ARCHEVEQUE
LE F.EGINA
Bien chers collaborateurs,
A notre appel, ou plutôt à V appel du bon Dieu, vous êtes tous venus suivre les exercices de la. retraite annuelle. Vous savez le conseil que saint François de Saks donne aux prêtres : " Retirez quelquefois votre esprit dedans votre eceur où, séparés de tous les hommes, vous puissiez traiter cœur à cœur de votre âme avec Dieu."
Et pour faire comprendre la sagesse de ce conseil, le grand Saint ajoute : " 27 n'y a pas d'horloge pour bon qu'il soit, qu'il ne faille remonter au bander deux fois le jour , au matin et au soir ; et puis autre cela, il faut qu'au, moins une fois Vannée, l'on le démonte de toutes pièces, pour ôter les rouillures qu'il a contractées, redresser les pièces forcées et réparer celles qui sont usées. Ainsi celui qui a un vrai soin de son cher cœur doit le remonter en Dieu au soir et au matin par les exercices marqués et, outre cela, il doit plusieurs fois considérer son état, le redresser et accommoder ; et enfin, au moins une fois l'année, il le doit démonter et regarder par le menu fautes les pièces, c'est-à-dire toutes les affections et passions d'iceluiy afin de réparer tous les défauts qui y peuvent être. Cet exercice réparera vos forces abattues par le temps, échauffera votre cœur fera reverdir vos bons propos et refleurir les vertus de votre esprit. "
Nous avons voulu encore une fois, cette année, nous donner le plaisir de vous prouver que nous ne cessons de penser à vous qui vous dépensez sans mesure dans cet immense diocèse naissant, que nous nous intéressons à votre avancement spirituel. Dieu le sait, nous pouvons vous dire ce que saint Paul disait aux Corinthiens : " Non cessamus pro vobis orantes et postulantes ut impleamini agnitione voluntatis ejus in omni sapientiâ et intelleetu spirituali, ut ambuletis digne Deo per omnia placentes, in omni opère bono fructificantes. "
Nous avons voulu vous offrir au commencement de la retraite, quelques pages écrites sur Vacte sublime que nous accomplissons chaque jour et qui s'appelle la messe.
u Le très saint sacrifice de la messe, dit saint François de Sales, est, entre les exercices de la religion, ce que le soleil est entre les astres ; car il est véritablement l'âme de la piété et le centre auquel tous les mystères et toutes les lois de ta religion chrétienne se rapportent. "
" Aucune offrande, dit saint Laurent Justinien, n'est plus grande, aucune n'est plus utile, aucune n'est plus agréable aux yeux de la divine Majesté. "
L'Eglise triomphante charge le prêtre qui dit la messe de rendre à Dieu par Jésus-Christ ses hommages et ses actions de grâces ; l'Eglise souffrante qui est au purgatoire lui confie sa délivrance, attendant surtout du sacrifice la fin de ses tourments ; L'Eglise militante se repose sur lui de sa religion, de sa reconnaissance, de ses expiations, de ses besoins ; il est son ambassadeur devant le trône de Dieu. C'est à l'autel que Jésus-Christ, par la main du prêtre, dispense ses immenses richesses.
L'illustre archevêque de Milan, saint Charles Horromêe, s' adressant à son clergé, lui disait : " Qu'y a-t-il que le Seigneur n'ait mis dans ma main quand il y a déposé son Fils unique, coêternel,. égal à lui ? Il a mis en ma main tous ses trésors, ses sacrements, ses grâces ; il y a placé les âmes qui sont ce qu'il y a de plus cher, qu'il a préférées à Lui-même dans son amour, qu'il a rachetées de son sang. Il a mis en ma main le ciel pour que je puisse l'ouvrir et le fermer aux autres ".
La messe, voilà ce qui fait la grandeur du prêtre et l'oblige à mener sur la terre une vie toute céleste. " Les rayons du soleil sont moins purs que ne doit l'être une âme sacerdotale, " dit saint Jean Chrysostôme. Et le grand Docteur ajoute : " // lui faut une telle innocence, une telle perfection de vertus, que s'il était transporté au ciel, au milieu des esprits bienheureux, il n'y parut point déplacé, qu'ayant été préféré aux anges pour ce glorieux ministère, il doit mener une vie plus angélique qu'humaine. "
Et pour la mener cette vie angélique, les prêtres n'ont qu'à dire la sainte messe avec toute la perfection dont ils sont capables. Car
à V autel ils ne prient pas seuls ; c'est Jésus-Christ qui prie avec eux, qui offre à son Père ses humbles supplications, qui les fait valoir et qui au besoin même peut les exaucer. Il est entre leurs mains, il est là semper vivens ad interpellandum pro nobis. Il est toujours exaucé à cause du respect qu'il a pour son Père et à cause du respect qui lui est du ; il est là pour offrir le sang précieux eujus una stilla salvum facere.. .
