‹ À oté de la rampe, comédies & saynètesChapitre 37 sur 100 · SCÈNE IV LE PODESTAT, JACOMO, CYNTHIE · texte numérisé non relu

SCÈNE IV LE PODESTAT, JACOMO, CYNTHIE

CYNTHIE

Bonjour, doux seigneur.

Bonjour.

CYNTHIE

Votre air me glace.

Çà, que ce vilain pli de votre front s'efface.

Lui tendant la joue.

Venez me baiser là !

J A CD M G, au podestat.

Restez !

LE PODESTAT, à part.

Cruel effort!...

Après un moment d'hésitation, il va pour Pembrasser. CYNTHIE, s'éloignant.

Laissez ; cela n'a rien qui me tente si fort. Vous confériez, je vois, d'une affaire secrète, Et mon entrée ici fut, sans doute, indiscrète?

LE PODESTAT

Nullement. Il n'est rien de moins mystérieux :

Je chassais un valet irrévérencieux,

Ce coquin de Sylvio. (a part.) Comment le prendra-t-elle?

CYNTHIE

Et vous vous échauffez pour cette bagatelle ?

Le beau motif, vraiment, de se fouetter le sang!...

LE PODESTAT, à Jacomo.

Entends-tu ?

JACOMO, au podestat.

Faux semblants.

oO LE TYRAN DE KOULI

CYMHIE.

Quelqu'un de votre rang S'aller commeUre avec un laquais ! J'en ai honte.

LE PODESTAT, à Jaeomo.

Je te soupçonnais bien de ni'avoir fait un conte. Un laquais... Quel mépris !

JACOMO, à part.

Vieux fou...

LE PODESTAT, à Jaeomo.

N'y reviens i>as !

CYNTDIE.

Mais quittons, je vous prie, un sujet aussi Las, — Je venais réclamer, seigneur, votre justice.

LE PODESTAT

Parle.

CYNTHIE

Et vous dénoncer le plus noir artifice.

Un complot ?

CYNTHIE

Un quatrain, par la haine dicté Où le moindre mot porte un coup prémédité.

Lui tendant un papier.

Lisez... je n'en veux pa.-;, pour moi, souiller ma lèvre

Au contact du papier je sens monter la fièvre.

LE PODESTAT, Usant.

.( Cynthie est-elle sage ? — Elle a mille beautés. » A-t-elle des vertus ? — Ses propos sont vantés. )) Sa sagesse l'est-elle ? — Elle brille à la danse. j Mais ses vertus? — Sa voix à merveille cadence. » Oui, le trait est perfide.

CYNTHIE

A VOS airs indulgens On reconnaît le cas que vous faites des gens. Cette satire, où perce un sens abominable, Ne vous retenez pas, dites qu'elle est aimable.

LE PODESTAT

Hé! non pas, et je veux...

CYNTHIE

Pour excuser ces vers Il faut plus que l'auteur avoir l'esprit pervers.

Mais je n'excuse rien, et ressens ton outrage; Que ce vil grimaud ose avouer son ouvrage, Et je...

CYNTHIE

C'est lui prêter un grand fonds de candeur De croire qu'il ira s'en proclamer l'auteur : N'avez-vous pas l'enquête et l'interrogatoire, L'appel par les sergents, l'arrêt comminatoire, Le cachot simple ou noir, la séquestration Sans boire ni manger, enfin la question?

LE PODESTAT

Lù... là... pour un quatrain...

J A CD MO, à paît.

La pécore!... J'enrage.

CYNTHIE

On ne mesure pas, mais on pèse l'outrage.

JACOMO, au podestat.

Croyez-moi, le conseil est des plus imprudents, Pour quelques méchants vers de faire voir les dents.

Montrant les pierres que le podestat a laissées tomber en entrant.

L'arbre où croissaient ces fruits sous le poids d'autres penche

Vous en feriez sur vous pleuvoir de chaque branche,

Sans fermer, pour cela, la bouche aux médisants;

Leurs traits n'en deviendraient même que plus cuisants.

On aurait contre moi noirci toute une rame,

Entassé prose et vers, pamphlet sur épigramme,

Qu'après m'être tâtè je demeurerais coi.

Et si Ton m'en venait demander le pourquoi,

Je dirais : « Vous criez au voleur! lorsqu'on vole.

» Bien... Mais on ne m'a pris seulement une obole.

» Quand vous voyez briller le fer : à Vassassin!

» Auriez-vous aperçu dans l'ombre un spadassin?..,

» Laissez tout ce fatras s'en retourner en poudre.

» Un bâton suffirait: vous invoquez la foudre!... »

LE PODESTAT

Cet avis a du sens.

CYNTHIE

Soit. Quittons ce sujet.

J'avais à vous parler encor d'un autre objet, Mais un tiers est de trop pour que je m'en explique.

LE PODESTAT, à Jacomo.

Laisse-nous.

JACOMO, à part.

Je pressens quelque tour diabolique.

Jacomo sort.

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