‹ A.-P. de CandolleChapitre 3 sur 45 · L. respecto Juveni Erudilo causidico · texte numérisé non relu

L. respecto Juveni Erudilo causidico

Pis civi'Valensae ** 5'

et E que s tri defunclo * “’v annorum XVIII . * ‘

Jilio Pientissimo ■ L. Aurel. Rèspectus Perler poriendum' 1 * Cura vit. 0 7 * } *

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du Valais.

Quelques-uns , cependant , lisent-la troisième ligne de cette inscription comme il suit, ((Bis cwium IJnsae ».

Dans les souscriptions du concile à’Epaune en Valais*, et du cinquième concile d 'Orléans il est fait mention des évêques d’Octodure valaisans Episcoporum Oc.todurcnsi.um Vallcnsanorum , car c’est ainsi, que quelques exemplaires les appellent, tandis que d’autres leur donnent le nom de VaUensium : enfin le livre des Provinces en latin Liber Provinciarum appelle Oetodure , la cité des Valesiens par ces mots Oc/odurum cwiiatem VaUensium. j

Les confins du Valais , ou ses limites sont du levant les JJpontiens , Lèpontii en latin; du couchant les Non — iua/cs , Nan/ua/es , du côté du midi de rechef les IJpontiens et les Salasses , Salassi , et enfin de la minuit les Suisses ou Helvéiiens , Heheiii. La direction du Valais de l'Est à l’Ouest est tortueuse , parce qu’elle est obligée de se plier aux différens concours des sommets des montagnes. On pourrait croire, que la nature a mis tous •ses soins à rendre son site bizarre-; si l’on considère les desseins les plus variés que forment ces immenses blocs de rochers, ils semblent se jouer avec les eaux qui tombent de leurs cimes; et tantôt s’étendent dans un large bassin fermé par des rives escarpées , tantôt: elles se précipitent à travers les rochers qui ne leurs laissent qu’un étroit passage, souvent même qu’une fente , ou crevasse qui semble séparer deux montagnes pour leur donner :une> issue , puis serpenter tranquillement et majestueusement, au milieu des plaines riantes et fertiles. ' - -

Ce pays est séparé de tous les susdits dont nous venons de parler, par de très-hautes inontagaes couvertes de neiges éternelles: G’est pour cela que presque dans .tous w&fi-

droits , même en été , le chemin est mauvais et d’un passage difficile; mais en hiver presque toutes les montagnes du pays et surtout la Gemmi , par où cependant il y a un chemin très -fréquenté en été , sont absolument impraticables, à l'exception du Simplon,du grand saint Bernard et saint Maurice.

Quant aux hautes montagnes, dont nous avons dit, que ce pays était entouré pour ainsi dire de tous les côtés et qui le séparent des pays voisins , il me reste à observer, que c’est pour cela aussi que la largeur du Valais est fort inégale, parce qu’à l’orient du pays les montagnes se touchent presque , de façon qu’il n’y a qu’une très -étroite plaine intermédiaire; mais ensuite cette dernière s’élargit peu à peu et pour ainsi dire toujours en augmentant jusqu’à Martigny; mais depuis là jusqu’à S. Maurice elle se rétrécit de nouveau , et enfin depuis S. Maurice jusqu’à l’entrée au lac de Genève vers le Bouveret la plaine garde à peu près la même largeur, bien entendu , que je ne parle pas ici des vallées ou gorges latérales du pays , lesquelles aussi varient beaucoup à raison du rapprochement plus ou moins grand de leurs montagnes , et qui vont en sens opposé à celles qui suivent les deux côtés du Rhône : le fond de ces gorges ou vallées latérales se trouve ordinairement couvert de gros glaciers qui rendent l’air de ces vallons fort froid.

Il est donc visible, que le. pays du Valais est renfermé par cette double chaine de montagnes et fortifié dans toute sa longueur ; mais leurs sommets varient en hauteur comme en rapprochement ; ce qui fait , que le sol ou Je terrain de la plaine qui se trouve entre ces deux chaînes des dites montagnes , et laquelle plai/ie

Valais. ’ 5

dans sa plus grande largeur n’a qu’une lieue d'étendue, est aussi très-différemment élevée , et se Laisse à raison que les bases de ces mêmes deux chaînes de montagnes s’approchent plus ou moins les unes des autres ; et c’est pour cette raison aussi que le sol en Conches est plus élevé au sommet du pays, et qu’il Laisse ensuite de* plus en plus à proportion qu’il descend , et ainsi jusqu’à Brigue . C’est enfin pour cela que la chute la plus marquée du Rhône dans tout le pays est depuis Concile* jusqu'à Brigue , et que la force et rapidité avec laquelle il descend , dépend précisément Je cette chute plus ra* *pide , et qu’enfin le bruit épouvantable , qui accomr pagne son cours jusqu’à Naters 9 est l’effet du choc de cette eau furieuse contre les masses immenses de pierre» qui se trouvent dans le lit , et gênent sa course , ce qui cause alors le bruit dont nous venons de parler et quj empêche les voyageurs de s’entendre en parlant , quand ils passent proche de ces endroits et de ces pierres sou** vent aussi grosses qu’une petite maison , ou de pluseurs toises de hauteur et de largeur, lesquelles pierres , sans doute sont descendues par suite des éboulemens des montagnes latérales , se sont jetées dans le lit du Rhône, )a partie la plus basse , et s’y sont arrêtées. Certainement ce serait grandement se tromper que de croire ou prétendre , que le Rhône les a traînées jusques là depuis sa source, par l’impétuositsité ou la quantité de ses eaux c’est de ces chocs encore des mêmes eaux du Rhône çontre ces grosses pierre» que résulte leur blancheur écumaute.

