‹ A.-P. de CandolleChapitre 17 sur 45 · e nino · texte numérisé non relu

e nino

Cassius Facondus

Felicio et C. L. A. Com. Cos.

Crispinus Fra- V. S. L. M.

très Pœnino

Votum Solverunt.

Les inscriptions ci-dessus, qui portent simplement Pœnino, ou Deo Pœnino , sont les plus anciennes, et datent avant l’époque où les Romains se rendirent maîtres de ces contrées; ils ajoutèrent ensuite à Pœnino distinctement Jupiter , pour désigner sous ce nom leur Dieu : elles prouvent , que c’étaient les Alpes Pœnines qui composaient le Mont- Joux , aujourd’hui St. Bernard ; c’était sur ce même Mont- Joux que Rodolph premier , Roi de Bourgogne, se relira pour se mettre à l’abri des poursuites d’Arnoux , son compétiteur, tandis que celui-ci dévastait la plaine. Mais Arnoux revenu sur ses pas en 8g5, a fait main basse sur tout ce qu’il trouva à Mont-Joux, afin d'enlever àRodolph l’envie de s’y réfugier une seconde fois.

Ce

du Valais. i5i

Ce Mont-Joux a pris son nom de Jou , par lequel les Celtes désignèrent Jupiter , ou le grand Jehoa , le trèshaut, le très-bon. Les Romains devenus ensuite maîtres des Gaules , n’ont fait que latiniser leurs noms , sans changer leur première dénomination. De là les mots MonsJovis dans le Valais, Mans Jovis près d’Aulun , Jura règne de Jou à St. Claude, Jovelus le petit Joux, etc. etc.

Depuis ce ravage excité au Mont-Joux par cet Arnouxt jusqu’au moment où St. Bernard de Menthon donna une nouvelle forme à cet établissement, oh ne trouve dans l’histoire aucune trace des Prévôts de cet hospice. 11 n’a pu sans doute que se ressentir des fréquentes incursions des Barbares , et ne put subsister au milieu de toutes ces calamités, dont le douzième siècle fut rempli; car les Chroniques du tems nous en font une bien triste peinture, la peste et la famine exerçaient tour à tour leurs ravages. Tantôt c’étaient des malades sans secours , qu’une cruelle compassion étouffait sous terre; tantôt les cadavres devenaient la proie de ceux que ce fléau avait ménagés, tantôt enfin les tivans dressaient des embûches aux vivans, et les égorgeaient sur les montagnes et dans la plaine, et sur les grands chemins.

Les Sarrasins continuèrent leurs irruptions, et la contrée des Alpe* Pœnines s’en ressentit surtout; ils y portèrent le feu et la famine , brûlèrent les monastères d’Agaune et de Mont-Joux ; le diplôme de Rodolph III accordé àiAmvzo , Archevêque de Tarentaise, l’inscription de l’ancienne église du bourg de St. Pierre, rapportée' plus haut , et tirée de M.r Briguet, attestent toutes ces désolations. A cette époque de la fureur sarrasine , le Mont-Joux devint un coupe gorge, un asile des brigands

id'2 Description

ctdesrançonneurs de toute espèce. La faiblesse de Conrad , père de Rodolph III , dernier Roi de Bourgogne, ne put mettre aucun frein à cette horde de sarrasins ; il parvint ensuite à les extirper en leur accordant toutes les terres qu'ils usurperaient les uns sur les autres, moyen qui les a détruits de leurs propres mains. Ces montagnards furent de tout tems fiers, cruels, rançonneurs, barbari , intonsi , incutii , dit un ancien écrivain.

En 1026 , on avait établi des péages excessifs dans toutes les gorges des montagnes, le Mont-Joux n’en fut point exempt. Il était difficile de frauder celui-ci, parce qu’on y avait mis une barrière à l’extrémité du lac, où le roc parait avoir été taillé à dessein pour cela; on n’ouvrait cet ostiolum , ou petite ouverture qu’à ceux qui avaient de quoi payer , et les Normands encouragés par les succès de leurs compatriotes contre les Grecs en Italie, formèrent la résolution de suivre leurs traces; ils dirigèrent en conséquenôe leur route par le Mont-Joux. On leur ferma l’ostiolum; mais ils brisèrent les barrières, tuèrent une partie des gardes et mirent les autres en fuite. Déjà longtems auparavant , les Pélérins qui allaient à Rome , n’osaient traverser les Alpes qu’en caravanes de quatre ou cinq cents personnes, et encore cette précaution devenait quelquefois inutile; car Robert, Evêque de Tour , fut égorgé pendant la nuit dans sa chambre au pied des Alpes , avec toute sa suite , qui cependant était nombreuse; et St. Majeul, Abbé de Cluni , fut pris captif par les Sarrasins, en 972, près d’Orsières; enfin Rodolph III lui-même y fut inquiété en 1016, il en porta des plaintes à l’Empereur Henri II , mais ce désordre continua tou- |gurs. Conrad , successeur de Henri , s’étant rendu à Rome

