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CHAPITRE XIV

Des difficultés et des dangers , qui accompagnent les voyageurs en passant les montagnes.

A.pnÈs avoir indiqué les nombreux passages par les montagnes du Valais, tant au midi qu’au septentrion de la vallée du Rhône dans toute sa longueur; il me reste encore à exposer les difficultés et les dangers qui attendent les passans , et les moyens de pouvoir les éviter. D’abord ces chemins deviennent difficiles et dangereux par les

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glaces et les neiges qui les couvrent; par les avalanches qui menacent , par les nuages qui les obscurcissent, par les vents, les tempêtes, les pluies qui y sont fréquentes, enfin par les précipices qui s’oifrent de tout côté, et à tout noment , à raison de leur peu de largeur, comme encore à raison du froid rigoureux qu’on y éprouve.

Il est d’abord généralement certain, que les chemins par les hautes montagnes , à l’exception du Simplon et du St. Bernard, sont presque partout rudes, étroits, et quelquefois même taillés dans le roc par l’industrie humaine. Suivent le chemin devient tellement étroit, qu’il se perd à h présence du voyageur; quelquefois les rochers coupés à p c sont joints par une seule poutre jetée de l’un à l’autre en rorme de pont , et le passage continue le long des rochers unis et perpendiculaires, où quelques branches d’art re qui servent de garde- foux, retiennent les pas clian:elans du téméraire qui veut y passer. Quelquefois ces poutres ne sont consolidées que par des osiers qui les attachent à quelques troncs d’arbres souvent déjà caducs. Souvent aussi où les rochers ne viennent pas rétrécir la route . une neige tendre et grasse vient embarrasser les pas du voyageur et l'empêche d’achever sa route. A côté du clumin se présentent de tems en teins un aspect horrible, des gouffres affreux qui font naître le vertige par la frayeui, et qu’on ne peut franchir sans être conduit par la main des habitans voisins accoutumés à de telles routes et à de telles perspectives. Quelquefois la nature des lieux permet de faire le trajet à mulet en toute assurance, mais ce n’est que rarement, et dans peu de passages.

Ces passages sont encore mauvais, parce qu’il y a des trajets tellement étroits que les voyageurs sont en danger

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fie se blesser: autrefois dans ces mêmes chemins passaient annuellement de grands troupeaux de Lceufs, de chevaux, de moutons, etc. dans les régions transalpines, et surlou: de l’Heïvétie, et de l’Allemagne. C’est pour cela aus.i que ceux qui passaient par ces roules avec des troupeau;, convenaient entr’eux du tems de leur passage, de peur Je s’y rencontrer dans les détroits , ils attendaient dans jn iieu plus large celui qui devait arriver au tems converu, afin de ne pas se heurter en roule, mais de laisser 1 i Ire passage à ces troupeaux. Sans cette précaution nécessare, ils auraient pu eux-mêmes multiplier encore les dangers, car si deux troupeau* de vaches ou de chevaux s'étaient rencontrés dans un étroit passage , où une vac he seuleaurait déjà eu de peine à passer, et d’où il eut été imposable de revenir sur ses pas, étant incapable de s‘y tourner, un des troupeaux, ou peut-être même tous les deux auriient été dans la nécessité de périr. De même dans la ptaine , selon la loi coutumière des cochers ou voituriers du Valais, quand deux chariots se rencontraient, chacun lirait à sa droite; quand c’était une voilure pullique, diligence ou poste, ou conduisant des Messieurs étrangers, celle du pays tirait toujours du mauvais côte , sauf qnc celle-ci fut plus chargée. Mais cela n’avait lieu que lorsqu’elles pouvaient se dépasser, autrement, le premier des voituriers qui voyait l’autre, se plaçait à coin dans un endroit assez large, et attendait que l’autre eut pissé.

