‹ A.-P. de CandolleChapitre 16 sur 45 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Des Glaciers du Pays du > Valais . ,

J-jes Valaisans ainsi que les Suisses appellent Firen ces vieilles neiges entassées sur le sommet des hautes montagnes ; ce mot est comme l’opposé de tout ce qui est nouveau ; c’est pour cela qu’ils appellent firen-min les vins vieux, ou dû moins ceux de la seconde année. Ces neiges sont dures et en partie congelées; mais elles n’ont cependant point quitté leur nature primitive de neige.; tandis que les glaciers , en allemand Glettscher , sont des neiges qui se sont fondues et dont l’eau a été fortement gelée, et qui ne sont par conséquent plus neige, mais véritable glace, appelés pour cela glaciers. Tout le monde cependant ne fait pas cette distinction; ils appellent indifféremment ainsi ces deux états divers de neige ou de glace.

Ces vieilles glaces ou glaciers de plusieurs siècles , qu’on trouve dans les hautes montagnes de ce pays, ainsi que sur celles de la Suisse , tels que les glaciers bleuâtres AuGrindelwald , s’augmentent et croissent d’une manière étonnante, par l’accumulation successive de la nouvelle glace avec l’ancienne, au point qu’il s?en forme d’immen-* ses montagnes de glaciers ; c’est de cette espèce qu’on observe dans la vallée de Vicge , et surtout dans,. celle

*lo6 Description

de Saas, où l’on prétend , que ces glaciers ont considérablement augmenté vers l’année 1529, et l’ontimise dans Cet état sauvage où cette vallée se trouve aujourd’hui , en comparaison de l’état heureux où elle se trouvait dans les siècles antérieurs. On observe encore de ces grands et immenses glaciers au fond de la vallée d ’Anniviers, ainsi que dans celle d ’Hérins, de Zermontana en Bagnes, comme encore dans la vallée de Fiesch, dans le canton de Conches , jusqu'à Loëtschen , et forment une chaîne de doüze lieues au moins, depuis Fiesch jusqu’à la montagne orientale des bains de Louëche ; chose certainement bien digne d’étre vue, et cent fois plus même, que la plus belle des cascades qui tombent des plus hautes montagnes, quoiqu’elles aient bien aussi leur mérite pour cause de leur chute prodigieuse, comme est la fameuse cascade de la Pissc-Vache , à deux lieups de St. Maurice , qui tombe en torrent considérable d’un rocher presque perpendiculaire ; mais j’en parlerai ailleurs.

Il y a chez les Sédunois , peuplade ainsi appelée en .Valais, comme nous l’avons observé plus haut, une montagne qu’on nomme la montagne de Silvius , à laquelle les Salasses ont donné le nom de Rose , sur laquelle est une masse immense de glacier où l’on passe pour se rendre aux Salasses par un trajet de quatre mille pas au moins; on observe des sommets encore plus élevés et plus rigides, tels que celui d’Hérins et celui de Zermontana, au fond de la vallée de Bagnes.

Ces glaciers du Valais, comme les autres, se dépouillent à la longue des sables, de la terre, des pierres et des immondices, au point qu’ils prennent presque la lueur et la transparence des cristaux; quelques-uns pour cett*

du Valais. 107

raison ont cru , que les cristaux se formaient d’une glace invétérée; mais ils se sont trompés. Souvent dans les plus hautes montagnes les glaciers se fendent et se rompent avec un tel fracas et une telle impétuosité , que la terre en parait trembler et les montagnes vouloir s’écrouler; tes fentes et ces crevasses sont pour l’ordinaire d’une profondeur prodigieuse , qui quelquefois s’étend jusqu’au fond du glacier; souvent aussi elles sont d’une largeur à engloutir hommes et chevaux, comme nous en avons des exemples; mais par malheur pour eux, on ne les retrouve plus, du moins pour la plupart; à moins qu’ils n’aient été déjetés latéralement et accrochés sur quelque bord ou dentelure assez large pour les y recevoir , et qu’avec des cordes qu’on leur tend et auxquelles ces malheureux s’attachent , s’ils ont encore assez de forces , et assez de présence d’esprit pour le faire i et pour se faire ensuite retirer ainsi attachés à ces cordes. La hauteur de ces crevasses dans les glaciers est souvent telle, qu’en se couchant sur le ventre et prêtant l’oreille à la fente , ils n’entendent qu’un petit bruit sourd qui leur avient par le courant de l’eau des glaciers qui sort à leur base, et qu’on ne peut voir, comme l’annoncent ces beaux vers qui disent :

H inc f radis prœrupfa jugis , tenebrosa vorago

Pandit inane cahos , barafrique simillimus horror

Ex anime s fecisse pote si atliesamque fragosis

Sub pedibus rauco cerfanicm murmure saxis

Accipit aitonitâ quam non videt au reliai or

Guntherus lib, IV, sui Ligurini,

Tellement les crevasses sont-elles profondes, qu’elles sont dans plus d’un endroit de la hauteur de plusieurs clochers. Enfin une dernière observation relative au passage sur ces glaciers en été, seule époque où il puisse avoir lieu, si l'on ajoute une partie de l’automne, lorsqu’il est beau, «ne dernière observation, dis-je, est, que leur passage est toujours dangereux, tant par rapport à ces fentes ou crevasses, qu’on ne peut voir, se trouvant couvertes des neiges de la dernière année, outre que, si l’on était surpris au moment de leur traversée par une forte pluie, on risquerait à tout moment de glisser, de tomber et de s’y précipiter; ajoutez-y encore, qu’on ne pourrait se mettre à l’abri , surtout si l’on y était surpris par la nuit; ainsi tout calculé, il est curieux de les aller voir, mais il est imprudent de les passer, par rapport aux grands inconvéniens et dangers qui peuvent accompagner leur passage.

Si l’on examine attentivement les bords des glaciers dont la séparation ou défaut de cohésion forme ces fentes, on découvre clairement, que toute la masse de ces mêmes glaciers n’est qu’une glace accumulée en forme de couches, par une suite de plusieurs siècles, et que SiUus I/ah'czis. a donc aussi eu raison de les appeler dans le poème cité plus haut, Æei glacicm , puisque ces glaces accumulées dans ces montagnes depuis plusieurs siècles y resteront probablement jusqu’à la fin du monde, ne pouvant jamais se fondre par la chaleur du soleil; que si, comme il arrive quelquefois, un morceau plus ou moins grand de ces glaciers se rompt, se détache et tombe, il n’est pas pour cela fondu de suite, mais il se fond seulement au bout de quelques jours. Les hommes aisés et gourmands prennent souvent de Ces glaces, les gardent

du Valais. iog

dans leurs caves expressément faites pour cela, et s’en servent en etc pour rafraîchir leur vin de table , en mettant un morceau dans une terrine vernissée, la jetant dans de l’eau nouvellement prise à la fontaine la plus froide de l’endroit où ils se trouvent; quoiqu’il y ait nn autre moyen plus simple encore pour contrefaire cette opération, qui est de jeter deux ou trois cuillerées à bouche,' de nilre pulvérisé dans un baquet d’eau , ou dans un vase d’étaim, de la battre un peu, et d’y mettre les bouteilles ' où l’on tient le vin , ce qui est dans le cas de former de suite de la glace artificielle, si on la secoue fortement, souvent même au point d’y faire glacer la bouteille et de la faire attacher à celte glace.

Enfin Silius , dans la prédite description parle vraiment en poète, lorsque parlant des glaciers et de la hauteur des montagnes, il dit, que ces dernières s’élèvent autant dans les airs que le tartare a de profondeur ; car par cette comparaison il a simplement voulu indiquer leur hauteur, je pense, qu’à cet égard il a suivi l’opinion des Grecs , qui voulaient, que les montagnes eussent autant de hauteur, que la mer a de profondeur; mais je crois, que nulle mer est assez profonde pour égaler l’élévation de quelqpes-unes de nos montagnes.

Il est d’ailleurs certain , que ce même auteur a raison de dire, que les hautes montagnes ou les Alpes sont le domicile de lhiver, des orages et de? vents; il n’est pas douteux, que l’hiver soit perpétuel sur les hauteurs les plus élevées des montagnes , puisqu’elles sont continuellement couvertes de neige et de glace. On a de même raison ‘de les appeler le domicile des vents, puisque ceuxci occupent toujours les régions [supérieures , tandis que

ïto DiscniPTion

les régions plus basses sont moins battues par l’air , et comme les plus grandes et les plus froides rivières descendent des alpes ou des hautes montagnes , de même aussi les vents les plus froids et les plus forts souillent de Ces lieux, qui, à raison de leur froidure , produisent souvent la grêle et la pruine. Les Physiciens donnent la raison de ces phénomènes; aussi les signes les plus certains de la disposition des tems futurs se tirent-ils des sommets des plus hautes montagnes, comme l’a dit Pline par ces mots : ci/m in cacuminibus montium nubes consident, hicmabil ; si cacumina pura fiant, disserenabit ; nube gravidâ candicanfc , quod vocant tempestalem albam , grando immine bit. Cce/o quamvis sercno , nubecula, quamvis parrn , ventum procellosum dabit. Nebulœ è moniibus descendenies aul cœlo cadentes , vel in vallibus sedentes , serenitatem promiltunt. Si sur les sommets des montagnes les nuages s’asseyent, il fera hiver; si ces sommets sont purs et sans nuages , il fera serein, s’il y a un nuage épais et blanc ; ce qu'on appelle tempête blanche , la grêle sera prochaine ; mais lorsque le ciel étant serein , il y aura quelque petit nuage , un vent turbulent s’élèvera ; les brouillards descendant des montagnes, ou tombant du ciel, ou se reposant dans les vallées , promettent sérénité. Tous ces pronostics sont certains; c’est pour cela aussi, que les campagnards et agriculteurs valaisans , ainsi que ceux de la Suisse, et surtout ceux de Lucerne , observant et faisant attention aux sommets des hautes montagnes, et les mêmes Lucemois à ceux du mont Pilate , en tirent les signes les plus certains des orages futurs, tout comme en Valais, lorsque ceux de Sion voient en été le sommet de la montagne de Chamoson couvert d’un brouillard, et

du Valais.

ceux de Sierre , lorsque le sommet de la Cauquela , qui est le sommet occidental de la montagne de Finge , lorsque , dis-je, ceux de Sierre la voient couverte et entourée d’urie cravate blanche de nuage , ils augurent la pluie certaine pour le même jour, mais seulement durant la saison de Pété. De même aussi Silius paraît-il avoir raison de dire, que les hautes moatagnes. sont le domicile des tempêtes, ainsi que le Prince des poètes qui a dit que le Boréas venait des Alpes , et était le vent le plus froid et le plus violent de tous, lequel nous appelons dans ce pays le vent du couchant , ou la bise , qui prend son cours depuis l’occident vers l’orient , et parcourt ainsi la plaine du pays ; quelques-uns Pappellent Boréal , ou le vent de la montagne; d’autres le nomment encore le vent du pays.

f CHAPITRE XIII.