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en 1027, pour s’y faire sacrer, y conduisit aussi le Roi Rodolph ; et Cannut 9 Roi d’Angleterre et du Danemarcfc saisit cette occasion pour peindre les horreurs qu’on exerçait sur les Alpes, porta ses plaintes au Pape et à l’Empereur sur les Vexations que ses sujets éprouvaient, en allant en pélérinage à Rome. Rodolph comprit bien, que les plaintes du Roi d’Angleterre lui étaient person-n nelles, et il promit de faire abolir ce péage. Cannut écrivit en conséquence une lettre circulaire aux Évêques et aux Princes de son royaume pour leur apprendre, qu’il avait pourvu à la sûreté publique sur les routes des Alpes* Pœnines. Ce fut aussi l’époque de la suppression des rançonneurs et de leur destruction sur les Alpes. A ce». brigandages le bon ordre succéda enfin, et l’hôpital dut Mont-Joux fut rétabli.

Les deux Mont-Joux des Alpes Grayes et Pœnines, ne prirent le surnom de petit et grand St. Bernard que vers l’année 1123, où Richard , Évêque de ÇJovarre, approuva la vénération qu’on portait à ce saint, dont le nom était déjà fêté parmi le peuple; car jusqu’à cette époque, les deux monastères n’y étaient connus que sous la désignation de St. Nicolas de Myre , que Bernard avait choisi luimême pour patron tutélaire de ces deux établissemens, et on ajouta peu à peu à ce patron élu celui de son dévot serviteur Bernard, nom, qui prévalut si fort, que ceux dé, Mont-Joux et de St. Nicolas de Myre furent entièrement oubliés. C’est à Bernard de Menihon, Archidiacre d’Aoste, à qui l’honneur de cette fondation doit être déféré.. Tous les monumens relatifs à St. Bernard, quoique de différentes sources , sont uniformes sur sa naissance et sou état; il nâquitde Richard , Seigneur et Baron de Menthoii

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et de Berroline ou Bcrniole de Duin , son épouse. Il fut appelé Bernard du nom de son oncle, Chevalier illustre. Bernard devînt ensuite Chanoine et Archidiacre d’Aoste, et après avoir banni de ces hautes Alpes la superstition, et détruit les restes de l’idolâtrie romaine et véragriène, il fit bâtir les deux monastères qui portèrent son nom; il retourna ensuite à ses missions en Piémont, et mourut à Psovarre, dans le monastère de St. Courent, le i5 de juin, un vendredi après la fête de la Ste. Trinité, l’an 1090; il vivait donc encore lorsque Léon IX passa par le Mont- Joux pour se rendre en Allemagne, comme le rapporte Herman Conlracf.

Dans la supposition, que Saint-Bernard ait voulu établir une congrégation véritablement régulière, comme on le •doit présumer, c’est de l’église de Verceil, où florissait la règle de St. Eusèbe et de St. Gaudance, et du monastère de St. Laurent qu il tira ses religieux, et non de celui d’Agaune, comme Mezerai le prétend à tort, et contre toute vraisemblance ; puisque le nombre des cinq cents moines de l'arnade , fondé par St. Sigismond , Roi de Bourgogne, en 517, se trouvait presqu’anéanti en 824, lorsque Louis le débonnaire y établit trente chanoines réguliers selon la règle d’Aix-la-Chapelle, qui causèrent tant de murmures à cause de leur relâchement. Ces chanoines propriétaires séduits par l’exemple dcArnoux , fils naturelle Louis, furent encore plus dissolus du tems de Rodolph I qui fut couronné chez eux en 888, et qui attacha à sa couronne les revenus de ce monastère. En 984 , il n’y avait que sept capitulaires; il n'en restait plus que deux en 1017; en 1146', le monastère d’Agaune, quoique réformé, n’avait pas encore réparé ses perles. Le Pape

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Léon IX fut touché de sa situation, lors de son passage du Mont-Joux à St. Maurice, en 1049» °ù ^ demeura trois jours pour y célébrer la mémoire des Martyrs Thebéens, et consola les Chanoines le mieux qu’il pût : meliori modo , sicui potuimus > conso/avimus.

La règle de St. Augustin, leur fut prescrite au Concile de Latran en I2i5, et dès lors elle a été observee jusqu’à-' nos jours; elle n’était cependant pas inconnue auparavant parmi les chanoines réguliers, comme on le voit dans le - réglement de Pierred’ Arendc , Archevêque de Tarentaise, . où le dernier chapitre de cette règle est cite; mais quoiqu’il en soit, on sait par Herman Contracta que Léon IX passant par le Mont-Joux, y trouva des, chanoines vivans en corps, canonicos fratres 9 mais étaient-ils religieux par vœux et par profession expresse, ou seulement sans renonciation à la propriété, on 11e le sait; mais on: a droit de conjecturer qu'ils étaient du nombre de ces derniers ; car les vœux parmi les Chanoines n ont été dusage que quelques tems après, c’est-à-dire 5 . qu apres le onzième siècle.