La difficulté du passage par les hautes montagnes est encore augmentée par les glaces qui se trouvent quelque- Jois dans des trajets déjà naturellement précipiteax. Dans ces fâcheux rencontres, les voyageurs, les bergers et les chasseurs qui passent par là , pensent à toutes sortes de

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moyens pour se préserver d’acci dens malheureux. D’abord eonlre la lubricité de îa glace , ils font ferrer les souliers avec des fers analogues à ceux d’un cheval, dont trois pointes, qu'on appelle crampons , perçant la glace, retiendront la pied du voyageur; quelques-uns se servent d’autres fers, savoir des fers qui ont un pouce et demi au plus de largeur, armés de quaire pointes tournées contre terre, avec deux bords ou extrémités redressées en haut, dans lesquelles est pratiquée une ouverture par où passe une courroie en cuir , qui sert à les attacher aux souliers. D’autres enfin ne prennent qu’un bâton armé d’unç longue pointe de fer au bout inférieur , et s’appuyent *sur ce bâton pour descendre ou monter dans lés mauvais endroits.

11 y a quantité d’endroits plus élevés les uns que les autres, et souvent dans la meme montagne; et quoique de loin en les regardant, on s’imagine, qu’il n’y ait qu’une seule montée, après l’avoir franchie, il s’en trouve encore une autre; enfin se croyant au sommet de la montagne, il s’ofFre encore une nouvelle montagne à gravir , ce qui cause bien de la peine à ceux qui n’en ont pas la connaissance, peine, qui a tics-bien été observée par Silius , et qu'il a si bien dépeinte par les vers suivans :

Qubcjuc ma gis subire jugo , aique ecaderc ni si Erexere gradurn , crescit labor , ardua suprà Se se aperit Jessis , ci nasciiur altéra moles : iJnde ncc cdomitos exudafosijue labores Respcxisse libet , tanta formidine plena Ex terrent repci i ta oculis, aique una p ruina Cancnlis quàcunque datur permi itéré visus y •

Jugerilur faciès , medio sic naviia ponio

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Cinn dulces liquil terras , et inania nullos Irweniunt venta s , securo carbasa malo Immensas prospectât aquas , ac vida profundis Æquoribus , fcssus rénovât sua lumina Cœ/o. I

La glace dans les hautes montagnes ne rend pas seulement par sa lubricité les chemins plus difficiles; mais elle entraîne encore d'autres inconvéniens plus graves. 11 y a en certains endroits d’immenses rochers qui quelquefois1 s’avancent, et penchent tellement sur le chemin, qu’ils paraissent menacer chute ; des glaces attachées à ces rochers supérieurs se détachent aux rayons du soleil et tombent dans la route ; malheur au voyageur qui s’y trouverait alors, il y serait en danger de perdre la vie. Sfrabon en a fait mention, lorsqu'il a dit : « Glaciales » crustœ supernœ , et quidem lubricœ illabcntes universam » occupant semi tant 9 et subjacentes extrudunt Vallès ». Ce i qui n’est pas étonnant , si l’on considère , que plusieurs glaces se trouvent les unes sur les autres , surtout lorsqu’il neige souvent, avant que la surface des précédentes soit entièrement dissoute par le soleil.

Outre ces glaces pendantes sur la tête du voyageur, il y a des fentes et des crevasses dans celles qu’on est obligé de traverser quelquefois d’un bout à l’autre. Ici les dangers se multiplient; des neiges nouvelles et perfides déguisent au passant les précipices sans nombre qui s’offrent à tout instant sous ses pas; heureux s’il a des guides experts pour l’en détourner! Ceux-ci alors s’entourent le corps d’une corde forte, à laquelle s’attachent aussi quelques-uns qui suivent; le premier sonde avec une longue perche la route douteuse et incertaine, et cherche à éviter

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ees crevasses dangereuses qu’une neige récente cache. Si le conducteur tombe dans une des fentes qu'il voulait éviter, ses camarades de voyage l'en retirent aussitôt par le moyen de la corde à laquelle ils se sont expressément attachés; mais les dangers disparaissent presque tous, dès

que ces fentes ne sont plus déguisées par aucune neige.

Quant aux grandes neiges, j’observerai, qu’elles sont quelquefois tellement hautes que le voyageur ne pourrait point éviter la mort, s’il s’enfonçait dans leur sein humide; parce que plus il chercherait à s’en tirer, plus il y entrerait. C’est pour cela que Claudien a dit quelque part :

mul/os hausere profundœ

Vasta mole nives , cumque ipsis sœpe ju vends Naufraga candcnii merguntur plaustra baratro.

