‹ A mes séminaristes [microforme]Chapitre 9 sur 31 · LA VIE DU CHRÉTIEN EST INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

LA VIE DU CHRÉTIEN EST INTÉRIEURE

Parlant de la gloire que conquerrait l’Église, le psalmiste avait dit qu’elle la puiserait au dedans d'elle-même, « omnis gloriu ejus ab intus » (‘); le: même Isaïe, qui devait, vers la fin de sa prophétie, s’enthousiasmer devant les conquêtes triomphales du Christ, avait dit de Lui qu'Il règnerait silencieusement. : « Voici mon serviteur, — ainsi parle l'Éternel, — mon protégé, mon élu en qui mon âme se com, ‘*; je lui ai communiqué mon esprit, afin qu’il annonce aux nations la justice. Il ne poussera point de clameur, il n’élèvera point la voix et ne la fera point retentir sur les chemins publics (*). »

(1) Ps. XLIV, 14.

(*) « Ecce servus meus, suscipiam eum ; electus meus, complacuit sibi in illo anima mea... Non clamabit neque accipiet personam, nec audietur vox ejus foris. » Is. XLII, 1-2.

N'est-ce pas dans ce religieux silence que nous trouvons, en effet, l'enfant Jésus à Nazareth? Après avoir passé neuf mois dans l'obscurité Mère ; après avoir tions des be L

* le nom tienne les idées de

lé,

: « Marie gardait au

vangéliste, les paroles

#ntendues, et son Cœur se plaisait à

les repasser dans le silence. » « Z'4 Mafer ejus conser- Abu mania verbe haec in corde suo Frs

Avez-vous Suffisamment réfléchi sur ce fait extra-

ordinaire et, Pour nos conceptions humaines, para-

doxal de la vie cachée de Jésus dans un atelier

obscur de Nazareth ? Songez-y donc . voilà le Verbe

de Dieu, l'i mage resplendissante et Consubstantielle

du Père éternel, qui prend une nature humaine pour

se rapprocher de nous et répandre dans l'humanité

les semences de la vérité et de la grâce, Tous les

mme {") Luc. IT, SI.

Jésus, Marie et Joseph À dans la vie de retraite de Nazareth.

Jésus garde l'esprit de retraite même dans sa vie publique.

30 LE RECUEILLEMENT ET LE SILENCE peuples de la terre sont à éclairer etäracheter. Pour inaugurer Sa mission luminatrice et rédemptrice, le Sauveur du monde dispose — tel est, en effet, le plan providentiel — de trente-trois années, envir"u, de vie terrestre. Or, voici le phénomène, voici le paradoxe : sur ces trente-trois années, Ilen prendra trois, à peine quatre, pour son ministère public, tandis qu'il aura passé les trente premières dans le silence, isolé avec sa mère et son père nourricier, livré au travail manuel et à l'union de son me, dans l'intimité, avec son Père éternel !

Si quelque chose au monde peut nous enseigr.er le prix de la solitude intérieure, n'est-ce pas ce spectacle, qui contraste si fort avec nos empressements et nos agitations ordinaires ?

Pénétrez-vous, mes chers Amis, de ces enseignements décisifs. Ce qui importe par-dessus tout, dans l'accomplissement des desseins divins, ce n’est donc ni le mouvement, ni le bruit, ni moins encore l'agitation, l'empressement fébrile, ni même l’action visible aux regards du dehors; c'est la préparation tranquille et réfléchie de l'âme à l’action, l'assouplissement de la volonté aux communications divines, atin de mieux assurer, de resserrer et d’affermir notre union avec Celui en qui nous avons la vie, le mouvement et l'être.

Aussi voyons-nous notre divin Sauveur conserver, même dans sa vie publique, ses habitudes de Nazareth : le soir, Il aime à s'isoler de Ja foule et, pour se reposer des fatigues du jour, Il passe la nuit en oraison avec Dieu, « et erut Pernoctlans in oration Dei » (!). N'avait-I pas, d’ailleurs, préludé immédiatement à sa prédication publique par une retraite de quarante jours dans le désert ?

