‹ A.-P. de CandolleChapitre 10 sur 45 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Du climat , ou de la température de F air , de là salubrité ou insalubrité du pays et de ses diverses contrées.

L’air en général est assez tempéré dans le Valais, surtout dans la plaine et aux environs de Sion; mais il l’est beaucoup moins aux pieds des gorges ou vallées latérales, comme à Saint -Maurice , à Martigny , ainsi que dans l’Entremont et à Brigue, où en hiver il fait extrêmement froid , et dans les autres saisons beaucoup de vents. Par contre l’air des montagnes de ce pays est fort bon; il est froid et vif, parce que les sommets des hautes montagnes , et surtout les fonds des vallées sont couverts d’immenses glaciers, et pour cette raison sont la cause du grand froid, et de l’air très-vif dont on jouit dans ces endroits, lorsque le vent souffle et passe sur ces glaciers quelquefois de plusieurs lieues d'étendue. Ce froid est aussi quelquefois plus grand que celui qu’on respire dans d’autres climats au même degré de latitude. Jadis et avant ces guerres successives, k curiosité encourageait les Anglais à gravir ces monts de glace, au péril même de leur vie.

La santé des habitans est aussi plus générale et durable dans les montagnes que dans la plaine, ce qui tient aussi à bien des causes, entr’autres à la salubrité des villages grouppés contre les montagnes , à raison de leur plus grande élévation , comme aussi à raison de leur nourriture plus simple, de l’air plus vif et plus froid, de l'eau plus fraîche , plus limpide et meilleure , enfin , à

raison de l’exercice plus grand des montagnards , des travaux plus pénibles et de l’éloignement des marais qui inondent et occupent pour ainsi dire toute la plaine, surtout en été, et dont les vapeurs méphitiques s’élèvent dans les airs, les infectent, et ceux-ci à leur t8ur infectent le corps humain : de là ces fièvres d’automne , ces

obstructions , ces visages pâles et bouffis des habitans; de là enfin ces hidropisies, ces gros ventres, qu’on observe dans certains villages de la plaine. Une raison particulière encore de la santé plus forte des montagnards du pays , me paraît être celle-ci , que les filles ainsi que les garçons ne s’y marient que dans un âge de maturité parfaite ou aptitude convenable à la génération, et dont la progéniture doit être plus forte et plus robuste ; tandis que dans la plaine, souvent une fille encore fort jeune, épouse un garçon presqu’aussi jeune qu’elle. Alors quelle génération peut-on espérer de tels établissemens ? A quoi si l’on ajoute l’air atmosphérique humide , pesant et mal sain , on doit néçessairement s’attendre à une postérité languissante.

L’air du Valais est différent, suivant la différente situation ou position de ses villes ou villages. Il est plus froid, plus vif* au couchant, ei au levant du pays qu’au midi , à l’exception cependant de certains endroits , à cailse de leurs positions particulières, et des divers abris qui en résultent, et qui peuvent les préserver des grands vents comme des grands froids* C’est pour cela aussi , que ce pays étant fort montagneux, et rempli de gorges latérales , l’air ne peut y être le même partout. Au couchant il est froid, à cause de sa situation, l’air y souffle entre

«eux chaînes de montagnes , dont les sommets sont tou-

fio Des.CIPÏION

jours couverts de neiges. A l’orient l’air est encore froid .pour les memes raisons. Mais il est tempéré , chaud même dans les montagnes du pays, et brûlant dans la plaine , à cause de la reverbération des rochers embrasés par l’ardeur du soleil ; les chaleurs dans la plaine seraient même excessives en été , si elles n étaient tempérées par les vents du couchant , qui soufflent presque tous les soirs et souvent avec assez de force.

