‹ A messieurs les électeurs le [i.e. de] la division de Rougemont [microforme]Chapitre 8 sur 10 · BEE · texte numérisé non relu

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it ” Pour ces gens, tout acte d’un Ministère est: nécessairement irréprochable ; toute pensée d’un membre de l'oppusition est nécessairement suspecte !

Je vois même des gens qui approuvent M. Cartier

pe À han ’ de n'avoir pas tenu compte de son serment et qui, si M. Cartier, au lien d’un serment, eût donné sa parole " d’hongeur qu’il allait fidèlement remplir les devoirs d’Inspecteur-Général, auraient dit en le voyant ne pas a tenir compte d’une parole d'honneur: ‘ C'est évidem- Fe ment un homme sans honneur.”

Eh bien, quand il n’a pas tenu compte d’un serment, de comment donc ces gens peuvent-ils ne pas dire : ‘ C’est no un homme sans principes ” ? | à Pourquoi ceux qui seraient si chatouilleux, et avec Ne raison, sur la non-exécution d’une parole. d’honneur, 2 deviennent-ils si indifférents sur la parodie d’un ser-

sil ment ?

N'est ce pas là une aberration d'esprit effrayante quant aux résultats qu’elle peut produire sur l'état su-

hu? cial d’un pays ? ;

en Comment veut-on que les fonctionnaires publics en

Gr sous-ordre, que les témoins dans les cours, que les électeurs aux polls respectent, tiennent compte des sermentse qu’on les oblige de prêter quand les Ministres

Le de la Couronne leur montrent l'exemple de se moquer

Le outrageusement des serments qu’ils prêtent eux-mê-

à la st Lis

ce Et le grand parti de l’ordre trouve cela beau !!

de Et les gens aux bons principes trouvent cela juste !!

LE Et ceux qui ont touiours le mot de religion à la bou-

me che {rouvent cela légitime !!

de | Que devient la moralité publique dans tout cela ? Que l’on envisage la question comme on le voudra,

je il faut de toute nécessité en venir à avouer que Àl. et ‘Cartier et presqne tous’ ses collègues se sont rendus cou-

pables du plus scandaleux abus des serments d'office, ela, et ont par là montré à la population du pays un funes- Ca te exemple. A mon avis, il y a là plus qu’un serment vait indiscret, il y a un parjure moral par failement caractétes- risé, parce qu'au moment où M Cartier prêtait son ser-

ment d'office comme Inspecteur-Général, il existait en-

tre lui d’une part,-et le Gouverneur et ses collègues de l’autre, un entendement explicite que, ‘‘ tout en s’asser-. mentant comme JInspecteur-Général, il n’agirait pas comme tel ét se réassermenterait au bout de quelque. «æures comme chef d‘un autre département,” Or le serment que M. Cartier prêtait comme Inspecteur- Général faisait.it ou ne faisait-il pas foi de la sincérité de sa promesse ? Oui sans doute, il en faiss.: foi. Cette promesse a-t-elle été tenue? Non. Le serment a done 616 violé; violé avec préméditation surtout, car cette violation du serment ‘‘ était concertée d’avance entre un certain nombre d’hommes ?” ; il y avait donc complot entre eux pour commettre un acte coupable, Le parjure iaoral, est donc évident, indéniable! Je défie l’homme le plus fori du parti Ministériel de nier cela avec des raisons. Quant à des injures, je sais qu’il va m'en tomber une averse sur la tête ; mais ce n’est pas aux valets de plume Ministériels que je m'adresse, c’est aux hommes sérieux, aux jiurisconsultes instruits.

D'ailleurs un fait m’a frapné,

Même au moment de l’escamotage, alors que les esprits étaient encore étourdis du succès de cette audacieuse intrigue, pas un seul journal Ministériel n’a approuvé la manière dont ladministration avait ressaisi le pouvoir! Ses défenseurs les plus dévoués, les plus avilis, ses serviteurs les mieux payés n’ont pas soufflé mot ! ;

Depuis, j'ai vainemen: cherché dans ces feuilles un seul article au soutien de la constitutionnalité de la position des Ministres; mais les moins scrupuleuses d’entre elles ont admis qu’ils avaient commis là une œrave erreur |!

Pas un seul jurisconsulte n’a maintenu la légalité de leur prétention ! Les hommes de loi les plus éminents les condamnent sans réserve! Leurs propres partisans politiques, —je parle des gens sincères, —les blâment énergiquement ! La presse Anglaise en fait autant et les juge sévèrement.

Ji faut avouer aussi que jamais semblable usurpation de pouvoir ne s’est vue en Canada,

um 55 — Pâ&que tous les Membres du Ministère actuel sont Ministres précisément au même titre que le filou qui

s’introduirait dans une habitation au moyen d’une

fausse clé et s’en déclarerait te propriétaire. La fausse

clé des Ministres, c’est kear interpré'ation malhonnête

de la loï; ce sont fes changements concertés de chat:

ges publiques ea douze heures de temps ; ‘c’est leur re:

fus de tenir eompte d’une succession de plusieurs ad-

ministrations différentes ; c’est le détour illégal et im-

moral qu’ils ont pris pour faire indirectement ce qu'ils

n'osaient pas faire directement !

Entrer dans une habitation fermée au moyen d’une fausse clé, ou entrer dans une charge publique malgré la «snstitution et la loi et au moyen d’un parjure moral, C’est uhe seule et même chose au point de vue de la droiture du cœur; et il faut être terriblement dominé par la rage d’être Ministre pour passer ainsi pat dessus toute considération.