Et, au moment où sonnera l'heure des événements suprèmes, après l'institution de Ia sainte Eucharistie, avant que s'ouvre le drame sanglant de sa passion, Il se retire de la salle du cénacle, s'éloigne du collée des apôtres, ne prend avec Lui que trois des préférés, traverse en leur Compagnie le torrent du Cédron, puis, avide d'une solitude plus complète, laisse même ses plus intimes, s'écarte à la distance d’un jet de pierre, et alors, à genoux, engage seul la lutte suprême de sa volonté, fortifiée par la griîce d’en haut, avec la rébellion de la nature qui ne consent pas à mourir ; une sueur Sanguinolente empourpre son front, ruisselle sur son visage ; Il ne reçoit de

consolations que de l'ange député par son Père ; mais Il puise dans son complet recueillement toute l'énergie surhumaine que peut donner la grâce, et

(t) Luc. VE, 12.

La retraite suprême de Jésus au Jardin des Oliviers, sur la Croix,dansle Tabernacle.

11 aura dès lors le courage d'accomplir l’acte le plus parfait possible de la charité : «Non, mon Père, pas ma volonté, mais la vôtre ! Non mea voluntas sed tua fiat (1) !»

Jésus au Jardin des oliviers ; puis, Jésus abandonné des hommes, abandonné même apparemment de son Père sur la croix et poussant vers le cielce cri d'espoir de la volonté surmontant la désespérance des aspirations inférieures : « Mon Père, mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné (*)?» Jésus descendu dans un tombeau el enfermé pendant trois jours dans un sépulcre ; Jésus, enfin, depuis lors et désormais jusqu’à la fin des siècles se choisissant une résidence dernière sous les voiles eucharistiques du pain et du vin, se laissant déposer dans un ciboire, enfermer dans un tabernacle, vivant, cependant, vivant toujours, en communication directe avec son Père, L'interpellant sans cesse à notre profit, «semper yivens ad interpellandum pro nobis (5),» voilà, mes chers Amis, quel est Jésus-Christ, le modèle de là vi ‘hrétienne, et, A un titre spécial, notre modèle . ous, qui SOMMES chargés de Le faire connaître au monde et de Le faire aimer !

(:} Luc. XXI, 42.

@) Matth. XX VI, 46.

(5) Hebr. VIL 25.

Vous étonnerez-vous. après cela, que les âmes les plus fidèles à Dieu aient toujours eu faim et soif de solitude et de silence ? Je vous rappelais, l’autre jour, dans notre premier entretien, ces multitudes d'hommes et de femmes, dont plusieurs de la meilleure société romaine, gagnant en hâte les cabanes solitaires de la Thébaïde. Paréillement, Benoît s’ensevelit dans la grotte de Subiaco, pour y méditer les règles qui formeront le code de.la vie monastique dans l’Église occidentale, comme Ignace de Loyola s'enfermera, douze siècles plus tard, à Manrèse pour y élaborer ces merveilleux « Exercices spirituels » qui servent encore aujourd’hui à discipliner les fortes légions de la Compagnie de Jésus.

Tous les ordres religieux ont fait, dans leur règle, une large part au silence. Les uns, comme les Krmiles et, aujourd’hui encore, les Trappistes, se sont astreints à un silence absolu et perpétuel; les autres, en plus grand nombre, ont associé la pratique du silence aux devoirs de la vie sociale, soit dans les échanges d’une Communauté fermée, soit dans leurs relations intermittentes avec le monde extérieur, mais tous ont Compris la nécessité d'envelopper l’âme d’une atmosphère de silence et de recueillement pour soutenir sa tension intérieure vers l'idéal de la perfection et la Maintenir en contact per-

manent avec Dieu. 3

Les ordres religieux et le silence.

“mt ttales pes pneus, |

Marthe et Marie.

