CHAPITRE TROISIÈME
Messe des Fidèles Article 1. — UOblation
La messe dites des Catéchumènes est ici terminée. Le prêtre baise l'autel, se retourne vers le peuple et dit : Dominus vobiscum, Que le Seigneur soit avec vous. " Les assistants répondent : Et avec votre esprit, et cum spiritu tao. " Le prêtre et les assistants expriment ainsi leur désir mutuel d'être soutenus par la grâce divine. Le prêtre veut célébrer le Saint Sacrifice, les assistants veulent y assister avec une foi vive et des sentiments conformes à ceux de Jésus-Christ ; tous veulent s'offrir à Dieu en union avec la Victime adorable. Plus le moment auguste s'approche, plus ils sentent le besoin du secours d'en haut.
Le célébrant dit alors : " Oremus, prions." Il invite tous les assistants à s'unir à lui avec recueillement et piété, à redoubler d'attention et de ferveur, à prier et à sacrifier avec lui.
Il commence par les rites qui suivent le récit sacré de la dernière Cène : " Jésus prit le pain, aceepit Jésus panem. " Comme le Maître, il le reçoit dans ses mains que l'ordination a faites mintes et vénérables ; il l'élève, c'est-à-dire, qu'il l'offre à Dieu qui habite dans les hauteurs ; il la lui met sous les yeux, comme fit Notre-Seigneur avant la consécration et aussi avant de multiplier les pains dans le désert ; il le prie de daigner l'accepter. Il semble dire à Dieu : la voilà cette Victime préparée ; regardez-la favorablement ; il baisse les yeux, car il se rappelle ^es fautes et il va s'avouer pécheur dans la prière qu'il va dire, prière aussi remarquable par sa concision que par sa richesse <it sa profondeur.
Suscipe, sancte Pater omnipotens ceteme Dem, hanc immaculata m hostiam quam ego indignus famulus tuus offero tibi, Deo meo vivo et vero, pro innumerabilibus peccatis et offensionibus et negli- ■gentiis meis, et pro omnibus circumstayitibus, sed et pro omnibus Jidelibus christimiis, vivis et defunctis, ut mihi et illis proficiat ad salutem in vitam ceternam ". Acceptez, Père saint, tout-puissant et éternel, cette Hostie sans tache que moi, votre indigne serviteur, je vous offre à vous, mon Dieu vivant et véritable, ixmr mes péchés, mes offenses et mes négligences qui sont sans nombre et pour tous les assistants ; je vous l'offre aussi pour tous les fidèles chrétiens, vivants et morts, afin qu'elle profite à leur salut et au mien pour la vie éternelle. Ainsi soit-il. " Cette hostie, le prêtre l'offre à Dieu le Père afin de s'unir au Sauveur qui s'immole lui-même sur l'autel à son Père céleste Il l'appelle le Dieu éternel et tout-puissant ; il a donc droit au respect le plus profond et à la soumission la plus humble ; à lui seul appartient le pouvoir de remettre nos péchés et d'opérer les miracles qui vont bientôt fixer sur ce sanctuaire les regards étonnés de toute la cour céleste. L'Hostie offerte est sans tache comme dans l'ancienne loi ; elle va devenir la seule victime immaculée et sans défaut qui est Jésus-Christ ; elle *eule peut plaire à Dieu et l'apaiser.
Et devant ce Dieu si grand, le prêtre est pénétré de son indignité. En considérant sa misère, sa faiblesse et ses fautes, il se sent indigne d'exercer un ministère si honorable et si sublime. Il supplie ce Dieu vivant et véritable de ne pas refuser -aux mérites d'une hostie si pure, le pardon de ses innombrables péchés, offenses ou négligences et omissions coupables ; il sait que l'hostie est sans tache ; il n'y a donc que des mains pures qui puissent la toucher.
Il prie ensuite pour tous les assistants, pour tous ceux qui «entendent la messe avec piété et offrent avec lui la divine hostie.
Il sait que l'Eglise, mère tendre et pleine de sollicitude, n'oublie aucun de ses enfants ; aussi il prie pour tous les fidèles, unis par la communion des saints, pour tous ceux qui ont besoin de secours, pour ceux qui luttent sur la terre et ceux qui
souffrent dans le purgatoire ; il demande que le sang de cette Victime immaculée ne soit pas par sa faute une semence stérile, mais qu'elle produise en lui et dans ses frères des fruits de grâces et de salut, qu'elle soit pour tous le principe et le gage de cette vie qui consiste à connaître et à aimer Dieu éternellement: " ut mihi et illis proficiat ad sahttam in vitam œternam. "
Quelle belle prière ! Que de demandes elle recèle ! Comme elle doit être toute-puissante dans la bouche et le cœur de celui qui la récite uni au Christ ! En la récitant que le prêtre dise donc à Dieu : Faites, ô Seigneur, que comme le pain que je vous offre va se changer en votre corps adorable, mon cœur et celui de tous les fidèles se transforment en vous, afin que cette parole de l'Apôtre s'accomplisse : " Vivo ego ; jam non ego ; viuit vero in me Christus. "
Puis le prêtre dépose sur le corporal le pain qu'il vient d'offrir et qui sera dans un instant le corps de Jésus-Christ. Cette cérémonie si petite en apparence et qui passe inaperçue pour le prêtre qui a peu d'esprit intérieur, est capble de toucher jusqu'aux larmes celui qui a reçu de Dieu ces yeux éclairés du cœur que saint Paul désirait si vivement à ses disciples. II croit voir le Divin Agneau s'étendant sur l'autel de son immolation, Jésus se livrant à ses bourreaux pour être sacrifié. Quel beau moment pour nous offrir à Dieu sans réserve, en union avec le Sauveur, nous et tout ce qui nous appartient, notre corps, notre vie, nos biens, pour n'en faire usage que selon sa sainte volonté ; notre âme et toutes ses facultés, afin qu'il nous dirige par son esprit et nous transforme en la ressemblance de son divin Fils, comme il va changer le pain et le vin au corps et au sang de ce Fils bien-aimé !
Le prêtre alors purifie le calice avant d'y verser le vin qui y sera changé au sang de Jésus-Christ. Il doit alors penser à un autre vase, à un calice vivant, celui de son propre cœur destiné lui aussi à contenir le sang divin. Puis il met dans le calice le vin auquel il mêle un peu d'eau, afin de représenter l'union personnelle du Verbe avec son humanité sainte : le vin représente particulièrement la nature divine et l'eau la nature humaine.
Ce mélange nous rappelle aussi notre union au Fils de Dieu dans ce scrifice. De cette union au Christ par la grâce sanctifiante, union qui nous déifie en quelque sorte, résulte la formation du corps mystique dont l'Homme-Dieu est la tête et les fidèles les membres. C'est ainsi que depuis son Incarnation Jésus est, d'une certaine manière, plus à nous ; il est le réservoir universel des grâces qui sont siennes et qu'il a reçues de son Père pour les déverser sur nous ; il est la vigne, nous sommes les branches ; il est en même temps la sève qui nourrit ; il est réellement la tête, nous sommes réellement les membres de ce grand corps qui est l'Eglise et dans lequel celui là seul vit en qui vit et demeure la grâce du chef.
Le prêtre ne bénit pas le vin qui représente Jésus-Christ, mais il bénit l'eau qui est l'image des chrétiens ; ils ont toujours besoin de la grâce et retirent les plus grands avantages de leur union avec le Divin Sauveur. Et constatant que l'eau perd en quelque sorte ses propriétés naturelles pour prendre celles du vin, le prêtre demande qu'ainsi son âme, dépouillée en Jésus- Christ de tout ce qu'elle peut avoir d'imperfection, soit changée en une âme toute divine et que, comme le Verbe a participé à notre hmiianité, nous participions tous à sa divinité.
" Dieu, dit-il, qui avez merveilleusement établi la dignité de la nature humaine et l'avez plus merveilleusement encore rétablie, donnez-nous par le mystère de cette eau et de ce vin, de participer à la divinité de Celui qui a daigné se faire participant de notre humanité, Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. . . Deus qui humanœ substantiœ dignitatem mirabiliter condidisti et mirabilius reformasti, da nobis per hujus aquœ et vint mysterium ejus dirinitatis esse consortes qui humanitatis nostrœ fieri dignatus es particeps, Jésus Christus Filius tuus, Dominus noster, Qui tecum vivit et régnât, etc.
Le prêtre élève alors le calice du salut pour le présenter à Dieu. Il ne dit pas " offero ", il dit " offerimus, nous offrons11. Il sait qu'il est l'ambassadeur de l'Eglise et il offre le calice au nom de tous ceux qu'il représente. Il V offre pour son salut et pour le salut de tout le monde, pro noslrâ et totius mundi sainte
La messe est d'abord et immédiatement un moyen de salut pour les enfants de l'Eglise ; c'est à eux que parviennent les fruits les plus abondants du sacrifice. Mais ceux qui sont en dehors de sa communion ne sont pas totalement exclus de ces bienfaits ; l'Eglise prie et sacrifie, afin qu'ils arrivent à la connaissance de la vérité.
Le prêtre sent combien il est éloigné de la sainteté qu'exigerait la fonction céleste qu'il remplit. Dans un sentiment d'humilité et de contrition, il s'incline, et les mains jointes, posées sur l'autel il dit à Dieu, au nom de tous les fidèles qui sacrifient avec lui : " Dans un esprit d'humilité et avec un cœur contrit, puissions-nous être renis par vous, Seigneur, et que notre sacrifice s'accomplisse de telle sorte en votre présence aujourd'hui, qu'il vous soit agréable, Seigneur, notre Dieu. In spiritu humilitatis et in animo contrito, suscipiamur a te, Domine, et sic fiât sacrificium nostrum in conpsectu tuo hodie, ut placeat tibi, Domine Deus. "
La Divine Victime ne peut manquer d'être agréée de Dieu, mais l'oblation que nous en faisons, la manière dont nous l'aimons, l'union sacramentelle que nous contractons avec elle, pourraient avoir des défauts à ses yeux. Nous avons donc raison de lui demander que dans un sacrifice si saint, il n'y ait rien qui lui déplaise.
Après s'être humilié, le prêtre croit pouvoir s'approcher avec confiance du trône de l'Infinie Majesté. Il lève les yeux et les mains vers le ciel d'où il attend son secours ; il invoque l'Esprit sanctificateur, cet esprit de feu qui consumait quelquefois visiblement les anciens holocaustes ; il le prie de bénir ce sacrifice préparé à la gloire de son nom : "Veni, sandificator, œterne Deus, et benedic hoc sacrificium tuo sancto nomini prœparatum.. "
Plus l'action sacrée s'avance, plus le moment redoutable s'approche, et plus le prêtre sent vivement en lui-même son indignité, plus cioît son désir d'une pureté parfaite. Pour
manifester ce besoin de son cœur, il lave ses mains comme au commencement de la messe il a purifié son âme par l'aveu complet de ses péchés au pied de l'autel .
