‹ À mes prêtresChapitre 58 sur 62 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Préparation au Sacrifice

Le piètre est au pied de l'autel. Pour accomplir les augustes mystères ; fidèle au précepte de F Apôtre, il s'est jugé sévèrement lui-même. Comme il s'est lavé les mains pour les rendre sans tâches, il a discuté sa conscience pour la rendre sans souillure ; ses fautes, s'il en avait, ont disparu consumées par les flammes d'un repentir mêlé d'amour ou effacées par les eaux de la pénitence tout récemment encore épanchées sur son âme. A l'intégrité du cœur, il joint et l'ardeur d'une piété céleste et le calme du recueillement le plus profond et le religieux tremblement de la foi la plus vive ; en un mot, il a réuni tout ce qu'il a pu de dispositions saintes et pris les précautions les plus attentives pour que, dans le sacrifice qu'il s'apprête à consommer, rien dans le pontife ne soit trop indigne de la victime et ne s'oppose à ce que le sang de l'Agneau divin jaillisse avec honneur sur le ministre qui doit l'immoler.

Il a dit à Dieu : " O mon Dieu, je veux vous offrir cet auguste sacrifice pour les fins qu'avait Jésus-Christ en l'instituant. Je veux l'offrir pour vous honorer infiniment par Jésus-Christ au nom de l'Eglise et de toutes les créatures, pour vous remercier de ce (iue vous avez été si libéral envers la sainte humanité du Sauveur, envers l'auguste Mère de Dieu, envers tous les saints et toutes les créatures. Je veux l'offrir pour apaiser votre justice irritée par le péché. Je désire obtenir la conversion de tous les pécheurs, la rémission de tous les péchés et de toutes les peines dues aux péchés des hommes. Je veux l'offrir pour obtenir l'augmentation de votre gloire dans tout l'univers

l'exaltation du nom adorable de Jésus, la propagation de la foi, la persévérance des justes, les secours spirituels et autres dont toutes vos créatures ont besoin."

Quelle belle prière disait saint Thomas d'Aquin avant de monter à l'autel ! " Dieu tout-puissant et souverainement bon, disait-il, je viens près de vous pour recueillir les grâces dont j'ai besoin, par la vertu de votre divin sacrement et de votre auguste sacrifice ; je viens comme un malade vers son médecin, comme un pécheur à la source de la miséricorde, comme un aveugle au foyer de la lumière, comme un indigent au riche possesseur du ciel et de la terre. Répandez sur moi, ô mon Dieu, les dons de votre munificence, guérissez mes infirmités, lavez mes plaies, dissipez mes ténèbres, enrichissez ma pauvreté. Je le demande également pour mes frères, pour mes amis, pour mes ennemis, afin que, purifiés et sanctifiés, notre vie, semblable à celle de votre Divin Fils, vous rende désormais un hommage parfait d'adoration et d'action de grâces, qu'elle nous mérite le pardon de nos fautes et la grâce insigne du salut éternel/'

Après avoir fait la génuflexion qui est un acte extérieur d'adoration, le prêtre fait le signe de la croix. Ce signe est admirablement placé d'abord parce que c'est par lui qu'il convient de commencer toute action chrétienne, ensuite parce que la messe est la continuation du sacrifice du Calvaire. "Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit ", dit en même temps le prêtre. Il exprime par ces paroles qu'il va célébrer la sainte messe au nom c'est-à-dire, avec toute la puissance et le secours des trois personnes de la Sainte Trinité et, en même temps, pour leur gloire ; il va offrir ce sacrifice au nom du Père qui a donné son Fils pour être sacrifié — au nom du Fils qui s'est livré lui-même comme victime — au nom du Saint Esprit qui -a déterminé le Sauveur à instituer l'Eucharistie et à mourir sur la croix. Au nom de la Sainte Trinité, il approche de l'autel, plus grand que les prophètes de l'ancienne loi entrant dans le Saint des saints, grand comme Jésus même allant au Calvaire ou pénétrant au ciel.

Le prêtre dit : " I/Uroibo ad altare Dei ", j'irai à la montagne du Hciijneur. Ces paroles expriment les sentiments dont son

âme est pénétrée. Il se sent puissamment attiré vers l'autel, il aspire à y monter pour y remplir ses fonctions sublimes ; il désire s'approcher de Dieu, s'unir à Celui qui va renouveler dans son âme la joyeuse vigueur de sa jeunesse spirituelle : " ad Deum qui lœtificat juventutem meam. "

Puis le prêtre récite le psaume : " Judica me, Deus, Jugezmoi, ô Dieu, " composé par David fuyant la persécution de Saul et obligé de vivre en exil, mais s'animant par l'espérance de revenir un jour à Jérusalem et de pouvoir y offrir des sacrifice au Seigneur. C'est le souvenir d'un exilé désireux de revoir la sainte montagne de Sion avec son tabernacle.

