RS
Maiselle cest servi par ses sujets. souvent mal
cervie par les facu!tés sensibles.
Il est entouré de courtisans qui le flattent et vivent à ses dépens. La garde qui devrait veiller à sa sécurité est composée de lâcnes qui fuient à la première alerte et de téméraires qui donnent tête baissée dans le danger. Son peuple est avide de plaï”irs, insatiable, toujours malcontent ; ses soldats se livrent tantôt, dans l'ombre, à des complots séditieux, tantôt à des rébellions ouvertes coutre l’antorité.
Le roi tente-t-il de composer avec les mutins ? ils le sommeront aussitôt d'ubdiquer.
Entend-il leur tenir t..-+? il lui faudra, pour } réussir, une vigilance de tous les instants, une constance de volonté qui ne connaisse ni trêve Li fléchissement. L'exercice de notre souveraineté morale est à ce'prix.
Les facultés sensibles, en effet, s'attachent, avec une passion exclusive, aux objets qui leur conviennent ; incapables de reconnaître les droits ds : facultésrivales, elles transgressent capricieuseme: les frontières que la raison leur trace. A tout instant, des impressions, puis des penchants, des désirs sensibles, des complaisances spontanées de la volonté elle-même franchissent l'enceinte du libre arbitre et attentent à son pouvoir.
Ces mêmes facultés reculent, d’instinct, devant tout ce qui les contrarie. Leur répugnance à se
soumettre au devoir moral, leur mollesse à se prêter à son aCcomplissement, leur résistance méme à ja loi que la ver 1 leur ünpose, créent an roi souverain une situation vis (raté, pénible. Il ne règne «uen état de siègo,
Cet antagonisme de Ja volonté libre et des puissances qui sont à son service est anormal. Dans le
tan primitif du Créateur. il ne devait point exister. :°3 fait, chez nos premiers parents, antérieu ‘ment à lenr chute, il n'existait pas. Le corps, chez eux. obéissait à la raison, celle-ri à l'ordre moral qui en est le principe et le soutien.
Mais le péché originel qui, denos premiers parents se transmit à leur descendance, introduisit dans la race humaine un ferment de révolte qui rend les
sens indociles à l’âme et celle-ci rebelle à l'attrait divin.
, à Dieu
La grâce sanCtifiante,fruit dela rédemption opérée par Jésus-Christ, ôte à ce désordre intime son caractère de culpabilité, maisen laisse subsister les effets. Ainsi que le déclare le Concile de Trente, « la con- Cupiscence se fait sentir en nous, même après le baptême, afin de nous exciter
aux luttes glorieuses de la vie chrétienne. » (!).
(1) « Manerc autemin baptizatis Concupiscentiam, vel fomitem, haec sancta Synodus fatetur et sentit : quae quum ad agonem
L'origine de Ja concu-
Piscenice,
mr
htm dl nage 7
L'esprit et la chair.
La lutte entre eux est inévitable et sans trêve.
Aussi, malgré l'accroissement de vie surnaturelle que nous apportent les sacrements et les grâces actuelles dont la Bonté divine se plaît à nous combler, la vertu ne s'obtient jamais qu’au prix de la lutte et ne se maintient que par l'effort.
En langage chrétien, l'âme avec ses aspirations morales et ses dispositions à se soumettre à la loi divine s'appelle « l'esprit ». L'homme chargé de tous ces penchants sensibleset sentiments spontanés qui l’exposent à se détourner de son idéal moral et de la soumission, à Dieu s’appelle la « chair ».
Les deux expressions, empruntées à la théologie, répondent assez exactement à ce que, dans le langage ordinaire, nous appelons aujourd’hui l'âme chrétienne et les passions. 6
Entre les passions entendues dans le sens péjoratif du mot et l’âme chrétienne; entre la «chair » et «l'esprit »(!), une lutte sans trêve doit s'engager.
relicta sit. Hanc concupiscentiam aliquando Apostolus peccatum appellat,.… quia ex peccato est et ad peccatum inclinat. » Conc. Trid. Sess. 5, Decr. de pecc. orig.
(‘) La «chair » ne signifie donc pas, dans le langage chrétien, le corps organisé, doué de vie physique et capable de sensation; le mot a pris le sens qu’y attache saint Paul : il désigne la nature humaine entière corps et Âme, mais avec les déformations que le péché originel lui a infligées.
« L'esprit » opposé à la «chair » n’est pas exclusivement l'âme
ses péripéties Marquent les étapes de toute vie chrétienne. Le combat s'ouvre au moment où l’îâme baptisée prend Conscience de ses responsabilités, il ne s'achève qu'avec la vie. Le ciel ne sera que pour
nn considérée avec les dispositi inhé à mais l’âme élevée à l grâce chrétienne.
La «chair» ne d son état normal : ca
qui, dans leur Connexion avec lui, présenten le caractère d’un péché habituel,
« L'esprit » ne désigne pas davantage l'âme Spirituelle, envisagée dans sa condition naturelle; car sa nature, d’une part, ne lui crée aucun titre à la grâce et, d'autre Part, eile n’est pas qu’esprit, mais elle forme un tout substantiel avec le Corps, dont elle est le principe vivifiant.
Il faut se placer dans l’ordre Surnaturel, le seul d'ail] possède une réalité historique la «chair» et de « l'esprit» da le langage chrétien. L’homm le péché originel, est mis en Par son ascension à la vie su opposé à «1
suites du péché originel que le ba autant d'expressions Synonymes, De même, les expressions « ] « l’homme intérieur », même s dans le vocabulaire Chrétien,
‘homme nouveau », « l'esprit », ouvent « la grâce » s’équivalent
Le prix de lavictoireest |'Éolise nous fait réciter chaque fois que nous termi-
la paix l'âme.
de
ceux qui auront vaillamment occupé sur terre leur poste de combat. « Que certat in agone non coronatur nisi legitime certaverit (*). »
Bienheureux, dit l’apôtre saint Jacques, celui qui accepte les luttes pénibles de la vie présente ; car, après avoir passé par l'épreuve, il recevra la couronne de l’éternelle vie, promise par le Seigneur à tous ceux qui l’auront généreusement aimé. » « Deatus vir qui suffert lentationem, quoniam cum probatus fuerit, ascipiet coronam vilac, quam repromisit Dominus diligentibus se (?). »
appelons-nous, mes chers Amis, la prière que
nons une partie de notre office canonial : « Dominus det nobis suam parem, et vitam aeternam ; amen. » « Que le Seigneur nous donne ‘sa paix et la vie éternelle. »
La paix consommée et la vie éternelle sont inséparablement unies.
lislesavaient bien, les chrétiens des trois premiers siècles, qui gravaient avec un soin jaloux sur les pierres funéraires de leurs chers morts, la colombe au rameau d'olivier. Leur vœu favori était : « In
() 2 Tim. Il, 5.
