CHAPITRE TROISIÈME
Sainteté requise chez le Prêtre
Celui qui chaque matin dit la sainte messe ; celui qui sent chaque matin la toute puissance de Dieu tomber entre ses mains débiles et qui tressaille à ce contact divin ; celui qui est ainsi le sacrificateur de la nouvelle loi et le prêtre de Jésus Eucharistie, est donc revêtu d'une sublime dignité. Mais toute noblesse oblige et la grandeur du sacerdoce nous impose la sainteté. Oui, le continuateur de Jésus-Christ doit reproduire ses perfections en même temps que son ministère. Dieu ne lui permet pas de séparer l'estime de sa grandeur du désir de sa sanctification ; il lui dit la perfection sacerdotale qu'il attend de lui : " In omnibus teipsum prœbe exemplum bonorum operum in doctrinâ, m integritate, in gfavitate. Exemplum esto fidelium in verbo, in conversationc, in charilate, in jide, in castitate. Nemini dantes ullam offensionem id non vituperetur ministerium nostrum. " Quelle sublimité si le prêtre trône sur ces sommets ! Quelle ruine s'il tombe !
" Seigneur, disait le Prophète, qui gravira votre montagne ? Qui pénétrera dans votre sanctuaire ? Quis ascendet in montem Domini oui quis stabit in loco sancto ejus ? " Et il répondait : " Celui qui a les mains innocentes, le cœur pur et les lèvres immaculées, innocens manibus et mundo corde ". Or chaque jour le prêtre gravit la montagne eucharistique ; il s'approche de Dieu autant qu'il est possible de s'en approcher sur la terre, il l'appelle du ciel, il le tient dans ses mains, il fait de son cœur un tabernacle. Si les fidèles brillent comme des étoiles, à lui de resplendir comme un soleil : vos estis lux mundi. Et les degrés de l'autel qu'il monte à l'heure du sacrifice, lui rappellent les
vertus éminentes qui doivent le revêtir comme une robe sans tache, sacerdotes induantur justitiam. Dans l'ensemble de sa vie, il doit être l'image de Jésus, suivant le vœu qu'exprimait saint Ambroise : " Lux et imago Christi in operibus nostris et factis et Ma ejus species in nobis exprimatur. "
Le Concile de Trente a donc grandement raison d'exiger des prêtres qu'ils aient à cœur de célébrer la messe avec toute la dévotion et la pureté possibles. Ce même Verbe qui n'a trouvé que deux trônes dignes de lui, selon saint Ambroise, la divinité dans le sein de son Père et la virginité dans le sein de sa mère ; cet arbitre souverain de nos destinées, qui viendra dans tout l'appareil de sa gloire à la fin des temps, juger les nations et les peuples ; ce Dieu si grand, ce Seigneur des années se met tous les jours entre nos mains. Nous le portons, Lui qui de ses doigts porte le monde. " Quelle intégrité de mœurs, s'écrie saint Jean Chrysostôme, quelle religion profonde n'a-t-on pas le droit d'attendre d'un homme à qui le ciel daigne accorder une si prodigieuse faveur ! Est-ce trop exiger que des membres honorés de ce contact divin égalent en pureté les rayons du soleil ?"
Saint Augustin semble ne pouvoir contenir ses transports quand il parle sur ce sujet : '* 0 sacrum et cœleste mysterium, dil-il aux prêtres, quod pet vos, Pater, Filius et Spiritus Sanctus operatur ! Uno eodemque momento idem Deiis qui praesidet in cœlis, in manibus vestris est in sacramcnto altaris. 0 venerabilis sanctitudo manuum ! 0 vcre mundi gaudium ! Christus tractai Christwn, id est, sacerdos Dei Filium. Super hoc tam insigni privilegio stupet cœlum, miratur terra, veretur homo, contremiseit diabolus et veneratur plurimum angelica celsitudo. "
Nous comprenons la raison de l'extrême sollicitude avec laquelle l'Eglise veille et des précautions qu'elle prend pour n'envoyer à l'autel que des saints, et pour que ses ministres traitent toujours des mystères si vénérables avec tout les respect qui leur est dû. Tantôt par la bouche de ses Docteurs, elle leur dit que l'âme du prêtre doit resplendir de justice comme le soleil resplendit de lumière ; qu'il lui faut une telle innocence, une telle perfection de vertus que s'il était transporté au ciel, au milieu des Esprits bienheureux, il n'y parut point
déplacé ; qu'ayant été préféré aux anges pour ce glorieux ministère, il doit mener une vie plus angélique qu'humaine ; qu'étant chargé de représenter Jésus-Christ, d'agir en son nom et en sa toute puissance, il doit s'approcher de l'autel comme s'il était Jésus-Christ lui-même, s'y tenir dans la modestie et la ferveur d'un de ces purs esprits qui sont au ciel devant son trône, s'y acquitter de tout ce qui est prescrit avec l'exactitude et la piété d'un saint.