Dans l'intention de guider le voyageur les habilans voisins de ces lieux avaient coutume de planter et de dresser de longues perches à portée de vue les unes des autres, le long de la route qu’il devait tenir; mais aujourd’hui on néglige de le faire. En beaucoup d’endroits, dès qu’il est tombé un peu de neige fraîche, les habitans près de ces lieux prennent quelques bœufs et les chassent devant eux, afin de leur faire ouvrir le chemin; ce qui était aussi pratiqué en Suisse; ces animaux foulaient les neiges avec les pieds, le ventre et la poitrine les écartaient, et préparaient ainsi une route facile au voyageur fatigué ; mais cela ne se fait que dans les passages les plus fréquentés.

Lorsqu’anciennement l’on voulait passer par dessus les grandes neiges, dans des endroits où il n’y avait point de route, alors pour se préserver de s’enfoncer et de périr dans ces neiges profondes, on usait des précautions su i-

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vantes : on prenait de petites planches assez minées dont on se sert ordinairement pour les fonds des tonneaux, de la grandeur dun pied de diamètre, qu’on attachait aux pieds avec des courois; et comme de cette manière les vestiges des pieds devenaient plus grands, ils n’enfonçaient pas , et les passans évitaient ainsi les dangers qui semblaient les attendre à chaque pas. Nous lisons quelque

vhose de semblable dans Xénophon ; car lorsque les Grecs passaient par les montagnes des Arméniens , et à travers une route chargée de neige, les habitans de ces montagnes leur ont enseigné et conseillé d’attacher et d’envelopper les pieds de leurs chevaux et autres bêtes de charge, avec des sachets ; qu’à ce défaut , ils s’enfonceraient jusqu’au ventre, et tomberaient dans l’impossibilité de franchir les difficultés qu’on trouve dans de tels passages.

Mais le plus grand danger de tous, auxquels sont sujets les voyageurs à travers les hautes montagnes et par les gorges des vallées latérales du pays , est celui des avalanches, que les Grisons et les Latins appellent labinas # indubitablement dérivé du mot labi\ glisser , tomber . Elles ne sont autre chose que la chute subite des grandes neiges conglomérées, qui se détachent du sommet des montagnes

et roulent avec bruit jusqu’au fond des vallées qu’elles remplissent ; elles sont toujours accompagnées d une grande poussière qui s’élève dans les airs obscurcis, se répand au lointain par la force d’un vent violent que leur mouvement rapide produit; la force des avalanches est souvent si grande, qu’elles entraînent avec elles des forêts entières, qu’elles ont déracinées au milieu de leurs cours impétueux; telle fut l’avalanche qui eut lieu vis-à-vis A'Inden ^village situé à une lieue, en deçà des bains d*

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tou'êche ; telle fut encore celle de vallée d clxetschen. Ces avalanches ne respectent point les villages, quoique solidement assis , comme il est arrivé à Obergestelen en Conches , où quatre-vingt huit personnes ont péri dans un seul instant par unç seule avalanche , comme l’atteste cette épitaphe' qu’on y lit encore aujourd’hui en ces termes; b Dieu! quelle plainte ! (Quatre-vingt huit dans un seul tombeau. Telle fut encore l’avalanche qui exerça les années dernières ses cruels ravages dans l’endroit appelé la campagne de Rizigen ; elle enleva toute l'église hormis la chœur qui fut respecté; mais la 'piété des habitans l’a rebâtie l’année d’après. Enfin telles furent tant d’autres* et telles sont encore annuellement ces avalanches qui tombent des hautes montagnes avec plus ou moins d'accidens fâcheux. C’est l’état des hautes montagnes de ne laisser respirer leurs habitans un moment, sans leur faire craindre en même teins quelques événemens funestes. IJ n’y a qu’un seul moyen de détourner ces fléaux nienaçans, c’est celui de poser en forme de remparts des bastions solidement fondés, et maçonnés à angle taillant, opposé à la chute des neiges, afin de les partager, ou de les diri— . ger dans des endroits, où elles puissent sans nuire, rteindr* leurs fureurs. Dans le \ alais sont quantité de villages situés à des endroits dangereux et exposés aux effets alaiinans de ces sortes de chutes des neiges; mais ils les évitent en conservant soigneusement les forêts placées au haut de ces villages où il est défendu sous les peines les plus graves d’y couper un arbre quelconque; ils les appellent des forêts en Ban. Voici comme les Italiens décrivent les avalanches : « Ix valanche sono prodotte dalle nevi » acumulate , dalla loro caduta nalurale, o transporlate dui