Deux sentiments principaux dominent dans ce psaume : a) le sentiment de crainte. Saisi d'effroi par le redoutable sacrifice qu'il va offrir, le prêtre se soumet humblement au jugement de Dieu ; il le supplie, Lui qui scrute les plus intimes replis des âmes, de le juger miséricordieusement en lui inspirant les sentiments de contrition qui purifieront son âme. " Jugezmoi, mon Dieu, Judica me, Deus ; je suis devant vous comme un coupable qui attend sa sentence ; cependant, ajoute-t-il, discernez-moi de la nation qui n'est pas sainte, discerne causam meam de gente non sancta, en considérant que je vous appartiens par la foi par le baptême et l'honneur que vous m'avez fait de m 'associer à votre sacerdoce, b) Sentiment de confiance spera in Deo, espère en Dieu et en sa miséricorde ; par conséquent pas de raison d'être inquiet et de dire : quare tritis es pourquoi es-tu triste, ô mon âme ?

L'accent dominant du psaume est celui de l'allégresse et du bonheur en Dieu. A la fin, l'assurance du salut, la foi et l'espoir l'emportent sur la tristesse et le prêtre récite comme en triomphe le Gloria Patri, " Gloire au Père" .il est la source d'où procèdent tous les biens que j'attends du Saint Sacrifice : " Gloire au Fils ''. Il me les a mérités par sa Passion et il va s'immoler de nouveau pour que je les obtienne. " Gloire au Saint-Esprit ' . Il est mon Hôte divin, c'est lui qui excite en moi ces sentiments de désir et de confiance.

Et cette confiance, le prêtre dit alors où il va la puiser : " Notre secours est dans le nom du Seigneur qui a fait le ciel et la

terre : adjutorium nostrum in nomine Domini qui fecit cœlum et terrain ; il la puise en Dieu qui est sa force : tu es fortitudo mm. Il fait le signe de la croix pour témoigner sa confiance dans les mérites du Sauveur crucifié.

Moïse eut un frémissement lorsque, appelé à gravir le mont Horel, qualifié de " mont de Dieu ", la Divinité se manifesta à lui au milieu d un buisson ardent. Dans son ascension le célébrant éprouve quelque chose de cette impression sainte.

Il a mis sa confiance en Dieu : adjutorium nostrum in nomine Domini. Mais monter à l'autel, à Pautel où Dieu habite, où s'accomplit un prodige céleste et se trouver face à face avec le Seigneur, quelle entrevue ! Le sentiment de sa misère le pénètre à la pensée de ce qu'il est et de ce qu'il devrait être en un tel lieu et pour une telle action. Il se rappelle que le premier sacrifice qu'il faut offrir à Dieu est celui d'un cœur contrit et humilié et il fait une confession générale et publique de ses fautes. S'inclinant profondément, comme Notre Seigneur au jardin de Gethsémani lorsqu'il se vit chargé des péchés des hommes, il récite le Confiteor ; il se présente à Dieu comme un coupable ; car il est le porte-voix des fidèles.

Il dit : " Confiteor Dco omnipotenti, je me confesse à Dieu tout puissant, à celui qui a créé mon âme et qui seul peut la purifier, à celui qui a donné sa vie pour expier mes fautes et qui sera mon juge.

A la Bienheureuse Marie toujours Vierge, la mère de miséricorde, le refuge des pécheurs, notre médiatrice, notre avocate, notre espérance ; celle qui implore pour nous la pitié de Dieu auprès du trône de grâce de son Fils, celle qui accorde le salut à ses serviteurs.

A saint Michel Archange, le chef de la Légion céleste, le protecteur de l'P^glise comme il le fut autrefois du peuple de Dieu.

A saint Jean Baptiste, qui a été sanctifié dès le sein de sa mère, qui prêcha l'Evangiîe pour la rémission des péchés et prépara la voie à Celui qui tout à l'heure va venir sur l'autel.

Aux sai7its Apôtres Pierre et Paul, à saint Pierre, à celui qui est le Vicaire de Jésus-Christ sur la terre, qui est revêtu de la

dignité suprême, du pouvoir de paître les brebis et les agneaux du Seigneur, de leur ouvrir les fontaines sacrées ; à saint Paul qui fut l'instrument choisi par Jésus-Christ pour répandre l'Evangile, instruire les peuples et être l'idéal de l'apostolat dans ses actions et ses souffrances. Il faut les unir dans la prière; ils sont inséparables : ils sont inséparables après la mort comme ils le furent pendant leur vie.

A tous les saints, à ces amis qui brûlent dans le paradis d'une charité si pure, à ces amis qui se réjouissent au ciel quand un pécheur fait pénitence et cherche à se faire pardonner par Dieu.

Et à vous, mes frères, qui m'êtes témoins que je n'oublie rien pour obtenir une entière pureté.