Des différens passages par le Valais et ses montagnes.

Après avoir parlé jusqu’ici des hautes montagnes et des glaciers du pays du V alais , il me reste à parler de leurs divers passages , pour entrer et sortir du pays. Je dirai donc, qu’absolument parlant, il n'y a que le passage de St. Maurice et celui du Simplon, qui sont constamment praticables en quel tems qu’il fasse ; que tous les autres ne sont d’usage qu’en été, si j’en excepte celui du Simplpn et celui du grand St. Bernard , qui peut encore être pratiqué au printems et en automne. Cependant il y a cette petite remarque à faire sur la route du Simplon, que, depuis le plan que notre auguste Empereur et Roi lui a

ira

Djescription

fait donner, on peut y passer en toute saison l’artillerie, avec sûreté; cependant les neiges y tombent quelquefois en si grande quantité , qu’elle se trouve bouchée , mais pour quelques heures seulement , parce qu’il y a des ouvriers commis pour les enlever aussitôt.

Indiquons les passages à travers les hautes montagnes du Valais, et commençons par celui du S impion, pour venir ensuite à celui du Si. Bernard , comme les deux les plus fréquentés. Au fond oriental de la plaine du Valais, proche de Brigue, chef-lieu du canton de ce nom, dont l’approche a quelque éclat, dans cette contrée assez jolie, du moins dans la belle saison, commence le S impion : et tout en convenant , qu’il y a des sites qu’on peut rendre par un f seul trait, par une seule description, il n’en est pas de même ici, dont chaque site demanderait un cadre et un tableau particulier. Quoiqu’une des plus riches et des plus variées des montagnes de ce pays , par ses situations et ses développemens, quoique belle de ses propres paysages, et fière des sites qui l’environnent, elle reçoit un nouveau charaie , un nouvel intérêt pour la curiosité , par la nouvelle route qui la traverse en entier, et dont nous allons parler. Cette route, la conception de ,Napoleon le grand , l’ouvrage admirable du génie français et le produit des travaux et des dépenses immenses, présente en même tems dans l’étendue de quatorze lieue» , et la puissance de l’Étal, et l’imposante conjonction de tous les grands accidens de la nature*

C’est de G// ss que part la nouvelle route du Simplon,, et déjà la nature a imprimé à ce site un caractère trèspittoresque; un pont de cent pieds de hauteur, sous lequel roule en mugissant parmi les rocs, un torrent qui

du Valais.

se précipite de la montagne , et ouvre la longue scène qu’on va parcourir ; de là le nouveau chemin semble s’élancer sur le Simplon , en côtoyant de superbes pâturages, et un de ces ermitages que le génie religieux des Valaisans, par la dévotion qui leur est propre, a placé partout sur les flancs des montagnes. A peine a-t-on parcouru une lieue, qu’on se trouve à deux mille pieds de hauteur, au milieu d’une forêt de melèsae où la frai* cheur et l’ombre semblent concourir à rendre la route agréable aux voyageurs. Que ne puis-je peindre ici l’ensemble , le mouvement et la magnificence des objets divers qui s’offrent à la vue; dans le lointain, toute la plaine du Valais, avec son fleuve le Rhône et les montagnes qui la bordent; au nord, les glaciers et les pics de la Suisse, qui tranchent dans Phorison et semblent s’élancer dans un ciel d’azur; au-dessous, le plateau de Brigue varié de cultures et de paysages divers, e^Pimmense profondeur de la vallée qui retentit du bruit terrible de la Sallina, qui la traverse; en Tace de la forêt domine le Glyshorny qui veut autant dire, que le sommet de la montagne de Glyss , c tGIyshom semble placé devant la roule pour produire un grand effet, et dont la forme et la couleur du rocher tranchent d’une manière admirable, avec toute la verdure des melèses de la montagne. Plus on avance, plus les sites s’animent, se multiplient et s’agrandissent; les divers points dè la route deviennent pour le voyageur autant de points d’optique qui lui découvrent une succession continuelle d’aspects intéressans, de sites, de paysages, et lui communiquent des surprises et des sensations toujours nouvelles. L’élévation et la sûreté de cette belle route font respirer aux voyageurs dans les beaux jours,

T 1 4 Description

je ne sais, quelle fraîcheur éthérée et savourer à la fois les plaisirs de contempler sans danger, sans effroi, les escarpemens des vallées et les précipices effroyables que cette route franchit.

: Le pont de Ganther est un des plus hardis de son passage et reçoit le torrent du même-nom; il est construit en face d’une des plus fortes avalanches du Simplon; son emplacement et la solidité de sa construction sont tels, que la chute des avalanches ne peut être pour le voyageur qu’un spectacle et jamais un accident, un danger.

Au sortir de ce même pont, d’où l’on découvre la vaste étendue des glaciers de la Suisse , bientôt la roule , par * d!heureux contours , va se perdre dans une seconde forêt de sapins et de melèses; on croirait être quelquefois dans un des beaux chemins de France, ou voyager dans un magnifique parc, tant ces arbres s’élèvent à l’envi, et ombragent la tête du voyageur; la forme des rochers, la variété des aspects multiplient partout devant lui les effets pittoresques; l’art et la nature semblent s’être entendus pour lui préparer à chaque stade la surprise drune galerie, d’un pont, d’une cascade, d’uïie montagne, d’un glacier, ou dune forêt nouvelle. C’est ainsi , qu’après avoir traversé cette immensité de sites, on arrive au plateau, ou sur la hauteur; ici la scène change sans être moins intéressante pour le naturaliste, et pour l’homme qui aime recevoir les grandes sensations : l’aspect des bouleversemens remplace la variété et le mouvement du tableau des vallées ; au bruit des torrens a succédé le triste sifflement des vents ; le froid glacier s’élève seul devant. vous , et semble commander à une nature nue , stérile et déserte } non loin de là, vous apercevez l’hos-

IID

»u Valais.

prce qui semble appeler au milieu de ces lieux sauvages, le voyageur surpris par la tourmente des neiges.

On ne sent point cependant aussi vivement sur ce plateau l’effroi du silence et de la solitude que l’on éprouve sur le plateau des hautes montagnes; sur le tournant ou versant de ce mont, du côté du midi, on aime à voir

quelques chàlets, à retrouver un village assez étendu, c’est celui du Simplon,où vit une population en apparence indépendante , où le peuple est robuste , endurci aux rigueurs du climat, et où il subsiste de quelques pâturages, des transports du commerce , et des services, que cette population rend à ceux qui passent la montagne ; de ce village, et à travers de plusieurs escarpfrmens, la route conduit les voyageurs dans la vallée de Gundo ; que les peintres, les naturalistes et ceux qui n’ont vu que des rians vallons, et qui aiment les grands contrastes , viennent voir cette vallée de Gundo ; c’est ici que la nature parait avoir coulé et frappé en bronze, comme le dit M.r A'Eschassériaux , dont j’ai tiré cette description de la montagne du Simplon , me croyant incapable d’en tirer une meilleure, et plus conforme au local.

Deux chaînes de montagnes presque verticales s’élèvent dans les airs, et semblent ne laisser d’intervalle entr’elles

qu’autant qu’il en faut pour laisser passer et éclairer le

voyageur. Le chemin et le torrent forment toute la largeur de la vallée ; à peine a-t-on fait une demi lieue dans cet antre «auvage , que les rochers changent de nature; tout-à-coup le granit commence et prend la place du Gneiss. Ces immenses rochers déployent à la vue le plus sombre et le plus imposant des spectacles; la vallée se creuse, le passage de quelques petits ponts laisse voir

>Il€ D F. S C R P l T I O H

à celui qui les traverse, ses horribles profondeurs; la Dore'ria se précipite de gouffres en gouffres , ses eaux Remuantes se brisent et rétentissent contre les rocs de granit qui semblent lui refuser un passage. Les eaux des cascades et des torrens qui tombent des chaînes des monts, vont se confondre dans le même abîme; c'est dans cette enceinte des plus sublimes horreurs qu'ait pu rassembler la nature, que la route traverse une longue galerie percée dans le granit; l’obscure entrée de cette galerie,

1 les jours pratiqués dans le rocher, et qui n’éclairent que d’énormes masses entassées , des escarpemens et d’affreux précipices, viennent rembrunir encore la grande scène que déployent ces lieux.