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» çenti sul ciglio delle rapide montagne. (Juando la quan - » tita delle ncvi e cresciuta ûl punie , che resta sospesa su » queste sommitâ , elle si rovescia strepilo , cade , j/ preci - » pita nei fondi cagionando terribili s/ragi » .

Ces avalanches sont souvent mises en mouvement et produites par la cause la plus légère, car si dans une haute montagne , dénuée d’arbres, chargée de neiges et fortement inclinée, cette masse de neige est mise en mouvement, ou par un oiseau qui en volant touche d’une aile cette neige, ou par quelqu’autre animal qui y passe, ou par un vent fort et véhément, ou par le bruit de la parole ou des clameurs des passans , ou enfin par la décharge d’un fusil. Car il est de fait, que la seule répercussion de la voix qu’on appelle ccho\ donne une impulsion à l’air, et que cette impulsion ébranle la masse des neiges, les détache et cause leur chute, dont le mouvement impétueux produit une espèce de tremblement de terre, et imite le bruit d’un grand coup de tonnerre prolongé. Au reste, notre pays est sujet aux tremblemeus de terre assez notables et très-fréquens, ainsi que nous l’avons éprouvé et ressenti dans le courant de l’année 1S02; et surtout le matin du jour de St. Charles, 28. e de janvier i8o3, entre les quatre et cinq heures, qui fut la plus violente des secousses, ainsi que la dernière remarquable dans la ville de Sion. Mais revenant aux avalanches , je

dis, qu’une pluie subite, un vent chaud sont une cause * \

puissante pour précipiter les neiges, et occasionner une avalanche.

Cette neige mise en mouvement par une des causes les plus légères commence par former une petite boule qui

en roulant sur l’autre neige, s’accroît, s’augmente par des

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oonrolutions successives , jusqu’à ce qu’enfin devenue assez grosse et pesante, elle entraîne avec elle le funeste produit des hivers et tout ce qu’elle trouve sur sa route, comme pierres, arbres, hommes, habitations, châlets , granges ,* écuries , troupeaux, villages, tout en un mot, et l’entraîne avec elle jusqu'au pied de ces montagnes, et les remonte même souvent jusqu’à une certaine hauteur de la rive opposée; ce qui n’est pas rare de voir dans les vallées latérales du pays.

Cependant ces masses de neige no tombent pas dans tous les endroits où il en a, et dans tous les teins, mais seulement dans ceux d’une pente rapide et d’un terrain sans arbres, et au printems, lorsque les neiges s'amollissent et commencent à fondre, ou en automne et en hiver, lorsque des nouvelles neiges tombent sur l’ancienne déjà gelée et glissante. On distingue deux sortes d’avalanches, celles qui ne se forment que de neige molle et grasse, et celles qui roulent les anciennes, et raclent la terre , qu’ellef entraînent avec , et mélangent leur couleur avec celle de la neige; celle-ci est plus à craindre, et fait aussi plus de dégâts.

Souvent au St. Bernard, et meme quelquefois au Simplon, il péril beaucoup de monde par les effets meurtriers des avalanches ; en les couvrant de leurs froids débris ; cependant toutes les personnes qui sont atteintes par les avalanches, ne périssent pas sous le poid des neiges, elles survivent au malheur , et quelquefois entendent même tout ce qu’on dit d'elles lorsqu’on les cherche, sans pouvoir néanmoins indiquer l'endroit où elles se trouvent. Dans ces sortes de circonstances elles sont comme arrachées à une mort instante et meme inévitable , par les

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secours qu’on leur porte ; secours , qui se porte toujours dès que le malheur arrivé est connu. J’ai appris d’uns personne , qui a éprouvé cette sorte de malheur , que lorsqu'elles ne sont ensevelies que sous des neiges fraîches, elles peuvent mouvoir leurs mains sous la neige, pratiquer un vide autour de leur visage, pour acquérir une respiration moins gênée, et trouver par là le moyen de vivre quelques jours; et si dans cet intervalle, elles reçoivent du secours, elles sont sauvées.