@) Jacob. I, 12.
Pace », «v
ivas in pare », «Soyez en paix, vivez en paix ».
Aujourd'hui encore, n'est-il pas de meilleur souhait à adresser à nos chers défunts que cette simple espérance : equiescant in Pace, qu'ils reposent en paix.
En attendant que le Prince de la Pour nous l'ère du repos é est de veiller,
PAS Vrai, nous n’avons
paix (‘) inaugure ternel, notre devoir l’arme au bras, toujours en garde contre les pièges que nous tend l’ennemi de notre salut, toujours résolus à repousser ses assauts.
Saint Paul, qui connaissait son ennemi intérieur,
Les gémise nous à décrit, en termes tragiques, ses menées. sements de É tez-le : l'Apôtresaint
coutez-le : Paul,
« Je ne comprends pas ce que je fais, écrit-il, car ce que je veux, le bien, je ne le fais pas, tandis que ce que je ne veux Pas, le mal, je le fais. En faisant ce que je voudrais ne point faire, j'avoue implicitement que la loi est bonne. Or, si je fais ce que je désavoue, ce n’est pas mo mais quelque chose qui habite en mo au péché. Je trouve donc en moi une loi qui pèse sur ma volonté de bien fai re, puisque le mal s'attache à moi. Ce qui en moi est l’homme intérieur affec-
sit RS,
i qui le fais, iet m’incline
HE Ÿ; Î J t
Lestroisconvoitises fondamentales ;
182 LA PAIX DE L'’AME oo
tionne la loi de Dieu, mais je trouve dans mes membres une autre loi, qui est opposée à la loi de mon esprit et m’enchaîne à la loi de péché qui est dans mes membres. O combien pénible est ma condition d'homme ! Qui donc me libérera de ce corps qui engendre la mort ? Ce sera la grâce de Dieu par Jésus-Christ Notre Seigneur ('). »
Pour multiples et diverses qu’elles soient, les tendances désordonnées de la «chair» sont toujours
(:) « Quod enim operor non intelligo : non enim quod volo bonum, hoc ago ; sed quod odi malum, illud facio.
» Si autem quod nolo, illud facio, consentio legi, quoniam bona est.
>» Nunc autem jam non ego operor illud; sed quod habitat in me peccatum.
» Scio enim quia non habitat in me, hoc est in carne mea, bonum ; nam velle, adjacet mihi; perficere autem bonum, non invenio.
» Non enim quod volo bonum, hoc facio; sed quod nolo malum, hoc ago. Si autem quod nolo, illud facio, jam non ego operor illud, sed quod habitat in me peccatum.
» Invenio igitur legem, volenti mihi facere bonum, quoniam mihi malum adjacet.
» Condelector enim legi Dei secundum interiorem hominem;
» Video autem aliam legem in membris meis, repugnantem legi mentis meue, et captivantem me in lege peccati, quae est in membris meis.
» Infelix ego homo! quismelibe: . ‘*de corpore mortis hujus?
» Gratia Dei per Jesum Christu. minum nostrum. Igitur ego ipse mente servio legi Dei, care autem legi peccati. > Rom. VII, 15-25.
au fond l’une des trois conv l’apôtre saint Jean lorsqu'il in mundo, CON"upiscentia
oitises que mentionne écrit : « Omne quod est
Carnis est et COnCupisrentia oculorum ct Superbia vitae ("). » « Tout ce que
renferme le monde est Convoitise de la chair, c'està-dire recherche des plaisirs sensuels ou voluptueux ; convoitise des yeux, c'est-à-dire avidité des biens extérieurs ; Superbe de Ja vie, c'est-à-dire passion de l'orgueil. » Encore ces trois racines de tous les vices qui altèrent la pureté morale de l’âme vivent-elles d’une même sève, « l’égoïsme ».
L'homme abandonné àses instincts n’est pas l'être bon, généreux qu'avait révé Jean-Jacques Rousseau et que seul le commerce Social viendrait gâter ; il se recherche si bien lui-même, que les objets qui
l'entourent ne comptent pour lui « ue dans la mesure
où il peut en tirer profit ; les autres hommes sont
des rivaux qui ont le tort de lui disputer une parcelle du bonheur qu'il voudrait e
jalouse, « homo homini lupus », dis Bacon et Hobbes ; Dieu de l’égoïste qu’un tyran
tincts et étouffe, par
aient François lui-même n’est aux yeux qui entrave la liberté des la compression violente
—— ‘(9 I Joan. IT, 16, r7.
LA PAIX DE L’AME 183 ne"
ellesseramènent à l'égoisme.
charité : drame de toute vie chrétienne, histoire dela race hu-
qu'exerce sur elle la loi morale, l'expansionillimitée.
de la nature.
Le paganisme de l'empire romain, avec son dévergondage de volupté et ses cruautés féroce£, marque l'apogée de l’exaltation du moi. La charité chrétienne, c’est-à-dire l'oubli de soi, l'amour désintéressé de Dieu et de l’humanité, est son antithèse.
L’antagonisme du moi égoïste et de la charité constitue le drame intime detoute vie chrétienne ('); leurs manifestations respectives et les péripéties de leurs conflits forment, selon la juste observation de
(‘) Notre intention n’est pas de poursuivre ici dans le détail l'analyse des tendances égoïstes qui s'opposent à l'efficacité de l'action de la grâce en nos âmes. Cette analyse est cependant nécessaire à la prudence chrétienne. Elle fait l’objet des examens de conscience qui sont le point de départ indispensable de toute réforme intérieure.