Au sortir de la galerie, l’ancien chemin, qui s’offre à la vue comme suspendu sur des pentes presque verticales, fait sentir au voyageur le bienfait de la nouvelle roule. Non loin de là, dans ce désert, on trouve avec plaisir un refuge dans une grande maison isolée, dont l’architecture est parfaitement assortie au lieu où l’on est, c’est la maison de M.r le $aron de Slokalper. Cette vallée de Gundo porte partout les traces des siècles passés et des révolutions successives qu’ont éprouvées les Alpes : la main puissante qui élança sur leurs bases ces anciennes murailles de granit, qui semblent lui imprimer un caractère d’indestructibilité, n’a pu les soustraire à la destruction de* tems; partout sur les flancs de cette chaîne de montagnes, à une très-grandê hauteur, on «perçoit les sillonnemens, les excavations, et l’action diverse des eaux qui ont creusé la vallée; et ces blocs énormes de granit, précipités des cimes des monts dans le torrent, l’effet terrible que leur clin te a dû produire, reviennent encore effrayer l’imagination.

du Valais*. 117

Ainsi par des accidens plus ou moins prononcés, se prolonge la vallée de Gundo, lorsque Ton voit s’entr’oirvrir peu à peu les côteaux cje Dovedro; l’œil lassé de parcourir et d’admirer les belles horreurs, les masses de granit de cette vallée sauvage, se soulage et se repose avec plaisir sur les riantes cultures de vignes, sur les élégantes habitations et le beau paysage de Dovedro. On quitte à regret ces côteaux ; mais on est bientôt dédommagé par le riche aspect du bassin de Domodossola , en sortant de la froide vallée de Gundo ; comme on salue avec une espèce de reconnaissance cette contrée où les sites charmans, les belles maisons de campagne , la fertilité du sol, annoncent une terre heure, use, un pays cultivé; on respire, on ressent enfin, qu’on est dans le doux pays de l’Italie. La route vous mène tout-à-coup par un circuit rapide, sur le pont de C révola , que I on trouve d’autant plus beau, qu’il termine une des plus rudes vallées des Alpes; c’est une belle statue parmi des ruines. 'Ce pont, ouvrage d’une excellente architecture, embellit encore le paysage de la vallée de Domo ; on le laisse pour arriver bientôt à celte petite ville plus riante par sa position que par ses édifices ; c’est là que finit pour le voyageur, le spectacle du Simplon.

Telle est la montagne du Simplon, qui est empreinte des grands traits de la nature sauvage ; telle est cette route célèbre qui, dans ses divers développemens, a su franchir des précipices, affronter des glaciers, s’embellir de tous les paysages, de tous les effets pittoresques de la montagne qu’elle traverse, et porte partout le triomphe de, l’art sur les obstacles de la nature , qui compte dans son cours vingtdeux ponts , six galeries, dont une est de deux cents mètres.

a 1 8 Dîschiftiok

quatre forêts de pins et de melèses, plus de trente cascades, et plusieurs glaciers.

Mais il est tems de parler du passage du grand St. Bernard, ce que faisant, nous dirons que, lorsque du bourg de Martigny , l’œil parcourt ce ceintre de monts où s’ouvre la vallée d'En/remont , l’imagination ne peut concevoir où le voyageur peut se frayer une roule à travers ces grandes masses qui semblent se serrer, se presser pour fermer tout passage, et l’art qui voudrait marquer un grand effet, qui voudrait créer une illusion, ne pourrait produire quelque chose de plus frappant: le voyageur marche donc incertain jusqu’à ce que le bruit de la Drance , lui annonce et lui indique la vallée; les hautes montagnes qui la ferment, s’ouvrent, mais semblent s’ouvrir avec peine : tout prend alors des formes gigantesques à l'aspect du voyageur. Lorsqu’on parcourt les Alpes, il y a une chose à observer, il semble, que la nature mystérieuse ait voulu cacher, comme dans des espèces de sanctuaires, ses grandes horreurs, comme ses grandes beautés; soit qu’elle ait voulu marquer soudainement aux yeux de l'homme , sa puissance, ou ménager à sa surprise un grand spectacle; c'est toujours par des accès difficiles, par des escarpemens ou d’aflreux contours qu’on pénètre dans des vallées délicieuses, qu’on arrive aux plus hautes montagnes, ou. qu’on aborde les lieux remarquables par les bouleversemens et les précipices qu’ils recèlent ; c'est ainsi aussi qu’on arrive à la Gcmmi , et dans la vallée d’Entremont.

Tout ce qui peut agir sur les sens de l’homme par la terreur , se trouve rassemblé dans celte vallée , depuis Martigny jusqu'à St. Brancher. Un torrent en furie, la Drance , qui dans tout son coure, se précipite de cascades

en

d ü, Valais. 119

en cascades, se brise d’angles en angles, de rochers en rochers , et ébranle de son bruit de tonnerre toute la vallée; le sommet des hautes montagnes qui la dominent, renversé partout sur les bords du torrent , ou roulé dans son lit ; une forêt continue de noirs sapins, s’élevant des bords de la Drance jusqu’aux cimes des monts, et jonchée i partout d'immenses décombres; des arbres, des rochers partout brisés et’ roulés par des avalanches, dont on voit à côté de soi le théâtre et les ravages : voilà en peu d« traits cette partie de la vallée de l’Entremont , qui n’est • qu’un bouleversement , et offrirait peut-être le plus étonnant abîme des Alpes aux yeux de celui qui pourrait |a contempler du haut des montagnes qui la dominent^

C’est à travers ces ruines, et sur les bords escarpés du torrent de la Drance , qu’est frayée la route qui conduit' à St. Brancher, route qui, tantôt s’élève, tantôt s’abaisse, tantôt continue à côté du torrent ; elle est assez large pour une petite voiture, mais elle a des hauteurs , et de& aspects elfrayans, parce qu’elle manque de parapets qur rassurent le voyageur dans les endroits où elle présente plus de danger ; il faut absolument se confier aux conducteurs et à l’adresse des mulets et des chevaux du pays; en fait cette route livré aux diverses impressions qu’inspire aux voyageurs ce pittoresque ensemble.

A une lieue de Martigny , sur cette même route dans cette gorge , on observe divers petits hameaux , et le village nommé Bovemier , que d’autres écrivent Boucanier : il n’est qu’un petit village très-mal construit, dans une position bien triste , et où la demeure, à moins d’y être né, ne saurait plaire à personne ; mais elle pourrait plutôt servir de lieu de rélégation et d’exil ; aqssj n’en

Description

dirai-je pins rien, sinon, qu’il est devenu depuis l'an 1762, une annexe paroissiale, et que les Seigneurs Grossi du Cbâtelard , en Valdigne, diocèse àîAost , possédaient cette jurisdiction jusqu’en i582, et qu’enfin il a quelques biens et prairies ornés de châtaigniers qui produisent beaucoup de fruits. À mille pas de là, on entre dans une gorge presque entièrement occupée par la Drance , où les rochers sont si resserrés et élevés, qu’on y découvre à peine le ciel ; cette gorge qu’on appelle la Moncia , a des dangers émincns; on ne tarde pas à s’en convaincre, lorsque les hauteurs sont chargées de neige, les avalanches sont à craindre ; le danger n’est pas moins grand , lorsqu'il tombe une pluie forte et abondante: mais heureusement le trajet n’est pas long. En suivant toujours cette route, on arrive à l’endroit du torrent où il y a environ dix ans, que l’abbé de St. Maurice , M/ Cocatrix a été précipité avec sa, voiture, ses chevaux, un chanoine régulier de l'abbaye, sa cuisinière et son cocher qui les conduisait en descendant de St. Brancher , de retour de Bagnes , sans que jamais depuis on ait vu le moindre vestige , aucun débris de cette chute , ni des personnes qui y ont péri, à l'exception de M.r l’Abbé, dont on a trouvé le cadavre bien des mois après. Chaque fois que j’y passe , ce qui m’arrive quelquefois, je me représente d’un côté, l’état périlleux et plus que critique de partir ainsi en voiture pour l’autre monde, et de l’autre, je pense que, s’il avait •suivi l’exemple de son devancier l'abbé Schinèr , et voyagé comme lui, sur un petit limon, ou à cheval, ou à pied, probablement ce malheur ne lui' serait pas arrivé; mais voyager en grande voiture remplie de .monde, chargée djeffets, et attelée de trois jeunes çhevaux fringans, des-

B V . V A L Jl X $. '

cendre en toute vitesse par une descente fort rapide , au bord d’un précipice affreux , à côté d’un torrent tout furieux, et dans un chemin étroit, c’est vraiment manquer de prudence, et s’exposer de gaieté de coeur à périr; etr cela d’autant plus, qu’à Bagnes, avant son départ, M.r Coi/er , Curé de cette paroisse , digne religieux et digne pasteur, Tavait sollicité de laisser sa voiture comme trop pesante , trop lourde et trop large , qui avait déjà risqué de ne pouvoir passer le pont de St. Brancher, et qui devait encore en passer plusieurs autres d’un bois presque pourri et mal jeté sur cet affreux torrent; mais rcquicscat in pacey son malheur fut certainement extrême, et son sort à plaindre; il peut servir de triste exemple et d’avis aux voyageurs pour ne pas descendre ainsi de St. Brancher à Marligny,

mais qu’ils doivent prendre des chevaux ou des mulets,

ou encore mieux , descendre à pied. Mais retournons et disons, que le village de Brocard est déjà moins sauvage, ainsi que ses forêts de châtaigniers qui paraissent pendre sur Martigny , tout le long et au-dessus de la grande route, sur les rochers tout nuds qui y forment un coup-d’ceil assez piquant, tant, elles sont épaisses, verdoyantes et perpendiculairement posées. Les habitans de ces environ^

conservent ces forêts de châtaigniers pour se mettre à l’abri des désastres des avalanches , et de la chute des

rochers presque détachés qui dominent ces lieMx; outre que ces arbres à fruits ; réussissent lrè$-bien parmi léQJ rochers, aux endroits exposés au couchant , pen éclairés et peu échauffés par les rayons du soleil; ils fournissent une nourriture excellente et saine, et par là ont le double avantage de réussir où rien ne viendrait d’ailleurs, et de nourrir les habitans possesseur* Aussi ne puis-je assez

132 Description

blâmer l'insouciance et l'inactivité des habit ans du haut Valais, qui négligent de garnir de ces arbres les lieux Ombragés qui restent sans culture. Rendons justice aux bas Valaisans qui cultivent avec soin leurs forêts de châtaigniers, dont ils retirent un grand avantage annuel, tandis que les haut Valaisans qui ont une infinité de sites convenables à leur plantation, préfèrent par ignorance ou par insouciance nationale, les laisser incultes, et acheter à grand prix les châtaignes chez les occidentaux.