Quant à l’air de Sion, il est doux et tempéré, et cependant plus chaud que froid ; il convient pour cette raison aux poitrinaires, aux gens qui ont la poitrine délicate, et surtout lorsque ces poitrinaires ont acquis leur maladie dans des régions plus froides ou plus humides. L'air de Sion convient aussi à raison de sa grande température aux vieillards, et à certains astmatiques, qui se trouvent très-bien de l’air et des vins de Sion; par contre ce même air ne convient pas à l’enfance, ni à la jeunesse, et ceux auxquels la fortune permet de sortir leurs enfans pendant l’été , feront bien de le faire , et à ce défaut , pour les garantir, au moins autant qu’il est possible, des impressions sinistres de cet air non élastique, humide et moux, joint * à la faiblesse naturelle des solides des enfans, devront les faire lever et promener au bon air du matin, et surtout dans les endroits les plus aérés de la ville, sur la hauteur contre Valère , et les baigner souvent dans de l’eau froide , afin d’exciter par là le ton de leurs solides, et de suppléer ainsi au vice de l’air local. .

• Mais outre que l’air de Sion est peu élastique , assez humide et doux, les marais voisins le rendent encore quelquefois très - mal sain, particulièrement dans les mois de juillet , août et septembre , au point même d’y causer des

fièvres intermittentes ou rémittentes épidémiques; ce qui a surtout lieu sur le bas peuple qui , en général , est foiSt mal nourri , mal logé , et le plus obligé de travailler. Ces maladies y sont d’autant plus fréquentes qu’on y baigneassez long-tems les chanvres dans des chenevières voisines de la ville, dans de l’eau dormante., et dont ensuite les vapeurs infectées se répandent abondamment dans l’atmosphère , et la corrompent; surtout si l’on a l’imprudence d’entrer ces chanvres encore mouillés dans la ville, pour les y traquer, ce qui devrait être défendu par la police, et ordonné de les baigner dans de l’eau courante éloignée de la ville. L’hiver dans le Valais dure différemment, ainsi que l’été à raison de la localité et situation des lieux , bourgs et villages $ puisque dans les uns l’hiver dure quatre mois, dans d’au-» très six ; et ailleurs, plus encore. Dans d’autres les saisons sont régulières quant à leur durée , mais non pas quant à la constitution de la saison. L’été dans le Valais, quoique généralement assez court, n’y est pas moins incommode par ses grandes et excessives chaleurs qui quelquefois succèdent subitement au froid. L’air en général, est excellent dans les montagnes , à proportion de ce qu’il est dans la plaine, où cependant, nonobstant son insalubrité, quelques-* uns deviennent fort vieux , et approchent même les cent ans, s’ils ne les atteignent pas , aussi y en a-t-il beaucoup qui meurent plutôt de vieillese que de maladie , ce qui a suré* tout lieu parmi les personnes aisées. Il n’en est pas de même! chez la populace, qui atteint rarement un grand âge dansla plaine ; mais dans les montagnes , où le peuple vit frugalement, travaille modérément !, il: devient fort vieux et meurt enfin' comme tme’ lampe qui manque d’huile^

et s’éteint.

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Mais une maladie particulière aux Valaisans, et aux Suisses, est la Nostalgie , ou irial du pays, sur laquelle le - célèbre Hoffman a donné un traité. Cette maladie le» attaque toujours dans l’étranger , loin de chez eux , lorsque partis pour le service militaire, même d’après un engagement volontaire et délibéré , il leur prend une telle envie de retourner dans leur patrie, que plusieurs d’entr’eux n’osant le déclarer à leur capitaine , commencent par devenir tristes et languissans, à perdre l’appétit, et sont morts dans le désespoir de pouvoir retourner au pays. Je parle d’après ce que m’en a dit à ce sujet M.r le Comte et Général deCourten , mon Mécène , et mon patron particulier; c’était un homme d’un rare mérite, plein de talens militaires, comme de connaissances et d’amour pour les sciences de tout genre; et, ce qui complète son éloge, c’est que ses vertus morales et la bonté de son cœur étaient la règle de toutes ses actions.

La pla^pe de notre pays est ordinairement couverte de neige depuis le mois de novembre jusqu’à la fin de février ; cependant le froid . y esf de tems en tems si rigoureux durant cet intervalle des neiges , qu’il gèle la surface des eaux du Rhône . avec une telle force , qu’elle porte aisément chars et chevaux; le froid y est si excessif dans certaines années , que les arbres les plus durs , tels que les noyers , éclatent par la gelée avec un bruit analogue à celui de la décharge d’un canon, et se fendent dans toute leur longueur. Des districts entiers voient alors périr leurs vignes et leurs arbres par les effets funestes de cette rigoureuse saison , dont les oiseaux , les lièvres et d’autres animaux errans sont les victimes qu’on trouve gelées dans les buissons où elles allaient vainement chercher un abri contre ses rigueurs.