" L'ablution des mains pendant la célébration de la messe, dit saint Thomas d'Aquin, se fait par respect pour les saints mystères. Et cela, pour deux raisons : d'abord, c'est la coutume de ne pas toucher les objets précieux sans se laver les mains. Et quoi de plus précieux que le Très-Saint-Sacrement ! En second lieu, cette cérémonie a une signification mystérieuse. L'ablution des extrémités, dit saint Denis, signifie la purification des fautes légères. Et c'est une purification de ce genre qui est requise du célébrant. "
La netteté de ses mains, dit saint Jean Chrysostôme, devrait égaler celle des rayons du soleil pour être dignes de leur office et aussi pour avoir comme celles de Marie la vertu d'apaiser la colère du Seigneur et d'assurer la victoire à son peuple. "
Les versets du Psalmiste, récités par le prêtre pendant qu'il lave ses mains, expriment clairement le sens profond de cette cérémonie et renferment un exposé complet des dispositions où il faudrait être pour mériter d'offrir à Dieu le sacrifice de son Fils : pureté de conscience aussi complète que possible, horreur de toute faute, patience dans les épreuves, zèle pour la maison de Dieu, fidélité à recevoir le Seigneur, application à devenir chaque jour plus pur et plus parfait.
Après le lavement des mains, le prêtre revient au milieu de l'autel. Plein de confiance, il élève les yeux vers le crucifix et il les baisse aussitôt. Puis il s'incline avec respect et humilité et il récite cette prière d'une signification profonde.
" Recevez, ô Trinité Sainte, dit-il, cette oblation que nous vous offrons en mémoire de la Passion, de la Résurrection, de l'Ascension de Jésus-Christ Notre-Seigneur. " La victime que le prêtre va offrir est celle qui a été immolée sur le Calvaire» reçue dans le sein du Père après sa Résurrection et introduite dans la gloire par son Ascension. Le sacrifice de l'autel implique ces trois mystères et nous en communique les fruits. " Nos mors Ckristi virificavit, nos Resurrectio erexit, nos Ascmsio consceraint, " (saint Augustin). Comme ils sont pour nous la
source des plus glandes grâces, il est juste d'en remercier Dieu. Le prêtre continue le Suscipe en disant : " Nous vous offrons cette oblation, ô Trinité Sainte. . . en l'honneur de la Bienheureuse Marie toujours Vierge, de saint Jean-Baptiste, des Apôtres Pierre et Paul, de ceux-ci fdont les reliques sont ici et de ceux aussi dont nous faisons aujourd'hui la fête) et de tous les saints, afin qu'elle serve à leur honneur et à notre salut et que ceux dont nous faisons mémoire sur la terre daignent intercéder pour nous dans le ciel. *'
Ce n'est pas aux Saints que le prêtre offre le sacrifice, quoiqu'il sacrifie en leur mémoire : c'est à Dieu qu'il s'adresse. Mais quelle gloire pour eux ! A chaque messe les Saints ont l'honneur d'être présentés à Dieu comme victimes avec Jésus- Christ, son Divin Fils. Jl ne faut pas oublier cette doctrine : la messe est le sacrifice universel, le sacrifice de toute 1 Eglise, du chef et des membres. La messe glorifie les Saints ; c'est leur grande joie dans le ciel de s'unir à Jésus-Christ pour s'immoler en action de grâces. Ils se sentent comblés de tant de bienfaits! Sans doute nous ne pouvons pas augmenter la béatitude essentielle des Saints. Elle consiste dans la vision intuitive et diffère selon le degré de sainteté acquis par chaque élu. La mesure en est fixée et ne saurait ni s'accroître ni diminuer jamais. Mais il n'en est pas de même pour la béatitude accidentelle. Celle-là consiste dans les honneurs spéciaux qui leur sont rendus où dans la joie qu'ils éprouvent à la vue de la glorification de Dieu par ses créatures.
Les saints ont donc une part à l'honneur rendu à Jésus- Christ, leur Chef. Nous célébrons leur mémoire ; nous favorisons leur culte ; les hommages que nous leur adressons les portent à s intéresser à nous, à s'employer pour nous auprès de Dieu. Nous leur disons : Vous qui êtes si puissants auprès de Dieu, tandis que nous offrons le sacrifice en action de grâces de la gloire où il vous a élevés, ne refusez pas d'intercéder pour nous afin qu'après avoir été sur la terre les imitateurs de vos vertus nous puissions être dans le ciel les compagnons de votre félicité et adorer éternellement avec vous le Roi de la terre et du ciel.
L'action devient de plus en plus solennelle ; bientôt la transsubstantiation va s'opérer ; la Victime va être immolée. Le prêtre sent le besoin de se plonger dans la grandeur di\ ine ; il va entrer dans le Saint des saints. Jusqu'ici il a toujours été en relation et comme en conversation avec les fidèles, leur adressant des souhaits, des instructions, mêlant sa pensée à la leur. Il va, en quelque sorte prendre congé d'eux et s'enfermer dans le secret du sanctuaire, comme autrefois le grand prêtre dans le Saint des saints, ou comme Moïse se séparant du peuple pour gravir la redoutable montagne et aller s'entretenir avec Dieu, au milieu d'un nuage qui le dérobait à la vue de tous. Une se tournera plus vers les fidèles jusqu'à ce qu'il ait consommé le sacrifice.
Dans un moment si redoutable, il se souvient qu'il porte en lui les faiblesses de l'homme et qu'il a besoin d'une assistance toute spéciale de la part du ciel. Il prend congé des fidèles vers lesquels il se tourne, en ouvrant les bras de sa charité ; il les invite à redoubler d'attention et de ferveur, à s'unir à lui dans la prière : " Or aie fratres, priez, mes frères ; je vais communiquer plus intimement avec le Seigneur ; priez pour que ce sacrifice qui est le vôtre comme le mien soit agréable à Dieu, le Père tout-puissant. " Il fait cela à l'exemple de Notre-Seigneur interrompant sa prière à Gethsémani pour aller trouver les Apôtres et leur recommander de veiller, de prier de plus en plus, à mesure que l'heure du sacrifice approche. Le peuple répond par l'organe du servant de messe ou des ministres sacrés : " Que le Seigneur reçoive de vos mains ce sacrifice en V honneur et à la gloire de son nom, pour votre utilité et celle de toute VEglise,
Amen, Ainsi soit-il, dit le prêtre. Il est rassuré ; les assistants sont unis à lui ; ils vont prier avec lui. Il se renferme dans le silence des oraisons secrètes. Presque toutes ces oraisons demandent à Dieu qu'il reçoive favorablement les dons qui sont à l'autel et que, par sa grâce, il nous mette en état de lui être nous-mêmes présentés comme des hosties qui lui soient agréables.
Article 2. — V Action du sacrifice
La Préface est un hymne admirable et grandiose qui défie toute description. Elle est une introduction solennelle à la partie la plus sacrée de la messe ; elle annonce et prépare la consécration. Aux grands édifices il faut une façade imposante ; à un acte d'une telle portée, l'Eglise a voulu donner une introduction majestueuse.
Le prêtre sort du mystérieux silence de la Secrète comme d'une sorte d'extase qu'il veut faire partager à ses frères. J'ai présenté vos demandes au Seigneur, leur dit-il. Amen, Ainsisoit-il, répondent les fidèles ; tout ce que vous avez demandé, nous le demandons avec vous, nous ratifions tout ce que vous avez dit.
Dominus vobiscum, que le Seigneur soit avec vous, dit le prêtre. Comme ce souhait vient ici à propos ! C'est le moment pour les fidèles de donner à leur piété une nouvelle ardeur, de supplier Dieu d'être plus intimement présent en eux.
Et cum spirilu tuo, répond l'assistance ; elle demande au Seigneur qu'il daigne animer l'esprit et le cœur de celui qui est son mandataire à l'autel .
Sursum corda, en haut les cœurs, dit le prêtre aux assistants. Détachez-vous complètement des biens terrestres pour vous consacrer exclusivement à Dieu et aux choses divines ; fermez votre âme aux pensées étrangères et dirigez toutes vos facultés, toute votre attention aux pensées éternelles. Quand la lumière d'en haut illuminera votre esprit, votre coeur sera plus accès* sible aux ardeurs de la dévotion, il s'enflammera d'un saint amour de Dieu, il s'arrachera à sa langueur, à sa tiédeur, il se jettera avec un élan irrésistible vers le ciel.
Et les assistants répondent : Nos pensées, nos affections ne sont phis sur la terre, mais sont pour Dieu.
Puisqu'il en est ainsi, ajoute le prêtre, puisque vos cœurs sont vraiment vers Dieu, rendons-lui, tous ensemble, de solennelles actions de grâces pour les bienfaits dont il nous a comblés et pour ceux dont il s'apprête à nous combler. Gh'atias nxjamus Domino Deo nostro. Et les fidèles, dans un transport
de reconnaissance et d'amour, répondent : dignum et justum est, c'est digne et juste ce que vous demandez là.
Alors finit cet admirable et émouvant dialogue. Assuré des bonnes dispositions des assistants, le prêtre se fait leur interprète ; il enchérit en quelque sorte sur leurs expressions. Oui, ingrats s'ils restaient froids en face de tant de bienfaits reçus ; cela est juste, justum est ; nous devons notre gratitude à un tel bienfaiteur ; de plus cela est équitable, œquum est. Comment considérer l'immensité de la bonté de Dieu et l'abondance de ses miséricordes chaque jour répandues sur nous, sans sentir notre cœur déborder d'amour et de reconnaissance, sans vouloir que notre bouche proclame les merveilles de sa divine bonté qui nous accompagne partout ? C'est aussi salutaire de remercier Dieu, salutare. Notre avantage temporel et spirituel le demande ; car l'action de grâces enrichit rame des bénédictions les plus grandes et les plus précieuses ; elle nous assure les trésors de la libéralité divine ; elle nous vaut des grâces nouvelles et plus considérables. Dieu aime le cœur reconnaissant ; il ne le laissera manquer de rien ; au contraire, l'ingratitude est un vent desséché qui fait tarir la source de la bonté et dissipe la rosée des miséricordes célestes.
Il est donc digne, juste, équitable et salutaire de pratiquer notre reconnaissance envers Dieu, le Père tout-puissant, Domine sancte Pater omnipotens ; cette vertu doit être pratiquée toujours et partout, semper et ubique. Mais comment pouvons-nous, pauvres et misérables créatures que nous sommes, remercier convenablement le Dieu saint, tout-puissant, éternel ? Par Jésus-Christ Nôtre-Seigneur , dit le prêtre à la Préface, per Christum Dominum nostrum. Si nous faisions cela en notre nom, il y aurait l'infini entre Dieu et nous et notre action de grâces ne monterait pas jusqu'à lui ; tandis que par Jésus-Christ, elle monte directement et s'en va pénétrer jusqu'au centre même de la divinité.
Non seulement nous vouions passer par Notre-Seigneur pour témoigner à Dieu notre reconnaissance, mais nous voulons, pour adorer l'Eternel et chanter sa gloire, nous unir au chœur des auges et faire notre partie dans le concert céleste ; nous
voulons présenter nos louanges à son infinie grandeur de concert avec l'innombrable multitude des intelligences célestes. Oui, nous demandons la permission de joindre nos faibles voix à ces grandes voix angéliques pour chanter sur la terre ces cantiques sacrés dont ils font retentir les cieux : Sanchts, sanctus, sanctus, Dominas Deus Sabaoth.
Le tiisagion ou le Sanctus se compose de deux parties. La première est une hymne que la terre emprunte au ciel. Isaïe, ravi en esprit, entendit les séraphins se renvoyer alternativement le cantique : sanctus, sanctus, sanctus ; et saint Jean, transporté en esprit dans le ciel a vu et entendu les anges qui entourent l'Eternel ; ils chantaient ce même cantique.
Nous disons trois fois le mot sanctus en l'honneur des trois personnes divines et puis cette répétition, cette insistance est pour nous la meilleure manière d'exprimer que nous n'avons pas d'expression capable de rendre la sainteté infinie de Dieu. Nous voulons dire que Dieu est infiniment, éternellement saint.