Pour vous aider dans ce travail d'analyse, vous ne trouverez
‘ peut-être nulle part plus de précision et de vérité que chez l’auteur de l’Imitation de Jésus-Christ. Nous reproduisons ici, à votre intention, quelques signes auxquels vous reconnaîtrez l’opposition de la chair et de l'esprit ou, comme s'exprime le pieux psychologue, de la nature et de la grâce :
« Mon fils, icrit-il, observez avec soin les mouvements de la nature et de ia grâce, car ils sont très opposés et très subtils : à peine peuvent-ils étre discernés, si ce n’est par une personne spirituelle et intérieurement éclairée.
» Lanature travaille poursonintérêt ct regardeau profit qu’elle peut tirer desautres; — la grâce,au contraire, n’examine point ce
saint Augustin, l'histoire de Ja race humaine. « Fere-
runt civitates duxs amores duo, terrenam scilicet
amor sui usque «dl Contemptum Dei: coclestem
vero amor Dei usque ad contemptum sui.
Deux amours se disputent les sociétés : l'amour de soi, qui va
qui peut lui être utile et a servir à un grand nombre.
. » La nature est bien grâce, au contraire, toute gloire.
» La nature craint Ja confusion et 1 contraire, se réjouit de souffr (Act., V, 4x).
»* La nature aime l’oisiveté et le repos corporel ; — la grâce, au contraire, ne peut rester inoccupée, et de bon cœur elle embrasse le travail.
» La nature agit en tout Pour le gain et l'intérêt propre, elle ne Peut rien faire gratuitement; mais en retour de ses services, elle espère obtenir quelque chose d’égal ou de meilleur, la louange Ou Ja faveur, et elle désire ardemment que l’on apprécie beaucoup ce qu’elle donne: — Ja grâce, au contraire, ne recherche rien de temporel; elle ne demande Pour récompense d'autre prix qué Dieu seul, et, des choses nécessaires de ce monde, elie ne désire
que ce qui peut servir à l'acquisition des biens éternels.
» La nature se plaint vite de ce qui lui manque la fait souffrir; — Ja Stance le dénuement.
» La nature rapporte tout à elle; c’est pour elle qu’elle combat <t dispute: — Ja grâce, au contraire, ramène tout à Dieu, de qui tout émane originairement ; elle ne veut Pas qu’on parle d’élle et de ce qui la concerne ; mais elle souhaite que Dieu soit béni dans ses dons, Lui qui les prodigue tous Par pure charité,
» Cette grace est une lumière Surnaturelle et un don spécial de
Vantageux, mais plutôt ce qui peut
aise d'être honorée et respectée ; — Ja renvoie fidèlement à Dieu tout honneur et
e mépris; — Ja grâce, au ir des outi ages pour le nom de Jésus
et de ce qui grâce, au contraire, Supporte avec con-
0 te
jusqu’au mépris de Dieu ; l'amour de Dieu, qui va jusqu’au mépris de soi-même (‘).
Auquel de ces deux amours donnerons-nous la souveraineté ?
Notre âme se découronnera-t-elle, au profit de ses passions, de la royauté qui lui revient de par sa liberté ? Achètera-t-elle la paix au prix d’une capitulation ? .
Ou suivra-t-elle l’étendard de Celui qui a dit : « Non veni pacem mittere sed gladium. Je ne vous invite point au repos, mais au maniement de l’énée » (?), et aura-t-elle le courage de ne chercher sa tranquillité que dans la défaite de ses ennemis ?
Dieu; c’est proprement le sceau des élus et le gage du salut éternel ; des choses de la terre elle élève l’homme jusqu’à l'amour des biens du ciel. de charnel elle le rend spirituel.
» Aussi, plus la nature est réprimée et vaincue, plus la grâce sc répand avec abondance; et chaque jour, par de nouvelles visites, elle refait l’homme intérieur à l’image de Dieu. » Zmitatior de Jésus-Christ, liv. II, ch. 54. :
() S. Aug. ce Civit. Dei, lib. XIV, cap XXVIII.
(2) Matth. X. 34.
—————— me
LA GUERRE AUX l'ASSIONS
Non, mes chers Amis, il ne s'agit Pas pour nous de demander à des com promissions honteuses avec l’égoïsme une paix chimérique ou tout au plus éphé.mère. La paix véritable est la tranquillité de l'ordre et l’ordre demande que chaque chose soit à sa place ; que, dans un tout vivant et Complexe comme l'est l’âme d'un curétien, les formes in férieures d'activité sensible soient subordonnées à l’accomplisserent de l'idéal moral et religieux qui nous sollicite. La paix au prix d’une abdication serait criminelle, Celui qui la consentirait serait un félon. « {ia est conscientia tranquilla et no bona, observe saint Bernard, aliu donc et tranquilla (). » Notre conscience doit être tranquille, mais dans le bien.
Il esi indéniable que l’homme a le triste pouvoir de se soustraire momentanément, dans l'ivresse de la passion, aux protestations de sa Conscience. Mais, tôt ou tard, l'honnêteté revendique ses droits. L’ivresse des passions dissipée, le malheureux se retrouve en face de bescins inassouvis, tyrannisé par des ambitions qu'il est imnuissant à Satisfaire,
nes (*) Parvi Sermones, XVI.
Deux sortes de paix :
la paix par l'abdication et la paix par l'ordre.
Les passions assouvies, l'âme reste triste ct vide.
traqué, honni peut-être par ceux qui, comme lui, ont faim et soif de leur propre intérêt. N’avait-il pas l'expérience de la vie, celui qui écrivait dans ses Confessions : « De quelque côté "1e l'âme se tourne, elle se heurte au chagrin et à la souffrance, tant qu’elle ne se tourne pas résolument vers Vous (')?»
« J'ai été roi dans Israël, écrit Salomon (*), et je me suis app'iqué à connaître tout ce qui se passe sous les cieux : triste travail auquel Dieu soumet les fils des hommes. J'ai vu tout ce qui se fait sous le soleil : cette science est vaine et elle afflige l'âme.
» Je me suis dit alors : Me voici plus savant que tous ceux qui ont été éminents avant moi dans Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de science. Mais j'ai compris que tout cela est la poursuite du vent; car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente Sa science augmente sa douleur.
