CHAPITRE XVII
Des forêts et des arbres des montagnes du pays.
R egardez ces Monls qui semblent braver les orages , leurs cimes sont couvertes de la neige des hivers; sur leurs flancs sont d’immenses pâturages; pendant des siècles, leurs antiques forêts ont vu s’asseoir les familles du pays sous leur ombrage : hameaux , cabanes , bergers > troupeaux , tout respire la sérénité dans ces heureux asiles. Ces forêts sont composées d’arbres plus ou moins gros , plus ou moins nombreux ; l’œil aime à voir tout ce peuple de frères. C’est par eux que la nature varie ses desseins, rapproche et tantôt repousse les lointains, réunit, sépare, et sur les paysages étend ou replie le rideau des ombres. Voici une apostrophe Poétique de l’Abbé de Lille , adressée aux forêts:
Bois augustes y salut ! vos voûtes Poétiques
N3 entendent plus le barde et ses affreux Cantiques;
Un délire plus doux habile vos dé sers.
Et vos antres encor nous instruisent en vers .
Vous inspirez les miens , ombres majestueuses !
Souffrez donc qu3 a ujourd3 hui mes mains respectueuse P
Viennent vous embellir , mais sans vous profaner y
C3 est de vous que je veux apprendre à vous orner .
Les arbres des forêts peuvent s’offrir sous des aspects sans nombre ; ici des troncs percés rembrunissent leur ombre ; J à de quelques rayons égayent ce séjour, forment un doux
combat de la nuit et du jour, dit encore M.r l’Abbé de Lille , qui finit son apostrophe par ces quatre vers :
Plus loin , marquant le sol de leurs feuilles légères , Quelques arbres épais joueront dans leurs clairières , Et flottant l'un vers l’autre , et ré osant se loucher , Paraîtront à la fois se fuir et se chercher.
Voici comme le même auteur dépeint les différens arbres
qui composent les forêts et les varient:
Les uns tout vigoureux et tout frais de jeunesse D’autres tout décrépis , tout noueux de vieillesse , Ceux-ci rompant ceux-là , fiers tyrans des forets Des tributs de la sève épuisent leurs sujets ;
Vaste scène ou des mœurs , de la vie et des âges Jé esprit avec plaisir reconnaît les images.
Près de ces grands efl'eJs que sont ces verds remparts Dont la forme importune attriste les regards ,
Forme toujours la même et jamais imprévue ?
Riche en variété , délices de la vue.
Accours , viens rompre enfin l’insipide niveau ,
Briser la triste équerre et l’ennuyeux cordeau.
' L’œil , qui des plans tracés par l’ uniformité Se dégoûte et s’élance à leur extrémité ,
Se p/ait à parcourir , dans sa vaste étendue ,
De ces bords variés la forme inattendue ;
Il s’égare , il se joue eu ses replis nombreux , ->
Tour-à-iour il s’enfonce , il ressort avec eux ;
Sur les tableaux divers que leur chaîne compose ,
De distance en distance avec plaisir repose !
du Valais.
Le bois s* en agrandit , et dans ses longs détours , Varie à chaque pas son charme et ses détours Ah ! par ces bois sacrés dont le feuillage sombre Aux danses du hameau prêta souvent son ombre Par ces dômes toujj'us qui couvraient vos dieux , Profanes , respectez ces troncs religieux ;
Et quand l’âge leur laisse une tige robuste , Gardez-vous et attenter à leur vieillesse auguste .
Trop tôt le jour viendra que ces bois languissons , Pour céder leur empire à de plus jeunes plants , Tomberônt sous le fer , et de leur tête altière.
Verront l3 antique honneur flétri dans la poussière .
On doit, d’après cela, avoir lieu de regretter, de pleurer même la coupe des bois dans une belle forêt ; pour moi, je ne trouve rien de si beau, de si agréable, et de si majestueux, qu’une belle forêt. Ah! que ne puis-je tous les jours de ma vie, dans la belle saison, passer quelques heures dans de tels endroits, que je préférerais à la fortune des grands, j’y savourerais à longs traits les plaisirs que procure la solitude de ces lieux, réellement faits pour y méditer à loisir.
V oici comment M.r l’Abbé de Lille s’énonce contre U coupe des forêts, et comment il détaille les suites fâcheuses d’une pareille entreprise.
Tout périt , tout succombe ; au bruit de ce ravage Voyez-vous point s’enfuir les hôtes du bocage f Tout ce peuple d'oiseaux fiers d'habiter ces bois,
Qui chantaient leurs amours dans l’ asile des rois f S’excitent à regret de leurs berceaux antiques .
Cç.s Diçux doal le ciseçni peuple ce s perds portiques