A la louange de la Très Sainte Trinité succède la seconde partie du Trisagion commençant par le mot Benedictus ; elle est un hommage spécial rendu à Dieu le Fils, au Christ Rédempteur qui, dans la plénitude de la miséricorde, va bientôt paraître sur l'autel. Cette partie se compose des propres paro les que proférait la foule acclamant son Sauveur le jour de son entrée triomphante à Jérusalem : Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur.
Oui, qu'il soit béni le Sauveur qui nous permet de louer son Père avec lui, qui veut bien se mettre à notre tête pour que nous puissions le louer dignement. Qu il soit béni Celui qui va descendre bientôt par nous, qui sera tout à l'heure sut l'autel pour briser nos chaînes, consoler nos douleurs, guérir tous nos maux, nous apporter tous les biens. Qu'il soit béni Celui qui remplit le ciel et la terre de sa gloire : pleni sunt cœli et terra gloria tua.
Toutes les parties de la messe sont vénérables, mais celle qui va commencer et qu'on appelle Le Canon, en étant le point central et l'âme, mérite un respect particulier ; il exige une parfaite attention, un grand respect, une fervente piété.
C'est secrètement, à voix basse, de manière à s'entendre lui-même mais à n'être pas entendu des assistants que le prêtre doit dire les prières du Canon. Ce silence est bien motive. Il exprime le silence gardé par Notre-Seigneur durant sa Passion il exprime aussi le respect, le saisissement avec lesquels l'Eglise accomplit le redoutable sacrifice. Et la vue du prêtre occupé seul avec Dieu dans un silence profond est un excellent moyen d'exciter le recueillement, le respect des choses saintes, les dispositions avec lesquelles ils doivent prendre part au sacrifice grand et sublime de l'autel.
Après avoir rendu à Dieu les actions de grâces et les hommages qui lui sont dus, après que les fidèles ont remis leurs vœux entre ses mains, le célébrant croit pouvoir commencer le mystère de la très sainte action. Pour exprimer l'élan de son âme vers Dieu, pour exprimer qu'il s'adresse au Père dans les cieux et qu'il implore son assistance, il élève les yeux et les mains, il les abaisse aussitôt. Il multiplie les témoignages de respect pour un autel qui va servir de trône au Roi de l'univers ; il le baise avec amour et s'inclinant, de cœur encore plus que de corps, il prie y il supplie humblement — supplices rogamus et petimus — le Père de Jésus et le nôtre, Celui qui est la source de tous les biens, de bénir l'offrande qui est là sous ses yeux : hœc doua, hœc mimera. Il lui demande au nom de Jésus-Christ per Jesum Christum, de vouloir bien agréer cette offrande, ut, accepta habeas, que nous lui faisons au nom de son Divin Fils sur les mérites de qui repose seule toute l'efficacité de nos prières.
Ce sacrifice eucharistique, cette offrande, le prêtre l'offre avant tout pour l'Eglise, l'épouse immaculée de Jésus-Christ : in primis quœ tibi oiferimus pro Ecclesia. Dieu est en effet le Maître de l'Eglise ; elle est sa propriété ; il l'a acquise par le Sang précieux de son Fils. Elle est sainte, sancta} à cause de son fondateur, de sa doctrine, de l'éminente sainteté d'un grand nombre de ses enfants ; elle est catholique, catholica, c'est-à-dire universelle ; elle s'étend dans le monde entier ; elle s'épanouit et agit dans tous les siècles et ne finira que lorsque le temps se perdra dans l'éternité.
Nous demandons à Dieu de protéger son Eglise contre tous
les efforts de Satan, de la délivrer de la persécution des tyrans, des troubles, des divisons, des désordres qui l'affligent, quam pacificare ; de la conserver, de la soutenir, contre la malice, la fureur des hérétiques, contre tous ses ennemis visibles ou invisibles, custodire ; de la préserver des schismes, de réunir tous ses enfants en les maintenant dans une parfaite unité de sentiment et d'affection, adunare ; de la conduire et de la gouverner par toute la terre, en lui donnant de bons pasteurs ayant le zèle, la lumière, la sagesse nécessaires pour faire marcher leur* brebis dans la voie de la vérité et en inspirant à tous les fidèles une entière soumission à ceux que le Saint Esprit a établis pour gouverner, Regere.
" N'oublions pas de prier pour l'Eglise, disait un saint religieux du dix-septième siècle, prions de tout notre cœur pour celle qui ne cesse de prier pour nous, pour laquelle Jésus-Christ a tant prié ; demandons que cette Eglise qui est son royaume ne cesse pas de croître et d'étendre ses conquêtes, que les infidèles et les incrédules ouvrent les yeux à la lumière de la foi, que les schismatiques cesse de déchirer la robe sans couture du Sauveur, que les hérésies prennent fin et que la divine grâce forme partout des chrétiens fervents et des saints pour la consoler et la soutenir. "
Mais ces biens supposent la cohésion de tous les membres de de l'Eglise dans l'unité d'un même corps. Aussi le célébrant prie pour le Pape, le vicaire de Jésus-Christ, le docteur infaillible, le pasteur suprême des fidèles, le centre de l'unité catholique. Il prie aussi pour l'évêque du diocèse qui personnifie toute l'autorité ecclésiastique de son diocèse. On peut même dire que l'évêque, comme un père de famille, résume en sa personne tout son troupeau, que le recommander, citer son nom. c'est recommander du même coup tous ses fils spirituels.
Après avoir ainsi prié pour l'Eglise en général, pour le Pape, pour l'évêque et pour tous ceux qui professent la même foi, le prêtre prie en particulier pour ceux qu'il a des raisons personnelles de recommander à Dieu. Il lui recommande d'abord la personne qui l'a prié de dire la messe pour elle ; puis ceux qui lui ont témoigné le désir qu'il fit mention d'eux à l'autel, pour
les bienfaiteurs et les bienfaitrices de la paroisse, pour ceux ù qui il est plus étroitement attaché par les liens de la justice, de la reconnaissance et du sang.
Enfin il dit à Dieu : Souvenez-vous. Seigneur, de vos serviteurs et de vos servantes dont vous connaissez la foi et la piété, pour qui nous vous offrons ou qui vous offrent ce sacrifice de louange. C'est leur foi qui leur a fait quitter toutes choses afin de venir se grouper autour de l'autel et ainsi ils ont un droit à une part toute spéciale du sacrifice.
Et que demande-t-il pour tous ? " Que le sacrifice serve à la rémission de leurs péchés et au salut de leurs âmes.
Comme le temps passé au pied des autels pendant le Saint Sacrifice est un temps de grâces et de salut ! Alors tous les trésors de la munificence divine sont ouverts et nous pouvons y puiser tous les biens.
Le sentiment de son indignité pour une fonction redoutable aux Anges mêmes devient encore plus profond dans le cœur du prêtre à mesure qu'il approche du moment où va s'opérer le grand 'mystère. Ce sentiment lui inspire la volonté de s'adjoindre à ce que le ciel a de plus éminent en gloire et en sainteté. Après avoir intercédé pour l'Eglise militante et ceux qui en forment partie, le prêtre s'efforce de donner plus de puissance à sa prière, en invoquant les Saints qui, après avoir été voyageurs comme lui sur la terre et arrivés au terme du bonheur, ne font cependant toujours qu'un même corps avec nous. Il les invite à offrir le sacrifice avec lui.
En premier heu, in primis, il implore la Très Sainte Vierge qu'il appelle glorieuse, gloriosa ; en effet, dit saint Ephrein, " elle est plus sainte que les chérubins, plus sainte que les séraphins, et plus glorieuse sans comparaison que toutes les légions des années célestes. " Puis cette reine toujours viergeest la mère de Celui qui va être immolé de nouveau sur l'autel. Ce titre lui donne droit à une mention toute particulière.
Il mentionne ensuite les douze Apôtres, les colonnes de 1?E-
glise, les premiers sacrificateurs de la nouvelle alliance. Ils ont droit d'être nommés à la messe. Ils assistèrent, en effet, à la Cène, à l'institution de la Sainte Eucharistie, à la première communion, à la première messe. C'est à eux que furent adressées les paroles mystérieuses redites par le prêtre à la consécration. Longtemps faibles dans la foi, dans l'amour, ils se transfigurèrent en apôtres, en martyrs. La liturgie les chante dans ses hymnes ; vos sœculorum judtces et vera mundi lumina. Ils mentent d'être invoqués, d'être présents partout où on prie pour les vivants et les morts.
Il mentionne aussi douze martyrs illustres qui ont donné à Jésus-Christ sang pour sang, vie pour vie. Enfin il s'unit à toute la multitude des Bienheureux, et omnium sanctorum
Avec fie tels associés, le prêtre peut avoir la ferme confiance que sa prière sera exaucée, qu'en considération des mérites de la Très Sainte Vierge et des Saints, son offrande sera favorablement reçue. " Hanc igitur oblatîonem quœsumus, Domine, ut placatus accipiaSy qu'étant en communion avec ceux que Dieu entoure de son affection, étant par conséquent moins indigne de sa bienveillance paternelle, il sera bien reçu par celui dont il veut la gloire, dont il demande les grâces pour lui et pour ceux dont il est le mandataire, sed et cunctœ familiœ tuœ.
Et comprenant que dans un pareil moment il peut tout obtenir, il ose tout demander : " Diesque nostros in tuâ paœ disponas. Il demande à Dieu de lui donner, de donner à tous ceux qui lui sont unis, la paix, non pas celle du monde qui n'a jamais fait un heureux, mais la paix de Dieu, in tuâ pace, la paix qui fait le bonheur de ceux qui servent Dieu tous les jours de leur vie dans la justice et la sainteté.
Il lui demande la paix pour la vie présente et pour la vie future; il lui demande la préservation du plus grand de tous les maux, la mort éternelle : ab œternâ damnatione nos eripi, et l'acquisition du plus grand de tous les biens : la vie éternelle, le ciel, l'heureux sort des élus : et in electorum tuorum jubeas greqe numerari. Il lui demande ces grâces par son Fils, per Christurn, qui dans un instant sera sur l'autel en état d'immolation pour obtenir que nous persévérions jusqu'à la fin.
Quam oblationem tu Deus. C'est le moment îedoutable ; pour la dernière fois, le prêtre prie sur les dons matériels. Il supplie le Seigneur de regarder d'un œil favorable cette offrande et de la bénir : benedictam ; de l'accpeter : adscriptam ; de la ratifier, ratarn ; de sorte qu'elle soit une oblation digne et agréable aux yeux divins.
Le prêtre cesse de parler comme ministre de l'Eglise et délégué des fidèles ; il est le représentant de Jésus-Christ, sa parole devient celle de Jésus-Christ lui-même ; elle en a la puissance et l'efficacité. 11 ne fait que redire les paroles et refaire les actions du Sauveur à la dernière Cène, paroles et actions qui produisent, les mêmes effets.
Jésus-Christ prit le pain dans ses mains saintes et vénérables, accepit panent. Lui aussi prend l'hostie dans ses mains qui ont été consacrées par le sacrement de l'ordre, qui doivent être saintes et vénérables aussi par la pratique des bonnes œuvres par la bonne odeur d'une vie pieuse et parfaite.