On observe à 1 hospic tune coupe en bois, qu’on conserve encore aujourd’hui au Mont-Joux, et qu’on croit avoir servi à la communion sous l’espèce du vin; on y voit encore l’anneau de St. Bernard, qui se conserve au trésor de la maison; on reconnaît par cet anneau, qu’il avait le droit de porter les gants lorsqu’il pontifiait avec son bouidon d’Archidiacre ; ses successeurs en ont fait de meme. St. Bernard est représenté avec son aumusse dans les tableaux les plus antiques.

La vie de St. Bernard citée par M.r Besson , semble indiquer, qu’il ne posa point l’édifice sur le sol de 1 ancien

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temple du plan de Jupiter, mais qu'il choisit un site plus à la portée des voyageurs pour les secourir , loco et passagio magis ap/o. Il a toujours conservé le même emplacement depuis cette époque, et il était représenté comme tel en fresque sur la muraille de l’hôpital de St. Pierre Mont-Joux, qui avait été rebâti à la fin du treizième siècle. Il paraît, que depuis Théodose et ses enfans, on ne fit aucune réparation sur le plan de Jupiter , et qu’on en transporta les principaux débris au lieu où est situé le monastère actuel. Au reste il devait être situé en deçà de la fontaine couverte, puisqu’il était du diocèse de Sion, comme les plus anciennes Bulles le confirment.

Les Empereurs d’Allemagne, les souverains Pontifs. les Rois d’Angleterre, les Comtes de Savoye favorisaient à l’cnvi les établissemens de Bernard de Menthon; on se disputait même la gloire de faire prospérer une fondation «aussi utile à l’humanité; les évêques et les prélats voisins y contribuèrent de leur côté en réunissant au monastère les meilleurs bénéfices des vallées Pamines; car Pierre , premier Archevêque de Tarentaise unit au monastère Mont-Joux, celui de Chàtel- Argent et de St. Jacquemoz, dans le Duché d’Aoste. C’est ainsi, que Frédéric Barbe -rousse accorda le diplôme de sauve -garde au monastère, lorsqu’animé contre le Pape Alexandre 111 , et Humbert, Comte de Maurienne, il ravageait la vallée d’Aoste et la Savoye. C’est ainsi encore que Henri VI déclara coupable de lèze-Majesté , quiconque toucherait aux personnes et aux choses sacrées des Cénobites du Mont-Joux ; c’est ainsi enfin, que Thomas, premier Comte de Savoye céda au monastère les bois de Ferrex dans la vallée d’Orsières, et que Frédéric de Ferrete lui donna la

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Prévôté et les chapelles de l’église de ce nom; et qu’enfin un Seigneur Anglais , riche et puissant , revenant de Rome , lui donna son château Cornu , avec toutes ses nombreuses dépendances.

Il conste au reste par la Bulle d’Alexandre III, donnée le douze des Kalendes de juillet 1177, que le monastère possédait déjà plus de 88 bénéfices dans les diocèses d’Aoste, de Tarrentaise , de Maurienne, d’Ivrée , de Turin, Messine, Sion, Genève, Constance, Bâle, Besançon, Troye, Yverdun, Toul, etc. Aussi cette multitude de bénéfices et de propriétés occasionna peu à peu le relâchement de la discipline, par réloignement des Religieux de leurs Chefs, qui souvent ne les voyaient jamais, et par les habitudes qu’ils contractaient avec les particuliers dont-ils empruntaient les mœurs.

La congrégation de St. Bernard est composée d’un Prévôt, d’un Prieur claustral, d’un Chantre, d’un Sacristain, Procureur, Clavandier, Infirmier, Vestiaire, Bibliothécaire , sous-Clavandier et autres Chanoines de chœur. Frères, Laïcs, Novices, Bénéficiers, etc. etc.

Le Prévôt est élu canoniquement, par ses confrères, selon la réhabilitation des statuts , il est à vie, et dépend de la Nonciature de Lucerne; il porte la crosse, la mitre, la croix pastorale, l’anneau, la ceinture, la houppe violette , le rochet, le camail, tel qu’était l’ancien habit de chœur des Chanoines de la cathédrale de Sle. Marie d’Aoste. Il n'a qu’une voix en chapitre, et nomme lui seul aux Cures; il doit résider au monastère; il n’a point de mense particulière, il vit in communi avec ses religieux, suivant la réforme du concile de Trente. Le Prieur claustral conventuel dans l’abscence du Prévôt, était autrefois un

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Bénéficier ad nutum amovibilis . Il a le premier pas après le Prévôt, et la juridiction ordinaire tant extérieure qu’intérieure sur les religieux claustraux; son stallum au chœur est le bâton arehidiaconal que le Prévôt lui a remis depuis que celui-ci porte la crosse. Son office est triennal; il ne peut être déplacé par le Prévôt seul , à la mort duquel il devient Vicaire capitulaire, avec pouvoir dans la vacance de recevoir des novices et des profets.

L’Infirmier a soin du linge, de la pharmacie, de tous les malades jusqu’à leur dernier soupir. Il est chargé de les faire ensevelir sur la montagne , ou tout près du monastère, sous une voûte à deux caveaux, de faire prier et offrir le sacrifice pour le repos de leur âme. C’est à lui d’aérer les chambres, de les parfumer; d’y maintenir la propreté, et à bannir l’infection.