» Je me suis dit alors : Eh bien, jouissons de tous les biens, nageons dans Îles délices. Je me suis fait des palais et des jardins, des étangs limpides
(1) Conf. Liv. IV, ch. 10.
) Eccl. I, 22 ctc.
baignaient les pieds de mes forêts; j'avais les t: oupeaux les plus grands et les haras les plus riches de tout Israël; j'avais des vases d'oret d'argent, j'av: is des serviteurs et des servantes, des chanteurs et des Chanteuses, j'avais toutes les délices des 10mmes. Je n’ai rien refusé aux désirs de mes jeux, je ai
rien défendu aux voluptés de mon ca ai donc
autant que moi a dévoré le tressaillen es sens et l'anivrement du plaisir ?
» Ei j'ai vu que le rire était un mens 4 la jere
une trompeuse. Et j'ai pris ia vie en d… it. Now. rien ne vaut sous le soleil. Tout est van + et aflliction de l'âme. Que le cœur du fou rève Ja jo =! le cœur du sage s'attacher à la tristesse (!) !
Il n’y à de paix assurée que dans le triompt.… de La paix as-
rte est seu-
() Salomon méditait ainsi au milieu de ! dance terrestres. On peut rapprocher de cet extra le l'Æ page du Faust de Gœthe où Je héros du poë les privations qui pèsent sur lui ;
« J'ai étudié la Philosophie, le droit, la médecine, la Hélas ! à quoi m'ont servi tant d'efforts ? Pauvre fou ! Je pas plus avancé qu'au premier jour !.. Mon cœur est bréte découragement…. je n'ai ni argent, ni honneurs, ni consi. dans le monde : un chien ne voudrai «Privation ! impuissance !
és nue s’insurgt centre
pa: 1€ ration
cs songes bizarres
lement dans le triomphe de la volonté sur l’égois-
ine,
la volonté sur les sollicitations et les répugnances de l'égoïsme. Le « vieil homme » doit être réduit à l'impuissance et ce résultat ne peut être atteint que par l'action vigoureuse, soutenue, de la mortification.
« En vérité, en vérité, dit Notre Seigneur à Nicodème, quiernque ne renait pas ne peut voir le royaume de Dieu.
— Mais, réplique Nicodème, comment l’homme peut-il renaître,iquand il est déjà vieux ? Peut-il, d'aventure, rentrer dans le sein de sa mère ?
— En vérité, reprend Jésus, en vérité je vous le dis, personne ne peut entrer dans le royaume de Dieu s’il ne renaît de l’eau et de l'Esprit Saint.
« Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l'Esprit est esprit.
m'épouvantent.. Ah! je maudis ces fantômes de moa imagination
qui m'’attachent encore à ce monde ; je maudis ce dédaiçneux orgueil de l'esprit, qui prétend se suflire à lui-même ; je mardis toutes ces apparences riantes, qui me pressent et sollicitent mes sens. Maudites soient ces illusions mensongères de gloire et d'immortalité ! Maudit soit tout ce que l’homme possède ici-bas, tout ce qui flatte ses désirs, et le bonheur d’un époux, et celui d’un père, et lestrésors,et lesesclaves! Maudit soit Mammon. le prince dela terre, quand il étale à nos yeux ses richesses pour enflammer nos courages, et quand il dresse pour nous des lits voluptueux ! Malédiction sur le ñnectar des raisins et sur l'ivresse de l'amour ! Malédiction sur la foi ! Malédiction sur l'espérance ! Trois fois malédiction sur ia patience ! »
» Ne vous étonnez donc pas qu'il faille naître à nouveau. Le vent souflle où il veut, et vous entendez sa voix, mais vous ne Savez hi d’où il vient ni où il va ; il en est ainsi de tout homme qui est né de l'esprit (!). »
Assurément, cette loi du renouvellement de la vie de l'âme s'entend d’a!ord du baptême, Mais la grâce du baptéme est un germe qui attend son développement; il re croitra normalement, n'atteindra sa pleine maturité que sur le sol où le divin Agriculteur l’a déposé, sur les ruines du vieil homme.
Claude Bernard disait, sousune forme paradoxale, que la vie c’est la mort : il voulait signifier que, tandis que les furces générales de la nature extérieure s'attaquent aux Organisines, les soumettent à des décompositions partielles incessantes, l'être vivant, par Sa puissance interne de réaction, se maintient en équilibre et,se renouvelant sans cesse, Poursuit en vainqueur le cycle de sa vie.
Sans reläche aussi, sans même que nous y pensions, la vie physique se développe en nous. le ‘boire et le manger l’entretiennent, le sommeil Ja répare ; les impressions que font sur nous les choses sensibles nourrissent l'imagination, éveillent les
('} Joan. IH, 3-8.
Avant tout, le vieil home me doit être réduit à l’impuissance,
Lacondition du progrès spirituelet du bonheur durable est l'abnégation, le détachement, la patience.
passions; l’usage inévitable des biens nécessaires à notre conservation enracine dans le moi l’esprit de propriété, y accroît le désir de s'enrichir, des’élever, de se sentir le maître, et de toutes ces poussées inférieures monte sans cesse un assaut de la chair contre l'esprit.
Il ne suffit pas d’avoir reçu le baptême et, avec lui, les capacités surnaturelles de la perfection chrétienne pour posséder, du coup, cette perfection ellemême. La charité ne s’installe dans l’âme qu’à la place de l’égoïsme. La négation de celui-ci — l’abnégation — est la condition du triomphe de celle-là. Toute vertu acquise, disait le cardinal Dechamps, est une vertu conquise. L'esprit ne s'élève que sur les dépouilles de la chair.
L'auteur de l’Zmitation de Jésus-Christ nous avertit que le progrès spirituel est en raison directe de l'énergie que l’âime déploie contre elle-même. « Zn tantum proficies, in quantum libi vim intuleris. » Les contemplatifs, les héros de l’action apostolique furent tous, j'en appelle à l’histoire des saints, de grands pénitents.