O Coridoriy Coridon , çuœ te dcmentia ccepiL ,

Ouvrez une fois les yeux, haut Valaisans, et reconnaissez vos intérêts ! Planiez partout de ces arbres, où le sol est susceptible de cette plantation, et vous en recueillerez un jour les fruits avec autant de plaisir, que jusqu'ici vous avez été indifférens dans cette partie de l'agriculture qui aurait pu vous soulager dans l’entretien de vos familles. Et certes, si vous l’aviez fait, il y a un siècle, vous en recueilleriez aujourd'hui les fruits.

Mais je m'aperçois, que mon zèle m'entraîne trop loin de mon sujet, j'y reviens donc, et dis qu’en suivant cette route depuis Bouvernier , se 'livrant aux diverses impressions qu’inspire cette localité pittoresque, on arrive vers une espèce de bâtiment alongé et surmonté d’un étage depuis le rez-de-chaussée, où des Chartreux , lors de leur émigration de la France, semblaient avoir été cherche?

le teripe d’une vie pleine d'austérités. Proche de ces lieux,* on exploitait une mine de fer depuis peu d’années découverte. Mais une des choses qui frappe le plus depuis Tentrée de là vallée , c’est de voir au milieu du lit dû torrent de la Drance , d'immenses- blocs de granit, au*

"Du Valais.*

pieds des montagnes de roche schisteuse et calcaire , qui forment seules tout l'Entremont , jusqu?au St. Bernard. JM.r A'Eschassé riaux dit, qu’il cherchait à savoir quel effort , quel volume d’eau avait pu rouler ces énormes blocs? D’où ils pouvaient venir? Que pour arriver là, ils avaient franchi des sommets de montagnes et des vallées. J! se demande à lui-même s’ils y ont été jetés par la violence d’ançiens courans , dont la direction avait été changée par quelque révolution du globe, ou ont-ils été lancés par quelque explosion produite par la même cause? Il a fini par dire , que c’était là une question livrée à toutes les conjectures ; qu’ayant interrogé sur ce phénomène M.r le Prieur Murïih , un des hommes dù pays qui certainement connaît le mieux cette partie des Alpes qu’il a parcourue, que celui-ci lui avait répondu, que toutes les probabilités faisaient partir ces énormes masses de granit d'une des chaînes du Mont-Blanc ; qu’il avait lui- même remonté .jusqu’à leur source , avait comparé leurs fragmens avec leur roche primitive, et les avait trouvés parfaitement analogues. Ici M.r ÜEchas sériaux dit: voilà en effet une grande probabilité, mais est-ce bien la vérité même ? Ces blocs qui se trouvent dans le lit des tonens à des distances immenses de leur origine, que l’on trouve au Simplon, à la Valdiliers , comme aussi dans la vallée d’Entremont, qui ne trouvent point d’analogues dans les montagnes environnantes , seront toujours l’écueil des systèmes des naturalistes; et il poursuit à dire, que dans sa marche audacieuse et inégale, dans ses créations, dans ses changemens , dans ses destçuctipns, il semble que la nature se plaise à étonner et à égarer le génie de l’homme; que ces monumens épars, ces débris $ks montagnes, jetés loin des

lieux de leur formation primitive, attestent le mieux le$ révolutions physiques qui ont agité la terre, que la chute , les bouleversemens et les transformations diverses qu’ont subit les grandes masses qui la couvrent.

Mais si M.r Muriih peut avoir raison pour ces énormes masses de granit, qu’on observe dans la Drance entre Martigny et le grand St. Bernard, en les faisant descendre d’une des chaînes du Mont-Blanc, il n’aura au moins pas raison pour celles qui se trouvent au-dessus de celle assiette, ou comment auraient-elles monté plus haut? Il me paraît donc plus vraisemblable, que dans beaucoup d’hautes montagnes il se forme de ces granits qui, par la suite des tems, se détachent et descendent, ou sont entraînés par les révolutions physiques et successives; il me paraîtrait même inconvenant de vouloir faire des granits du Mont-Blanc l’origine commune de tous les autres granits du pays, et de ceux qu’on observe ailleurs , et qui se trouvent à des distances très-grandes de ces mêmes chaînes du Mont-Blanc, et peut-être même situés sur une assiette plus haute, outre que ce peut être une des propriétés du granit de n’être formé que sur les montagnes les plus élevées.

Il me paraît donc plus vraisemblable , que toutes ces masses de granit qu’on trouve au Simplon,au Valdiliers, et dans la Drance de l’Entremont, à des distances si considérables, ont eu une origine plus haute, plus élevée que • celle où elles se trouvent; et sans vouloir la leur assigner par pure conjecture, elles ont été entraînées là, où elles

se trouvent aujourd’hui, lors de la diminution des eaux du

déluge, par la force de ses eaux,' qui se sont partout fait des ouvertures et des roules 'entre les montagnes, et les

du Valais. I2Ü

gorges latérales du pays à la même époque du déluge diminuant, et étaient bien aussi en état de les conduire là, où on les voit aujourd’hui, surtout dans des gorges étroites des vallons et d'une descente rapide , comme sont la Drance et PEntremont, et la Saltina du Simplon; mais nous éclaircirons davantage ces propositions et ces conjectures, lorsque nous parlerons des causes de la formation des monticules et des collines qu'on observe en grand nombre dans la plaine du Valais, pour le moment continuons notre description.

Plus on approche du bourg de St. Brancher, plus aussi la vallée paraît prendre un aspect plus riant, et moins sauvage ; le chemin remonte et s’éloigne de la Drance ; le bruit effrayant de ses eaux diminue, l’escarpement de ses bords n’intimide plus le voyageur; on respire au sortir de la forêt de sapins et des ruines qui bordent ce torrent fougueux ; on voit au loin les frais pâturages de la vallée de Bagnes. A un quart de lieue de St. Brancher, le site est frappant pour l'observateur. La correspondance, l’homogénéité de la chaîne des monts efûi ouvrent la vallée , la nature de leur fraction, leurs déchiremens, leur projection, leurs mines, l’inclinaison et la direction des couches de schiste et des pierres calcaires, leurs couleurs, tout annonce assez manifestement, que c’est dans ce lieu que la violence des eaux destorrens réunis , pressés dans les parties supérieures, a fait une éruption terrible, a commencé la séparation des montagnes qui forment aujourd'hui la vallée de l’Entremont et de Bagnes , et creusé ce lit profond où coule la Drance avec un bruit épouvantable qui empêche les voyageurs de s’entendre en se parlant.

Le bourg de St. Brancher est commandé par de très-

Description

hautes montagnes; il est situé dans le confluent de deux . vallées, celle de Bagnes et celle de l’Entremont. De ce bourg on découvre au loin de vastes éboulemens de mon- - tagnes que le tems, les progrès de la végétation et l'industrie des habitans, ont converti en gras pâturages , en champs fertiles; de beaux villages, des sites agréables, : des terres cultivées, s’élèvent sur le revers, jusqu’aux sommets des monts lointains de cette vallée.

Depuis St. Brancher , on prend des mulets , seules voitures avec lesquelles la nature des chemins permet de se rendre au St. Bernard. La vallée change un peu de direc- « tion jusqu’à Orsières , joli village situé à une lieue du bourg de St. Brancher, que l’on vient de quitter pour courir de l’est à l’ouest; le chemin s’élève au-dessus de la Vallée où la Drance continue de rouler ses eaux. Il est difficile de jouir d’un plus beau spectacle que celui que ' présente la chaîne des monts opposés ; c’est là que l’on voit ce que peuvent le travail , l’activité et le besoin de

• rhomme.Des champs de moissons placés par étages, entre- : coupés d’arbres de toute espèce ; tous les genres de culture ,

. et de productions florissant dans tous les endroits où

l’industrie peut trouver de la terre végétale ; tel est le , tableau animé qu’offre aux voyageurs cette partie précieuse de la vallée d’Entremont. Si l’on traverse cette vallée à « l’époque des moissons, ou à celle des semailles d’automne ,

* vers la fin du mois d’août, et à l’entrée de septembre, la population de ce pays là paraît alors forte et nombreuse. La charrue y est conduite sur des pentes dont la rapidité fait craindre de voir sans cesse les conducteurs, la charrue et les animaux entraînés dans les précipices du torrent. Les habitans des plaines n’ônt pas d'idée de la hardiesse

et du courage avec lequel les montagnards travaillent leurs montagnes; c’est un singulier spectacle que de voir «■ 4 cés travaux presque en l’air, cette culture presque verticale, ces moissons et ces forêts d’arbres divers suspendues.

