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Passons maintenant, Messieurs, à l: résignation du ministère McDonald; à la formation du ministère Brown ; aux circonstances qui ont motivé la retraite de celui-ci ; etenfin à la reconstruction de l’ancien cabinet sous un autre nom, mais avec à peu près le même personnel.
Comme ie l'ai dit'plus haut, la ville d'Ottawa avait été choisie pour être le siége permanent du Gouvernement. Les ministres avaient décidé de maintenir cette décision et de donner cours à la loi, quoiqu’Ottawa n’eût été soutenu que par 14 voix sur 110 dans la Chambre.
Le 28 juillet dernier, la Chambre déclara par un vote de 64 contre 50 en faveur de la motion de M. Piché, qu'Ottawa ne devait pas être le siége du gouvernement,
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Les ministres. avaient déclaré avant le vote, que l’adiuinistration n’ayant pas eu de politique arrêtée sur cette question, et en ayant fait, an contraire, une question libre, amendement de M. Piché était ‘ait en pure. perle el ne pouvail étre suivi d'aucun résullul pralique ; ct'que les ministres n’en seraient pas moins obligés d’exéculer la loi. Cela voulait évidemment dire: ‘Que ‘ l'amendement soit emporté {ou non, nous ne résigne- ‘’rons pas.”
Quand le vote eût été donné, M. Brown fit une motion d’ajournement.
Le Procureur-Général du Haut-Canada se leva de suite et déclara emphatiquement que si celle motion : lait emportée, le Ministère la regarderait comme équivalant à un vole de non-confiance, el se considérerait conséqucmment incapable de continuer à gouverner le pays.
La motion d’ajournement est perdue—le Ministère, par la bouche de M. McDonald, fait observer à deux reprises différentes, qu’il conserve la confiance de la Chambre, et néanmoins, le lendemain matin, l’administralion résigne en masse.
Ainsi donc, cette administration qui, avant le vate sur la motion de M. Piché, déclarait qu’elle ne résignerait pas ; et après le vote déclarait qu'elle ne voulait pas résigner, le fait néanmoins sur cette question ;— première contradiction, —et cette même administration qui, avant le vote sur la question d’ajournement, déclare qu’elle résignera si l’ajournement est emporté, et qui fait remarquer avec exultation, une fois lajournement perdu, qu’elle possède la confiance de la Chambre, résigne malgré cette déclaration de confiance... -—Seconde contradiction.
Voyons, n’y a:t-il pas lieu de soupconner fortement une intrigue ?
Est-il possible de croire à la sincérité d’une résignation faite sous ces circonstances et à la suite de ces étranges contradictions ?
Puisque les Ministres résignaient, le jeudi matin, étaient-ils excusables d’avoir déclaré. le mercredi soir, qu'ils ne résigneraient pas ?
Puisqu'ils déclaraient emphatiquement, le mercredi
Ces erenrx Arr La
soir, qu’ils possédaient la confiance de la Chambre,
l'ad- : étaient-ils justifiables d'abandonner leur poste le jeudi du matin ? | | SEDIES Lidl Peut-on croire à la moralité politique d'hommes qui, | Pure en quelques heures seulement, se mettent plusieurs fois nie en contradiction avec eux-mêmes?
Est-il possible, même en y apportant la meilleure Que volonté du monde, de ne pas voir là un acte de malhon-
18he» nêteté ? Des hommes aussi peu scrupuleux que M. Mc-
Donald et M. Cartier n’agissent pas ainsi sans un but dis) Lai déterminé d’avance !
Eb bien, cette résignation, faite sans nécessité et
à de même sans à propos, d’après les déclarations du mer- HR credi soir, le Gouverneur l’accepte sans hésiler. SAS Voilà, si je puis m’exprimer ainsi, le point central, CEA en quelque sorte, le pivot de la question. 1 Le Le Gouverneur devatt-il accepter la résignation des Ii- 14 ter; nistres, quand sur une molion qu'ils avaient déclarée 11 deux comporter confiance ou non-confiance, la Chambre avait, 1 de la de fait, fait une déclaration de confiance, acceptée comme ‘#1 adm telle par les Ministres, qui s’en glortfient ; admise comme | use telle par le Gouverneur lui-même dans son memorandun. : En acceptant cette résigna'ion malgré la confiance eue” exprimée par la Chambre. le Gouverneur ne déclaraitvalait il pas formellement que Lui et Lui seu ne voulait pius ie laisser à l’administration McDonald, le gouvernement ation du pays ?
1, dé- Cette acceptation de résignation pouvait-elle, sous JRGLEE les circonstances, signifier autre chose? Non! pas ui ‘autre signification possible que celle que je viens
d’indiquer,—en supposant toujours que Son Excellence RO agît hoïorablement.
La résignation ainsi acceptée, le Gouverneur Ccrit à
ment M. Brown et le prie de se charger de la formation d’une administration. Celui-ci demande un délai pour EUR: consulter ses amis, et le samedi, il informe Son Excel- F8 lence qu’il accepte la tâche qu’on lui propose,
Jusqu'au vendredi soir les Ministres et leurs amis 1e Us avaient été dans une exultation incroyable, C'était à RAF) qui inventerait la meilleure plaisanterie sur le compte el d2 ce pauvre Brown pour qui la formation d’une admi- | à
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nistration était une impossibilité si absolue qu’il n’osetait pas même la tenter. Dans ce cas on revenait au pouvoir plus puissants que jamais et l'opposition perdait uns portion considérable de son prestige. On allait donc enfin pouvoir lui dire, appuyé sur le fait de sa non-réussite, qu’elle ne représentait rien dans le pays ; qu’elle n’avait aucune racine dans l’opinion publique ; que les membres de l’opposition ne formaient qu’une phalange insignifiante et incapable de compter sur les gympathies à l'extérieur puisqu’ayant eu occasion de monter au pouvoir, ils ne l’avaient pas osé.
Néanmoins, dans l'après midi da vendredi, quand le bruit commença à se répandre que “ Brown acceptait,” on convoqua immédiatement un Caucus (*) auquel se rendirent une soixantaine de membres ministériels qui là, s’engagèrent à n’accepter aucune autre adininistration que celle qui venait de résigner.
Le samedi matin, l’acceptation de M. Brown étan: devenue publique, les mines devinrent très inquiètes et les figurent s’allongèrent énormément.
C'est alors que les membres qui étaient le plus dans la coufiance des Ministres commencèrent à dire que ‘ Browa pouvait former son administration tant qu’il ‘ voudrait, mais que cela ne le mènerait pas à grand? ‘chose, vû qu’il n’y aurait pas de dissolution.” Le même jour, dans les rues de Montréal les affidés disaient à leurs amis, “Soyez tranquilles, il n’y aura ‘ pas de dissolution.” ;
Le dimanche, un homme haut placé et qui n'aurait certainement pas parlé comme il le faisait sans en être sûr, n'a dit à moi: “ Soyez s&r qu'il n’y aura pas de dissoluiton.”
Vozous, ne voilà t-il pas de très fortes présomptions que Quelque chose s'était vraiment tramé? KRemarquez quon ne disait pas simplement, ‘* Le Gouver- ‘neur ne Coit pas dissoudre ?” ce qui n’eût affirmé que sou devo'r Ce ve pas le faire et n’impliquait nullement sa Volonté. Mais on disait explicitement : ‘ Le Gou- ‘6 verucur ne dissoudra pas.”
(*) Ouaoncile caucus une assembléo de membres nppartenant an mème parts.