Tandis que l’évêque, au moment de monter à l’autel, revêt lesornementssacrés pour la célébration du saint Sacrifice, il demande à Dieu de le dépouiller des dispositions vicieuses du vieil homme, de le
détourner des actes qu’elles inspirent, et de leur substituer les vertus de l'homme nouveau, auquel Dieu avait conféré, dès l'origine, l'esprit de justice et de véritable sainteté. Erue me, Domine, veterem hominem cum moribus et actibus suis et indue me novum hominem qui secundum Deum creatus est in Justilia et in sanctitate veritatis. »
Et la première parole du prêtre, au bas de l'autel, est aussi pour demander à Dieu le rajeunissement de la vie intérieure : « Tntroibo ad altare Dei, ad Deum qui laetificat juventutem mea. »
Avec Nicodème, nous nous étonnons de devoir encore, à notre âge, renouveler notre vie,
Telles prières que nous récitons plusieurs fois le jour sont pour nous lettre morte. Nous disons et répétons : « Dieu, envoyez-nous votre Esprit créateur, et renouvelez ainsi la face de la terre. Zmit’e Spiritum tuum et creabuntur, et renorabis faciem {errae. » Puis, nous nous laissons reprendre par nos habitudes routinières, emporter par le tourbillon qui nous enveloppe, sauf à nous ressaisir parfois lorsqu'une chute ou une blessure nous avertit douloureusement que nous avons cessé de réagir,
Mes chers Amis, ne vous laissez pas séduire par des frivolités éphémères ni épouvanter par la loi austère de la pénitence chrétienne.
N’avez-vous pas entendu la voix de Jean-Baptiste dans le désert : « Frayez la voie au Seigneur, aplanissez les obstacles sur sa route. Faites pénitence, car le royaume des cieux est proche de vous. Parate viam Domini, rectas facite semitas ejus... Poeni-
tentium agite : appropinquavit enim regnum coclo-
Pourquoi sommes-nous obligés de nous mortifier ? Parce que Dieu seul est le Bien absolv
rum (1) ? »
Ignorez-vous le programme de la vie ciienne, loyalemen. et solennellement promulgué par notre livin Sauveur ? Le bonheur dans le présent et dans l'éternité est conditionné par le détachement intérieur de tous lesbiens créés, par la résignation aux privations et aux chagrins de la vie, par le support patient des haines et des opprobres. « Beati pau-
peres ; beati qui nunc esuritis, qui nunc fletis; beati eritis cum vos oderint homines…. et exprobravcrint (?). »
Des observateurssuperficiels demandent pourquoi cette résistance de l’ascétisme chrétien à la poussée des sens ; d’où vient qu’il soit interdit à l’homme de donner libre cours à ses instincts ?
L'obligation de la mortitication de nos désirs, c'est-à-dire de leur subordination aux intérêts
(*) Matth. IL, 3, 2.
(2) Luc. VI, 20-22.
moraux .de l'humanité et, en dernie gloire du Créateur, est une suite né
r ressort, à la
cessaire de ce ai absolu : Dieu seul est bon de Lui-même.
Les êtres créés n’ont qu'une bonté relative : ils
sont bons et, dès lors, susceptibles de légitimes désirs, dans la mesure seulement où ils sont adaptables aux intérêts Suprêmes de la conscience morale et finalement aux intérêts Suprêmes du Dieu absolu.
Faut-il vous en rappeler la preuve ?
Au moment où le Créateur appelait le monde à l'existence, Il ne pouvait destiner son œuvre qu’à Lui-même, puisqu'il n'y avait que Lui. Puisque seul
Il'est de par Lui-même, seul Il est
à Lui-même sa raison d’être.
Dès lors, tout ce qui n’est pas Lui, n’existant que par Lui, ne subsistant que par Lui, n’a de raison
d’être que relativement à Lui. « Ego sum prinripium
"€ finis (*),» dit-Il, je suis le Principe et la Fin de’ toutes choses. « l'niversa Propter tus est Dominus (?), » le Lui-même.
Seules donc sont normales 1] immédiatement ou Médiatement
Semetipsum opera- Seigneur à tout rapporté à
eS aspirations qui, , aboutissent à Dieu.
()} Apoc. I, 8.
@) Prov. XVI, 4.
et qu'aucun bien créé ne doit être voulu que par rapportäLui, comme un moyen en vue de la Fin suprême.
Le principe de saint Ignace de Loyola.
D'où il suit que les désirs qui nous détournent de notre fin ou s'arrêtent aux satisfactions de notre égoïsme doivent être combattus, disons le mot. mortifiés.
Saint Ignace de Loyola a pris soin de poser à la base de ses Exercices spirituels ce principe de la vie morale et chrétienne : « L'homme a été créé pour une fin. Cette fin est de louer, de révérer, de servir le Seigneur son Dieu, et d'arriver ainsi an bonheur éternel.
» Les autres êtres sont des moyens dont il doit se servir pour parvenir à sa fin dernière : ila donc l'obligation d’user de ces créatures ou de s’en abstenir dans les limites où elles l'approchent ou l’éloignent de sa fin.
» Par conséquent, nous devons, avant tout, nous établir dans une complète indifférence à l'égard de
toutes les choses créées dont l'usage ne nous est pas
d'ailleurs interdit, ne donnant pas, autant qu'il dépend de nous, notre préférence à la santé sur la maladie, aux richesses sur la pauvreté, à l'honneur sur l’humiliation, à une vie longue sur une vie courte.
» L'ordre veut que nous désirions et choisissions définitivement en toutes choses ce qui nous conduit à la fin de notre création. »
Pour assurer en nous cette sainte hiérarchie de nos désirs, il fant tenir en respect les convoitises égoïstes. Si vous pactisez avec elles, avec votre « âme », dit Notre Seigneur, qui entend dénoncer Sous ce nom les tendances viciées de notre nature, VOUS vous perdrez, « qui amat animam SUN, perdet eam » ; il faut haïr votre « âme », traiter en ennemies ces révoltées, si vous voulez vous assurer la vie éternelle, « qui odit @iman suam in hor mundo, in ritam acternam ustodit cam (1). »
Mes chers Amis, pesez bien, je vous prie, la portée de cette doctrine évangélique. Prenez-la telle qu'alla est, Ne la tronquez pas. Xe faites pas parmi les ense:s ments de notre divin Sauveur une sélection arbitraire au gré de vos préférences. Vous ne tromperiez que vous-mêmes. Notre planète passera, le monde stellaire aura Son temps, mais chacune des paroles divines est efficace immuablement. € Coelum et terra transibuut. rerba autem mea transibunt (?). »
non
Dieu vous a gratuitement donné la foi. Mais, sans
Vous, Sans Votre coopération, sans l'exercice de votre empire sur vos passions, Il ne vous sauvera pas.
ns
() Joan. XII, 25. Cfr. Luc. IX, 24.