St. Brancher était du tems des Comtes de la Savoye, le rendez -vous de la noblesse La famille de la Tour , branche cadette de celle de Chatillon , possédait des fiefs considérables dans toute la vallée de l’Entremont : son nom subsiste encore au lieu dit la Tour, sur le pré de la foire. Les de F abri, les Servens , les Chaiellard , Dufour , les Véiéris , déliés , Novacella, Mero Stella , elc. figurèrent long-tems à St. Brancher. Le fort St. Jean n’est qu’une chapelle abandonnée. Le château fort de St. Brancher était autrefois très-considérable; l’Empereur Sigismond y logea avec huit cents cavaliers; et Amédée avec six cents, pour aller au concile de Constance.

Proche de St. Brancher on vtfit Etoi , aujourd’hui nommé Etier , lieu agréable, appelé aujourd’hui le château J Etier, situé sur l’autre côté de la Drance, qui sort de la vallée de Bagnes, en bas de Vollège.

St. Brancher est un bourg très-ancien , comme nous venons de l’entendre , et dont la bourgeoisie était assez riche, du moins à la manière du pays; le bourg est grand, et a toutes ses rues pavées et larges; les maisons y sont toutes de pierres et à deux étages; elles ont les cheminées ouvertes par dessus, ou couvertes simplement d’une pièce de bois, que les habitans de l’endroit dressent en forme de balcon, par le moyen d’une corde, ou d’une chaîne de fer qu’ils tirent, ou qu’ils lâchent, lorsqu’ils veulent les fermer* Les maisons en général y sont bien bâties, à l’exception cependant de quelques-unes fort antiques et sans goût

Description

quelconque d’architecture. L’air dans cet endroit est tou- -jours fort vif, et le vent y a fixé son domicile pour toujours; car d’un côté, c’est le vent du St. Bernard, ou de PEntremont proprement dit, qui y souffle; de l’autre, c’est celui de la gorge de Marligny, et d’autre part encore, c’est celui de la vallée de Bagnes, et du côté de la montagne de Zermonlana ; aussi le monde y est-il en général vif, spirituel, actif, laborieux, industrieux et fort commerçant, à raison de son local , de sa communication avec les Eniremonlains , les Valdoiins , les Bagnards , et les Mariignerins , desquels peuples ils sont entourés; on n’y observe que très-peu de goëtreux, et de crétins, quoique autrefois ils fussent pluà nombreux, même parmi les bonnes familles. On les voyait ordinairement devant leur porte , exposés au soleil , et couchés quelquefois presque au milieu de la boue , et dans une entière inaction. Les signes extérieurs de ces Crétins qui attestaient leurs infirmités, étaient de gros goëtres, un tein olivâtre, tirant sur le brun jaunâtre , des traits épatés; on remarquait parmi eux différens degrés d’abrutissement ; quelques-uns pouvaient être employés aux travaux les plus simples de la campagne; mais un grand nombre étaient incapables de toute occupation. Lorsqu’on s’adressait à eux , on n’obtenait pour toute réponse que des inflexions de voix semblables aux cris d’un animal, un sourire affreux qui contrastait avec ce qu’on éprouvait , venait se peindre sur le visage de ces -pauvres créatures. La vue de ces êtres que leur figure plaçait à la vérité parmi les hommes , mais qui semblent avoir été rejetés dans la classe des animaux, inspire de la tristesse et une espèce d’effroi , et de compassion envers eux. Quoique tous les étrangers , qui ont traversés le

DU V A t A I S. I29

Valais, se soient crus obligés d’inventer un Système pour expliquer les causes de cette dégradation , ils n’y ont cependant pas réussi, comme l’ouvrage que je me propose de mettre au jour , le fera voir; quoique M.r de Saussure , qui a fait de profondes recherches sur ce sujet, dpnne pour cause au Crétinisme , la chaleur et la stagnation de l’air au fond de la vallée, son système néanmoins ne saurait se soutenir, puisque dans celte hypothèse, tous deux qui sont soumis à cette chaleur et à cette stagnation de l’air devraient être sujets au crétinisme, ce qui cependant est bien éloigné de la vérité ; puisque le nombre des crétins à l’égard des non crétins, est comme un est à cent, outre qu’il y a des endroits où cette chaleur et stagnation de l’air est beaucoup plus farte, sans que cependant le nombre des crétins y ioit plus considérable. Je conviens néanmoins avec M.r de Saussure , que c’est là une des causes secondaires du Crétinisme, laquelle, si eüe coïncide avec cet état individuel du relâchement dés solides et surtout des glandes dans üne personne , qU’avec cette indisposition individuelle , le goëtre et le crétinisme ne manqueront point de se manifester; surtout si encore à cela se joignent des erreurs ou fautes dans les causes occasionnelles, dans la nourriture, et un défaut du mouvement corporel nécessaire; et quoiqu’on ait méchamment avancé # que les Valaisans voyaient avec plaisir leurs enfans dans un état qui les rendait incapables de commettre des crimes, et leur assurait le bonheur céleste : le Valaisan n’a néanmoins pas plus besoin de ce désir que tout autrtL; sa nation, quoique simple et ignorante, a assez de moralité pour pouvoir marcher de pair à cet égard avex les nations étrangères , et pour ne point souhaiter de pareils fléaux dans sa famille.

t 3 o Description

Pour ce qui est du caractère des habitans de St. Brancher, ils sont honnêtes , fins, adroits , et entendent trèsbien leurs intérêts. On y est bien reçu dans les auberges, et servi avec beaucoup de propreté. Mais que le voyageur ne s’attende pas à aucune ouverture de cœur de la part de ces habitans , ce qui leur est commun avec tous les endroits d:un passage fréquenté. La nourriture de ce peuple n’a rien de particulier de celle du reste du pays. J’observerai encore , qu’au-dessus du bourg , sur la hauteur, est un pélérinage à une chapelle dédiée à St. Jean- Baptiste ; cette chapelle est située sur un rocher d’une hauteur prodigieuse, et forme un ermitage; mais il est tems de quitter St. Brancher, et de se rendre à Orsières.

Orsières est un village situé dans une plaine assez jolie et tapissée de belles prairies, où viennent aboutir deux vallées, dont l’une à droite conduit à Ferret , et l'autre à gauche, mène au grand St, Bernard ; ce village est assez grand, et a quelques maisons passablement bien bâties. Je ne saurais rien dire de positif touchant la salubrité de cet endroit; quoique j’y aie passé, je ne la connais pas suffisamment : cependant à en juger par Sa position au pied de deux vallées très-hautes , je le dois croire assez balayé, et par là assez sain. Orsières, selon Simbler , doit .avoir eu un château de St. Pierre. L’étymologie, Orsu, Orsau , Omuss , est justifiée par l’emplacement de ce bourg, situé sur la river des deux D rances réunies. St. Pantalèon , martyrisé en Nicomedie , l’année 3o3, fut son premier patrbn; St. Nicolas de Myre l’est aujourd’hui. Les Seigneurs A'Alinge , autrement dit de Condrey et du Châlelard , ont pris nom de cette juridiction; leur demeure était au Chàtelard, château dont il ne reste que^leguom et les

bu Vabj^is. ï3t

cïf'ljris. Willelme d’Orsières, Chanoine régulier du grand Si. Bernard, était Chancelier dePÉvêquede Sion en 1294, et Raymond d’Orsières, Chanoine de Genève en 1420.

Les habitans d’Orsières , frappés de l'analogie entre Ours et Orsières, ont cru avoir le même droit que ceux du canton de Berne, de prendre la femelle de cet animal pour enseigne militaire. Ce qui mérite l’attention du vogageur est le cabinet de curiosité de M.r le Curé cf Arblay et surtout le spectacle frappant de la vallée de Ferrex , qu’on peut franchir sans peine; on est saisi comme d’une espèce de charme magique de se trouver sans s’en apercevoir aux pieds des glaciers, et au centre des contrastes les plus élonnans. C’est le chemin le plus court pour aller aux eaux de Courmnjeurs , dont on peut prendre un avant goût , dans une fontaine nouvellement découverte au sommet de cette vallée.

Quant aux gens de l’Entremont, comme ceux d’Orsières, ils sont en général assez honnêtes, polisetbien éveillés, bons agriculteurs et bons économes , assez adonnés au commerce et au trafic ; leurs manières sont aisées et les plus civiles de toutes celles des habitans de toutes les montagnes du Valais. Il y a dans l’Entremont beaucoup de personnes moyennées; elles s’habillent et se nourrissent assez bien, et l’intérieur de leurs maisons est sur un pied de propreté qui le dispute à toutes les contrées du pays. Ils sont affables, doux, mais fort intéressés, surtout quand il s’agit d’un besoin de monture , ou d’un transport de marchandises pour un étranger: car il y a un grand transit depuis la vallée d’Aoste jusqu'à Martignyy ces transports de marchandises sont réglés par des ordonnances conformas , de manière à ne pouvoir ignorer quelle est la maison

qui doit les transporter jour par jour, avec les mulets. Pour ces sortes de transports, on doit s’adresser au bourg de St. Pierre et à St. Brancher.