Mais après avoir fait mention des marais de la plaine du pays, je dirai quelque chose sur les moyens de les détruire, ou du moins en grande partie ; d’abord il y a une grande étendue de plaine dans le Valais qui serait très- fertile, si les habitans possesseurs de ces terrains humides voulaient se donner la peine de les saigner, c’est-à-dire , de donner un écoulement aux eaux qui y regorgent, ce dont ils viendraient facilement à bout, ou en faisant de grands et longs canaux , pour donner issue à ces eaux croupissantes et mal saines, ou en creusant des fossés d’une certaine profondeur, qu’on comble de gravier sec, sur lequel encore on étend une couverture de bonne terre, et où ensuite on porte la culture. Mais telle est leurparesse et leur insouciance, qu’ilsaiment mieux rester dans la misère et souffrir une altération notable dans la santé par les exhalaisons méphitiques des marais voisins, que de se donner la moindre peine et la moindre activité. Aussi les montagnards , quoique cultivants des sols plus ingrats, vivent-ils dans une plus grande aisance que ceux de la plaine, à raison de leur plus d’industrie et de courage, dans les travaux. .

. Ces marais sont , pour la plupart , produits ou tout au moins entretenus par les débordemens du Rhône, ou par des filtrations souterraines. Pour obvier à tous ces inconvéniens, il ne faudrait peut-être que diriger le cours de ce fleuve indiscret , qui , quittant brusqùement ses bords, va se jouer dans les plaines voisines, souvent au plus beau, tems des moissons. L’habitant, pour y réüssir, a fait plusieurs tentatives, mais malheureusement toujours frivoles et infructueuses , parce •qu’il s’y prenait mal. Peu opiniâtre . dans ses travaux, surtout dans ses travaux dont le succès vient pas de suite couronner ses entreprises , le V alai-

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san en Jësiste et y renonce; ce qui fait qu’il a abandonné le Rhône à ses caprices. Aujourd’hui le Rhône occupe presque toute la plaine , en y serpentant à gauche et à droite , et s’y divisant en bien des branches forme un lit particulier* Ainsi l’on peut tout corriger par le seul moyen de rendre droit et de fixer son cours par des digues talutées, parce qu alors son cours plus droit, deviendrait aussi plus rapide, et acquérait plus de force pour entraîner les graviers et toutes les eaux croupissantes des marais; et que n’âvons-ifious pas lieu d’attendre en cela de notre auguste Souverain qui a déjà gratifié notre pays de la construction des belles routes du Simplon, même avant sa réunion à son grand Empire? Nous devons maintenant tout espérer de sa bienveillance, puisque nous lui appartenons* Quels avantages ne résulteront pas de là? Combien de terrains ne gagnera -t -on pas dans la plaine, lorsqu’elle deviendra toute cultivable, et qu’on la rendra plus saine à mesure qu’on desséchera les marais. Qu’on jette un coup-d’œil sur les campagnes de Rarogne , de Viège , de Tourtemagne , de Gampel , de Sion même dans le bas Valais sur celles de Pioudron, des Pras-Pourris , de Riddes, de Saillon ,de Martigny , enfin depuis Monthey jusqu’au Bouveret, et l’on sera convaincu de ce que j’avance. Quels avantages pour les • riverains, pour le vogayeur étranger, et pour le négociant de pouvoir transporter ses marchandises par de belles routes traversant une plaine cultivée dans toute sa longueur et parsemée de villes , de villages , de bourgs , qui promettaient partout la sûreté aux voyageurs , comme la félicité et l’abondance aux habitans riverains.

• Voilà des bienfaits qui doivent bien mériter la reconnaissance du peuple envers son auguste Monarque qui les *

du Valais.

lui procura avec tant de soins et de dépens ! Heureux donc le peuple qui n’a qu’à indiquer ses besoins pour voir

améliorer son sort.

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