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J'appellerai maintenant votre attent'on, Messieurs, sur la position que la Chambre a eru devoir prendre sur la question de la double majorité.
Qu'est-ce, d'abord, que la double majorité !
Vous savez, Meusieurs, qu'il ya, dans la Chambre, deux sections principales. Les membres du Haut-Canadu, au nombre de 65, forment l’une de ces sections, ceux du Bas-Canada, en nombre égal, forment lauire.
Les questions que la Chambre Ctudie et discute sont de deux espèc es differentes, Ou celles sont générales et affectent également les deux sections de la Province, au elles sont locales et n'aflectent qu’une seule section.
Quand les questions sont générales et intéressent à peu près au même dégré le Faut et le Bas-Canada, il est non-seulement juste, mais de nécessité absolue que la simple majorité de Ja Chambre, c’est-à-dire la majorité de tous les membres, sans acception de pro vince, d ee de ces questions.
Q: and au contraire, une question quelconque n’intresse directement qu’une seule des deux provinces, il est juste, el on à toujours suivila pratique d’agir dans le seus de l'opinion de la majorité des meinbres représentant la Province qui se trouve directement jniervssie dans la question débattue ; c’est-à-dire que le ininisière, s'il propose une mesure qui ne concerne que le Bas-Canada,'ne doit la faire passer qu’au moyen dance majorité Bas-Canadienne. La méme chose pour le Haut-Canada. Voilà le svstèime auqnel on applique lPexpression, double majorilé, ais ce mot est juexact et n'exprime pas le vrai état de la question. C'est tajorilé locale que l’on aurait du dire, et tout le ionde eût compris de suite,
Le principe à poser, serait donc celni-ci.—*f Une me- ‘sure strictement locale, en tant que le Tant et le ‘as Canada sont concernés comme unités distinctes, ‘ne doit- ëtig passoc dans les Chambres qne par une “tanajorité locale”
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Yi n'est évidemment pas juste, quand une mesure quelconque ne concérne que le Bas-Canada, et est conséquemment mienx cumprise,-en règle générale, par lex députés du Bax-Canada q'ie par ceux du Haut, que ceux-ci décident cette question à l'eneontre de l’opinion de ceux4à,
Changez les rôles maïintenanat, et ce qui est injuste ici l’est nécessairement là-bas.
Eh bien, l'adininistration n'en a pas moins profité de ce qu'elle avait une forte majorité bas:canadienne, pour faire passer malgré l'opposition d’uge majorité Alaut-Canadienne, des lois que cette dernière majorité repoussatt. Quatre où cinq lois sérétlement locales, auxquelles la majorité des membres du Haut-Cavada s’opposait, ont été imposées au faut-Canada, par une minorité Haut-Canadienne alliee à la majorité Bas-Canadienne-
Que Pon dise ce que lon voudra, il n’y a ni justice, ti sagesse dans cette politique ; car il n’est certainement oi juste ni sage, <le da part des libéraux du Bas- Canada, d'imposer à la majorité libérale Haut-Canadienne les idées de la minorité tory Haut-Canadienne ; ct c’est précisément là ce qu'on a fait.
Et voilà ce qui me paraît être l’argumeat de plus fort contre des coalitions de partis hostiles, Elle ne peuvent produire que des conséquences imtnoraies,
11 y a quatre ans, je parti libéral Bas Canadieu s’est allié au parti tory Haut-Canadien. L'Hon. M. Morin donna le baiser de paix à Sir Allan MeNab. 11 y avait pacte d'alliance entre l’archange Michel et Béelzébut. Cette alliance était centre nature. Le parti tory Haut- Canadien ne s’alliait évidemment au parti libéral Bas- Canadien que pour annihiler, si la chose était possible, le parti libéral Haut-Canadien.
Quels avantages les libéraux du Bas-Canada pouvaient retirer de cetie combinaison avec leurs eïnemis invétérés contre leurs alliés naturels, personne ne s’est donné la peine de le dire alors; mais les ambitieux y trouvèrent leur compte, et de devoir, et la logique, et le boi sens eédèrent le pas à l'égoïsme. Quelles ont été les conséquences de ce que ceux-là même qui y ont pris part qualifient aujourd’hui de faute grossière ?