Seulement celui qui se sert Jde la fausse clé est souvent un pauvre diable dont le sentiment moral n’a pas été très soigneusement dirigé par son entourage ordinaire ; pendant que ceux qui viennent d’accepter des charges publiques au mépris de la ioi et du serment, sont les hommes les plus élevés en position dans le pays !

C’est par exemple le Procureur Général, chargé d’of. fice de punir les parjures, qui prête un serment en se disant en lui-même: “ Je n’observerai pas le serment que je prête,” et qui non seulement le dit mais le fait.

Eh bien ! je suppose que M. le Procureur-Général aille faire un tour d’inspection au pénitentier provin: cial et y rencontre un des détenus pour parjure dans un coin assez isolé pour que celui-ci puisse rompre son silence obligé : —que lui dirait celui-ci?

Quoi vous ici M. le Procureur Général! J'espère ‘au moins qu’aprésent vous allez metirer d'ici! La ‘Joi n’a pas pu vous atteindre vous, mais au point de “vue de la moralité personnelle, quelle différence au ‘ fond y a-t-il entra vous et moi ? J'ai fléchi par besoin, ‘ vous par ambition! Jai violé une loi que je con- ‘ najssais par oui dire ; vous avez violé une loi faite

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M par vous-même et que vous ne pouviez ignorer ! J’ai “ pris Dieù à témoins d’un fait que je savais être faux :

.#vous avez pris Dieu à témoin d’une promesse que

“vous ne vouliez pas remplir! Je suis un pauvre # jgnorant, vous êtes versé dans la connaissance du “ droit et des obligations morales ! Jai témérairement # étendu ma main sur les Evangiles, vous avez fait précisément la même chose ! Nos mains doivent tomber * une dans l’autre, M. le Procureur Général, et je scre “avec vous.”

Franchement qu'est-ce que le Procureur Général pourrait honnêtement répondre ?

Heureusement pour l’Hon. Monsieur, il n’est jamais à eourt quand il faut payer d’impudence, et il se tirerait probablement d'affaire avec un pauvre diable de dêétenu tout aussi presternent qu’il l’a fait en présence d’une Chambre vénale sur laquelle il savait pouvoir compter.

: On trouvera peut-être cette expression déplacée, appliquée comme elle l’est à une branche de la Législature,

Je prie les lecteurs de remarquer que les circonstances sont toat-à-fait exceptionnelles ; que la Chambre actuelle à approuvé, accepté, sanctionné les plus épouvantables faits de corruption que Pon ait jamais vus dans la P'ovince ; que l’on ne sait plus maintenant ce qui est réellement droit, justice, légalité ; que toutes Jes notions de droit constitutionnel sont bouleversées ; que les Ministres ont passé à travers la constitution et la loi précisément comme Poiseau passe à travers la toile d’araignée qui n’arrête que les mouches ; et qu’ils ont été, per fus el nefas, soutenus par la Chambre ; que constquemment l’arbitraire est devenu la seule loi du pays; qu’il n’y a pas de tyrannie qui ne soit possible quand la Législature ne tient plus compte de la loi, de la constitution, de la morale publique et sanctionne les plus flagrantes illégalités.

La situation est plus sérieuse qu’on ne croit, car que Pon dise ce que l’on voudra, il faut qu’en effet une Chambre soit profondément gangrénée pour permettre tranquillement à M. Cartier d’aflirmer de son siége que

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les Ministres avaient agi d’après la lettre ef l'esprit de la loi. Plusieurs membres Ministériels m’ont dit en entendant cela : “ Nous savons bien que ce n’est pas “vrai, mats que voulez-vous qu'on y fasse ” ?? Est-ce là le mot d’un homme honnête et énergique ?

Chaque Membre de la Chambre savait qu’en disant qu’il était dans l’esprit de la loi, M. Cartier mentait à sa conscience ! Plusieurs lavouaient franchement et sans détour! Eh bien; c’est un déplorable spectacle que celui d'hommes honorables dominés au point de sanctionner ce qu’ils blâment! Si ce n’est pas là de la vénalité ou de la servilité, que l’on veuille done bien nous dire ce que c’est !

Non, avec une pareille Chambre, M. Cartier et ses collègues pouvaient tout oser. Il n’y avait rien, en fait d’impudeur, qui pût révolter des partisans qui avaient sanctionné la fraude Fellowes et accepté, comme lui donnant la majorité légale, 350 noms pris pur ordre alphabélique, dans les almanachs d'adresses américains. Par exemple, M. Cartier, après avoir récité et défilé tout le sale tripotage qui venait d‘avoir lieu, annonce qu‘il est prêt à se soumettre au jugement de la Chambre [à dessus,

—Et le jugement du pays, qu'en faites vous, dit un Membre ?

—Je suis prêt à me soumettre aa jugement du pays aussi, réplique l‘Hon. M. Cartier.

Et comment l‘Hon. M. Cartier prouve-t-il qu'il est prêt à cela!,....en torturant la loi, en outrageant la morale et la décence “ pour éviter une réélection ! pour éviter conséquemment de se soumettre aw jugement du pays!!” Etla Chambre, non-seulement n‘éclate pas d‘indignation devant cet acte d‘incompréhensible impudeur, mais ‘la majorité applaudit et bat des mains !!

Qu'on relise le discours de M. Cartier à la séanee du 7 août et on se convaincera, je pense, que jamais farce aussi déhontée n'a été jouée devant nn corps délibéretif, Jamais encore Ministre n‘a dévoilé avec taut de sang froid des actes de supercherie légale qui le flétriront à jamais comme homme public et comme citoyen. Car qu'on

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