* A Orsières, la vallée prend une autre direction du nord au sud; il semble que la nature ait voulu dans cette partie, dédommager des horreurs de la vallée de l’Entremont, par toutes les beautés qu’elle étale devant lui. C’est dans cet espace d’Orsières à Liddes qu’elle se plaît à déployer ses plus riches parures; trois montagnes, qui se succèdent sur la route, forment le plus riche aspect par la beauté de leurs formes, par la variété des productions, des distributions de culture et des couleurs dont elles sont revêtues. Plus on avance vers Liddes , plus aussi le site devient pit-i toresque et s’agrandit; cette variété de masses et d’opposftions heureuses, de verdure, de faits divers, de points de vue, se multiplient, se changent presque à chaque pas; et composent le tableau le plus animé qu’on puisse voir; la vue du mont Velan , les points culminans des monts du St. Bernard, avec ses neiges dans le fond du tableau, viennent encore embellir ce grand paysage. ,

Au milieu de ce vaste site est placé le bourg de Liddes ; la moisson faite, la moisson à faire et celle qui germe encore dans le. sein de la terre , sont un spectacle charmant dans le mois de septembre. IJddesyt ut dire milieu ; il est en effet à moitié chemin entre Octodurum et le M ont- J ou x; c'est la plus belle et la plus fertile paroisse de PEntre^ mont. Ses habitans prirent St. George à la place de leur premier patron St. Étienne, parce que cblui-là avait été martyrisé dans une ville de même nom, et dressèrent un autel en son honneur, 'avec cette inscription qui fait un pentamètre, ou le second versd’un distique* f .

DU V A I A 1 i ' l33‘

Décollant Liddis quem pia Lidda colit.

Le village de Liddes est à la distance d’une lieue d’Orsières , comme le bourg de St. Pierre est à la même distance de Liddes , et comme St. Brancher l’est d’Orsières. Liddes est bâti sur la route au passage pour se rendre au St. Bernard, et adossé contre la montagne au levant; il est grand, lien bâti; il appartenait autrefois aux Seigneurs Tavclli , famille très-noble et très-ancienne du pays. L’endroit est assez gai et sain , jouissant du bon air qui vient du St. Bernard; l’eau de boisson y est fort bonne ; le monde y est honnête, affable, et même gracieux; la population y est nombreuse ; enfin Liddes, à mon avis , est le plus joli endroit de î’Entremont.

Dès Orsières, les formes de la vallée s’agrandissent, et semblent préluder au grand spectacle qui va s’offrir au voyageur jusqu’au St. Bernard; le lit de la Drance devient plus caverneux, le bruit de son cours augmente, d’énormes blocs de granit , produits en apparence étrangers à ces vallées, semblent de toute part sortir de terre; les éboulemensde toute la chaîne des montagnes du levant, deviennent plus vastes, plus escarpés; de grandes montagnes primitives montrent à découvert leurs couches schisteuses perpendiculaires ; de la route escarpée qu’on parcourt, l’œil ne mesure plus que d’immenses profondeurs.

Au sortir de Liddes, la nature sourit encore sur quel» ques côteaux fertiles ; quelques pentes cultivées ; mais plus oh avance vers le bourg de St. Pierre , plus la culture disparaît, plus la stériliâé commence, et plus les ruines des monts $e multiplient sous les pas du voyageur. On

*.34 Description

arrive enfin au bout d’une heure de voyage, au dernier village de l’Entremont et du Valais de ce côté-là. Au bourg de St. Pierre, ad Sancti Pétri Burgum , il y avait jadis pour la commodité du voyageur une maison hospitalière, ce qui le prouve , c’est que l’apôtre St. Pierrp , après avoir franchi le mont St. Bernard , y a logé lorsqu’il enseignait les principes évangéliques de la Doctrine de Jésus-Christ; l’antiquité de l’Église de St. Pierre dans ce bourg est d’ailleurs assez démontrée par l’inscription des vers suivans, qu’on y lit :

IsmaelUa cohors Rhodani cùm sparsa per agros ,

Igné , famé et ferro sceviret lempore longo,

Vertit in hanc vallem Pœninam messiofalccm ,

Hugo Prœsul Genevœ Chrisli post ductus amore Struxerat hoc templum Pétri sub honore Sacratum , Omnipotens illi reddai mercede perrenni ,

In VI décima domus heee dicata Kalcnda Solis in Octobrem C. V. B. itur essensio mensem.

D ailleurs la structure de cette église , ainsi que la singur larité de l’écriture, que des personnes dignes de foi ont lue avant la réparation de cette église, font suffisamment conster de son antiquité, et ne laissent de doute qu’elle ne soit un monument des premiers siècles de la Religion Chrétienne.

Pour ce qui est du sens général de ces vers , c*est le «uivant : lorsque la horde des Ismaélites, parcourait les champs du Rhône, et les dévastait par le feu, la faim et Je fer, pendant long-lems, elle a passé et étendu sa faux meurtrière sur cotte vallée Ptenine; mais Hugue , Évêque

* du Valais. i35

de Genève, enflamme d’amour pour Jésus-Christ, a bâti ce temple et l’a dédié à St. Pierre : que le Tout-puissant le lui rende par une récompense éternelle. Cette maison de Dieu a été consacrée le seizième des Kalendes du mois d’octobre, un jour de dimanche.

Ces Ismaélites, Payens ou Sarrasins ainsi nommés, ont fait leur irruption dans ce pays, et parcouru la plaine du lthône, en dévastant, brûlant, et tuant tout ce qu’ils rencontraient, vers le commencement du huitième siècle, savoir l’année 730.

Au sortir de ce bourg, tout prend un aspect sauvage, la route est suspendue dans plusieurs endroits , sur des rochers à pic; le Vassorc\ torrent à un quart de lieue de là, se jette et se précipite avec un horrible fracas dans une espèce d’abime, dans la Drance, d’où il suit son cours impétueux à travers les rocs qu’il a roulé , et les rochers qu’il a creusé; la Drance ne roule plus ses eaux que dans des précipices; des parties de montagnes culbutées comblent presque la vallée, les sapins finissent, plus de' chalets , plus de traces de culture; on ne voit plus que des montagnes désertes et nues, et dans la vallée quelques vaches, quelques chèvres qui recueillent parmi les rocs les derniers restes de la végétation mourante. Plus on avance, plus la solitude redouble, plus le froid se fait sentir ; les débris des rochers opposés roulent ensemble, et se confondent sur le même théâtre de destruction; partout la terreur des habitans, ou le souvenir des morts, a arborisé la croix sur ces monts détruits; le voyageur ne marche plus qu’à travers les ruines, à côté et au-dessus de sa télé parait le mont Velan , les flancs sillonnés de ses laves de glaces, et entouré de ses avalanches, yous ri’êtçs

Description

plus qu’à une demi lieue de l’hospice, que vous n’apercevez pas encore ; vous arrivez ensuite à deux petits bàtimens , dont l'un est consacré à recevoir les restes des malheureux, qui ont péri dans la tempête, l’autre à servir de refuge aux voyageurs surpris par la tourmente des neiges; c’est là que le maronier du couvent vient tous les jours d’hiver, apporter quelques subsistances et quelques secours aux hommes qui ont eu le bonheur d’échapper aux dangers de ces montagnes, qu’il conduit ensuite dans l’hospice.

On avance dans sa route , attentif à la grande scène . qu-’on a sous les yeux. A l’aspect de ces grands bouleversement, on sent en soi le même recueillement que l’on éprouve en parcourant des lieux sacrés; on se tait, on admire; il semble qu’on marche à travers les siècles, dont tout ce que nous admirons est l’ouvrage. Ce spectacle de la nature inanimée, ces ruines ne produisent pas le même •effet sur la jeunesse. Le défaut de développement de leurs facultés intellectuelles l’empêchent de sentir les choses qui occupent en entier l’àme et l’imagination des personnes plus avancées en âge; car la jeunesse regarde, mais ne s’étonne jamais; l’admiration est dans ses yeux , mais ne pénètre pas encore son cœur; elle chante suspendue sur des précipices.

. On marche toufours en montant , et cherchant des yeux , parmi les sommets des monts entassés, l’hospice du St. Bernard; on n’entend plus que le bruit des vents qui parcourent des anfractuosités, et se brisent contre les angles des rochers; un affreux repos environne le voyageur; on est dans des lieux où toutes les formes se confondent. On ne peut plus rendre dans aucune langue, par aucune des-

du Valais. iZj

cription, tout ce qui c&t autour du voyageur, c’est le cahos du monde. Une ancienne opinion, la frayeur et les dangers de ces lieux ont consacré par des noms sinistres cette dernière vallée, dominée partout par des avalanches, quî conduit à l’hospice ; on l’appelle la vallée des Morts ; le mont qui s’élève au-dessus de l’hospice, Mont Mort ; le petit bâtiment qu’on aperçoit le premier près du couvent, la Chapelle des morts.

On aperçoit enfin la maison du St. Bernard : Je te salue1 s’écrie le voyageur, hospice sacré, puisque tu serts d’asile au malheureux! Il faut traverser un assez long intervalle de plusieurs toises de hauteur de neige, et monter un grand escarpement pour arriver enfin à ce lieu tant désiré# Mais aussi quel plaisir , après un pénible voyage , de trouver enfin celte maison ! Et combien n’est-on pas sensible au gracieux accueil de ces braves religieux, de ces hommes si respectables qui s’empressent de vous donner l’hospitalité! A peine est-on introduit dans l’hospice, que le feu et les rafraîchissemens ou quelques nourritures restaurantes sont déjà préparées dans la salle où l’on est reçu; l’on se voit à l’instant entouré de plusieurs Chanoi-

nés vénérables.

Après s’être un peu restauré, si l’on arrive encore assez à tems dans la journée, et que l’on est pas trop fatigué, on se rend à l’église; on est frappé en y entrant, de cet édifice, dont la sculpture et le marbre font l’ornement, et lorsqu’on y célèbre l’office le matin, l’on dirait qu’on est dans une cathédrale. La présence de ce temple sur un des points les plus élevés du globe, dans le silence du désert, l’appareil de la religion déployé dans ces lieux sauvages, la vue de ces homme* dévoués, au milieu de*

Description

ligueurs de la nature, à secourir leurs semblables, le culte de la Divinité confondu dans cet asile avec celui de Inhumanité, le bruit des cloches retentissant dans la solitude des rochers, le son mélodieux de l’orgue qui accompagne quelquefois la cérémonie, l’air attendrissant de l'hymne sacrée, lorsqu’ils y chantent le Te Deum , l’impression de tous ces divers objets fait éprouver une si douce et si vive émotion à celui qui y assiste, qu’il est très-difficile de la rendre. Là il semble, que l’âme s’élève et s’épure, et le sentiment devient une jouissance qu’on chercherait en vain ailleurs.