Une fois les hommes des deux partis hostiles, unis dans une cause apparemment commune, le gouvernement ne pouvait plus marcher qu’au moyeu de concessions, de faux-fuyants, de transactions constantes avec les principes, de capHulations journalières avec la conscience, et la corruption devenait, par la seule force des choses, le prineipal moyen, sinon le seul moyen possible de gouvernement,
Deplus, comme depuis deux ans surtout, les ministres Bas-Canadiens étaient considérablement inférieurs, par Île talent, à ceux du Haut-Canada, nous n'avons pas fait accepter aux Tories Haut-Canadiens une seule idée vraiment bibérale, pendant qu’eux ont transfusé chez nous presque tout leurs principes exeluaifs ainsi que leurs traditions despotiques. De là cette absurde appellation, cette immense niaiserie, ce nonsens en politique, qui a consisté à se qualifier de parti LIBERAL-CONSERVATEUR, C'est-à-dire le parti des gens qui professent des principes nécessairement contradictoires, ou ce qui en est forcément la conséquence, qui n’ont aucuns principes quelconques ; qui ne savent que soufler le ehaud et le froid; qui disent oui et qui font non ; qui font profession de libéralisme et l’assassinent dans chacun de leurs actes ; qui en un mot sonf tories par goût, mais qui ne laissent pas d’en ressentir quelque peu de honte intime.
Cette monstrueuse alliance produit maintenant ses fruits. L'ancien parti libéral Bas-Canadien n’est occupé depuis quatre ans qu’à aider le parti tory Haut- Canadien à écraser nos seuls amis naturels et possibles les libéraux du Haut-Canada !
Voilà certes une belle et honorable besogne que le tory Cartier, plus réellement tory, parce qu’il est apostât du libéralisme, que Sir Allan Me ab lui-même, essaie de nous foire eonsommer aujourd’hui ! Heureusement les libéraux du Haut-Canada reprennent si victorieuserment le dessus que Îles Bas-Canadiens verront nécessairement bientôt quelle gigantesque ineptie on leur a proposé de commettre.
— Mais dit-on, la double majorité, où majorité locale eomine vous l’appelez, est une absurdité prati que dans deux provinces unies sous le même gouvernemeni :
Cela serait vrais on eût complètement assimilé Îles deux provinces par la législation, par les institutions, par les habitudes sociales, si on eût fait disparaitre les idées et les coutumes particulières à chaque race "Mais on ne l’a pas fait, et pour une bonne raison, au fond, c'était impossible ! Acceptez donc alors une situation que vous ne pouvez changer! Acceptez donc les conséquences de vos propres actes !
N’a-t-on pas toujours, depuis l'Union, législaté pour chaque province séparément? Le Haut et le Bas-Canada n'ont-ils pas chacun leur système particulier inepplicable hors de leurs limites respectives ?
Ne soinmes nous pas, dans tous les détails de la législation, deux états dans un état ?
Puisqu’il se fait constamment de la législation purement locale, ne faut-il pas, par la nature même des choses, tenir, dans certains cas, à une majorité locale ?
Il ne sera évidemment possible de faire antrement que quand l’assimilation des lois, des institutions, des idées et des coutumes sera complète ! En attendant ce résultat, que la présente génération ne verra pas, ni la prochaine non plus, ni le Haut ni le Bas-Canada ne peuvent: souffrir qu’une maJorité relativement étrangère leur impose des lois qui ne doivent nullement l’affecter elle-même, car alors quel intérêt aurait cette majorité à les faire acceptables et justes ?
Dans son discours sur l’adresse, l’Hon. M. Sicotte disait avec raison que l’Union reposait sur deux principes différents ; le principe national et le principe fédéral. Le premier doit régir les questions d'intérêt général, le second celles d’intérêt local. Quelle est la seule conséquence possible de cette distinction? Evidemment que dans les questions générales ou nationales, le principe national ou la simple majorité doit dominer; et que danx les questions purement sectionnelles le principe fédéral ou la majorité locale doit dorniner à son tour; le tout comme de raison soumis à la raison et au bon sens pratique !
Pour rester dans la logique, l’Hon. M. Sicotte aurait donc dû accepter la conséquence du principe qu'il po-
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