Tantôt dans ses assemblées, parlant toujours le même langage, parce que c'est toujours le même esprit qui l'anime, elle déclare au prêtre sacrificateur " qu'il doit porter dans cette fonction sublime tout le soin, toute la diligence, toute la sainteté intérieure dont il est capable. (Conc. de Trente.)
Dans la loi antique, où tout était ombre et figure, Dieu voulait que l'arche, les chandeliers fussent de l'or le plus pur ; lés pains sacrés devaient être préparés sur une table d'or, cuits dans un four d'or et conservés sur des tables également d'or ; Dieu avait commandé que, sur la tiare du grand prêtre, on attache une lame d'or portant cette inscription : sanctum Domino, pour signifier qu'il devait être un homme tout divin, complètement consacré tout à Dieu, un homme céleste et pur de la corruption du siècle.
Le Seigneur exigeait même des anciens lévites qu ils fussent purs et cela seulement parce qu'ils devaient porter les vases sacrés : Mundamini qui fertis vasa Domini. " A combien plus forte raison, dit Pierre de Bîois exigera-t-iî la pureté dans les prêtres de la nouvelle loi qui portent dans leurs mains et reçoivent dans leurs corps Jésus Lui-même ? "
La Bienheureuse Vierge Marie dut être sainte et pure de toute tache parcequ'elle devait porter dans son sein le Verbe Incarné et devenir sa mère. Et d'après cela, s'écrie saint Jean Chrysostôme, " n'est-il pas indispensable qu'elle brille d'une sainteté plus éclatante que le soleil cette main du prêtre qui touche la chair d'un Dieu, cette bouche qui se remplit d'un feu céleste et cette langue qui se rougit du sang de Jésus-Christ ? '" Et c'est ce que signifie, remarque un saint auteur, la blancheur de l'aube dont l'Eglise veut que le prêtre se revête et s'enveloppe
de la tête aux pieds, lorsqu'il va célébrer les saints mystères.
" Le prêtre, dit saint François d'Assise, doit donc honorer Dieu par l'innocence de sa vie, puisque Dieu l'a tant honoré Lui-même, en l'élevant au-dessus de tous les autres hommes et en l'établissant son ministre dans ce sublime mystère. "
Et saint Alphonse de Liguori de dire : " Les prêtres doivent être saints parce qu'ils sont les ministres d'un Dieu saint : "sancti estote, quia ego sanctus su m ; ils doivent être prêts à donner leur vie pour les âmes, parcequ'ils sont les ministres de Jésus- Christ qui est venu mourir pour nous, ses brebis, ainsi qu'il l'a déclaré Lui-même : égo sum Pastor bonus ; bonus pastor animam suam dot pro ovibus suis. Ils doivent faire tous leurs efforts pour allumer dans le cœur de tous les hommes le feu sacré de l'amour divin puisqu'ils sont les ministres du Verbe incarné qui est descendu pour cette fin sur la terre, comme il nous l'apprend encore Lui-même : igncm vent mittere in terrant , et quid volo nisi accendatur ? "
Ah ! si tous les prêtres étaient des saints, si tous traitaient toujours avec la dignité voulue les saints mystères, quel trésor de grâces ils attireraient sur eux et sur tout le peuple chrétien .! Ils répandraient par toute la terre le feu divin ; ils feraient fondre les glaces de l'indifférence et de l'impiété. La foi chrétienne se réveillerait dans tous les cœurs ; avec la foi viendraient toutes les vertus et nous verrions alors les beaux jours de l'Eglise.