Que j'ai grandement péché par pensées, par paroles et par actions. C'est-à-dire, des trois manières qu'on peut offenser Dieu. Il n'entre pas dans le détail de ses transgressions, parce que ce n'est pas une confession sacramentelle, mais par trois fois, il se frappe la poitrine, en disant : c'est par ma faute, c'est par ma faute, c'est par ma très grande faute. Que d'humilité dans ce mea culpa trois fois répété ! Le célébrant semble dire en se frappant ainsi la poitrine que dans la contrition où il est de ses péchés, il voudrait comme briser son cœur, afin que Dieu en fit un nouveau capable de mieux lui plaire.

Il fait l'aveu de ses offenses non seulement devant Dieu, mais encore devant les anges, les saints, les fidèles afin de les déterminer à unir leurs voix dans une intercession commune pour lui.

Après avoir fait sa confession, le prêtre conjure la Sainte Vierge, les Saints et tous ses frères les fidèles, de prier pour lui et de lui obtenir miséricorde. Ceux-ci par l'organe du servant demandent grâce à Dieu pour lui en disant : " Misereatur tui, Que le Dieu tout puissant ait pitié de vous et que, vous ayant pardonné vos péchés, il vous conduise à la vie éternelle ". Amen, Ainsi-soit-il, dit le prêtre.

Les fidèles à leur tour font la même confession et le prêtre fait pour eux la même prière qu'ils ont faite pour lui, en disant aussi le Misereatur ; puis il appelle sur son peuple et sur luimême la miséricorde et le pardon du ciel, en disant : " Indul-

gentiam, Que le Seigneur tout puissant et miséricordieux nous .accorde le pardon, l'absolution, la rémission de nos péchés. Ainsi soit-il. '*

Les brebis ont prié pour leur pasteur ; le pasteur a prié pour les brebis. Aussi ils disent à Dieu avec confiance : " Seigneur vous vous tournerez vers nous et vous nous donnerez la vie ; Deus, tu conversus, vivificabis nos et plebs tua lœtabitur in te. Montreznous, Seigneur, votre miséricorde ; donnez-nous votre salut ; écoutez notre prière et que nos cris s'élèvent jusqu'à vous. Ostende nobis miser icordiam tuam et salutare da nobis ; Domine, exaudi ■orationcm meam et clamor meus ad reniât. "

Le prêtre alors va se séparer du peuple, comme autrefois Moïse pour gravir la montagne sainte, pour monter à l'autel en qualité de sacrificateur.

Avant de quitter les fidèles, il leur adresse un salut, un souhait aimable et gracieux qui reviendra sept fois dans le courant de la messe : Dominus vobiscum, que le Seigneur soit avec vous, leur dit-il. Et les fidèles lui répondent : " Et avec votre esprit, et cum spiritu tuo ". Pourrait-il leur souhaiter quelque chose de mieux ? Là où le Seigneur se trouve, il est avec sa vérité, sa grâce, son amour et sa miséricorde. En souhaitant que le Seigneur soit avec les fidèles, le prêtre ne peut pas ne pas éprouver le désir de recevoir le Seigneur, son Créateur, son Rédempteur, son sacrificateur, le Souverain bien, le Saint des saints.

Quand le prêtre monte à l'autel, il le sait, Dieu veut que son cœur soit à Lui tout entier, qu'il n'y ait aucune souillure dans son âme : " Omnis qui habucrit macidam, non accedet offerre hostias Domino Deo suo, " disait-il à la tribu de Lévi. Pourquoi exigeait-il si rigoureusement des sacrificateurs de la loi ancienne l'exemption de toute souillure légale ? N'était-ce pas surtout pour enseigner aux prêtres de la loi nouvelle quelle doit être la pureté de leur vie et avec quels soins ils doivent tenir leur âme exempte des taches les plus légères ?

Aussi le prêtre continue-t-il à demandée à Dieu une grande pureté de cœur qui le rende digne des fonctions qu'il a à remplir. " Eloignez de nous, nous vous en prio?is, Seigneur, nos iniquités, afin que nous méritions d'entrer dans le Saint des saints

avec une âme pure, par le Christ notre Seigneur. Aufer a nàbis, guœsumus, Domine, iniquitates nostras, ut ad sancta sanctorum puris mereamur mentibus introire, per Christum Dominum nostrum. '

Et pour obtenir une complète purification, le célébrant a recours aux mérites des saints. Ils ont tant souffert ! Dieu devra user d'indulgence pour lui, en considération de tout ce qu'ils ont enduré pour sa gloire. Il s'incline profondément comme un suppliant ; il baise l'autel qui est la représentation de Jésus- Christ : il aspire, pour ainsi dire, le Seigneur afin de le communiquer aux fidèles ; il baise l'autel à l'endroit où se trouvent les reliques des martyrs dont il implore la protection en disant : " Nous vous prions Seigneur, par les mérites de vos saints dont les reliques soiit ici, et de tous les saints, qu'il vous plaise de nous pardonner tous nos jiéchés. Oramus Te, Domine, per mérita sanctorum tuorum quorum rcliquiœ hic sunt et omnium sanctorum ut vndulgere digneris omnia peccata nostra. Amen,

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