Le Massier reçoit les hôtes, leurs offrandes, leurs messes; il les traite selon leur état et condition.

Le Clavandier est aujourd’hui le Procureur claustral, depuis que les Celleriers ont abandonné la résidence, et que plusieurs officiers claustraux sont employés aux quêtes. Un devoir essentiel du Massier est de dépêcher à propos les Maroniers qui vont tous les jours en hiver au devant des passans , jusqu’à une lieue de distance du monastère, et d’entrenir la meute des chiens qui fouillent les neiges, et remettent sur la voie le voyageur égaré; il doit envoyer domestiques et religieux , autant qu’il en faut pour tirer des avalanches ceux qui y son! engloutis, porter jusqu'au monastère ceux qui sont saisis parle froid, et les morts qu’on trouve sur la route.

Le Procureur est chargé de l’administration temporelle de tous les biens du monastère, de faire toutes les provi-

duVaiais. 15$ ’

sions nécessaires; la provision la plus coûteuse est celle de bois de chauffage et de charpente , parce qu il faut le transporter de quatre lieues au travers des plus affreux précipices.

L’habit ordinaire des Chanoines est semblable à celui de tous les autres prêtres séculiers , à l’exception d’une écharpe de toile blanche , qu’ils portent sur leur robe traînante. C'est cette bandelette qui a exposé le Docteur Erasme à Boulogne , à une grêle de pierres , ayant été pris pour un chirurgien des pestiférés ; il en écrivit à Lambert Brunnius, secrétaire du Pape Jules II, qui le dispensa de sa bande et de ses vœux.

M.r le Prévôt Louis Antoine ÏMder a fait construire un nouveau bâtiment pour servir de refuge en cas d’incendie? et de supplément dans les grands concours , car il s’en trouve quelquefois jusqu’à 5oo au même instant; il porte le nom d ’ hôtel de St. Louis , en souvenir de la protection et des bienfaits que les ci-devant Rois de France lui accordèrent.

Tout ce que le monastère possédait jusqu’à ces derniers tems, en fonds, et qui était d’un peu de rapport, était la vigne de Clarens et la ferme de Roche, dans le Pays de Vaud. Les ci-devant Seigneurs de Berne et leurs députés s’étaient toujours montrés les conservateurs de ces biens, et la réforme introduite dans ce canton, n’a fait qu’augmenter leur zèle et leurs bienfaits.

Ce monastère possède encore la Maladrerie de Martigny, le lazaret d’Ecaunpa, avec certains biens ruraux, ainsi qu’une belle maison à Sion, proche de l'église de St. Théodule; elle a été préservée des flammes dans l’incendie de 1788, le 24 mai. Voici les précautions à pren-

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dre au pâssage du St. Bernard , telles que le Docteur de Loges les a indiquées.

i.° Si le teins est équivoque ou douteux et la route non tracée, on ne doit point hasarder à franchir ce pas sans conducteur, et sans avoir consulté les experts montagnards qu’on trouve dans l’un et dans l’autre bourg au pied de la montagne ; c’est le meilleur baromètre qu’on puisse consulter; la grande expérience qu’ils ont acquise à leurs dépens, leur fait deviner au cours des vents et des nuages toute la température de la journée.

2.0 Il faut se pourvoir d’habits conformes à la saison, à la rigueur du lieu, de rodingote, domino, passe-montagne, guêtres de drap, mitaines, souliers amples où les pieds ne soient pas gênés. Point de gants où les doigts soient séparés, point de canne, mais un grand bâton de sapin, point de bonnet de toile. On doit marcher d’un pas égal sur les traces des conducteurs, et sans précipitation; ne s’arrêter que dans les reposoirs indiqués par ces maroniers, appuyé sur son bâton, mais jamais se coucher sur les neiges; il faut avoir soin surtout de battre les pieds de tems çn tems, si l’on s’aperçoit qu’ils s’engourdissent et qu’ils deviennent plombés; se frotter de même le bout des doigts, les replier souvent dans le creu de la main.

3.° Les voyageurs prendront un léger déjeuner avant leur départ; soupe, chocolat, pain, fromage, quelques verres de bon vin, et une bouteille avec eux pour viatique, qu’ils prendront pour boire le long de la route; prenant par intervalle un peu de nourriture pour empêcher l’effet du vin , qui' est extrêmement actif sur les hautes montagnes. L’usage de l’eau-de-vie est très-pernicieux; il est encore un autre avis que nous devons donner aux hommes

bu Valais. 161

dans les termes de l’art : Sudario quodam mcntulam fove .

4.0 Dès le commencement d’avril , on aura soin de prendre la montagne de très-grand matin , à cause de la réverbération du soleil sur la neige , qui défigure la physionomie, laisse des pustules très-opiniâtres souvent, souvent plus dangereuses à la vue que celles de la petite vérole, surtout si l’on oublie déporter un crêpe sur le visage ; il est à remarquer que plus la peau du visage parait fine et délicate, moins elle est susceptible de recevoir la reverbération brûlante de la neige, et qu’au contraire, plus elle est grossière et poreuse, plus elle est dangereuse.