Jésus élève les yeux vers le ciel et rend des actions de grâces à son Père ; il le remercie de tout le bien qu'il a daigné faire aux hommes depuis la création jusqu'à ce jour où leur ayant donné son Fils pour rançon, il va leur donner la chair de ce Fils bienaimé pour nourriture et son sang pour breuvage : et elevatis oculis in cœlum ad Te Deum Patrem suum omnipotentem, tibî gratias agens. Le prêtre aussi élève les yeux et se rappelant qu'il est l'organe de la reconnaissance universelle, qu'il a une large part aux bienfaits divins, il remercie avec Jésus.
Le prêtre séparé en quelque sorte du monde par le silence solennel qui l'entoure, humblement incliné sur autel, prononce avec l'attention la plus profonde, avec piété et respect, nettement et distinctement, les cinq paroles créatrices : hoc est enim corpus meum, ceci est mon corps. Il ne dit pas : ceci est le corps du Seigneur, mais mon corps, tant il est vrai que l'homme s'efface et que c'est bien Jésus-Christ qui consacre par le ministère du prêtre.
Tout les Pères, tous les Docteurs de l'Eglise et tous les théologiens sont unanimes à affirmer cette vérité et tous le font à peu près dans les mêmes tenues. Ils disent avec saint Jean,
Chrysostôme : " Quand vous voyez un prêtre offrant le Saint sacrifice, ne pensez pas que ce soit un prêtre, mais c'est la main de Jésus-Christ qui agit, bien qu'invisible. " Le Concile de Trente fait de cette vérité un article de foi : " Celui qui s'offre ici pat le ministère du prêtre est le même qui s'est offert sur la croix. "
Le prêtre a dit la parole que les Apôtres entendirent, la parole qui transforma le pain tenu par le Christ et qui transforme le pain tenu par le prêtre en vertu de l'assurance formelle contenue dans cette phrase immortelle : Hœc qxtotiescumque feceritis in mei memoriam.facietis. "
Le miracle de la transsubstantiation est produit ; ce qui était tout à l'heure du pain s'est changé en la Chair sacrée de -Jésus-Christ et il ne reste que les apparences du pain. C'est le temps de dire : " prœstet fides supplementum sensuum defectui, que la foi vienne suppléer à ce que manque nos sens ". La vue, le tact, le goût, nous tromperaient dans cet impénétrable mystère, mais il y a une chose qui ne saurait nous tromper : c'est la parole de Dieu, cette parole est simple, claire, formelle ; toutes les arguties du monde, tous les nuages de l'hérésie ne pourront jamais obscurcir : Ceci est mon Corps , réellement mon Corps, non un simple signe, un simple symbole de mon Corps. C'est la parole divine qui a opéré ce prodige ; elle est toute puissante : II a dit et tout a été fait " (Ps. 32). C'est un jeu pour Dieu de tirer du néant des milliers de mondes ; quoi d'étonnant à ce que sa même puissance opère ce changement d'une substance à une autre substance ?
Sous les espèces sacramentelles, le Corps de Jésus-Christ est \kà véritablement présent ; il est là caché avec sa nature divine. Celui qui a caché les mondes dans les espaces, qui a peuplé les océans, qui a créé la lumière, qui a brodé ces mille fleurs dont nos jardins sont parés, qui, de son ciseau mystérieux a sculpté la belle statue humaine en l'animant de son souffle, est là silencieux sous les langes eucharistiques. Ce même Homme-Dieu qui vit et règne avec une majesté et une beauté que nulle langue -créée ne saurait dépeindre, est là d'une façon mystérieuse, accompagné de milices angéliques, il est descendu sur l'autel. Le
prêtre le tient dans ses mains, lui. son Seigneur et son Dieu. Aussi il tombe à genoux avec une joie mêlée d'une sainte frayeur et il l'adore avec les Anges prosternés autour de lui. 11 l'offre au Père éternel comme la rançon du genre humain et la victime de nos péchés.
Simili modo. La même puissance qui a changé le pain au Corps •de Jésus-Christ va changer le vin en son sang. Comme le Sauveur, le prêtre prend dans ses mains le calice excellent, hune prœclarum calicem ; il le bénit et il dit : hic est enim calix mnguinis mei, c'est le calice de mon Sang. Le vase alors contient le Sang du Seigneur, le Sang de la nouvelle alliance en même temps appelée éternelle, novi et œterni testamenti, pour le distinguer de l'ancienne alliance qui ne devait durer que jusqu'à la venue du Divin Sauveur.
Les portes du ciel se sont ouvertes ; le Fils de Dieu est descendu sur l'autel pour renouveler le mystère de la Rédemption. Jésus est là et il prie pour nous. Il montre à son Père les douleurs qu'il a endurées sur la croix, son agonie inexprimable, les frayeurs qui le bouleversèrent, ses membres disloqués, le coup de lance qui lui transperça le cœur. H offre tous ces mérites pour le salut du monde, particulièrement pour celui qui dit la messe et pour ceux qui y assistent. Quelle prière effiace ! Comme l'odeur de l'encens, elle s'élève vers le Père céleste. Au Calvaire le Seigneur avait apaisé le courroux de son Père et lui avait réconcilié le monde : à l'autel, il touche encore ce cœur paternel en notre faveur et poursuit ainsi l'œuvre de notre salut.
Sainte Mechtilde a eu le bonheur d'apprendre de la divine bouche de Jésus en quelle manière il vient à nous . . Le Christ un jour lui dit : " Je viens avec une telle humilité qu'il n'est pas une seule âme, si méprisable soit-elle, vers laquelle je ne m'abaisse, pourvu qu'elle le veuille. Je viens avec une telle patience que je supporte mes ennemis les plus cruels, que je me réconcilie avec eux et leur remet toutes leurs dettes s'ils en expriment le désir. Je viens avec un tel amour qu'il n'y a pas de cœur si dur que je ne touche, s'il me laisse faire. Je viens avec une telle libéralité que le plus pauvre peut s'enrichir des trésors de ma grâce. Je viens avec une nourriture si excellente
qu'il n'y a point d'âme si affamée si altérée qui n'en soit pas réconfortée. Je viens avec une lumière assez éclatante pour éclairer les consciences les plus illusionnées et les plus aveugles Enfin je viens avec une plénitude de grâces et de sainteté suffisante pour réveiller de leur sommeil les âmes les plus paresseuses et les plus insouciantes. "
Saint Bonaventure invite le piètre et les fidèles à dire au Père céleste au moment de l'élévation : u Voyez, ô Père éternel, votre Fils unique ; Celui que le monde entier ne peut contenir est devenu notre prisonnier. Nous ne laisserons pas aller que vous nous ayez accordé ce que nous vous demandons en son nom avec tant d'instances : le pardon de nos péchés, l'augmentation de la grâce, la richesse des vertus et la joie de la vie éternelle. "
" Lorsque vous voyez le Seigneur immolé et étendu sur l'autel, dit saint Jean Chrysostôme, vous imaginez- vous être sur la terre parmi les hommes ? N'êtes-vous pas plutôt au ciel, dépouillé de toute pensée humaine, l'âme tout entière au spectacle que nous offre le séjour de bienheureux ? De fait, c'est le ciel même qui est présent devant nous. Ce n'est pas seulement lorsqu'il est descendu dans le sein de Marie par l'Incarnation, c'est chaque fois qu'il descend sur la terre avec sa divinité et son humanité que les Anges le suivent pour l'adorer.
Ah ! si notre foi était assez vive, si nos yeux pouvaient s'ouvrir, si les voiles de l'Hostie se déchiraient pour fane apparaître à nos regards les réalités qui s'y cachent, comme cela est arrivé tant de fois dans d'incontestables miracles, quelle indicibles émotions n'éprouverions-nous pas, quelles larmes ne verserions-nous pas, chaque fois que nous célébrons ou que nous assistons à un si merveilleux sacrifice !
C'est le désir de l'Eglise, désir trop méconnu en un grand nombre d'endroits, que les assistants à la messe dirigent leurs regards vers l'autel et les arrêtent au moins un instant sur la Divine Hostie avec foi et amour. N'est-ce pas pour l'offrir à leur regard que le prêtre l'élève ? Jésus-Christ a révélé à sainte Gertrude combien cette pratique est utile à l'âme. 4i Toutes les fois, écrit-elle, qu'on regarde avec dévotion le Corps de Notre
Seigneur Jésus-Christ caché dans le Sacrement, on augmente le degré de son mérite pour le ciel, et le plaisir de la vie éternelle répondra à celui que Ton aura eu à regarder dévotement ce précieux corps sur la terre. "
C'est pour ramener les fidèles à cette pratique que Notre Saint Père le Pape Pie X accorde une indulgence de sept ans et de sept quarantaines à ceux qui, avant de s'incliner ou même après s'être inclinés pour adorer Jésus rendu présent dans la Sainte Hostie, la regarde lorsque le prêtre l'élève et disent les paroles de l'Apôtre : " Mon Seigneur et mon Dieu. "
Les paroles de la consécration ont été prononcées. Le célébrant a répété la formule authentique de ses pouvoirs : " Toutes les fois que vous ferez ces choses, vous les ferez en mémoire de moi. " Jésus-Christ a ordonné à ses prêtres d'offrir à la Divine Majesté le sacrifice de son Corps et de son Sang en mémoire de lui.
Undè, c'est pourquoi, ils lui obéissent. L'Agneau de Dieu immolé repose sur l'autel ; ils offrent au Père céleste ces dons d'un prix infini. Nos servi tui, nous prêtres, consacrés à votre service nous apprécions le grand honneur auquel nous avons été appelés par une pure miséricorde et une faveur spéciale, nous vous offrons cette victime d'un prix infini.
A nous se joignent tous les fidèles régénérés par le baptême ; ils sont le peuple de Dieu, plebs tua ; ils sont la propriété de Dieu qui se les a acquis au prix de tout le Sang de Jésus- Christ qui les a appelés des ténèbres de l'erreur à la lumière admirable de la grâce et de la vérité céleste.
Et l'Hostie qui est offerte à Dieu est une Hostie pure, puram^ puisqu'elle a été formée par l'opération du Saint Esprit dans les chastes entrailles de Marie ; elle est la source de toute pureté. Elle est sainte, hostiam sanctam, puisqu'elle est substantiellement unie à la Divinité qui est la sainteté même. Elle est immaculée, sans taches, immaculatam, puisqu'elle n'a jamais pu contracter aucune souillure ; elle est un pain sacré, un délicieux breuvage qui donne la vie éternelle, panem sanctum vitœ œternœ et calicem salutis perpetuœ.
Et nous offrons cette Hostie à la Majesté excellente, incomparable du Père Céleste, avec la plus grande confiance, offerimus prœclarœ majestati tuœ, parce que nous nous rappelons la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ si douloureuse pour lui, si heureuse pour nous, tam beatœ passionis ; nous nous rappelons sa Résurrection où tous les attributs divins ont brillé d'un si vif éclat ; nous nous rappelons surtout sa glorieuse Ascension dans les cieux. Oui, celui qui est là sur l'autel, est le Ressuscité du tombeau ; c'est celui qui, montant clans les cieux, est allé s'asseoir à la droite de son Père prendre possession de son royaume et recevoir la dernière récompense qui était due au plus sublime comme au plus généreux de tous les dévouements.
Dieu pourrait-il ne pas regarder d'un œil propice, ne pas contempler avec amour, ne pas recevoir avec une complaisance infinie une victime aussi grande, aussi sainte que lui-même ? " 0 Seigneur, dit le célébrant, vous avez eu pour agréable le sacrifice d'Abel qui vous offrait les prémices de son troupeau, le sacrifice d'Abraham qui consentait à l'immolation de son fils pour vous obéir, le sacrifice de Melchisédech vous offrant des hosties qui n'étaient que l'ombre et la figure de celle qui est sur l'autel. Je vous offre votre Fils unique qui vous est infiniment plus précieux que toutes les créatures ensemble ; faites que je fasse cette offrande avec la piété qui animait Abel, Abraham et Melchisédech.