(@) Matth XXIV, 35.
Il faut donc tenir en respect les convoitiseségoistes pouramener en nous la hiérarchie de nos désirs.
L'inéluc- Voulez-vous, oui ou non, vous engager à son ser- Là alter- sjce, dans les conditions qu’Il vous a Lui-même loyalement définies ?
C'est le grand problème qui se dresse devant vous.
Vous avezun nombre limité, très limité, d'années, de mois, de jours, d’heures, d’instants pour le résoudre pratiquement. Passé ce temps, n’espérez plus vous livrer à la recherche de la solution : au delà de la vie présente, qui marque les limites de la durée de votre épreuve, il n’y aura plus de temps pour vous. Du côté où l’arbre qui porte les fruits, bons ou mauvais, de votre conduite morale, tombera, que ce soit à gauche ou à droite, il reposera à jamais.
C’est trop peu dire que la question est grave : elle est capitale, elle est unique.
Et songez qu’elle est exclusivement vôtre.
Nul ne peut la résoudre à votre place.
C’est donc à vous, à votre libre arbitre aidé de la grâce d’En-Haut, que s'adressent les enseignements, les offres, les promesses, les menaces de l'Évangile.
‘Y avez-vous assez fortement pensé ?
Dieu vous accorde l’incomparable privilège de passer plusieursannées dansuneretraitesilencieuse, toute pénétrée d'air puret baignée de lumière surna-
exceptionnelle de réflexion à la solution du problème de votre avenir; Il vous met ainsi en état de former en vous les convictions fortes sur lesquelles devra s'appuyer plus tard la foi, généralement moins ferme, de ceux qui opèrent leur salut dans des conditions moins avantageuses que les vôtres.
Aussi,réserve faite desdevoirs que votre ministère futur vous imposera envèrs autrui, l'obligation fondamertale de votre vi de séminaire est-elle de méditer sur l'offre que le Sauveur Jésus vous fait de sauver votre âme et sur les conditions de votre salut. Écoutez sa parole :
€ SÈ quis vult post me centre, abneget semetipsum et lollat crucem suam quotidie et sequatur me. Voulez-vous vous engager à ma suite ? Je vous
‘accepte à la condition que Vous rouliez faire abnégation de vous-même, porter votre croix chaque jour et marcher sur mes traces (1). »
L'avez-vous entendu ?
Dieu vous demande un oui Où un non sincère,
catégorique.
Il ne s'agit ni d’un simple désir, d’un souhait, ni
{*) Luc. IX, 23.
turelle, pour vous permettre d'apporter une maturité
Sachezdire résolument :
« Je veux! »
La peur de l'effort à faire est le grand obstacle à la sainteté.
EEE
d'un vouloir conditionnel, d’une velléité, il s'agit de savoir si vous consentez, par examen, à dire délibérément, résolument : Je veux.
Eh bien ! oui, je veux, mon Seigneur Jésus, avec l'aide de votre divine grâce, je veux m’enrôler sous votre étendard. Je connais les conditions de mon enrôlement, je les accepte. Je veux, autant que la chose dépend de moi, dérober mon cœur aux sollicitations de la «chair», fermer l'oreille aux suggestions de l’espritdu monde etde l’esprit des ténèbres. Je sais que ie n’y réussirai pas sans souffrir, mais j'accepte la douleur qu’entraîneront pour moi la mortification extérieure de mes sens et la mortification intérieure de mon orgueil : ce sera ma croix journalière et je suis décidé à la porter.
N’ai-je pas, Ô mon divin Maître, pour me stimuler et m'encourager, l'exemple de votre vie de labeur et de sacrifice, de votre passion et de votre mort ?
Convient-il que le disciple soit mieux traité que son Maitre ?
Mes chers Amis, savez-Vous po rquoi Si peu d'hommes arrivent à la sainteté ? Savez-vous pourquoi ces vies héroïques, qui devraient inspirer la nôtre,nous paraissent si extraordinaires et pourquoi, au lieu de nous exercer résolument à les imiter pour aboutir, avec ia même assurance et la même eifica-
cité bienfaisante que les saints, au résultat auquel ils ont atteint, nous nous contentons si volontiers d'accorder à leur mémoire un souvenir admiratif, comme s'ils étaient d'une race de géants et nous d'une race de pygmées ?
Quand j'analyse attentivement ma conscience, il me semble apercevoir clairement le pourquoi de cette énigme. C'est que nous ne regardons pas d'assez près, d’un regard assez ferme, assez prolongé, assez Courageux la vie de notre divin Sauveur, depuis sa crèche jusqu'à sa croix ; et nous ne nous donnons pas le loisir de la regarder, parce que, dès le momen, où nous entrevoyons les conséquences morales qui vont en résulter pour nous, ies nouvelles obligations pratiques auxquelles nous aurons à nous Soumettre, la loi de la mortitication du corps et de l'esprit que nous préche notre divin Modèle, aussitôt nous prenons peur, et avec Augustin, au jour où il disputait encore à l'attrait de la grace sa nature assujettie au péché, nous nous tranquillisons en nous disant : «Après, après : plus tard, plus tard. » Volontiers,nousdirionsavecles sceptiques d'Athènes qui étaient allés, en curieux, écouter le discours de Paul à l’Aréopage et ne s'attendaient ni à l'annonce troublante des «jugements de Dieu selon la justice», ni à l'affirmation de la résurrection des morts :
« Nous vous entendrons sur ce sujet un autre jour (!). »
Oh ! il n'est que trop naturel que vos passions se rebellent quand vous voulez les museler. Tout ce qui gêne coûte ; la privation fait souffrir ; l’humiliation épouvante, l'idée desacrifice donne le frisson. Aussi ne vous demande-t-on point d’aimer la privation pour elle-même, de vous attacher à la douleur parce qu’elle est la douleur. Mais on vous demande d'aimer les biens supérieurs plus que les biens inférieurs, le Bien suprême plus que tous les biens créés. Aimez Dieu, aimez Jésus-Christ, et votre amour vous portera à travers le feu de la douleur. « L'amour, dit quelque part saint Augustin, soulève le poids de la peine ou, s’il nous en laisse le sentiment, nous le fait aimer. l'bi amatur, non laboratur; aut si laboratur, ipse labor amat:ur. »
Voyez donc les fatigues et les périls auxquels s'expose l’expiorateur ; les peines que se donne le commerçant pour augmenter l'importance de son négoce ; considérez à quel degré de servilité peut s’abaisser un cœur que subjugue un misérable amour. Sera-t-il dit que notre Dieu infiniment bon et infiniment aimable n'aura pas sur nos âmes
(') Act. Ap. XVII, 31-33.