Quant aux avalanches , ou chutes des neiges, le seul moyen de s’en préserver est de ne pas s’exposer avant qu'on ait vu le serein, ou si la neige tombe en gros flocons pendant qu’on est en route, c’est de suivre les détours et ces montées pénibles que les guides indiquent pour les éviter. On a vu souvent, comme par une espèce de miracle, des malheureux engloutis dans les neiges, y rester vingt-huit heures parfaitement revenus par les soins qu’on leur a donnés.

5.° Lorsqu’on sera arrivé à l’hôpital , on ne s’approchera pas d’abord du feu si l’on a souffert du froid, mais il faut visiter les pieds, les mains, et les faire frotter avec de la neige, s’ils sont affectés. On ne doit pas s’alarmer de certaines défaillances qui surprennent ici les voyageurs, lorsqu’ils cessent d’avoir du mouvement.

On voit des enfans à peine entortillés de chiffons , supporter facilement le froid, tandis que les mères qui les portent sur leur cjos , ont les pieds et'les mains à moitié gelés. Quant à la guérison, ou à l’amputation des

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parties gangrenées par le gel , c’est un traité qui regarde l’aumônier Samaritain du Mont-Joux.

Il paraîtra peut-être au lecteur que je sors de mon plan, lorsque je m’arrête si long-tems avant de revenir à la description du passage par le grand St. Bernard, qui doit être le vrai but de cet article; mais je dirai que, ne voulant plus y revenir ailleurs, j’ai cru devoir dire en passant tout ce qui peut être utile et intéressant de savoir là dessus ; c’est pourquoi j’énoncerai encore quelques détails sur cet hospice et sur l’hospitalité de cette maison si charitable.

Un religieux préposé pour recevoir les étrangers en les prévenant par son honnêteté, les tire de cet état d extase et d’admiration , dans lequel jettent les grands tableaux de la nature.

Douze Chanoines réguliers de l’ordre de St. Augustin qui occupent cette maison, reçoivent sans distinction de religion et de sexe, tous les voyageurs envers lesquels iis exercent de grandes charités. Cette maison était fort riche autrefois; mais dès qu’elle a cessé d'être sous la domination de la Savoye, ils ont perdus les grands biens qui y étaient situés ; il lui reste encore quelques possessions dans la Suisse , mais elles ne suffiraient point , si ces braves religieux ne cueillaient des larges aumônes dans le pays et ailleurs. Cette maison possède environ cent vaches dans les pâturages au bas de la montagne : trente à quarante chevaux ne sont occupés pendant quatre mois qu’à transporter les bois de chauffage pour l’année; pendant les huit autres mois, ils sont employés dans la plaine par différons particuliers qui les nourrissent pour le service qu’ils en retirent. Par économie pour le bois, le pain

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qui s’y consume, est cuit à Orsières. Les principales provisions sont le pain, légumes, viande salée et plus de sept cents demi ehars de vin qu’on y conduit annuellement; les œufs et la viande fraîche s’y conservent mal; mais ce qu’il y a de plus beau , c’est qu’on donne tout gratis;

aussi personne d’entre les domestiques n’a péri de mort

non naturelle dans un endroit si périlleux. Dieu se plait à conserver ceux qui ne vivent que pour conserver les autres; il manifeste que ce service lui est agréable autant, qu’utile à l’humanité.

Pendant sept à huit mois, ces passages sont dangereux; pendant tout ce tems des religieux vont loin du couvent à la découverte des voyageurs , pour secourir ceux qui sont assaillis par les neiges; ils portent avec eux des provisions pour reconforter ceux qui en ont besoin. Ils sont accompagnés de gros chiens, habilement dressés pour la recherche des voyageurs égarés; ils se laissent saisir par la queue, aident ainsi les voyageurs à sortir de l’embarras où ils peuvent se trouver, et les conduisent du côté du couvent. Jusque par les animaux donc l’humanité y est secourue !

Les orages sont fréquens sur les montagnes, .et si la quantité des neiges accumulées par la violence des vents appelés tourmente , et qui y jouent de tout côté, font courir de grands dangers aux voyageurs, les avalanches sont encore bien plus redoutables par leur chute et leurs effets terribles. Dans plusieurs occasions où les religieux ont été avertis à tems, à force de peines et de travaux , ils sont parvenus à dégager les malheureuses victimes ensevelies sous ces froids débris, qui y auraient indubitablement péri, sans leurs secours aussi prompts que charitables.