Aussi bien, n'est-ce pas notre divin Sauveur Lui-même qui nous en a avertis ? Pour bien prier, il est indispensable de vous établir dans la solitude et le silence : « Tu autem, cum oraveris, intra in

cubiculum tuum et, clauso ostio, ora Patrem tuum in abscondito et Pater tuus, qui videt in absrondito, reddet tibi. » Et, dans son entretien familier avec les sœurs de Lazare, Il nous a mis sous les yeux deux formes de vie, l’une correcte, irréprochable, celle de Marthe, l’autre meilleure, la préférée, celle de Marie. Marthe est active, prend intérêt à de multiples sujets d’occupations extérieures, comprend avec peine que l’âme se tienne en silence aux pieds de Jésus pour recevoir ses enseignements. Marie ne pense qu’à une chose, ne vit que d’oraison. Le divin Salomon ne condamne pas la première, mais ses préférences vont ouvertement à la seconde : « Maria optimam partem elegit, quie non auferetur ab ea (*). »

(*) Luc. X, 42.

L'EXPANSION DE LA VIE CHRÉTIENNE DEMANDE LE RECUEILLEMENT ET LE SILENCE.

: } vient, chers Séminaristes, ce besoin de silence dans la vie du Chrétien ? Comment se fait-il que les âmes les meilieures se replient de plus en plus volontiers dans le recueillement et le secret, à telle enseigne que les progrès dans la perfection religieuse se marquent par les étapes mêmes de Ja pénétration dans la vie intérieure et que celle-ci, au terme de son activité Ja plus intense, s’appelle la vie secrète par excellence, la vie mystique 2?

La religion chrétienne se trou'. définie en ces termes par Notre Seigneur en personne, dans son discours d’adieu à ses apôtres : la connaissance du vrai Dieu et de son envoyé Jésus-Christ, « haer est vita aeterna nt COgnoscant te verum Deum et quem misisti Jesum ( hristum » (‘).

Connaître Dieu !

Connaître Jésus-Christ !

L'ensemble des rapports de l’homme avec Dieu constitue la religion.

L'ensemble des rapports du chrétien avec Jésus- Christ constitue la religion chrétienne.

RE — (*) Joan. XVIX, 3.

Pourquoi la vie du chrétien exige le silence et Je recueillement.

I faut le silence pour avancer dans la connaissancedeDieu et de Jésus- Christ.

La connaissance de Dieu, mier devoir de l’hornme.

pre--

Or, voici la mineure de mon raisonnement : La connaissance de Dieu et de Jésus-Christ réclame le recueillement et le silence.

D'où nous conclurons que la raison fondamentale de la loi du silence, qui occupe une large place dans le règlement du Séminaire, est d'ordre religieux.

Il faut saisir cette raison pour apprécier la grandeur de votre vie et pour vous tenir en garde contre certaines interprétations mesquines, qui ravaleraient la règle sainte des séminaires ecclésiastiques au niveau des réglementations disciplinaires d’une vie de caserne ou aux dispositions tout extérieures, tracassières parfois, d’un règlement de police ou d'administration.

Connaître Dieu, le vrai Dieu !

Qui est comme Dieu, quis ut Deus ? Qui est grand, puissant, juste, sage comme Lui ? « Qui à » mesuré les eaux dans le creux de sa is n,quia » pris avec la paume les dimensions des cieux ? Qui » a levé du bout des doigts le globe terrestre, pesé » les montagnes au crochet et les collines à la » balance ? Qui a sondé l'esprit de l'Éternel et l’a » éclairé de ses conseils ? Chez qui a-t-Il eu besoin » de s’instruire pour apprendre le chemin de la » justice ou de la prudence? Voyez les nations : elles

» Sont en sa présence comme les gouttes d'une » jarre d'eau, Comme des grains de poussière sur » une balance, et Jes îles sont comme une fine » poudre que disperse un Coup de vent. Toutes les » nations sont devant Lui Comme si elles n'étaient » point, elles comptent autant que rien, elles ne » Sont que vanité. À qui voulez-vous donc com- » parer Dieu ? Et quelle image ferez-vous son » égale ? » « Omnes gCntes quasi non sint, sic sunt Coram e0, et quasi nihilum et inane reputatae sunt ei. Cu ergo similem fecistis Teum ? qut quam imagirem Donetis ei (1) 2»

Invinciblement, toute âme humaine est en quête de Dieu. L'ethnographie ne Connaït point de peuple athée. Ceux-là mêmes qui aujourd’hui, Systématiquement, sous l'étiquette du pPositivisme ou de l’agnosticisme, s'efforcent à bannir Dieu de la Conscience, ne réussissent qu’à changer son nom : ils L’appellent le Divin ou l'Idéal, mais ne Le Suppriment point.