La vue de l'hostie éblouissante de blancheur, du calice salutaire ; la pensée de l'inexprimable sainteté des présents dont la consécration l'a rendu possesseur, raniment dans le prêtre le sentiment de son indignité. Il prend alors la posture d'un suppliant, supplices Te rogamus, Il s'incline profondément ; il conjure le Dieu tout-puissant de faire transporter ces dons devant sa face par les mains de son saint Ange, per manus sancti angeli tui} par l'Ange du grand conseil, par Jésus-Christ luimême, qui est venu au milieu de nous afin de réparer sa gloire et nous sauver. Ainsi présentés, ils ne peuvent que lui plaire au plus haut degré et sous tous les rapports. Rien alors ne mettra obstacle aux fruits abondants que nous espérons retirer
«du sacrifice de la messe et notre oblation méritera ainsi la bienveillance divine.
L'Eglise, avec sa sollicitude maternelle, pense à tous ses •enfants. Comment pourrait-elle oublier, dans un moment où elle peut essuyer tant de larmes, ceux qui pleurent dans les flammes du purgatoire, privés pour un temps de la présence de Dieu ? Elle veut que nous priions pour ceux qui nous ont précédés sur le chemin de la vie, qui sont morts dans la foi, qui en ont pratiqué les œuvres et qui dorment du sommeil de la paix, mais qui ont besoin de se purifier encore avant d'être admis dans ce royaume de gloire où rien de souillé ne peut entrer. Elle veut que nous fassions descendre sur eux la rosée de sa miséricorde.
Et nous, comment pourrions-nous oublier des infortunés qui souffrent et qui ont été nos frères, des âmes peut-être que nous avons bien connues, tendrement aimées. Ces parents, ces amis, nous avons arrosé de nos larmes la terre qui recouvre leurs chères dépouilles. Leur souvenir a souvent écarté pendant la nuit le sommeil de nos paupières humides et, durant le jour, il nous a plongés dans une tristesse que le temps et les distractions n'ont pu dissiper. Nous pouvons continuer de pleurer, mais disons à Dieu, à ce Mémento, dans la modestie d'une sainte résignation : Mon Dieu, je pleurs, mais je vous aime, et pour prix de cet amour, je vous demande une grâce : acceptez le prix <le mes souffrances et de celles qu'à endurées votre Divin Fils qui est là sur l'autel, pour le soulagement des âmes qui m'étaient unies autrefois par les liens de l'amitié ou de parenté ; allez leur dire que, fidèle à leur souvenir, je n'ai qu'un désir : alléger leur douleur et leur ouvrir les portes du ciel.
Disons alors à Dieu avec amour et avec confiance :
Dans les brasiers, un peuple saint soupire ; Daignez, Seigneur, finir un tel martyre ; Descendez au plus tôt dans ce sombre séjour, Tarissez-}* les pleurs, montrez-y votre amour.
Et comme cette prière faite pour les âmes du purgatoire doit
être agréable à Dieu qui châtie ces âmes en père et qui les aime tendrement ! Comment n'écouterait-il pas nos prières qui sont alors mêlées à la voix de son Fils ?
Le célébrant doit ici rappeler nommément et expressément quelques défunts et s'acquitter des devoirs que la justice, la charité, la reconnaissance lui imposent envers eux et, avec les fidèles, il prie pour tous ceux qui nous ont précédés avec le signe de la foi et qui reposent dans le Seigneur, omnibus in Christo quiescentibus. Il ne se célèbre donc pas une seule messe en ce monde qu'on n'y prie pour tout chrétien mort en état de grâce et qui achève dans le puragtoire l'expiation de ses péchés.
Et que demande-t-on pour ces âmes ? Un lieu de rafraîchissement, locum refrigerii, car dans le purgatoire elles sont consumées à la fois par les flammes du désir de Dieu, par le feu des tourments et le tourment du feu ; elles soupirent après le soulagement contre les ardeurs de ce brasier. Un lieu de lumière, locum lucis, le royaume céleste où leurs regards contempleront à jamais l'éternelle lumière. Un lieu de paix, locum pacis, où elles savoureront à longs traits les douceurs de la société de Dieu, des Anges et des Saints.
A ce moment de la messe, le purgatoire reçoit la rosée bienfaisante du Sang divin avec les transports de reconnaissance, d'espérance et d'amour.
Disons donc alors à Dieu avec autant de confiance que d'amour : 0 mon Sauveur, qui avez bien voulu vous charger de mes péchés et payer au prix de votre sang précieux les peines qu'ils méritent si justement, daignez offrir à votre Père les douloureux tourments de votre passion en échange de ceux que souffrent les Ames qui sont dans le Purgatoire. Je vous supplie en particulier d'abréger, et même de finir, s'il se peut, les peines qu'endurent celles pour lesquelles en particulier je crois devoir prier. C'est de tout mon cœur que je leur cède la satisfaction que vous auriez la bonté de m'appliquer en vertu du sacrifice que je présente avec vous. Puisque je ne puis rien pour vous, car de quoi avez vous besoin ? Je me tiens heureux de contribuer en quelque chose au soulagement de vos amis. Saintes âmes qui ressentez si vivement les ardeurs de ce feu dévorant
et celles du désir passionné de voir Dieu, que j'ai de joie de pouvoir vous délivrer de vos maux ! et avancer votre bonheur ! J'espère que lorsque vous posséderez ce beau royaume qui vous est préparé, vous agirez auprès de Dieu pour m'en assurer la possession.
Avant la consécration, le prêtre a prié Dieu d'admettre un jour au ciel, en participation des joies de l'Eglise triomphante, l'Eglise militante. Après la consécration, il a fait la même demande pour l'Eglise souffrante ; il a demandé à Dieu d'accorder aux Ames du Purgatoire la fin de tous leurs maux et leur entrée dans le ciel. . . Mais ce ciel, il est convenable qu'il le demande pour lui et pour les assistants à la Sainte Messe. C'est vrai, il est pécheur, il le reconnaît, il se frappe la poitrine comme le publicain du temple et il dit à Dieu ; sur un ton un peu élevé pour réveiller l'attention des fidèles et les avertir de s'unir à lui : Nobis quoque peccatoribus ; nous aussi, pécheurs, nous comptons sur la multitude et l'étendue de votre miséricorde, de maltitudine miser ationum tuarum sperantibiis, donnez-nous quelque part et société avec les saints Apôtres et Martyrs : partent et societatem donare digneris cum tuis sanctis Apostolis et martyribus. Cette part, c'est la part du ciel et la part de la grâce nécessaire pour le posséder et qui nous vient principalement de l'Eucharistie. Et afin d'enflammer notre courage et de nous inspirer une légitime confiance, l'Eglise a soin de nous faire nommer alors les noms de saints et de martyrs pris dans toutes les classes et dans tous les états de l'ordre social. Ces Saints, ces Martyrs ont été ce que nous sommes, pécheurs comme nous; ils ont été soumis aux mêmes épreuves, aux mêmes dangers ; ils ont partagé nos travaux, nos difficultés, nos afflictions ; ils ont semé comme nous d'abondantes larmes, et aujourd'hui ils moissonnent dans la joie. Nous n'avons qu'à suivre leur exemple et un jour nous prendrons part à leur félicité.
Alors le prêtre prononce des paroles qui sont le digne couronnement des prières du canon. Il reconnaît que Dieu nous donne
par Jésus-Christ la Sainte Eucharistie, ces dons sanctifié* vivifiés, et bénits, comme la rançon et la nourriture de nos âmesr comme notre bien le plus élevé et plus excellent. Per quem hœc otnnia, Domine, semper bona créas, sanctificas, vivificas, benedicis et prœstas nobis.
Il reconnaît aussi que c'est par la croix, par Jésus crucifié, per Ipsum, avec lui, cum Ipso, en lui, in ipso, que toute gloire est rendue à Dieu, le Père tout-puissant, en unité du Saint Esprit, dans les siècles des siècles.
C'est par lui, per Ipsum, en effet, par sa médiation, que nous avons accès auprès de Dieu. Il est le Verbe incarné, le chef de tous les enfants de Dieu, le principe de toute vie surnaturelle, et tout ce que nous pouvons faire de glorieux pour la Divinité et de méritoire pour nous, c'est Lui qui nous l'inspire et qui en est le principal auteur.
C'est avec lui, cum Ipso, dont nous sommes les enfants, les cohéritiers, que nous nous présentons à Dieu ; nous unissons nos pensées à ses pensées, nos affections à ses affections, et nous sommes sûrs de plaire à son Père.
C'est en lui, in Ipso, que Dieu nous regarde et nous voit. Notre néant, nos misères sont comme absorbés et disparaissent dans l'abime de ses perfections infinies.
Que ces paroles soient toujours l'écho de cœurs remplis de charité, de reconnaissance, et Dieu exaucera avec plaisir les prières et de la Victime et du sacrificateur.
Article 3. — La Communion
La consécration a mis l'adorable Victime sur l'autel. Le célébrant l'a présentée à Dieu comme un magnifique hommage rendu à sa justice, à sa bonté, à toutes ses infinies perfections; il a appliqué ensuite les fruits du sacrifice à tous ceux pour qui et par qui il est offert. Mais il sait que Jésus a voulu que son Corps et son Sang devinsent notre nourriture : caro mea verè est cibus et sanguis meus verè est poUis. . . manducale et bibite. Son unique pensée doit être alors pour le banquet sacré auquel il va prendre part. Oremus, prions, dit-il aux fidèles ; il les
avertit qu'ils vont réciter la plus sainte, la plus salutaire cde toutes les prières, une prière composée par Jésus-Christ luimême qui nous a donné l'ordre de l'employer. Aussi avant de la réciter, nous sentons le besoin de dire : " Instruits par des préceptes salutaires et suivant la forme de l'institution divine, nous osons dire : prœceptis sah/taribus moniti et dwinâ institutions formati, audemus dieere.
Avec quelle ferveur et quel respect devons-nous réciter cette prière sublime ! surtout à la messe où repose sous nos yeux Celui qui nous l'a enseignée et commandée ! Elle est aussi courte en paroles qu'étendue par le sens, dit Tertulien. " Quantum substringitur tantum diffunditur sensibus. Il la désigne comme l'abrégé de l'Evangile breviarium totius Evangelii, renfermant outre l'adoration de Dieu et la demande pour les hommes qui forment l'essence de la prière, le sommaire complet de la doctrine et des lois de Jésus-Christ. . . Cette glorieuse prière a une telle fécondité dans ses mystères, dit un grand Saint, une telle efficacité dans ses effets, un ordre si parfait, que nul ne le peut comprendre ni l'exprimer ". Non seulement elle contient tout ce que nous pouvons implorer de Dieu, mais elle le distribue dans l'ordre où nous devons présenter à Dieu les diverses demandes que nous lui adressons ; elle règle aussi toutes nos affections et nos désirs, est informativa totius nostri affectus.
Ce fut à bien juste titre que saint Grégoire voulut et ordonna que cette prière composée et à nous apprise par le Verbe Incarné se récitât à la messe en sa présence, tout près de Lui. Nulle part elle ne trouve plus sa place que lorsque le prêtre, et avec le prêtre tous les fidèles, sont groupés autour du Fils unique immolé sur l'autel pour nous obtenir de son Père toutes les demandes qu'elle contient. A la vue de son Fils immolé pour sa gloire aussi bien que pour notre salut et dont l'état de profonde humi liât ion sur l'autel est déjà une prière si touchante, comment nous refuserait-il les grâces que nous lui demandons ?