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Vraiment on ne peut s’empêcher d’admirer combien la religion et l’amour de la vertu peuvent donner de force, d’élan et de courage! Il suffit pour en juger, de considérer que le lieu qu’habitent ces respectables religieux, est le séjour des vents, des neiges, des tempêtes et des frimats les plus rigoureux ; que c’est dans le haut de ces positions élevées que se forment les tempêtes qui viennent remplir les plaines d'effroi et de terreur. Il suffit de penser que, pendant le tems qu’on appelle l’été, on marche toujours sur la neige pour arriver à cette maison si hospitalière ; il faut savoir, qu’il y gèle toutes les nuits, et qu’on a peut-être jamais compté huit jours sereins et purs pendant une année entière ; que c’est une vicissitude continuelle de températures; qu’un vent chaud venant d’Italie, est subitement suivi d’un vent glacé; qu’enfin on a jamais pu y élever une mauvaise laitue. Après tout cela , qu’on juge des hivers au moins de huit mois de durée ; et si pendant tout ce tems, ces religieux voyent des hommes, c’est pour les secourir, les soulager, les soigner, ou enfin pour leur rendre les derniers devoirs de l’humanité, la sépulture.

Non, le système de la destruction des moines ne pourra sans doute jamais s’étendre jusqu’à ces hommes respectables, qui n’ont fait le sacrifice d’eux -mêmes que pour futilité des autres hommes; puissent-ils au contraire se multiplier, ces établissemens , dont la charité active n’a d’autre vue que le soulagement immédiat de l’humanité souffrante ! Mais mes vœux , comme ceux de tous les humains se trouvent déjà remplis par notre auguste et gracieux Monarque Empereur et Roi , puisqu’il l’a favorisé de ses grands bienfaits, et même décrété un nouvel

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hospice au Simplon ,' dont on s’occupe déjà de la construction, qu’il a richement doté, et mis sous la même direction et sous la même Prévôté que celui du St. Bernard.

Maintenant disons quelque chose de l’intérieur de ceite

maison; elle n’est pas, à la vérité, très-vaste, mais la distribution semble en doubler la capicité. Dans un lieu où le climat ne produit rien, et dont les chemins qui y conduisent , sont longs , pénibles et dangereux , cependant rien n’y manque; tous les secours qu’on peut porter aux malheureux, s’y trouvent; tout annonce une grande harmonie dans les différens services; une grande régularité, un grand ordre dans l’administration. Les devoirs rendus à l’humanité ne viennent point interrompre les devoirs religieux. L’égalité , l’empressement , la douceur des mœurs et de caractère que ces dignes religieux pratiquent dans l’exercice de l’hospitalité, semblent être l’effet de cette parfaite égalité avec tout ce qu’il y a de plus méritant, qu’ils doivent retrouver un jour, après avoir franchi le tombeau, au-delà duquel ils recevront Leur récompense.

Chacun est témoin de leur doux accueil ; et pendant que le relâchement et les circonstances des tems ont détruit une partie des Ordres religieux, celui du St. Bernard subsiste toujours, et paraît être encore dans toute la ferveur de son institution, quoiqu’il y ait dix siècles qu’il existe. O combien elle est au-dessus de toutes les autres cette institution de bienfaisance , s’écrie M.r A'Eschassériau: r, et combien ils sont au-dessus des vulgaires mortels, ces hommes qui risquent à tout instant leur vie pour sauver celle de lei^rs semblables! Qui prodiguent.

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aux malheureux les soins les plus tendres , et s’imposent à eux-mêmes toutes les rigueurs! Ces hommes qui, loin de toutes les ambitions, -de tous les intérêts , de tous les mobiles des actions humaines, ont voué leur existence au soulagement de l’humanité , n’ont d’autres récompenses que leur vertu sur la terre.

Revenons maintenant aux autres passages à travers les hautes montagnes du pays, et disons, qu’a près ceux du Simplon et du St. Bernard, celui de la Furca ou de la Fourca est le plus commun comme aussi le plus fréquenté; il n’est pas précipiteux, ni dangereux, excepté dans le cas delà chute des neiges maigres que nous appelons Giboulets, qui produit un vent quelquefois assez violent pour priver les passans de la respiration. Ordinairement on se fait accompagner de quelques-uns des habitans d Obeivald, village qui se trouve au pied de cette montagne située au sommet du canton de Conches, dont la traversée dure quatre à six heures de tems, selon la quantité des neiges et la disposition de l’air. Cette montagne n’a qu'une descente un peu rapide de l’autre côté; mais la montée du côté du Valais est facile à gravir. Il y a encore dans ce même canton de Conches plusieurs autres passages, tels que celui de la Grimsel , du Gries, et de Binn ; mais ils ne sont praticables qu’en été , et quelquefois asseï mauvais. Le passage de la Grimsel conduit dans le pays de Iiasli, celui de Gries dans le Pommât , et en Italie, et celui de Binn rend les voyageurs en Italie. Ces trois passages forment pendant le gros de l’été trois roules commerciales. Il y a aussi plusieurs passages par la vallée de Viège , et par ses glaciers, notamment, par celle de Sans , qui se trouve entourée de trois hautes montagnes couvertes.