Ces avalanches s’accumulent quelquefois dans la plaine et dans les vallons, et coupent le passage des eaux et des torrens, qui regorgent, s’élèvent à une grande hauteur, forment un lac profond qui détruit et dévaste le lieu qu’il occupe et reste enfin tel jusqu’à ce que les eaux ont pénétré les neiges, et acquis assez de force et de volume pour rompre les barrières qui s’opposaient à leur passage, et. portent alors le dégât tout le long de leur course. Les liabitans de ces lieux ainsi exposés ont appris à ne plus fixer leurs demeures au cours des avalanches; ils transfèrent leurs habitations, leurs troupeaux, leur famille sur le dos d’une colline qui les met à l’abri de tout danger. A Urschclen , aux racines du mont St. Golhard , on voit une grande forêt de gros arbres de sapins, comme placée là par la nature, afin de prévenir et de s’opposer aux avalanches; car on ne voit point d’ailleurs de forêt, ni même d’arbres dans cette contrée de la montagne ; et , ce qu’il y a vraiment de surprenant, c’est que cette même forêt a une forme triangulaire, dont la pointe regarde en haut contre les neiges, et se présente la première à elles. Enfin je conseille au voyageur de ne jamais s’exposer à traverser des lieux sujets à la chute des neiges dans les

lems

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ïems qu’elles sont fréquentes; ou tout au moins de le faire de bon matin, et de prendre pour guides de ces experts monlagnards qui savent prédire lesorages et vous observer les moyens d’éviter les périls, du moins autant qu’il est possible de les éviter. Voici encore ce que dit Silius des avalanches ;

T uni quà durait concrelo frigore colUs Lubrica fruslratur canenli semi/a clivo , ,

Luctantem ferro glaciem promit , haurit hinlu JSix resolu/a ci ros , alioque à culmine prœceps Vio cale s turrnas opcrit delapsa ruina.

Mais à proprement parler , Silius amène ici Annilal qui passe et voyage par des endroits de montagnes chargés de glaces et de neiges molles et fondantes, dans lesquelles ses soldats enfonçaient, et où l’avalanche qui se précipite du haut des montagnes, vient les couvrir de ses débris; intégras turrnas opcruisse sua ruina. Claudicn dit aussi ;

I/itofdum subit am glacie labente ruinam Mors dédit; et irepidis fundamina subruil a s tris.

Un autre danger, qu’ont à craindre ceux qui passent par les hautes montagnes, est le grand froid; beaucoup de personnes ont eu les extrémités gelées, d’autres le nez, d’autres enfin, les oreilles, et souvent aussi les pieds et* entier, dont ils ont perdu tout usage; comme il est arrivé l’année avant dernière aux troupes de Son Excellence le Commissaire-général de Sa Majesté, Comte et Général Divisionnaire , Monsieur César Berthier^ en passant parle grand St. Bernard le 13 novembre 1810, pour réunir lq

184 Dï3(*IM10!l

Valais à l'Empire Français, et dont il a pris possession ad nom de Sa Majesté Impériale et Royale le 14 dudit mois. Monsieur le Commissaire-général de Sa Majesté nous a traité en bon père, et avec cette générosité et cette grandeur d’âme qui lui sont propres et personnelles. Pendant tout le tems de son séjour en ce pays, qui n’a été que trop court sans doute, il n’a fait aucun pas, sans le conduire au bien public du Valais, et son départ, qui a eu lieu le 27 février de l’année 1811, a causé une tristesse générale dans tout le Département ; aussi chacun lui érige avec plaisir un monument de souvenir dans son cœur. Nous devons aussi le témoignage de noire contentement à ses braves militaires qui , à l’exemple de leur digne Chef, se conduisirent pendant tout le tems de leur stationnement d’une manière à mériter la louange de tous ceux qui les ont reçus ou logé chez eux, dont ils sont devenus les amis fidèles et tranquilles. Heureux le pays qui a de telles troupes sous un tel Chef! Mais revenons, et disons t que pour avoir trop souffert le froid durant leur passage , quelques-uns en moururent, d’autres gardèrent des restes pour le reste de leurs jours, et d’autres enfin perdirent totalement la vue.

