nous viennent les croix, les épreuves, que ce soit de votre main qui aime lors même qu'elle frappe ; que ce soit de la malice des hommes ou de l'inexorable trame des événements, il n'importe, c'est toujours par votre ordre, c'est à tout le moins avec votre permission. Faites que nous les acceptions bravement, patiemment, comme il sied à des chrétiens soumis d'avance et de bon cœur à votre volonté sainte.

Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour. Nous avons demandé d'abord ce qui doit procurer votre gloire, ô mon Dieu, nous vous prions maintenant de veiller à nos besoins, à nos besoins temporels et à nos besoins spirituels. Donnez-nous le pain nécessaire à notre subsistance, le pain du corps ; le

pain de l'esprit qui est la vérité ; le pain du cœur qui est la charité ; le pain eucharistique qui est le don par excellence, qui est " le pain des forts ", celui dont notre âme a besoin pour aller jusqu'au séjour de l'éternité.

Pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Pardonnez-nous nos offenses qui sont nombreuses, qui sont graves et qui nous ont rendus débiteurs de votre justice céleste et victimes de l'infernale iniquité ; accordez-nous le pardon de nos péchés ; n'êtes-vous pas le Dieu infiniment bon ? Accordez-nous-le généreusement dans une mesure aussi large que possible comme nous-même, à notre tour, vous en êtes témoin, ô mon Dieu, nous pardonnons à tous ceux qui nous ont offensés.

Ne nous laissez pas succomber à la tentation, que vous envoyez pour éprouver vos justes ni à celle que suscite le démon pour rendre l'homme pécheur. Nous ne sommes pas seulement coupables, mais nous sommes faibles. Le démon rôde sans cesse autour de nous comme un lion rugissant prêt à dévorer sa proie. La chair avec son foyer d'appétits et de concupiscences malsaines, peut s'appeler à juste titre notre démon d'en dedans. Le monde est un grand tueur d'âmes. Nous succomberons, si vous nous abandonnez ; tendez-nous la main, Seigneur, épargnez-nous le combat ou rendez-nous victorieux.

Mais délivrez-nous du mal ; délivrez-nous de tout mal ; délivrez-nous du plus grand de tous les maux, le péché, et, avec le péché, délivrez-nous de tous les autres maux spirituels et des maux temporels, des maux de l'âme et des maux du corps, des maux présents et des mots futurs. Amen.

Ce dernier mot de l'Oraison Dominicale nous rappelle le sens et l'excellente leçon que renferment les sept demandes de cette divine prière, la plus parfaite et la plus salutaire de toutes les prières.

Sans doute, toute prière est bonne, mais quelle prière vaudra jamais celle que le Sauveur lui-même nous a enseignée ? Elle est la plus belle de toutes les prières et elle répond exactement

à tous nos besoins. Qu'elle soit souvent sur nos lèvres et en même temps qu'elle sorte de notre bouche, qu'il s'échappe de notre cœur comme un encens d'agréable odeur, qui monte vers le trône de Dieu pour attirer sur nous ses faveurs et ses grâces.

C'est en la récitant que nous devons commencer nos journées afin qu'elles soient heureuses et que Dieu nous préserve des accidents et des revers, des dangers de toutes espèces auxquels nous pourrions être exposés. Le soir, nous devons la répéter pour que notre repos soit béni et que nous ne passions pas du sommeil à la mort sans prévoyance et sans recours à Dieu.

C'est sous la vertu de cette prière que nous devons placer nos travaux ; c'est par son concours qu'il faut résoudre les difficultés qui nous assaillent dans l'ordre de la nature et dans Tordre de la grâce ; c'est cette prière qui doit nous couvrir comme d'une armure dans les tentations, nous consoler dans nos souffrances et nous faire mériter la gloire du courage, de la résignation et de la patience.

Récitons souvent cette prière avec recueillement, avec foi, avec piété, avec confiance, en union avec Jésus-Christ qui nous l'a enseignée et qui a seul le droit, comme notre Média teur, de la faire exaucer. Elle nous tiendra sur le chemin du ciel où nous irons un jour chanter les louanges de Notre Divin Sauveur que nous aurons aimé sur la terre et que nous aimerons éternellement dans le séjour des élus.

Un prédicateur disait un jour à ses auditeurs : " Essayez de réciter le Pater en mettant un tout petit intervalle entre chacun des mots qui composent la prière divine.

Donnez-vous le temps de peser, de comprendre chacun de ces mots. Vous verrez ce qui se produira en vous ".

Ce qui se produira, c'est ce que produit sur le cœur souffrant, abandonné, meurtri, avide d'affection, une douce parole d'amitié.

Vous direz au bon Dieu : Mon Père, vous le direz posément, doucement, affectueusement, et vous entendrez doucement aussi affectueusement aussi : Mon enfant.

Vous direz au bon Dieu doucement, affectueusement : Que votre nom soit sanctifié. Que votre règne arrive. Que votre

volonté soit faite sur la terre comme dans le ciel, — et vous entendrez doucement, affectueusement : Merci, mon enfant.

Vous direz doucement, affectueusement : Mon Père, donneznous aujourd'hui notre pain du jour,— et doucement, affectueusement, vous entendrez : Oui, oui, mon enfant ; rien ne te manquera.

O mon Dieu, faites, quand nous vous priions, que nous vous parlions toujours comme au Père aimé à qui on demande et de qui on attend tout ; comme au frère qu'on aime et dont on se sent aimé ; comme à l'ami sur qui on peut compter.

Ainsi soit-il.

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