11 y a encore dans cette église le mausolée du Général Dessaix , mort glorieusement en Italie à la bataille de Marenco , ( et non Marengo , comme l’écrivent plusieurs par erreur). Ce mausolée est de marbre blanc dont la construction ainsi que le transport dans ces lieux, ont dû être d’un très-grand prix.

Les montagnes qui environnent le couvent, et surtout celle du couchant, est remarquable par la hardiesse de sa projection , par sa belle couleur, par son élévation. On est sur un des points du globe les plus élevés, et des montagnes à perte de vue s’élèvent encore au-dessus de vous; l’on voit le mont Velan à côté de soi s’élever à plus de sept cents toises au-dessus du plateau de l’hospice. Quel tableau ! Quel site ! Quelles sensations diverses ils vous font éprouver à la fois! C’est là, qu’entre le ciel et les glaciers, hors de tout séjour habitable, de toute terre de végétation, toutes les images de la nature, tous les souvenirs des siècles viennent assaillir votre pensée. L’on s’y représente les neiges et les glaces de l’hiver couvrant le sommet de ces monts, comblants ces vallées et ces abîmes.

du Valais.

ne faisant plus qu’un vaste écueil : la belle nature est descendue de ces lieux pour y faire monter l'humanité pour le secours des malheureux.

Près du lac, qui est de l’autre cêté, et au bas de l’hospice contre Aoste, sur son chemin, il semble au voyageur voir encore les traces de ces Gaulois, de ces Carthaginois, de ces Romains, qui, les premiers, domptèrent ces monts périlleux, ou du moins se plait-on à se l’imaginer, et à les chercher; c’est ici, pourrait-on se dire, c’est sur les autels d’un Dieu tutélaire, que les chefs si intrépides dans les combats venaient sacrifier à la terreur de ces lieux, de ces passages; ces peuples qui firent trembler le monde, n’existent plus ! Tout imprime dans cet endroit l’idée de la destruction, dit encore l’éloquent A'Eschassériaux ; en portant la vue sur la chapelle qui renferme les restes des malheureux, qui ont péri dans les avalanches ,sur le lieu où fût le temple de Jupiter, sur l’enceinte où reposent les mânes de Dcssaix , sur ces rochers partout culbutés, partout épars, on peut voir réunis, confondus sur le même point les ossemens des humains, les débris du temple des Dieux, la cendre desHéros et les ruines du monde, ô destinée des hommes et des choses !

Il y a au bas de l’hospice, à la gauche du lac, une montagne toute en ruine, et réduite en petites pierres brisées qui forment un ravin d’uo assez long trajet, à travers lequel passe un sentier fort étroit, au point de ne donner passage qu’au seul piéton, et que j’ai néanmoins franchi à cheval en 1781, et, ce qui plus est, avec un cheval de chariot fort lourd ; je l'ai fait aux sollicitations de mon camarade de voyage le notaire Bastion de Liddes , sous prétexte, que le chemin y était plus court et assez assuré;

*4o Description

mais quel ne fut pas mon étonnement lorsque je me vis tout-à-coup engagé dans un sentier tellement étroit, que mon cheval ne pouvait poser ses fers qu’à moitié, dans un ravin fort haut et d’où je ne pouvais plus retourner sur mes pas, où il ne me restait que le choix d’avancer au hasard , ou de ine précipiter avec mon cheval sans ressource, puisqu’il n’y avait nulle place pour mettre pied à terre : aussi M.r Bastian fut-il bien réprimandé de la part du révérend Prévôt Louis Luder , d’heureuse et pieuse mémoire, de m’avoir ainsi exposé, en me faisant passer par un sentier où depuis des siècles aucun cavalier n'a passé.

A une demi lieue de l’hospice , dans un vallon assez large, nommé les Envers des Foireuses , on rencontre une énorme quantité de pierres roulées, qui remplissent presque tout le haut de ce vallon; cet amas de pierres provient des glaciers du mont Velan, qui est la partie la plus élevée du grouppe des montagnes qui forment le St. Bernard. Le premier glacier se nomme les Glercts ; avant l’an 1767, il descendait au fond du vallon; le second s’appelle V assorti, il entretient le torrent de la Dranee. Le vallon par lequel on monte pour arriver à l’hôpital se nomme le fond de la Combe , et conserve des neiges qui ne se fondent plus; cm y voit à gauche une partie d’une forte muraille qui est presque en face de la porte du couvent, et qui a été construite contre les avalanches de la montagne du Plan des aiguilles ; elle est marquée au pied par une espèce d’oiseau à ailes déployées, et qui plane; au milieu est la montagne du Barasson, au pied du Barasson est le pied du Mont Mort , en face duquel est situé l’hospice. Quelques mousses, quelques gazons fort courts, voilà toute la végétation qu’on y observe au 1 5 de juillet.

bu Valais;' i^r,

II y a une espèce de petit lac au pied du couyent, qui $e trouve élevé du côté du Piémont sur une espèce d'en-

tonnoir ou de bassin, dans lequel l’eau des neiges et des' glaciers se jette et se rassemble ; l’écoulement de ce lac produit le torrent qui passe à St. Rémi, et descend par ce vallon en Piémont. Sur la droite se voit le pied de F Ai-, guille du Drossa , haute montagne en face du couvent* au pied de ce mont est dressée une çolonne qui porte les, armes du Valais ; non loin de là est urt petit jardin entouré» de murs , quoique ce fond soit à l’abri des vents v que le^ rayons du soleil s’y concentrent, néanmoins on n’y peu$ élever meme de la mauvaise salade à eau se- du. froid des* nuits; à chaque pas fait dans ces lieux, on s’aperçoit dunç température différente. A côté est un rocher plat sur lequel est tracée la ligne de direction des limites du Valais et du Piémont; cette direction passe à travers du petit lac qui s’y trouve; la ligne presque horisontalçy es& sur le penchant du Drossa , ci. composée de canaux dô Lois creusés qui conduisent beau au couyent ; baiguilfo de Drossa s^ nomme Pain de sucre, le rocher pyramidal à gauche entré le lac^cl la montagne, s’appelle Prador, et celui à droite, la Tour des fous. : . * ,, r

Plus loin encore qu’à l’emplacement dp temple de Jiipir ter, on trouve des débris de maçonneries et des briques cuites : tout ce- terrain a été fort remué. On a trouvé autrefois en fouillant ce lieu , des médailles , des inscriptions, des instrumens de sacrifices, etc. La plupart de cès découvertes ont été transportées à Turin : dans des fouilles faites depuis, on y a encore trouvé des inscriptions en bronze, d’autres sur des plaques de cuivre , attachées sur du bois, dont les caractères étaient piqués au poinçon.

enfin d’autres sur des briques cuites; c’étaient des ex vo/o à Jupiter Pœnin. Il y avait aussi des petites statues , des petits chapitaux d’ordre Corinthien, le tout de bronze, ainsi qu’une main qui était aussi de bronze , sur laquelle étaient en relief différens animaux qui passaient pour venimeux, comme serpent, crapaud, lézard, écrevisse, qui assurément ne se trouvent pas actuellement sur le mont du St. Bernard. Il y avait aussi des pattes en forme de pendans , tels qu’on en voit encore aux mitres de nos Évêques avec ces mots : ex voto. Un doigt de la main est élevé, au bout duquel est une espèce d’excroissance; ne serait-ce point la figure du mal, les animaux n’y désigneraient-ils point la malignité, et que cet ex voto a été fait par un Pontif? M.r le Curé d 'Arbelay prétendait, que c’était par ce chemin qu’Annibal pénétra en Italie ; un ancien auteur a dit, qu’Annibal rencontra un temple de 'Jupiter, dont la statue avait des foudres d’or, qu’il abandonna à ses soldats, et que c’était de ce temple dont-il était question.

Le Mont-Joux, ou le grand St. Bernard est une des plus hautes et des plus dangereuses montagnes de l'Helvétie; car suivant M.rs de Saussure et Pictet , l’élévation du monastère est de 1257 toises au-dessus de la mer. Le terme moyen du baromètre est à vingt pouces et deux lignes. C’est l’habitation la plus élevée connue de l’univers; la cime a plus de 2000 pieds d’élévation au-dessus du monastère; elle .touche au midi le pays des anciens Salasses et le Duché à'Aosie , et au levant la Lombardie ou le Piémont, au septentrion le Valais, enfin le Faucigny au couchant. La vallée, qui conduit de Martigny au Mont-Joux, a huit lieues de montée successive. Peu-'

iinger et la carte Théodosienne font mention d’une colonne qui était placée sur le sommet de cette montagne du tems des Romains, et que l’on conjecture être le 36 n.° des Colonnes milliaires correspondante à celle n.°24, qui existe encore aujourd’hui au bourg de St. Pierre , et à celle de Martigny, n.° 1.

Nous avons déjà dit, qu'à peu de distance du monastère, on apercevait les débris de l’ancien temple de Jupiter, nommé encore aujourd'hui le plan de Jupiter ; son emplacement , qui fait actuellement partie du Duché d’Aoste» était autrefois compris dans le territoire des Véragres ; puisque nous savons par Tite-Live, que le Dieu qu'on adorait sur les Alpes, était celui des Véragres ; il était même vraisemblable, que ce peuple n’établit le culte qu’il lui rendait , que sur son propre territoire. On peut de même conjecturer , que ce territoire ne se bornait pas à l’emplacement isolé du temple de Jupiter, mais qu’il s’étendait encore jusqu’à l’extrémité de cette plaine dont les bords escarpés , paraissaient destinés à former la séparation naturelle entre les Véragres et les Salasses.