Comment Parviendraient-ils à Le Supprimer ?

« Levez vos yeux et regardez! Qui a créé ces choses » qui s’étalent devant vous ? Qui les fait marcher en » ordre, comme les bataillons d’une armée? Il les » appelle toutes par leur nom, et telle est l'étendue

me (") Is. XL, 12-18,

DRE er nage ones ec

Il nous a aimés le premier; mais attend de nous que nousLecherchions avec amour.

» de son autorité, telle est la force de sa puissance, » que pas une ne résiste à l'appel ('). »

” Les païens furent coupables, disait saint Paul aux Romains, non pour avoir ignoré Dieu, mais parce

que, ne pouvarrt ignorer son existence, ils ne se sont

pas enquis de sa nature et n'ont pas réglé leur conduite sur les droits indiscutables de sa Majesté souveraine; au vrai Dieu ils ont follement substitué des idoles; ils ont adoré et servi la créature au lieu du Créateur (?), |

A tout homme, Dieu impose un devoir primordial : Il lui commande de Le chercher, Lui, Dieu.

Aux agnostiques de tous les âges, à ceux d'Athènes qui élevaient un autel «au Dieu inconnu» ; à nos contemporains qui se drapent avec superbe dans le manteau de la science pour dédaigner Dieu, Il oppose le spectacle de l'univers visible et les lois de l'histoire. Lui, le premier, nous a aimés, « Tpse prior dilexit nos » ; Lui, le premier, nous met dans l’heureuse impossibilité de L'ignorer totaleme t; mais, après qu’Il a daigné faire le premier pas vers nous, Il nous invite à marcher à notre tour pour avancer librement vers Lui. Il veut nous donner la joie

‘de nous attribuer pour une part à nous-mêmes

(1) Is. XL, 26.

(?) Rom. I, 18-32.

la conquête de notre félicité éternelle, Il nous fait voir, sans doute, que la sagesse et la reconnaissance nous commandent de Lui être fidèles, mais Il nous laisse la faculté d'abuser de ses bienfaits et de Le méconnaître.

Vous avez vu parfois avec attendrissement un père de famille, au soir d'une journée de labeur, proche du toit familial, appeler à lui son jeune enfant, qu’une mère attentive soutient de ses bras, au seuil du foyer ; du geste et de la voix, le père. qui s’est fait petit, encourage son enfant; bien qu'il brûle de le presser sur SOn Céur, il n'avance

point vers lui, mais il l'attend, le provique à essayer ses pas Chancelants : il veut que ce soit l’enfant qui se rapproche de son père et qui vienne de luimême tomber dans les bras vigoureux ouverts pour l'étreindre. Ainsi agit notre Père céleste envers nous.

Il nous a prodigué, d’abord, les manifestations de Sa puissance, de sa sagesse et de son amour. «Il a » fait le monde et tout ce qui s’y trouve, Il se » Montre le Maître du ciel et de la terre, affranchi » de nos besoins humains, l’auteur de Ja vie qui » nous anime, de l’air que nous respirons, de tous » les biens dont nous jouissons ; sa providence fixe » à tous les membres de Ja famille humaine leur

Dieu ne se cache pas; Il est caché.

» séjour et leur durée, afin de les provoquer à » chercher le Seigneur, à s’avancer à tâtons vers » Lui jusqu’à ce qu’ils aient la joie de Le décou- » vrir, et cependant, Il n’est pas, en réalité, loin » de chacun de nous, puisque nous possédons en » Lui le principe de notre vie, de notre activité, de » notre subsistance (!). »

Chacune des perfections créées est comme un échelon qui invite les âmes humbles et droites à s'élever vers Dieu ; mais aucune ne nous montre Dieu tel qu'Il est. Le développement de notre connaissance de l’Infini réclame de nous un effort soutenu de réflexion. Le génial Thomas d'Aquin conclut son étude philosophique et théologique sur Dieu en disant que la connaissance la plus haute que l'homme puisse naturellement se former de l'Être divin, c’est la conviction réfléchie que l’Infini échappe essentiellement à la perception compréhensive de toute intelligence finie.