Avec quelle confiance devons-nous réciter cette prière ? Notre Père, lui disons-nous. Aux Juifs, son peuple de choix, il permettait de lui dire : Seigneur, A nous il a donné l'Esprit
de son Fils qui est l'esprit d'adoption. Et cette invocation est pour nous rappeler sa bonté, pour nous donner espoir eu Dieu qui, avant tout, est un père aimant. Qui êtes aux deux, comme dans le lieu de sa gloire et de sa puissance. Qu'il fait bon de penser au ciel ; nous allons bientôt manger le Pain qui confère la vie éternelle ; cette pensée est de nature à aiguillonner la faim qui doit nous faire désirer cet aliment. Que votre nom soit sanctifié, qu'on lui rende tout l'honneur et tout le respect qu'il mérite. Que votre règne arrive, qu'il s'établisse en tous et sur tous ; car vous êtes vraiment roi. Que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel, c'est-à-dire, par les hommes aussi bien qu'elle est accomplie au ciel par les Anges et par les Bienheureux.
Après avoir offert d'abord à Dieu les adorations et les hommages qui lui sont dus, il est bien juste et légitime que nous pensions à nous-mêmes. Dieu connait nos misères et Lui seul peut nous secourir. Aussi nous lui disons avec la conviction de notre insuffisance : Donnez-nous aujourd'hui le pain de chaque jour ; donnez-nous non seulement le pain qui restaurera notre vie corporelle, donnez-nous aussi la nourriture appropriée à la vie divine reçue au baptême. Cette nourriture merveilleuse, c'est la sainte Hostie ; elle est sur l'autel ; elle y est pour nourrir nos âmes et c'est bien le moment de la demander à Dieu.
Puis nous sommes pécheurs ; nous devons demander pardon. Pardonnez-nous nos offenses, disons-nous à Dieu et nous donnons nous-mêmes la mesure de ce pardon en demandant qu'il nous pardonne comme nous pardonnons nous-mêmes à ceux qui nous ont offensés.
Et pour que nous ne commettions plus de fautes, nous lui disons : Ne nous laissez pas succomber à la tentation ; donneznous les grâces dont nous avons besoin pour y résister ; car nous sommes faibles et nous pourrions facilement tomber.
Enfin : Délivrez-nous du mal ; délivrez-nous ô Seigneur, de ces revers, de ces disgrâces, de ces maladies, de ces peines, de ces chagrins, de ces infortunes, de ces fléaux qui parfois sont déchainés contre notre pauvre humanité ; délivrez-nous surtout du pire de tous les maux, du péché qui tue l'innocence
dans les âmes et qui leur prépare de cruels remords sur cette terre et des tourments plus cruels encore dans l'éternité.
Ces dernières paroles ont été dites par les assistants ; elles ont surexcité la compassion du célébrant qui doit porter toutes les infirmités de son peuple. Il revient sur cette plainte suppliante ; il s'en empare et, la développant par une autre prière qui n'en est que l'extension, il dit : " O Seigneur, puisque vous êtes si bon père, délivrez-nous de tous les maux présents, passés et à venir : libéra 7ios quœsumus, Domine, ab omnibus malis prœteritis, prœsentibus et futuris. Oui, délivrez-nous des péchés commis dans le passé, de leurs peines, des mauvaises impressions qu'ils ont produites en nous ; délivrez-nous des maux présents, des tentations, des peines d'esprit, des peines du cœur, des maladies, des maux dont on peut être affligés présentement. Délivrez-nous des maux futurs, des nouveaux pièges, des nouvelles attaques du démon, de la damnation.
Donnez-nous la paix, da propitius pacem in diebus nostris. " On ne peut rien imaginer de plus agréable, dit saint Augustin, rien souhaiter de plus désirable, rien trouver de meilleur que la paix ". Et la paix que nous sollicitons tout d'abord, c'est la paix intérieure de l'âme ; nous la demandons à l'aide de la miséricorde divine, ope misericordiœ adjuti ; nous demeurerons alors toujours éloignés du péché, a peccato simus semper liberi ; nous nous maintiendrons dans la charité et l'amitié de Dieu et nous goûterons les suaves consolations de sa grâce. Nous demanderons cette paix de l'âme que l'impie ne connait pas (Isaie, 48-22) ; car il vit dans le trouble de l'esprit et dans l'agitation des sens ; cette paix que Dieu n'accorde " qu'à ceux qui chérissent sa loi " (Ps 115), cette paix qui est la source de la joie, (Prov, XI 1-20); cette paix intérieure qui " surpasse toutes les sensations du bonheur que l'on peut goûter en ce monde ". (Phil. 1V-7).
Nous demandons aussi la paix extérieure de la vie enfin que, soutenus par la protection divine, nous soyons en sûreté contre les désordres, les attaques et les persécutions du dehors, ab omni perturbatione securi.
Et pour obtenir plus facilement et avec plus d'abondance
cette paix si douce et si désirée, nous recourons d'abord à l'entremise de la Vierge Marie qui est la mère de Jésus et la nôtre, qui est le refuge et l'avocate des pécheurs, le secours des chrétiens. L'Eglise prévoj'ante lui a confié le soin d'assister et de défendre les âmes pécheresses auprès de son Divin Fils et on sait ce que peuvent obtenir les supplications d'une mère.
A l'intercession de la glorieuse Mère de Dieu, se joint dans cette prière celle de tous les saints et principalement celle des bienheureux Apôtres Pierre, Paul et André. Intercedente beatâ et gloriosa semper virgine Del Génitrice Maria cum beatis Apostolis tuis Petro, Paulo et Andréa et omnibus sanctis. Ces intercesseurs nous vaudront une plus grande richesse des bienfaits de Dieu et, par égard pour eux, notre prière sera entendue et exaucée. La paix, le célébrant continue à la solliciter. Il la souhaite aux fidèles lorsque, tenant en mains une parcelle de l'Hostie sainte, qui a pacifié le ciel avec la terre, il leur dit : Pax Doniini sit semper vobiscum, que la paix du Seigneur soit avec vous, qu'elle y soit toujours.
I) la demande encore lorsqu'humblement incliné et les yeux tendrement fixés sur la Sainte Victime, il lui dit dans un langage où tout respire le respect, la confiance et l'amour : Agneau de Dieu, qui effacez les péchés du monde, ayez pitié de nous, Agneau de Dieu qui effacez par votre sang les péchés du monde, touché de compassion pour moi, faites-en distiller seulement une goutte dans mon cœur pour le purifier et pour l'embraser des ardeurs du saint amour. Je reconnais qu'après tout cela, je ne laisserai pas d'être encore indigne de me nourrir de votre Chair ; quand j'aurais toute la pureté des Anges et tout l'amour des séraphins, je ne mériterais pas encore une si grande faveur. Mais vous avez promis, ô mon Dieu que vous rassasiriez ceux qui auront faim et j'ai un extrême désir de manger ce pain vivant qui conserve et perfectionne la vie sainte. Agneau divin doîinez-nous la paix.
Cette paix, le célébrant la demande avec une nouvelle insistance dans la première des trois belles oraisons qui précèdent immédiatement la communion et par lesquelles nous mettons, pour ainsi dire, la dernière main à toutes nos préparations, les
mains jointes reposant sur l'autel, il s'adresse à Jésus immolé qui va bientôt descendre dans son âme dans la sainte communion et il lui dit : " Seigneur Jésus , vous qui avez dit à vos Apôtres : je vous donne la paix, ne regardez pas mes péchés mais la foi de votre Eglise et, selon votre volonté, daignez lui donner la paix et l'union. "
Demandons, ne cessons de solliciter cette paix que le Sauveur a laissée aux siens et que le monde ne peut ni donner ni ravir. Il ne peut la donner, car il ne possède que des trésors qui ne rassasient pas : des biens terrestres, de vains honneurs et des plaisirs sensibles. Ce ne sont là que des fantômes de biens, ce n'est que vanité et tourments d'esprit (Eccl, Xll, 17); ils ne produisent pas de paix véritable, mais un semblant de paix, une paix fragile et passagère. Le monde ne peut ravir cette paix ; elle a de profondes racines dans le cœur ; elle descend du ciel et conduit au ciel ; elle n'est atteinte ni par les sollicitations de la jouissance, ni par les fardeaux des peines de la vie du temps. L'esprit et le cœur sont-ils fortement établis en Dieu, ils demeurent même au milieu des tempêtes de la persécution et de la tentation, calmes, doux et sereins, remplis d'une sainte paix. C'est à cette paix que nous exhorte sainte Thérèse : " Que rien ne vous trouble ni ne vous effraie, tout passe, Dieu reste le même. La patience obtient tout. Celui qui possède Dieu ne manque de rien, lui seul suffit. "
Les deux oraisons qui suivent sont directement préparatoires à la sainte communion. La première demande à Notre Seigneur le grand don de la persévérance finale, une union intime avec lui, une union que réalisent la fuite du péché et l'attachement inviolable à la loi de Dieu, l'horreur d'une communion indigne et aussi l'humilité requise pour approcher de Dieu ; elle sollicite les fruits salutaires qu'apportera l'Emmanuel si attendu.
Ces deux prières dont la beauté et la tendresse ne peuvent être surpassées dégagent un suave parfum d'humilité et de saint effroi, sentiments plus justifiés en ce moment. Qu'on y songe î Le sacrifice éternel qui ne se célèbre que sur un autel sublime, in sublime altare, va être transféré par la communion de la pierre
de l'autel terrrestre dans le cœur du communiant ; or, de se voir ainsi devenir le centre duquel le Christ fait monter vers le Père toute la gloire que peut lui adresser l'univers, il ne peut résulter en l'âme qu'une profonde impression d'indignité.
Le célébrant dit . " Seigneur, Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, qui par la volonté du Père et la coopération du Saint Esprit avez donné la vie au monde, délivrez-moi par ce très saint Corps et ce très saint Sa?ig de tous mes péchés et de toutes sortes de maux. Celui qui est là sur l'autel est le Fils de Dieu égal à son Père en bonté, en puissance, en sagesse ; il est immense comme son Père quoique contenue dans l'Hostie que nous avons sous les yeux ; il est glorieux comme son Père quoique caché sous de viles apparences. " Le Père a la vie en lui-même et le Fils vivifie ceux qu il veut, disait le Sauveur. (Jean V, 21). Nous pouvons donc, au moment où nous allons nous incorporer Fauteur de notre salut, aller à cette source de la vie, étancher la soif du bonheur qui nous consume. Nous pouvons lui demander avec confiance de nous délivrer de tous nos péchés, passés et présents, en eux-mêmes et en leurs conséquences, et de nos maux présents et futurs.
Faites que je demeure toujours attaché à vos commandements et ne permettez pas que je me sépare jamais de vous. Cette prière si touchante, surtout au moment où l'âme va célébrer son union la plus intime avec son céleste époux. " Que peut vous donner le monde sans Jésus ? Etre sans Jésus, c'est un insupportable enfer ; être avec Jésus, c'est un paradis de délices ", dit l'Imitation de Jésus-Christ. Sans Jésus nous ne pouvons venir à bout de rien ; nous avons besoin de lui à chaque pas, à chaque instant.
La seconde prière, encore plus que la première, est inspirée par un sentiment de crainte et d'humilité. Le prêtre d'abord confesse son indignité, puis il supplie instamment le Seigneur de détourner de lui le malheur d'une communion indigne et de lui accorder avec abondance les bienfaits d'une bonne communion.