chrétiennes l'empire que sont capables d'exercer sur d’autres Ja gloire, l'or ou même la volupté ?
Allumez, Seigneur, dans nos reins et dans nos cœurs le feu de votre divin amour, afin que nou.
apportions à votre service des corps chastes, et une volonté pure à l'accomplissement de votre bon pl isir. « Ure igne sancti Spiritus renes nostros ct CO nostrum, Domine, ut tibi asto corpore et mundo corde placeamus. »
Nous ne voulons Pour personne ni pour rien au monde nous séparer de Notre Seigneur Jésus-Christ. « Qui pourrait nous arracher à son amour ?
Seraient-ce les tribulations, les angoisses, la faim, le dénuement, les dangers de la vie ? Serait-ce le glaive des persécuteurs ?
» Nous n'ignorons Pas qu'il est écrit des enfants de Dieu qu'ils sont exposés à la mort tout le long du jour, qu’ils sont traités comme des brebis bonnes à mener à la boucherie. Oui, nous savons cela, mais,
par la grâce de Celui qui nous aime, nous triomphons de tous ces maux. J'ai confiance que ni la mort, ni la vie, ni les puissances du monde invisible, ni le présent, ni l'avenir, rien de ce qui est fort, élevé ou profond, rien de créé, en un mot, ne parviendra jamais à me SouStraire à l'amour que Dieu me porte en Jésus-Christ Notre Seigneur. »
servianmnus
Que rien ne nous sépare de Jésus.
Christ !
204 LA PAIX DE L’AME 0 e
« Quis ergo nos separabit « caritate Christi ? Tribulatio ? an angustia ? an fames ? an nuditas ? an persecutio ? an gladius ?
» Sicut scriptum est : Quia propter te mortificamur tota die, avstimati sumus sicut oves occisionis.
» Sed in his omnibus superamus propter eum. qui dilexit nos.
» Certus sum enim, quia neque mors, neque vila, neque angeli, neque principatus, neque virtutes, neque instantia, neque futura, neque fortitudo.
» Neque altitudo, neque profundum, neque creatura alia .poterit nos separare a caritate Dei, quae est in Christo Jesu, Domino nostro (‘). »
CONCLUSION
Quelques Mes chers Amis, remuez le soi de votre conconseils pour science ; creusez-le, arrachez les mauvaises herbes conquérir Ja l , Re paix. qui y pullulent, coupez-en les racines ; laissez le
champ libre aux germes de vie surnaturelle que la divine Providence y a miséricordieusement déposés.
La vie céleste est notre unique trésor. Pour l’acquérir et en jouir, il faut savoir se défaire de tout
(*) Rom. VIII, 35-39.
le reste. « Simile est regnum coclorum thesauro absondilo in agro, quem qui invenit homo abscondit € prae gaudio illius vadit et vendit universa quae habet et emit agrum iltum (!). »
Le trésor dont parle ici l'Évangile, dit saint Gré. goire, est le désir des choses célestes ; le champ où le trésor est enfoui est la retraite où l'âme s'applique à établir en soi le royaume de Dieu.
« Vendre ce que l'on a aux fins d'acquérir ce champ précieux, c’est renoncer aux voluptés de la chair, répudier les sollicitations des biens terrestres pour ne s'attacher fixement qu'aux intérêts supérieurs ; en un mot, c'est asseoir son âme dans un état où tout ce que la chair convoite cesse de plaire, où plus rien de ce qui mortifie Ja vie charnelle n’épouvante l'esprit (*). »
Vous voudrez travailler à Conquérir cet état de paix et à vous y affermir.
() Matth. XIII, 44.
(?) Thesaurus autem coeleste est desiderium : ager vero, in quo thesaurus absconditur, disciplina studii coelestis. Quem profecto agrum venditis omnibus Comparat, qui voluptatibus carnis renuntians, cuncta sua terrena desideria per disciplinae coelestis custodiam calcat : ut nihil jam, quod caro blanditur, libeat; nihil
quod carnalem vitam trucidat, spiritus perhorrescat, » S. Gregorius um. XI in Evangelia.
Chaque matin, lorsque sonnera l'heure de Prime, vous adresserez à Dieu votre supplication confiante :
Sint pura cordis intiia, Absistat ct c"crudia Carnis terat superbiam Potus cibique parcitas.
Ut cum dies abcesserit Noctemque sors reduxerit Mundi per abst'nentiam Ipsi canamus yloriam.