Il se peut bien aussi , que St. Bernard ayant reculé l’emplacement de l’hôpital de Mont-Joux , les Valaisans aient perdu de vue le plan de Jupiter, et oublié leurs anciens droits sur ce terrain; mais aujourd’hui la limite est placée dans l’espace qui se trouve entre le plan de Jupiter et l’hôpital actuel. C’est une pierre convexe posée horisontalement sur le ruisseau nommé Fontaine couverte. On y a gravé la croix de Savoye, sans la devise ordinaire: Jert; on y voit aussi les sept étoiles de la ci-devant République du Valais, ainsi que la crosse et le glaive de l’Evêque de Sion ; vers la lin du dix-septième siècle cette

limite était fixée par deux colonnes mises à égale distance du côté d’Aoste et du côté du Valais, ainsi qu’on peut s’en convaincre par un plan topographique qu’un Prévôt de cette maison a fait tracer; il est dans le corridor de St. Jacquemet à Aoste; et la seule colonne du côté du Valais doit subsister encore telle qu’elle a été ré.tabfie en 1680.

On ignore le tems précis où oette limite fut placée; mais elle ne peut dater que depuis les deux victoires remportées par les Valaisans sur Philibert de- Savoy e , en 1474 et 1476; parce qu’à cette époque le bas Valais faisait encore partie de la domination des Ducs de Savoye.

Je ne me suis arrêté si long-tems sur cet article de la limite que parce qu’il a été de nos jours un objet de discussion entre la Cour de Turin et la ci-devant République du Valais, discussion qui a occasionné nombre de conférences entre les députés des deux États. Le Roi de Sardaigne refusait de connaître cette limite, et prétendait que son territoire s’étendait jusqu’au pont de Nudri , à demi lieue du monastère en descendant; de cette manière 3a maison du St. Bernard se serait trouvée placée dans ses états; mais cette prétention a été contredite par tous les anciens monumens , qui prouvent , qu'elle était située dans le diocèse de Sion. Toutes les Bulles des Papes , depuis Léon IX, jusqu’à Benoît XIV, et la Bulle de suppression de la maison de St. Bernard dans les Etats du Roi, en 1752, en sont les témoignages authentiques.

Henri d 'Alingc accorda à cette maison le droit d’échute, qui était le droit de succéder aux avoirs des corps morts sur la montague, et qu’ils pouvaient avoir sur eux. Ce fut <çn 1125, qu’il lui accorda ce droit, et il donna pour

du Valais. 145

conftn pour ce droit d’échute, qu'il confirma au monastère , a porticâ lac us montis jovis , c’est-à-dire, depuis la sortie des eaux d'n lac.

Les transactions passées en i483 et 1490» entre l’Evêque de Sion et les dixains du Valais, l’extradition des criminels toujours piatiquée au lieu précis de la limite actuelle, les sentinelles placées tout près dans les teins de contagion, enfin les aveux même de la cour de Turin, en présentant les Prévôts de St. Bernard pour être reconnus dans la ci-devant République du Valais, prouvent, que cette maison a toujours été regardée comme faisant partie du territoire du Valais, ainsi que le disent tous les historiens et géographes, tant anciens que modernes. Aussi le ci-devant Roi de Sardaigne a renoncé à cette prétention, et la dispute ne consistait plus dernièrement, qu’à savoir, si la fontaine appartenait toute à la République du Valais, ou si elle était commune aux deux Etats.

La montagne du St. Bernard était connue sous le nom d’Alpes Pœnines, lorsque les Romains s’en rendirent les maîtres. Les inscriptions suivantes prouveront avec évidence, que c’est bien de cette manière qu’on doit écrire ce mot, et non pas Pcaninœ , comme l’ont fait plusieurs Auteurs enlrainés par l’autorité de Tite-Lwe ; ils n’auraient pas certainement adopté cette opinion, si les monuinens trouvés sur les lieux mêmes leur eussent été connus.

Cette erreur a multiplié les conjectures sur l’étymologie de ce mot, mais d’après ce que nous établirons, il ne. doit plus paraître douteux, que le nom de Pœnine a été donné à cette montagne par les Carthaginois, nommés en latin Parti ; et le passage de leurs armées à travers cette montagne, quj est encore aujourd’hui un objet de contestation

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entre les savans, doit cesser pour cette raison d’étre problématique ; et sans décider, si elles avaient à leur tète Annibal lui-même , ou Asdrubal son frère; si toute l’armée carthaginoise y a passé, ou si ce n’était qu’avec une ou quelques divisions seulement, nous ne regarderons pas moins comme un fait historique bieif établi, que les Carthaginois ont connu cette montagne, et qu’ils y ont laissé des monumens durables de leur passage en lui donnant leur nom, ainsi qu’à Jupiter déjà adoré dans ce lieu , et auquel ils sacrifièrent, sans doute, après avoir surmonté les difficultés qu’ils durent rencontrer sur leuf route; enfin, quoique Tite-Live et Strabon aient cherché à persuader, que cette montagne n’était pas praticable dans ce tems-là , et quoique Tite-Live en ait conclu , que la tradition existante dans ce tems-là, qui attestait le passage des Carthaginois par les Alpes Pœnines,ne méritait aucun degré de croyance. Mais ils ne se seraient pas permis cette assertion, s’ils avaient fait attention , que les Gaulois eux-mêmes y avaient déjà passé long-tems auparavant, ainsi que Tive- Live l’a reconnu dans un endroit de son histoire : Annibal ne l’ignorait sans doute pas alors , et on doit présumer, que cette certitude le détermina à y faire passer son armée. Sans doute , qu’il dût rencontrer bien des obstacles sur son passage au Mont-Joux. Mais je dirai avec le Docteur de Loges, qu’il faut prendre au rabais ce qu’à dit Tite-Live de la perte de ses éléphants, de sa cavalerie et d’une partie de son infanterie; car après tout Cecinna , Général de Vifellius y passa avec trente mille hommes, le 20 février, l’an de Jésus-Christ. Charlemagne le traversa plusieurs fois, ainsi que Frédéric Barbe-rousse , et ils n’ont sans doute éprouvé d’autres difficultés que celles

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qui sont attachées au passage de toutes les montagnes élevées. Finalement , puisque Annibal voulait passer en Italie avec ses éléphants, il fallait franchir des montagnes* et il aurait trouvé partout des embarras du même ,genre. Il n’était pas nécessaire de crier au prodige , de supposer même soixante mille hommes occupés à fouler les neiges de cette montagne , puisque trente mulets du bourg de St. Pierre suffisent aujourd’hui pour l’ouvrir en moins de sept heures de tems. Tite-Live a donc visiblement exagéré de la meme manière tout ce qu’il dit de son héros, il n’a rien épargné pour le faire valoir. C’est ainsi que firent tous les panégiristes des tems fabuleux. Ces expressions hyperboliques, il montra à ses soldats l'Italie , les campagnes du Pô , et les remparts même de Rome, etc . sont autant de figures, dont il a voulu orner son histoire. C’est ainsi aussi, que le Chanoine Briguet , dans sa Vallesia Christiana a cherché à tort un débouché à Annibal par le rocher du St. Bernard appelé le mont Mort, hérissé d’affreux précipices ; car comment aurait-il pu en deux jours, avec toutes ses forces même ouvrir une route nouvelle au travers d’un roc vif et d’une étendue aussi considérable? Était-ce bien ici le tems et le lieu d’avoir assez de bois et de vinaigre, pour une pareille opération? Aussi , bien des savans ont ri en voyant Tite-Live créer pour son héros des ressources aussi invraisemblables* Enfin la dernière remarque à cet égard sera, que Tite- Live n’est pas plus croyable à cet égard que Pline , Cajus , Sempronius , Ammien- Marcellin , qui ont cru, qu’Annibal avait passé par le Mont-Joux, et que l’inscription que Luitprand , écrivain du dixième siècle, avait trouvée entière sur le rot de Donaz en val d’Aoste , est un monument

148 Description

éternel de son passage, puisqu’on y lit les mots : iransilus Annibalis . Mais il est tems de yenir aux inscriptions qui prouvent la vérité et la justesse du nom de Pcenin, les voici :

Q. Cecilio Cesiaco Sep tic io Picai Caiciliano Procur Augustor et Proleg Provincial Rœtiai et Vendcli Et Vallis Pœnin : Auguri . Flamini Divi August. et Romai C. Ligurius L. F, Vol . Asper.

Coh . L C . R. Ihgenuorum.

Cette inscription a été trouvée à St. Fiorano dans la Valpulicella, et doit se conserver encore aujourd’hui dans le cabinet de Verone; elle a été copiée par le Marquis Maffey , telle qu’elle se trouve dans les mémoires de M.r de Bochat.

Druso Cœsari D. Augusti F \ Divi Augusti Nepoti. Divi Julii Pronep.

Auguri , Poniifici , Quœsiori Flamini August ali Cos . IL Tribunitia Pote State IL Civitates IIII Vallis .

Pconinœ.

On l’a donnée ici telle qu’elle doit être, et comme elle a été rétablie par M.r Abouzit. Cette inscription se roit à St. Maurice tu V alais , et prouve sans répliqué, quec'esl la vallée connue aujourd’hui sous le nom de Valais qui portait anciennement celui de Fallis Pœninœ.

Pœpino

Pro itu et redilu

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