Seigneur Jésus-Christ, faites que la réception de votre Corps que je me propose de prendre, tout indigne que j'en mis, ne tourne pas
à mon jugement et à ma condamnation, mais que, par votre bonté, il me serve de défense pour mon âme et pour mon corps, de remède salutaire.
Dans la prière précédente, le célébrant a supplié Dieu de lui pardonner ses fautes ; dans celle-ci il se les rappelle et il se demande s'il n'y a point de présomption de sa part à recevoir le Corps de son Seigneur et de son Dieu. Cette pensée le pousse à reconnaître qu'il n'est pas digne de recevoir l'adorable Sacrement, quod ego indignus sumere prœsumo.
Il ne s'agit pas évidemment d'une indignité que causerait une faute mortelle et qui rendrait sacrilège la communion ; le prêtre est et il doit être en état de grâce, il est et il doit être exempt de tout péché mortel. L'indignité dont il s'agit dans cette oraison est le défaut d'une dignité parfaite qui manque à la réception de cet auguste sacrement. L'infirmité de la nature humaine, la faiblesse de notre volonté est telle que nos dispositions sont toujours plus imparfaites qu'elles ne devraient l'être. Quand bien même nous aurions fait tout ce qui dépend de nous, quand bien même nous nous serions préparés le mieux possible, nous avons raison de nous croire peu dignes de recevoir la sainte communion.
Nous nous confions alors en la bonté paternelle du Sauveur ; Nous lui disons :
" Agneau Divin, vous êtes la Victime Qui de ce monde avez porté le crime ; Achevez votre ouvrage, adorable Sauveur, Lavez dans votre Sang les taches de mon cœur.
Nous lui dernandons que cette communion soit pour nous une source de bien : sed pro tua pietate prosit mihi ; nous le prions de faire dans son infinie bonté que son Corps et son Sang servent à la défense de notre âme et de notre corps et nous soient un remède salutaire, ad tutamentum mentis et corporis et ad medelam percipiendam.
La défense de notre âme : notre intelligence a besoin d'être éclairée, notre cœur a besoin d'être échauffé par les ardeurs de l'amour divin ; notre volonté a besoin d'être fortifiée, et la Sainte Communion donne tout cela.
La défense de notre corps. La communion fait du bien au corps ; elle fait de nos membres des vases de la vie divine ; elle éteint en nous les penchants au mal, le feu dévorant des passions.
Nous demandons enfin que la Sainte Communion nous serve de remède ; ad medelam percipiendam . Le Saint Concile de Trente a fait ressortir admirablement cet effet de la Sainte Hostie : " Antidotum quo a peccatis mortalibus prœservamur -et a culpis quotidianis liberamur ; le remède, V antidote qui nous préserve à Vavenir des fautes mortelles et qui consume en notre unie les fautes légères de chaque jour. '' Jésus-Christ, en nous donnant sa chair à manger, détruit le poison de la nôtre : ■antidotum. Il apporte à notre âme, avec la vie divine, la lumière et l'énergie qui doivent la préserver des chutes mortelles ; il lui communique la chaleur, l'amour divin dont l'effet est de consumer les fautes légères qui la déparent.
Après que le prêtre incliné et les yeux fixés sur la sainte Hostie a récité ces belles prières par lesquelles il demande à Dieu la pureté de conscience, il sent la confiance renaître dans son âme ; il se relève rempli d'une sainte ardeur et, avec l'empressement d'un homme affamé : je prendrai, dit-il, le pain qui peut rassasier tous mes désirs, ce pain céleste que le ciel donne et qui donne du ciel à ceux qui le mangent : panem cœlestem aecipiam, et, dans la joie de mon âme, j'invoquerai le nom du Seigneur : et nomen Domini invocabo.
Il dit à Dieu : 0 que je suis indigne de vous recevoir ! Hélas ! qui suis-je et qui êtes-vous ? Vous êtes le plus beau, le plus parfait des hommes, vous êtes le Fils unique du Dieu vivant, égal en tout à votre Père ; vous êtes infiniment bon, infiniment sage, infiniment puissant, infiniment saint ; ou plutôt vous êtes la bonté, la sagesse, la puissance, la sainteté même. Et moi, je ne suis qu'un ver de terre, qu'un grain de poussière, qu'un néant. Que dis-je ? Je suis encore quelque chose de plus méprisable que cela ; je suis un pécheur, un ingrat qui ai par-
fois abusé de vos bienfaits. O Tunique et souverain Maître de mon cœur, je ne mérite pas que vous me fassiez l'honneur de venir chez moi : Domine non sum dignus ut intres sub tectum nieum.
Mais après tout, vous n'ignorez pas mes misères et cependant vous m'invitez avec une tendresse et un empressement extrêmes à vous recevoir ; vous me le commandez, vous me menacez de la mort si je ne le fais pas. Souffrez donc que je le dise, .s'il y a de la présomption et de la témérité dans ma conduite, -c'est votre excessive bonté qui me l'inspire. Si mon indignité me fait trembler, vos aimables invitations si souvent réitérées me rassurent. Je sais qu'il faudrait avoir la pureté des anges pour vous recevoir, mais je ne suis pas assez ennemi de moimême pour me priver de l'honneur que vous voulez me faire. Si j'ose vous recevoir, c'est que je sais que vous êtes un Dieu <le miséricorde et que vous m'avez racheté en répandant pour moi votre Précieux Sang. Apud Domînum misericordia et copiosa apud eum redemptio. Dirupisti vincida mea, ; tibi sacrificabo hostiom laudis. "
Père éternel, votre Fils la vérité infaillible, m'a promis que vous ne me refuseriez rien de tout ce que je vous demanderais en son nom ; je vous demande aujourd'hui ce Fils qui vous est si cher, je vous demande son corps, son sang, son âme, sa divinité. . . Il est vrai que je vous demande beaucoup, je ne mérite rien ; mais c'est en son nom et par ses mérites, et ce n'est que pour vous honorer d'une manière plus digne de votre grandeur que je vous le demande. Quand je le posséderai, je me sacrifierai avec lui à votre bon plaisir et à votre gloire, je vous le présenterai pour reconnaître tous les bienfaits que j'ai reçus de votre main libérale ; je vous demanderai par son entremise et avec lui tous les secours dont j'ai besoin pour vous aimer et vous servir plus parfaitement que je n'ai jamais fait ; je vous offrirai son Précieux Sang pour expier tous les péchés que j'ai commis. Pouvez-vous après cela me refuser ?
Esprit-Saint qui avez formé avec tant de perfection le Corps de mon Sauveur dans le chaste sein de votre épouse, qui avez enrichi son âme de vos plus excellents dons, pour les disposer
l'un et l'autre à cette union ineffable avec le Verbe, daignez préparer mon corps et mon âme à cette union étroite que le Verbe incarné veut bien contracter avec moi. Purifiez nia chair, éclairez mon esprit, embrasez mon cœur de votre feu sacré et soyez le noeud éternel qui m'unisse à jamais avec lui.
Le cœur rempli de ces sentiments, le prêtre empruntant les paroles du centenier, dit en se frappant la poitrine : Seigneur je ne suis pas digne que vous entriez sans mon toit, mais dites seulement une parole et mon ôme sera guérie. Il a confiance en Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, selon la parole de sainte Agathe : " d'un seul mot guérit toutes les maladies"; il se jette dans ses bras, dans son cœur ; il lui ouvre le sien en disant : que le Corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ garde mon âme pour la vie éternelle. Alors saisi d'une joie mystérieuse et ravi de la saveur spirituelle de cette manne divine, le prêtre dit en son cœur : " mon bien-aimé est à moi et je suis à lui . . . Je l'ai trouvé celui que mon cœur aime, je ne le quitterai plus. " (Cant. 11-16) Il lui dit avec sincérité :
Pasteur suprême, Soumis à ta loi, Pour toujours je t'aime Et me donne à toi.
Et le pain qu'il va prendre est le pain vivant et vivifiant, ■panis vivus et vitalis : vivant, car il contient le Christ immortel ; vivifiant, car il nous fait vivre de sa vie divine.
C'est le pain très suave qui console les humains dans leurs douleurs, pane suavissimo de cœlo prœstito ; c'est le pain savoureux et délectable dont le goût dépasse toutes les délices de la terre : omne delectamentum in se habentem.
C'est le pain des Anges, mais il est offert aux pèlerins de là terre : paras angélorum factus cibus viatorum. La chair qui s'en nourrit devient elle-même, suivant le mot d'un Docteur, une chair angélique ou angelisée, angelizata caro.
Le cœur du prêtre déborde de reconnaissance et, dans un saint enthousiasme, il s'écrie : Que rendrai-je au Seigneur pour tout ce qu'il m'a donné ? Quid rétribuant Domino pro omnibus quœ retribuit mihi ? Il m'a fait un présent infini, il m'a donné
sa divinité et son humanité. Tout puissant qu'il est, il ne pouvait m'accorder davantage ; tout sage qu'il est, il ne pouvait imaginer un don plus parfait ; tout riche qu'il est, sa libéralité ne pouvait aller au delà.
Il éclate alors dans un sentiment de gratitude plus vif encore et il s'écrie : " Je prendrai le calice du salut et j'invoquerai le nom du Seigneur, calicem salutaris accipiam et nomen Domini invocabo. Que le Sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ garde mon âme pour la vie. Sanguis Domini Nostri Jesu Christi custodiat animan meam in vitam œternam.
Oh ! ne dites pas, que je suis pauvre. Je suis riche désormais. Je possède dans cette coupe une pierre précieuse, le rubis d'un Sang divin qui vaut plus que tout votre ciel ! Ne dites pas, ô mon Dieu, que vous êtes au-dessus de toute louange, major omni laude. Votre majesté, si infinie soit-elle, n'est pas au-dessus de la majesté de votre Fils. Recevez donc avec le Sang divin que je vous offre dans ce calice une louange qui égale votre grandeur.
Le prêtre peut alors avec confiance invoquer le Seigneur ; il peut louer celui qui opère en lui de si grandes choses. En effet, il ne parait plus devant lui avec les misères de notre nature ; nouveau Jacob, il se présente au Père céleste sous les traits de son premier-né. Dieu ne regarde plus ce qu'il est ; il s'arrête à voir le sang de son Fils bien-aimé qui l'inonde. Et avec quelle bienveillance ne doit-il pas écouter le cri de ce sang adorable ? Jadis il se laissait émouvoir par celui des boucs et des génisses ; il suffisait que le sacrificateur en fût teint pour qu'il exauçât toute toutes ses demandes et bénît la nation dont ce pontife était le médiateur. Serait-il maintenant moins sensible au spectacle de son Verbe immolé par le prêtre ? Et lorsque celui-ci approche de lui l'âme pure et toute empourprée du Sang du Divin Holocauste, se pourrait-il que son œil restât sec et que son cœur l'accueillît avec indifférence ? Cette pensée serait également outrageante et pour la bonté du Très-Haut et pour la dignité de l'offrande eucharistique. Jésus-Christ, nous dit l'Apôtre, fut toujours exaucé, tant son Père le respecte et l'honore " ExaudAtus est pro sua re verentiâ (Heb. VI, ?). Au Calvaire
il prie pour les pécheurs au milieu des supplices et le monde est pardonné. Maintenant il vit encore dans les cieux pour intercéder en notre faveur ; il montre éternellement ses cicatrices comme une muette mais énergique supplication pour les humains : " semper vivens ad interpellandum pro nobis" (Heb, VI 1-25). Et dans cet état, tous les vœux dont il est l'interprète où qu'il adresse lui-même à Dieu, obtiennent leur effet par le souvenir de sa mort et la vertu de ses blessures.