(*) « Deus, qui fecit mundum, et omnia quae in eo sunt, hic coeli et terrae cum sit Dominus, non in manufactis templis habitat, nec manibus humanis colitur indigens aliquo, cum ipse det omnibus vitam, et inspirationem, et omnia ; fecitque ex uno omne genus hominum inhabitare super universam facicm terrae, definiens statuta tempora, et terminos habitationis eorum, quaerere Deum si forte attrectent eum aut inveniant ; quamvis non longe sit ab unoquoque nostrum. In ipso enim vivimus, et rmovemur, ct sumus. » Act. Ap. XVII, 24-28.

Et ne dites pas : « Pourquoi Dieu se cache:t-11 ? » Il ne se cache pas, Il est, de par sa nature, essentiellement caché à nos regards humains.

Objecter : « Pourquoi Dieu se Cache-t.]1 ? » autant vaudrait demander Pourquoi l'être raisonnable n'arrive À connaître l’invisible qu’en raisonnant, OU, ce qui revient en définitiv au même, pourquoi l'homme n'est pas Dieu.

Or, si la connaissance de Dieu ne s'obtient qu'au prix de nos efforts, ne voyez-vous pas aussitôt combien l’ime religieuse, qui se Porte vers Dieu, : besoin de silence ?

Lorsque vous Poursuivez anxieux Ja so] ution d'un problème d'art ou de métaphysique et qu'un importun frappe soudain à votre porte, ne vous surprenez VOUS pas à laisser échapper d’instinet ce cri:«Allez, de grâce, laissez-moi en paix ? »

Il le savait, le grand psychologue qui, après avoir senti le vide de toutes les voluptés, avait le Courage de s'écrier : « Que lardons-nous donc à » abandonner les espérances du siècle, pour nous » OCCUper uniquement de chercher Dieu et Ja vie » bienheureuse (D?»

À Ostie, un soir, loin des bruits du monde,

ES (1) Confess., liv. VI, ch. XI.

Pour Le connaître, le silence cat indispensable.

A2 LE RECUEILLEMENT Ef LE SILENCE

August: et sa mère se trouvaient seuls, accoudés à une fenêtre, contemplant l’immensité de la mer. Déjà ils avaient foulé de leur mépris tous les plaisirs que peuvent goûter les sens ; ils s'élevaient, au-dessus des beautés de la nature, jusqu'à Celui qui les a faites ; ils désoccupaient leur esprit « de ses songes, de ses images, de la parole et des signes, de tout ce qui passe », afin de se faire « une âme » en présence de laquelle tout se tienne dans le silence »; car « nous étions pressés, dira plus tard à Dieu le saint Docteur, d'atteindre cette région d'inépuisables délices, où vous rassasiez éternellement Israël de la nourriture de la vérité et où la vie est la sagesse même, principe de tout ce qui existe, de tout ce qui a existé et de tout ce qui existera ; sagesse qui ne naît point, mais qui est aujourd’hui telle qu’elle a été et telle qu'elle sera toujours ; ou plutôt, on ne peut dire d'elle ni qu'elle a été, ni qu’elle sera, mais seulement qu’elle est, parce qu’elle est éternelle ; car avoir été et devoir être, ce n’est pas être éternel (!). » Voulez-1 ous, avec saint Augustin, chercher Dieu et Le trouver ? Comme lui, enveloppez-vous de silence et adressez-vous à votre Père qui lit dans lPintime de vos âmes, et votre Père vous récom-

EVÉVYVYYYÉNY YU TX Y%

(t) Confess., liv. IX, ch. X.

pensera de votre effort

: « Tu autem, cum orUreris.

intra in cubientrn Lun,

ct, clauso ostio, ora Patren, lion in abscontite :

ct Pater tuus qui videt in absrondito redidet tihi (!). »