« Puissions-nous garder pure l'intimité de nos cœurs, secouer la paresse, dompter les révoltes de la chair par notre sobriété dans le boire et dans le manger ! Donnez-nous la joie de pouvoir, lorsque la nuit tombera, nous avouer à nous-mêmes que l’austérité de notre vie nous a laissés immaculés et que rien ne nous retient de chanter la gloire de notre Dieu. »
Pratiquez les enseignements que cette belle prière exprime, et « vos journées et vos actions se dérouleront avec ordre dans la paix du Seigneur. Dies et actus nostros in sua pace disponat Dominus Omnipotens. »
Aux approches du soir, rappelez-vous la loi de la
ne
vigilance chrétienne. « Soyez sobres, toujours en alerte, car votre ennemi rôde autour de vous, pareil Au lion rugissant qui a faim d’une proie. Tenez-lui tête, forts de votre foi. Sobrii estote el vigilate, quia adversarius rester diabolus lamquam leo rugiens circuit quacrens quem devoret : cui resistite fortes in fide. » ;
Et alors « le bon Dieu, témoin de votre vigilance, vous libèrera, Il vous gardera durant votre sommeil, vous veillerez en union avec le Christ et vous reposerez en paix. Salra nos, Domine, vigilantes. “usStodi nos dormientes, ut viglemus cum Christo et requiescamus in pace. » :
Quand, bientôt, vous monterez à l’autel, vous n’hésiterez point à demander à la bonne Providence de vous accorder une part dans les larmes et dans les peines de l'Église. « Puissé-je, direz-vous en vous mettant au bras le manipule, être digne d’avoir à pleurer et à souffrir, afin d’être admis un jour à jouir de lafrécompense promise à ceux qui peinent! Merear, ; Domine, Portare manipulum fletus et dols- "is ut cum exultatione recipiam mercedem laboris. »
Ne cédez pas à des frayeurs imaginaires. Saint Alphonse de Liguori recommande de ne se représenter, vivement en images, ni le bien sensible dont il faut se détacher, ni le mal qu'il faut s'infliger.
RS
Livrez-vous avec loi, sans raisonner d’abord, à l’onction de la grâce du Saint-Esprit. À mesure que vous vous y abandonnerez, la lumière se fera plus vive dans votre intelligence, votre cœur sera plus fort et «la paix divine répandra dans votre intérieur une sérénité dont vous ne pouvez maintenant : faire une idée. Et pax Dei, quae ersuperat omnem sensum, custodiat corda vestra et intelligentias vestras in Christo Jesu (!).»
N'est-ce pas un fait historique indéniable qu’ils sont légion les saints qui se sont passionnés pour la souffrance ? D’où vient ce phénomène qui, pour un observateur borné par les préoccupations char- nelles, est un non-sens, sinon de la puissance de Celui que nous invoquons en disant : « Veni sancte Spiritus, et emaitte coelitus lucis tuae radium... O lux beatissima, cordis intima tuorum fidelium » ?
Mieux l'esprit perçoit les réalités invisibles, plus l'âme s’éprend du divin objet de son amour, plus aussi diminue l’épouvante de la nature en face du sacrifice. Si vous appréhendez la pénitence, dit saint Bernard, c’est que vous voyez la croix sans voir l'onction de la grâce qui vous aidera à la porter.
(‘) Ad Philipp. IV, 7.
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Subordonnez tous vos désirs au bon vouloir de Dieu, et vous serez roi. Servire Deo regnare est.
La mortification est la grande libératrice. Elle seule vous donnera la puissance d'être souverain chez vous.
Elle seule donne à l’oraison son libre essor. L'Église, dans l’office de saint Pierre d’Alcantara, s'adresse à Dieu en ces termes : « Dieu, qui avez daigné unir en votre Confesseur, le Bienheureux Pierre, les dons glorieux d’une pénitence admirable et de la plus haute contemplation, obtenez-nous, grice à son intercession, qu’en mortifiant notre chair, nous acquérions plus de facilité à sausir les choses célestes. » « Deus qui beatum Petrum confessorem tuum admirabilis poenitentiae et attissimac contemplationis munere illustrare dignatus es ; da nobis, quacsumus, ut, ejus suffragantibus meritis. carre mortifirati, facilius coelestia capiamns. »
Non, notre divin Sauveur ne trompe personne.
En dépit des apparences contraires, son joug est doux et le fardeau qu’Il nous invite à porter est, somme toute, fort léger. La paix qu'’Il nous donne n’est pas le mirage fallacieux de la paix que promet le monde, c'est la joie sereine et tranquille du cœur.
Ne vous découragez pas * Notre Sau eurne tron.,e personne,
re
« Pacem meam do vobis; non quomodo mundus dat, ego do vobis. Non turbetur cor vestrum neque formidet ('). »
Tous les saints en ont fait l'expérience. Je crois à des témoins qui se font égorger, disait Pascal. il serait déraisonnable de ne pas avoir foi à la sincérité d'hommes qui se passionnent pour la souffrance et nous déclarent qu’elle fait leurs délices. Les vrais ignorants et, ajoutons-le, les vrais coupables, c’est nous ; c’est nous qui, placés entre le monde, le démon, la chair, d'une part, et les aflirmations solennelles, indiscutables, de Notre Seigneur Jésus- Christ et le témoignage de l'expérience des saints, d'autre part, avons la faiblesse de nous prononcer, en fait sinon en paroles, pour les premiers contre les seconds.
Un jour viendra — puisse-t-il ne pas être trop tard alors ! — où la pleine lumière se fera dans notre intelligence, où nous serons contraints de proclamer la vérité à laquelle nous résistons aujourd'hui. « Insensés que nous étions, dirons-nous alors, Nos insensati, nous croyions que la vie austère des hommes de pénitence était une folie et nous les voyions finir sans honneur, vitam illorum aestima-
(‘) Joan. XIV, 27.
LA PAIX DE L'AME 211 me banus insaniam et finem illorun sine honore : voyez donc, aujourd’hui, comme ils sont rangés au nombre des enfants de Dieu et combien ils sont heureux parmi les saints, ere quomodo computati sunt inter filios Dei et inter sunrtc sors illorum est ()!»
Dieu nous préserve de ce désenchantement désespéré !
« Que la paix du Christ offerte à tous les enfants de l'Église répande la joie dans vos cœurs ! Et pu: Christi exultet in cordibus vestris, in qua et vorati eslis in uno rorpore (?). »
« Que la paix soit avec vous! Pur robis », c'est le vœu de l’évêque.
Vous l’accueillerez avec une filiale docilité.
Et, afin de m'aider à pratiquer moi-même ce que je vous prêche, vous me répondrez tous, comme vousle faites quand je vous parle du haut de l'autel : € Et cum Spirit tuo. Et qu'elle soit aussi avec votre esprit. » — « Amen. Qu'il en soit ainsi. »
(1) Sap. V, 5.
(2?) Coloss. IIT, r5.