Le prêtre qui a élevé à l'autel l'Hostie sans taches entre le Tout-Puissant et les fidèles ne doit donc pas craindre que sa médiation soit sans fruits. Jésus qu'il a tenu dans ses mains innocentes est le même qui fut jadis attaché à la croix ; il est aussi le même Agneau que l'Apôtre saint Jean vit autrefois étendu devant le Très-Haut dans la gloire et se dévouant sans cesse pour nos iniquités. Il a sur l'autel la même nature ; il conjure son Père par les mêmes mérites et de la même voix. Comment n'exercerait-il pas sur son cœur un égal empire et n'emporterait-il pas à sa générosité des grâces aussi fécondes ?
Le célébrant, après avoir reçu un si grand bienfait, sent le besoin de commencer l'action de grâces. Pénétré du respect le plus profond pour le sacrement qu'il a reçu, il purifie ses doigts et le calice. Pendant ce temps, il est plongé dans le recueillement et la méditation de l'aliment qui vient de le réconforter et il récite deux prières qui ont pour but d'implorer de Dieu les effets bénits de la sainte communion.
Il possède Jésus-Christ; il n'a plus qu'une chose à désirer, c'est de le posséder toujours, de le conserver au plus intime de lui-même et, pour ainsi dire, dans les entrailles de son âme, le retenir dans son cœur pur, détaché des choses de la terre et plein d'ardeur pour celles du ciel. " Faites, Seigneur, dit-il, que nous conservions dans un cœur pur ce que notre bouche a re^u et que ce don fait pour le temps devienne un remède pour V éternité. Quod ore sumpsimns, Domine, purâ mente capiamus et de munere temporali fiai nobis remedium simpiternum. Faites aussi, Seigneur r
que cette communion produise en nous des effets permanents et nous délivre de toute souillure, prœsta ut in me non rémanent scekrum macida.
Le célébrant récite ensuite les prières dites La communion et la Post Communion. Ces antiennes sont comme un bouquet spirituel composé de pensées sur la communion et l'esprit, de la fête dont on a célébré la messe ; elles sont une action de grâces. Il remercie le Seigneur de ce qu'il a bien voulu le faire participer à de si saints et si grands mystères et le prie de lui en conserver le fruit.
Les antiennes sont toujours conçues au pluriel et dites pour tous et au nom de tous ceux qui sont présents à la messe. Cela suppose que tous les assistants ont pris part au banquet eucharistique, où par la communion sacramentelle, selon l'usage de la primitive Eglise de laquelle nous vient le plus grand nombre de ces oraisons ; où du moins par la communion spirituelle que les assistants ne devraient jamais omettre.
Le prêtre dit encore aux assistants : Dominus vobiscum, que le Seigneur soit avec vous. C'est son dernier souhait à ceux qui ont assisté et se sont unis au renouvellement du sacrifice de Jésus-Christ sacramentellement reproduit sous les espèces du pain et du vin pour être la nourriture des âmes. Il souhaite aux assistants de conserver pendant la journée, dans la joie comme dans la peine, la grâce et l'assistance de Dieu ; il demande au bon Pasteur de les conduire, de les paître, d'être leur appui, d'être avec eux à la chute du jour et à l'approche de la nuit, afin de veiller avec le Christ et de reposer en paix.
Puis il dit aux fidèles : " A liez, la messe est dite, Ite, missa est" . Allez en paix dans vos maisons, retournez à vos occupations ; le Seigneur que vous venez d'invoquer sera votre lumière et votre force — Allez et portez au milieu du monde, dans la société de vos frères cette foi vive dont vous avez fait profession dans le commerce intime que vous venez d'entretenir avec Jésus-Christ. — Allez, votre sacrifice a été agréable au Très-Haut ; la grâce du ciel est descendue abondamment sur vous ; conservez maintenant un éternel souvenir de la part qu'il a plu à Dieu de vous accorder à une si auguste céré-
monie. — Allez où les devoirs de votre état vous appellent ; mais, tout en quittant le lieu saint, laissez toujours attaché à Jésus-Christ ce cœur que vous lui avez consacré et qui lui appartient à si juste titre ; laissez-le entre ses mains saintes et divines, afin qu'il le perfectionne et le purifie toujours davantage ; laissez-le attaché à son cœur adorable, afin qu'il s'embrase de plus en plus de célestes ardeurs. — Allez à la suite de Jésus et suivez-le dans cette voie de patience, de douceur, d'abnégation qu'il a menée sur la terre. — Allez et vivez de telle sorte que vous méritiez un jour d'entrer dans la céleste patrie, au ciel, dans cette assemblée où il n'y aura plus de renvoi, où à la place de Vite missa est, on entendra ces paroles : " Venez, les bénis de mon Père, et possédez le royaume qui vous a été préparé, que je vous ai ouvert par mon sang et que vous méritez par votre constance et votre fidélité. "
11 en coûte au célébrant de se retirer de Fautel sans adresser à Dieu une dernière prière qui soit comme une sorte de récapitulation des prières précédentes ; voilà pourquoi il s'incline et, appuyant ses mains sur l'autel, il conjure le Seigneur de recevoir favorablement le sacrifice que tout indigne qu'il est, il vient de lui offrir au nom de tous et le rendre propitiatoire pour tous : "Agréez, ô Trinité Sainte, l 'hommage de ma servitude et faites que ce sacrifice que j'ai offert aux regards de votre Majesté vous soit agréable malgré mon peu de dévotion et que, grâce à votre miséricorde, il opère Vexpiation des péchés pour moi et pour tous ceux pour qui je Vai offert.
Le célébrant ne veut pas laisser sortir les fidèles sans leur donner une bénédiction particulière. Pasteur et troupeau étaient unis avant le sacrifice dans une même foi, mais il semble que la messe les ait rapprochés encore et les liens d âmes sont si forts ! Peut-on rester étrangers l'un à l'autre quand on a prié ensemble, chanté ensemble, peut-être pleuré ensemble, pris place au même banquet, éprouvé le même tressaillement spirituel et fait ensemble un bond vers les sommets ? Ayant vu de plus près le trésor divin qui, de l'autel, du tabernacle, de la croix, se répandait sur les assistants, l'officiant veut qu'ils en profitent, qu'il soit pour leur bonheur et leur salut ; alors
il baise l'autel, comme pour recevoir de Jésus-Christ dont l'autel est la figure la bénédiction qu'il va transmetttre au peuple ; il élevé ses yeux et ses mains vers le ciel, comme pour implorer la toute puissance et la bonté divines, et, après s'être incliné vers la croix, il dit : " Benedicat vos omnipotens Deus, que le Dieu tout-puissant, c'est-à-dire, celui qui possède par lui-même toute juridiction et toute souveraineté dans le ciel, sur la terre et dans les enfers, vous bénisse, c'est-à-dire, vous rende participants des fruits merveilleux de ce saint sacrifice auquel vous avez assisté, qu'il vous accorde tout ce que vous lui avez demandé pour vous, pour votre famille, pour vos âmes, et pour votre corps ; qu'il vous préserve du péché ; qu'il vous maintienne dans sa grâce et que vous soyez enrichis de ses dons ; qu'il vous concède tout en abondance, ses faveurs, son appui, ses consolations., ses douceurs ; qu'il vous bénisse enfin comme il a béni les patriarches de l'ancienne loi, Abraham, Isaac, Jacob: Dieu le Père qui vous a créés, Dieu le Fils qui vous a rachetés, Dieu le Saint Esprit qui vous a sanctifiés. Amen, qu'il vous soit fait ainsi. C'est mon désir le plus ardent.
Toute bénédiction sacerdotale a son prix, mais ici elle est donnée par le prêtre dans l'exercice de ses plus augustes fonctions ; il porte encore dans sa poitrine le Dieu qui vient d'emprunter sa parole et sa main pour opérer les plus étonnantes merveilles. Dieu à ce moment ne peut rien lui refuser.
Quand les Apôtres eurent reçu la bénédiction du Seigneur sur le mont des Oliviers, " ils s'en retournèrent pleins de joie et on les voyait chaque jour dans le temple louant et remerciant Dieu ". Munis de la bénédiction du prêtre, les fidèles peuvent quitter le lieu saint pour aller où le devoir les appelle. Mais la paix et la joie qui accompagnent la grâce du Sauveur devront resplendir en toute leur conduite. Ils s'en vont heureux ; car ils savent que Jésus est la joie de l'âme comme le soleil est la joie de la nature, le feu la joie du foyer, la fleur la joie du par- . terre, la patrie la joie de l'exilé, le sourire de l'enfant la joie de ;la mère.
La liturgie du saint sacrifice se termine par la lecture de l'évangile de saint Jean que saint Augustin désirait voir écrit .
en lettres d'or sur tous les murs, Evangile que les fidèles portaient autrefois suspendu à leur cou, qu'ils se faisaient imposer sur la tête quand ils étaient malades ; Evangile qui est un merveilleux abrégé des principaux mystères de notre religion.
Cet Evangile nous remet en peu de mots sous les yeux ce que le sacrifice contient de plus auguste et de plus important. On y voit la génération éternelle du Verbe par qui son Père a créé toutes choses. On y voit l'ingratitude et la prévarication de l'homme qui a méconnu et offensé son Créateur. Mais on y voit aussi que ce même Verbe par un excès incompréhensible de bonté, a bien voulu se revêtir de notre chair, pour se sacrifier en notre faveur sur la croix et sur les autels pour nous réconcilier avec son Père et pour l'engager à mettre au nombre de ses enfants tous ceux qui seront régénérés en recevant par le baptême la grâce avec le saint Esprit et qui, en renonçant généreusement à la chair et au sang, auront le courage de se sacrifier aussi eux-mêmes.
Ainsi quand le prêtre a donné aux fidèles la permission de se retirer par ces paroles : Ite, missa est, il leur dit encore cet Evangile ; c'est comme s'il leur disait : allez, mais quelque part que vous alliez, souvenez-vous que Jésus-Christ vous a réconciliés avec le Père céleste et que vous venez de l'assurer de vos respects et de vos obéissances ; souvenez-vous que vous n'êtes plus les enfants d'Adam pour vivre selon les inclinations de la chair et du sang, mais que vous êtes les enfants adoptifs de Dieu et que vous devez désormais vous conduire selon les mouvements de son esprit ; en un mot, songez à quel degré d'honneur vous êtes élevés en vertu de votre adoption et ne dégénérez pas par des actions indignes d'une si haute naissance.
Voilà les sages avis que l'Eglise, comme une bonne mère, donne à ses enfants lorsqu'après la messe ils retournent à leurs occupations. Fasse le ciel qu'ils n'oublient pas de si salutaires instructions.
Le célébrant quitte alors l'autel pour regagner la sacristie. 11 est tout pénétré de la grandeur de l'action qu'il vient de faire ; il se sent incapable de témoigner à Dieu une digne reconnaissance. Il emprunte alors le magnifique cantique des
trois enfants de la fournaise de Babylone : Benedicite omnia opéra Domini Domino, et, avec eux et comme eux, il invite toutes les créatures, célestes et terrestres, animées et inanimées, à s'unir à lui pour louer et glorifier le Dieu de toute bonté ; il les conjure de lui prêter leur cœur et leurs brûlantes ardeurs pour aimer et remercier son Divin Sauveur.