I faut donc le silence pour chercher et trouver

Sans Île si- Dieu.

lence, impossible dc trou Il le faut pour chercher et trouver Jécus-Christ. ver Jésus-

Dans sa Lettre aux Éphésiens, l'apôtre saint Paul °° adresse à Dieu cette sublime prière :

» SCNOUX devant le Père » Christ, souche de La famille chrétienne du ciel et » de la terre, et Lui demande que l'Esprit Saint vous » justilie et fasse Srandir en vous l'homme intérieur » afin que, avec tous les saints, vous puissiez com- » prendre quelle est ]a longueur, la largeur, la » hauteur et la profondeur (des œuvres du Christ) » el vous rendre compte que son amour défie toute

» Connaissance, en sorte que Vous soyez remplis de » la plénitude de Dieu (?). »

« Je tombe :

de Notre Seigneur Jésus

(1) Matth. VI, 6.

() «Flecto genua mca ad Patre €X quo omnis paternitas in coelis, et in terra nominatur, ut det vobis secundum divitias gloriae suac virtute Corroborari per Spiritum ejus in interiorem hominem, Christum habitare per fidem in cordibus Vestris : in charitate radicati, et fundati, ut possitis comprehendere Cum omnibus sanctis, quae sit latitudo, et longitudo, et sublimitas, et profundum : séire ctiam supere-

minentem scientiae Charitatem Christi, ut inpleamini in omnem pPlenitudinem Dei. » Eph. III, 14-19.

m Domini nostr, Jesu Christ,

"ADR 0 .I0Ss, D: DS. ON, OS. A

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La sublinité des humiliations du Dieu rédempteur.

Dans sa longueur, au point de vue de la durée, l'action rédemptrice débute à l'origine du temps et n'aura plus de fin; dans sa largeur, elle embrasse les anges et les hommes ; elle descend jusqu'aux profondeurs de notre faible nature et nous retire des bas-fonds du péché pour nous transporter aux sublimes hauteurs de la tiliation divine.

Et au prix de quelles humiliations le Dieu-homme accomplit-Il son œuvre !

Suivez du regard les étapes qu’Il parcourt pour descendre vers nous. Lui, le Verbe consubstantiel ‘du Père, le resplendissement de sa gloire éternelle, Il revêt notre pauvre nature avec toutes ses infirmités, hormis le péché. La nature humaine est belle, sans doute ; en face de la nature brute, l'homme a la majesté d’un roi. Mais pour qui la regarde des hauteurs de la divinité, quelle misérable guenille ! Le Verbe divin ne la prendra pas sans subir ce que saint Paul croit devoir appeler un anéantissement : « Qui cum in forma Dei esset… semetipsum exinanivit formam servi accipiens, in similitudinem hominum factus et habitu inventus ut homo (‘), » Encore ne subit-Il cette déchéance sans nom que pour

() Philipp. LL, 6-7.

LE RÉCUEILLEMENT ET LE SILENCK 45

se livrer à l'opprobre et à la Souffrance. Devenu homme, 11 se constitue librement, à notre place, prisonnier responsable de tous nos crimes ; pour expier notre superbe et OS sensualités, 11 se réduit À n'avoir plus « ni éclat, ni beauté, ni figure » humsiine ; 1] devient l'opprobre des hommes, le » rebut de la populace » (!); non plus un homme, mais un ver de terre, « €J0 vermis et non homo » C9: Il s'enfonce dans la vase des bumiliations volontaires jusqu'à passer aux yeux de la foule pour un condamné à la mort de à: croix, « Humiliavit semelipsum factus obediens usqne ad Mmorlem, morte Uubem crucis. »

non ! Une humiliaavec la prévision de loire, nesatisfait pas qui mesure jusqu’au fond le néant de la créature et les droits imprescriptibles de la justice divine sur l'humanité Coupable, Et voici que toutes les Sénérations assisteront jusqu'à la fin des siècles à cette merveille, qui est décidément le dernier mot de la toute-Puissance au service de

nn tt) Is. LILI, 2.