de

T> v Valais. iÇy

8e glaciers, ce que démontrent les confins qui aboutissent d'un côté à Stalden, au S impion; à Zwischbergen , à la vallée d* Anlrona et de Makunaga ; à Tesch , à Ztnnad , x enfin h Banda. On passe depuis Saas dans tous ces endroits, mais par des chemins assez mauvais et périlleux; on passait autrefois fréquemment par Anlrona et par Makunaga avec les chevaux et autres bétails. On appelait ces passages déjà en 1 44°? des fort vieux passages ; on a encore dans le dernier siècle, notamment les années 1719, 1724 et 1790, pmployé beaucoup de peine et d’argent pour rétablir ces passages, afin d’y pouvoir entrer le sel et autres marchandises, mais ils n’étaient jamais de longue durée. C’est avec la vallée d : Anlrona par le glacier de la gauche, dans la vallée de Saas , que les habilans de celle dernière ont le plus de commerce ; ce glacier a une lieue d’étendue et celui de la droite en a six; par celui-ci on se rend dans la pays d’Aoste. Ces passages étaient asseï fréquentés par les Vallicoles, sans entendra dire, qu® quelqu’un y eut péri; mais la grande habitude d'y passer les rendait experts, et leur apprenait toutes les avenues, ainsi que tous les dangers qu'il pouvait y avoir, et qu’ils savaient éviter.

11 y a de meme un passage par le glacier à'Hérins, mais peu pratiqué, et infiniment plus dangereux que ceux de la vallée de Viège. Il en est un encore par le glacier de Bagnes; mais je ne conseillerai à personne d'y passer, vu les grandes vicissitudes de température auxquelles il est sujet.

11 me reste encore dans la même chaîne de montagnes méridionales du pays à indiquer le passage de la C<mba de Marligny , par lequel on se rend en Savoye, et qui est

Description

assez facile et sans danger, et celui par Champéry , dernier village du Valdiliers, dans le ci-devant Gouvernement d« Monlhey , aujourd’hui canton du même nom. Tous ces passages ne doivent être pratiqués et ne sont praticables que durant la plus belle saison de l’année. Voilà tous les passages des montagnes contre ITlalïe et la Savoye , voyons maintenant ceux des montagnes contre la Suisse.

D’abord de ce côté, il y a un passage par la montagne de Conthay ; on passe à côté d’une chapelle , et on se rend dans le pays Bernois allemand et dans VOberland , par la montagne dite les Ravins. Ce passage est en général, difficile, dangereux, effrayant par les horribles précipices, qu’il laisse voir sous les pieds du voyageur. Cependant il peut être fréquenté en été, puisque des vaches fort grasses et fort pesantes y passent encore assez souvent. Un autre passage par les montagnes de Savièse , est celui qui conduit aussi dans le canton de Berne allemand , du côté du Gercenet ; il est difficile, mais sans danger. Les montagnes d 'Ayerit en offrent un autre , qui conduit droit à Saanen , encore pays allemand de Berne ; celui-ci est fort long et assez mauvais dans quelques endroits; les Bernois exportaiant par ce passage les vins qu’ils achetaient en Valais. Il doit y avoir aussi un du côté de Sierre , qui conduit en Suisse, mais ne le connaissant pas, je n’en dirai rien; enfin le dernier passage du Valais par ses montagnes septentrionales est celui de la Gemmi. Je veux simplement avertir au préalable le lecteur, que ce passage n’est point praticable en hiver , ni même de bonne heure au printems : par contre, qu'il est fort fréquenté en 'été par toute sorte de personnes qui viennent ou pour j(oir le pays, ou pour faire la baignée dans les bains de

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Louëche , et qui se servent de ce passage comme beaucoup plus court. Depuis les Bains on va faire des partis da plaisir sur cette montagne. Mais pour redescendre, il y a un trajet épouvantable , et à moins d’avoir bonne tête, il vaut mieux s’en passer; outre que je ne crois pas tant avantageux aux gens qui font la baignée , d’être de ces partis; parce qu’en montant à pied , on est en sueur et fatigué lorsqu'on arrive là haut, et qu’il est alors dangereux de supprimer subitement la transpiration par cet air, froid et vif qui y est stationnaire; outre que les pores des baignans sont d’eux-mèmes plus ouverts, et le système de la libre musculaire plus relâché; par ces raisons et autres, je ne saurais approuver en Médecin ces partis à ceux qui font la baignée, ou viennent de la faire dans ces eaux thermales. J’ajoute ici une légère tentative de la traduction d’un auteur allemand , Hoclder , qui a décrit cette descente de la Gemmi , pour se rendre aux Bains de Ijouëche , elle doit suffire pour faire sentir le danger de ce passage; je dis, qu’elle n’est qu’une légère tentative, et non une traduction littérale, la voici :

Comme touché de l’éclair du ciel, l’œil clignote, reste fixé et privé de mouvement , de même aussi mon pied reste comme enraciné sur la plaine du rocher ; mon sang reflue de tous ses vaisseaux, et supprime ma circulation, comme une statue de marine, je reste sans parole, seulement avec peine se bouge encore ma vie; le battement du cœur en est la preuve, et l’approche soudaine de l’éternité lutte et combat avec la nature mortelle. Enfin rassuré de mon existence, revenu à moi, et tout vacillant encore, je m’approche de la cabane rupestre qui se trouve au sommet du rochçr précipitéux , et je m’appuye à SO14