Pensons souvent que c'est nous, prêtres de Jésus-Christ, qui opérons chaque jour cet étonnant prodige que toute langue humaine est impuissante à célébrer. Vous savez ce que le Docteur angélique en dit; "Atteignez en fait de louanges les bornes du possible, jamais vous ne louerez ce mystère comme il mérite d'être loué ; vous en êtes absolument incapables :
Quantum potes, tantum audc Quia major omni laude Nec laudare suffîcis.
Ah! si notre foi était plus vive, si nos yeux pouvaient s'ouvrir, si les voiles de l'hostie se déchiraient pour faire apparaître à nos regards les réalités qui s'y cachent, comme cela est arrivé dans d'incontestables miracles, quelles indicibles émotions n'éprouverionsnous pas, quelles larmes ne verserions- nous pas à l'autel chaque fois que nous disons la sainte messe !
Durant ces beaux jours de retraite, faisons donc toits un séi'ieux examen de conscience.
Demandons-nous si nous donnons comme préparation à notre messe de chaque jour la somme de prière nécessaire pour mettre notre âme à l'unisson de la prière par excellence du sacrifice ; si nous rappelons à notre esprit, avant de monter à l'autel que la messe est le sacrifice de la croix représenté à Dieu dans le but de mettre à notre portée, nous enfants du Père et serviteurs du Christ, les fruits de la Rédemption ; si nous nous rappelons suffisamment que ce sacrifice a pour but d'apaiser la juste colère de Dieu contre les pécheurs, nous et les autres, de le rendre favorable, de le disposer à nous accorder les immenses grâces du salut.
Demandons-nous si, dans la, célébration de la messe, nous appartons le recueillement intérieur de l'âme, l'attention de l'esprit, la gravité des démarches et la piété du cœur, que réclame l'union
incomparablement étroite où nous sommes appelés avec Jésus, le Souverain Prêtre, pour accomplir avec Lui le rite sacré de son immolation,. Notre esprit de foi et notre respect se traduisent-ils dans notre extérieur, notre ton simple mais plein d'émotion, dans notre piété, dans la prononciation des prières ? Et ces prières, les récitons-nous toujours distinctement, sans précipitation, excitant en nous les sentiments qu'elles expriment ?
Voyons comment nous sommes disposés à cette communion à la chair de la Sainte Victime qui engage si nettement à partieiper à son esprit, à vivre de sa vie.
Et quand nous avons accompli ces grands actes supérieurs à la création des mondes ; quand nous avons été plongés dans les magnificences et dans les tendresses de V amour porté à sa suprême expansion, que nous avons été enrichis sans mesure des plus précieux trésors de la grâce, que nous portons en nous le Fils du Dieu vivant qui veut vivre en nous-mêmes et nous faire vivre de sa me, quelle a été notre action de grâces, quels ont été nos sentiments, ({(œlles ont été nos résolutions de reconnaissance, de dépendance et de fidélité ?
Cet examen sérieusement fait aura d'heureuses conséquences. Il empêchera notre pauvre nature d'être humiliée de voir qu'elle se familiarise avec ce mystère tout divin, au point de rester sans émotion vive dans le moment même de sa célébration. Nous comprendrons mieux que jamais comme le Concile de Trente avait raison de dire : " L'homme ne peut pas faire une œuvre plus sainte et plus divine que celle de célébrer le redoutable sacrifice de la messe. "
Vous lirez donc durant la retraite ces pages qui vous parleront de l'acte le plus important de la journée du prêtre, de ce sacrifice de la messe oii le cœur de Jésus se révèle à nous indiciblement bon, tendre, miséricordieux. Nous supplions Dieu de combler les trop nombreuses et les trop évidentes lacunes de ce travail. Nous vous demandons de donner un souvenir dans vos prières à celui qui l'a fait avec le désir sincère de plaire à Dieu et de vous faire du bien.
f Olivier-Elzéar Mathieu,
Archevêque de Regina.