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loi chrétienne, arrive à en saisir plus où moins le
sens; il y a des incroyants qui étudient nos dogmes
par dilettantisme, des impies qui cherchent à les connaître pour les combattre.
Le fidèle apprend pour comprendre, il cherche à comprendre pour mieux aimer. Vaine est la connaissance qui ne se tourne pas à aimer, dit Bossuet. Et plus vous sentirez que l’amour du Christ dépasse la mesure de votre savoir, «ut possitis srire supereminentem -srientiae caritatem Christi » (), plus aisément vous livrerez votre âme avec un abandon complet au bon vouloir de Dieu : « T'ibi se vor MeUuM tofu subjicit, quia te contemplans totum deficit. »
Levez les yeux : l'indifférence religieuse sévit partout où les foules, séduites par le plaisir ou emportées par le tourbillon des affaires, ne se recueillent plus pour réfléchir. La vie religieuse demeure intense dans l'enceinte des cloïtres, des monastères, des séminaires, où le recueillement et le silence favorisent l'oraison. N’avez-vous pas entendu l'avertissement du Sage : « Justus cor suum tradet diluculo ad Dominum qui fecit illum et in Conspectu Altissimi deyrecabitur ()2»
(') Eph. IL, r9.
@) Eccli. XXXIX, 6.
Le silence cst la cendition de Ja vie relivieuse.
Propagateurs de la vie religieuse, placez-vous donc, je vous prie, maintenez-vous dans les conditions que réclame le développement de votre vie religieuse.
Retirez-vous volontiers dans la solituds et aimez à vous taire. Je ne vous dirai pas aujourd’hui d’apprécier lesilence comme sauvegarde de la modestie, de la discrétion, de la charité, — nous envisa£erons cet aspect moral du silence un autre jour, — mais je vous demanda de le pratiquer et de l’aimer dans l'intérêt de votre commerce intérieur avec Dieu. « Tacendo enim apud homines. melius loquemur Deo, » disait saint Bernard (!).
Ne vous plaignez donc pas, âme pieuse, de devoir observer le silence à certaines heures du jour ; gardez-vous d'y manquer, même lorsque personne ne vous surveille : sinon, vous prouveriez que vous vous astreignez servilement à un régime dont vous n’avez pas compris le sens. Fermez sur vous, chaque fois que vous le pouvez, la porte de votre cellule et là, in abrsondito, invoquez en secret Celui qui seul vous demeure dans votre solitude, rlauso ostio, ora Patrem qui videt in abscondito; n’en doutez pas, vous serez largement payée de vos peines, Pater qui ridet à abs: ondito reddet #ibi,
(!) S. Bernard, De ordine vitae.
Souvent, vous vous dites, mes Amis, et vous entendez dire autour de vous que l’homme a besoin de distraction. Rien n'est plus vrai.
La vie physiologique des organes et, par une conséquence indirecte, la vie Morale sont soumises à Ja loi du repos, et la santé de l'organisme, à l'équilibre des fonctions des-divers organes qui le constituent. Après un temps d'activité ou de dépense, la nature réclame un temps de réparation ou de repos. L’exercice outré d’un organe produit le déséquilibre et devient une cause de désors inisation. Les grands contemplatifs le savaient : dans les Ordres religieux occidentaux primitifs, jusques aujourd’hui chez les Chartreux et les Camaldules, le travail des bras a sa place d'honneur dans la règle monastique : il repose du travail de tête et y dispose. L'homme d'État que le peuple anglais appelait complaisamment je « grand vieillard », he great old man, se délassait de ses joutes parlementaires en abattant des arbres. A l’égal de ‘ladstone, M. Roosevelt, le président de la jeune re, ublique des États-Unis aime à prouver à ses concitoyens, par l'exemple et Par la parole, que les saines distractions de la vie physique sont la condition d’une vie Morale intense.
Livrez-vous, de tout Cœur, aux conversations récréatives qu’anime si naturellement votre expansion juvénile ; prenez gaîment les délassements et
Sachez cependant aus.
Si VOus ré.
créer de tout cœur par de saines distractions de la vie physique,
Mais ilya temps pour tout et le secret de la joie est dans le recueilicment de l'âme.
les exercices corporels que la règle du Séminaire prévoit et organise à votre profit. Ils vous laisseront l'âme en sûreté et seconderont, loin de la contrarier, la reprise plus intense de vos efforts vers la vie intérieure. La tristesse doit être bannie des sociétés chrétiennes. Les anges n’ont-ils pas été chargés par Dieu d'annoncer au monde que la venue du Christ était l’apparition de la joie aux âmes du Testament nouveau : « Ecce ego vrangelizo vobis gaudium magnum 2 v
Mais l’expérience du recueillement vous fera comprendre que les distractions les plus pures, les joies les plus sereines ne se puisent pas dans les plaisirs bruyants qui étourdissent ; leur source est au dedans de nous-mèmes. « Moi, je suis ton salut, »ton bonheur, ta vie, dit le Seigneur. Tiens-toi » proche de moi et tu auras la paix : quitte le souci » de tout ce qui passe, occupe-toi des réalités éter- » nelles. Que sont les choses éphémères, sinon des » séductions ? De quel secours te seraient toutes les » créatures, si tu étais abandonné de ton Créateur? » Renonce donc à elles tout de bon, rends-toi docile » et fidèle à ton Créateur, afin de t’assurer la vraie » félicité (!). »
Abandonuons-nous volontiers à ces saintes aspi-
(!) Imitation de J.-C., liv. HE, ch. I.
rations du psalmiste, dont la parole peut être regardée comme une expression fidèle de l'expérience religieuse de l'élite de l'humanité : « Dieu, mon Dieu, » avant que le monde s’agite, dans mon recueille- » ment matutinal j'élève mon âme vers toi. Mon » Âme a soif de toi, mon corps a tant besoin de toi! » Ce monde où je vis m'est comme un désert » Sauvage, desséché. Je me présente dans {on sanc- » tuaire, dévoré du désir de contempler ta puis- » Sance et ta gloire... Le Soir, Sur ma couche, je me > souviens de toi ; le matin, à mon réveil, je pense » à toi, car tu es mon protecteur. Je me tiens sous » tes ailes et j'y tressaille de joie, mon âme adhère » à toi, je m’abandonne à ta droite. »
« Deus, Deus meus, ad te de tuer vigilo.
» Sitivit in te anima 04 quon mullipliciter tibi caro me.
» In terra deserta, et invia, et inaquosa. Sie in sancto apparui tibi, ut viderem rértutem tuam et gloriam tuam (1).
(*) Ps. LXII, 1-18, — Le Hir lit Comme suit les premiers versets que nous venons de citer :
« Deus, Deus meus, tu : te de aurora quaero.
» Sitit ad te anima mea : quam multum ad te caro mea (sitit) in terra arida, fatigatus sine agua versor.
» Sic in sancto vidi te ut contempler virtutem tuam et gloriam luam….
» Dum memor sum tui super Stratum meum, in custodiis meditabor in te... »
» Si memor fui tui super stratunr meum, in matulinis meditabor in te, quia fuisti adjutor meus. Et in
velamento alarum tuarum exulltabo, adhaesit anima mea post te, me suscepit dextera tua. »