*iur froid. Devant mes yeux s’ouvre à l’instant un abîma, un gouffre horrible et obscur qui se perd clans une profondeur que la vue ne saurait mesurer, et se jette comme dans la nuit éternelle de l’enfer. Dans cet éloignement rempli d’un présage incertain, entouré d’une atmosphère bleue et grisâtre, j’aperçois un village de châleU adossés sur des rochers nébuleux. Sont-ce là les demeures paisibles et tranquilles des ombres où se réfugient presque «ans forme humaine les malades, pour y retrouver la vie presqu'eteinte? Oui, et c’est là aussi que je dois, comme yoyageur, me rendre. Mais qui m’en montrera le chemin qui m’est inconnu, et qui conduitpar les crevasses obscures du rocher? Ici, je me trouve sur le mur rupestre et perpendiculaire ; l’aigle me prêtera-t-il ses ailes planantes pour me porter en bas par un vol téméraire? Là j’aperçois à la vérité à la parois unie du rocher, s’avancer un passage étroit et fait pour y descendre; courage donc, hasardons, me disais-je à moi-même, il faut descendre dans le labyrinthe du rocher; mais comment? Dois-je descendre dans l’orcus, avant que la volonté des Dieux m’ait ordonné de fuir le beau jour de la vie? M’est-il bien permis de franchir témérairement les bornes, et de me révolter contre la loi éternelle qui défend ce pas à la mortalité? Oui, je suis libre, j’ai la volonté dans mon cœur, et avec les ailes du .Toul-puissant mon esprit tend vers ce pays inconnu; la parois perpendiculaire du rocher ne m’épouvante plus; il faut que je découvre la noire nuit de ces rochers, et apaiser par là les désirs ardens de ma curiosité. De suite avec un pas hardi j’entre le Rentier pour descendre par ce chemin inconnu et obscur; par bien des zigzag et en *erpent*nt, j§ (JesceittU ces rochers presqu’aussi vieux que

bu Valais. fy»

fe monde. Dans l’espacement d’une main ou deux , la mort me surveille , et attend avec avidité sa proie ; il ne me faut pour cela qu’un faux pas, et vacillante déjà cette proie tant désirée tombe dans les bras de ce terrible géant. Ne me quitte pas, ô courage, et que l'attention dirigï mon pas tremblant, que la nuit noire du vertige ne me fascine pas les yeux en traîtresse. Écoute, écoute ! Qu'estce que j’entends? Quel est ce frémissement? A la pente du rocher découle la source sainte et formidable de 1a Déesse Lelhé. O n’approche pas au torrent de l’oubli éternel, me disais-je à moi-même? Mais que vois-je dans celte parois coupée perpendiculairement? Il s’y élève visà-vis du tombeau obscur de la mort une guérite de sentinelle taillée dans le roc, à laquelle conduit une échelle de bois dont les marches sont artificieusement attachées avec des crochets de fer. Comment ? A-t-on besoin ici de Vedettes où la mort elle-même toute sérieuse et terrible fait la serfs tinelle? Mais cependant c’est vraiment tel , car rien n’est trop téméraire aux mortels, parce que je vois ici sur une branche sèche d’un arbre d’azerolier, qui sort du rocher, devance le* chemin, et donne sur l’abîme sans fond, un drap flottant , le pavillon royal de la toute étonnante témérité humaine , c’était un français entouré de toutes le» horreurs de la mort qui l'y a placé ? Mais retire-toi de moi aspect, hardi et effroyable , cl garde plus soigneusement les pas du voyageur : car ici disparaît même le chemin étroit taillé dans le roc ; là je pouvais du moins en cas de chute, m’appuyer contre la parois du rocher; mais maintenant il me faut même marcher au bord élevé en voûte, rempli de sable et de petites pierres, et tourné oontre la profondeur; avec attention j avance à petits pas,

\ql DïSeKMTION

posant le pied en avant et ne suivant avec l'autre qu’après que le premier s’est solidement fixé, ne laissant s’égarer ma vue ni à droite ni à gauche, ne la fixant au contraire qu’à placer le pas prochain; c’est ainsi que je chemine par de longs contours, jusqu’à ce qu’enfin je me trouve sous l’ombre de la forêt de sapins qui entoure cette triste Cité de la mort. J’ai franchi le chemin qu’aucun mortel sans trembler ne peut faire, et par une espèce de prodige, je me trouve au bas de la cime de l’Olympe ; tout près de moi se trouve le village des Bains tant désiré, et comme à dessein caché dans un bassin verdoyant entouré de rochers immenses où la fontaine bouillante jaillit. Mais allons maintenant offrir un présent à la Déesse, et lui chanter une hymne de reconnaissance ; puisque son cœur céleste et charitable mitige les douleurs cuisantes de l’humanité affligée. Le mont de la Gevimi s’élève selon Scheuchzer 1600 pieds au-dessus du village des Bains, situé au bas et selon Cassini 7486' pieds au-dessus da la mer.

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