A tous ces malheurs on oppose divers secours ; et d’abord aux yeux en leur présentant quelque chose de noir, ou des conserves vertes; quant aux autres membres, — on conseille de bien les couvrir, et de les envelopper avec des peaux et des habillemens épais ; de mettre un cahier de papier à écrire ou d’autres semblables sur la poitrine. Si les pieds sont engourdis par le froid , on tire de suite en arrivant, bas et souliers; on met les pieds dans de l’eau froide, en y ajoutant peu à peu de l'eau tiède, au conseil

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des uns, ce qui doit ensuite les guérir. Celui qui traverse la montagne doit avoir un mouvement toujours égal et continuel; sans ce mouvement, la personne s’échauffe dans un petit trajet pénible, elle ne sent point le froid à la vérité, mais lasse elle veut se reposer; elle s’assied sur la neige, où le sommeil vient la saisir, elle s’y endort sans le sentir, et meurt. A ce sujet Claudien dit dans sa description des Alpes helvétiennes:

Multi ceu Gorgone visa

Obriguere gela

YxXcnoplion expose élégamment pourquoi le mouvement continuel est le seul souverain remède contre le froid mortel qui saisit le voyageur dans sa route par les hautes montagnes , en disant : Quin si torpentem aliqueni et clesidentem offendissem , quique se ultrb hostibus prœ inertia dediturus videretur , ilium ego pulsabam , scque erigere cl progredi jubebam , ex me ipso enim inteUigebam in magna hiemis acerbitate desidendo , tan là ineriiora et pigriora cor* pora reddi : qui 9 si forte paululum commoratus essern , ut

fit , eos , qui sarcinas colligèrent exspectans , scntîebam crura

prœ frigore obiorpescere . Meo i ta que periculo dodus , ubi se quem pigritiœ dedentem , ac frigore slupentcm vidissem , ilium ego commovebam , quod intelligerem rnoiu y ac virili quâdam corporis exerciiatione recale scere membra , ethumorem evocari , contra verô ejjicere quietcm et tardiiatem , ut sanguis quasi g élu concretus intabeseat , nique ex eo9 quod ipsi rnultis accidisse scitis , pedum digiti obrigescant.

Je viens enfin au dernier genre de peines que les voyageurs qui passent par les hautes montagnes, ont à subir ,,

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je veux dire, les tempêtes et les orages qui y sont presque journaliers. Mais Si/ius vous les dépeindra, puisque il les a si bien connus:

Inierdum adverso glomeratus turbine Corus In media ora nwes fuscis agit horridus alis.

Aut rursum immani s/ridens aru/sa procella Audacis rapit arma viri , volvcnsque per orbem Con/or/o roial in nubes sublimia flatu.

Il y a un exemple de la violence des vents qui soufflent dans les hautes montagnes dans les mots suivans de Xénop/ion , au livre cinquième des histoires Grecques, et que voici : digredtenti quoque vehem entissimus incidit ventus , quem aliqui fuiura augurari suspicabantur , mulia cnim damna exercitui intulit : n/im ex Crasio per montem mari imminentem ducenti jumenia quam piura impedimentis onusta in mare prœcipitata sunl , arma quoque militibus crepta , ac vi venti in mare dejecia sunt. Multi quoque clan arma ferre amplius non possent , in moniium summi/aiibus lapidibas d e grava fa reiinqucre coacti sunt. Voilà certaine-' ment un vent très-fort, qui au passage de Tannée par cet endroit a jeté dans la mer, les bêtes chargées de bagages et les soldats, après les avoir désarmés. Ils n?ont pas pu se tenir au haut des montagnes, ils ont été obligés dJen descendre , après y avoir laissé ces animaux chargés de pierres, de crainte que le vent ne les emportât pas.

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