(*) Ps. XXI, 7.

La personnalité de l’'Homme- Dieu est insondable.

l'amour (:) : un Dieu qui cache sa majesté divine sous les traits d’une nature humaine et qui dérobe son humanité même sous les dehors d’un aliment que le dernier d’entre nous puisse absorber pour parfaire l’union invisible de son me avec Dieu. « O res mirabilis, manducat Dominunt pauper, servus et humilis. »

Mes chers Amis, voussavez combienilest difficile de s'élever à la compréhension d’une œuvre degénie. de la Divine Comédie du Dante, par exemple, de l'Office du Saint-Sacrement de Thomas d'Aquin, d’une toile de Rembrandt, de Velasquez, de Murillo, d’un drame musical comme la Passion de Bach, d’un de ces poèmes de pierre que sont telles de nos vieilles cathédrales. Eussiez-vous compris un de ces chefs-d’œuvre, vous auriez saisi, sous un de ses aspects, le génie qui l’a enfanté, mais la personnalité de son auteur vous échapperait encore.

Que dire, alors, de la personnalité de l’Homme- Dieu ? Elle dépasse infiniment, écrit le pape sait Léon, tout ce que nous pouvons en dire. Qu'il s’agisse du Verbe divin ou de la nature humaine du Christ, nous ne pouvons jamais que répéter l’aveu d’impuissance du Prophète :

(1) « Cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos. » Joan. XIE, 1.

« Qui racontera son origine ? Onen parlerait tou- » jours, parce que l’on a Conscience de n’en avoir » jamais assez parlé ('). »

L'éternité nous sera donnée Pour sonder les abîmes des perfections divines et creuser le mystère de l’Incarnation du Verbe : jamais, même à l’aide des ressources qu’apportera à nos intelligences la lumière de la gloire, nous n’arriverons à nous dire que le terme est atteint.

Nous verrons de près ce Jésus qui nous a tant aimés et qui, pour nous assurer de son amour, n’a rien épargné ; nous Contemplerons l’œuvre de la rédemption dans son ensemble, et nous la verrons

pleinement justifiée des reproches que lui adresse aujourd'hui l'orgueil de l'impie, « nt justificeris ‘in sermonibus tuis et vincas Cum judicaris » (*), mais jamais nous n'épuiserons la Compréhension de l'amour du Cœur de Notre Seigneur.

Quel champ est donc ouvert à nos méditations !

(1) « Excedit quidem multumque supereminet humani

facultatem divini Operis magnitudo :

fandi, unde adest ratio non tacendi,

non solum ad divinam essentiam, s

naturam quod dictum est per Proph

enarrabit ?.. Et ideo nunqu

quam suffcit copia laudatoris. » Sermo IX De nativitate Domini. (*) Ps. EL, 6,

Nous n'’avons Dieu que pour L’'aimer,

Quels abimes à sonder pour un cœur aimant !

Quelle joie, pour une âme réfléchie, de se sentir irrémédiablement vaincue dans ses efforts pour mesurer le miséricordienux amour qui la comble !

L’homme, aux prises avec l'Infini, avance et en intelligence et en amour, dans la mesure seulement où il comprend mieux la distance qui s’étend entre lui et l’Idéal qu’il poursuit.

Nul n’a mieux traduit ce sentiment que le grand Pape saint Léon. Écoutez-le : « Gaudeamus igitur, quod ad eloquendum tantae miserirordiae sacramentum impares sumus : el cum salutis nostrae altitudinem Promere non valeamus, sentiamus nobis bonum esse, quod vincimur. Nemo enim ad cognitionem veritatis magis propinquat, quam qui intelligit, in rebus divinis, etiam si multum vroficiat, semper sibi superesse quod quaerat. Nam qui se ad id, in quod tendit, pervenissr praesumit, non quaesita reperit, sed in inquisitionr deficit (*). »

Il y a trois façons de s’assimiler la doctrine chrétienne :

L'enfant, avant l’âge de raison, peut en apprendre la lettre.

L'homme fait, n’eût-il ni la charité ni même la

(1) S. Leo, Sermo IX De nativitate Domini.

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