Quelques-unes de ces vallées latérales ojit quiofcè mille et d’autre^ même jusqu’à trente millç pas de loi?- Çueurou d’enfoncement dans leurs gorges

Description

Quant à la longueur totale du pays du Valais , elle est d’environ deux cent mille pas , et plus même , mais ce qui peut paraître curieux, c'est se toisement de la distance depuis St. Gingolph jusqu’à Brigue, opéré par messieurs les ingénieurs français ou à leur ordre et que voici :

De St. Gingolph à la Tour il y a

toises

Delà Tour à l auberge de Vouvry

id.

56oo

De Voueiy à la place de Monthey.

id.

De Monthey à St. Maurice. ,

id.

De St. Maurice à Martigny. .

id.

De Maiiigny à Riddes.

id.

De Riddcs à St. Pierre.

id.

De St. Pierre à Sion.

id.

De Sion à Sierre. . .

id.

De Sierre au pont de Loëchc.

De Loëche au pont de Tourtemagne.

De Tourtemagne au pont de Viège.

id.

De Piège au pont de Brigue.

id.

* Total 64478 toises.

" Il resterait encore à toiser l’espace de la longueur ou distance depuis Brigue jusqu’au pied de la fourche, montagne de Conches et source du Rhône pour avoir la totalité des toises de la longueur du pays, qui pourrait bien se idonter à 90,000 toises.

Le Valais entier était divisé en deux parties , dont la supérieure prenait son origine à la source du Rhône, celte partie du pays s’étendait jusqu’à la rivière de la

Marge,

Digilized by GoogI

DcVaiais. 7

Morge , Morsia en latin , laquelle rivière , environ à une bonne demi-liëué de Sion se jette dans le Rhône, toute la partie supérieure ou au-dessus de cette rivière , était appelée le haut Valais , en latin Valesia superior , elle était occupée par les l ibériens et les Sédunois, comme il a déjà été indiqué , mais la partie inférieure à cette rivière de la Morge, ou occidentale du pays, était nommée le bas Valais , et occupée par les Véragricns , elle commençait à la dite rivière et s’étendait jusqu’à St. Maurice inclusivement , mais depuis et audessous de ce dernier endroit commençait le territoire des Nan/ua/es. Mais aujourd'hui le territoire du Valais s'étend jusqu’à St. Gingolph et forme tout entier le département du Simplon , ensuite de sa réunion au grand Empire français.

Déjà Jules- César au livre troisième de la guerre des Gaules a f mention des Véragriens et des Sédunois par ces pruutes: « cùm in Italiarn proficiscerelur César, » Sergium Galbam cum legione duodecima et parte cqui- » tâtés in Nan/ua/es , ( non Ahtuales comme on lit crro- » nément ) V eragros , Sedunvsque misit, qui a Jinibus » Allobrogum el lacu Lemano et Jlumine Rhodano ad suni - » mas Alpes pertinent » et pliis bas il dit encore : « bis » rebus Geslis , cùm ommibus de causis CeSar pacalam » Gallican existimaret , supcra/is Belgis , expulsis Ger - » manis , èiciis in a/pibus Sedunis » .

S/rabon dans sa Géographie , au livre quatrième , parle aussi de ces mêmes peuples ; enfin Pline lui-même au livre troisième de son histoire naturelle , chapitre vingtième, rapporte une inscription érigée en l’honneur à' Auguste à cause des peuples des Alpes vaincus , où il les

$ Description.

place tous dans l’ordre le plus exact. Voici ce trophée des Alpes dont Pline a parlé , et que le peuple Romain a érigé à l’honneur de César Auguste , il est tiré de Pline lui-mème.

Imperatori Cesari di . fil . Aug . Poniifici Maximb , Imperalori XIIIL Tribuniliae pofcs/a/is S . P. (J. B. Quod ejus ductu Auspicüs que génies alpinae omnes quae a mari supero ad inferum pertinebani 9 sub Imperium Po . Rom. Sunt redaclae .

1 Génies Alpium devic’ae -

TriumpilinL Camuni. Vennoies . Vennoncfes. Hisarci , Brenni y Naunes 9 Faucunaics , çindelicorum Génies IV.

Consuaneies , Virucinaies , Licaicsy Catien aie s 9 Abisontcs 9

Rugusci y Suanctes y Colluconcs 9 Brixenies , Lcpontii 9 Vibcri 9 Varagri , Salassi 9 Aciiavoncs , Meduli 9 Ucenni 9 Caluriges 9 Brigiani 9 Sontionlii 9 Eberoduntii 9 Nemal oui 9 Edennates 9 Esubiani , Veanimi , Galliac9 Trie-

/#///, Eciini y Vergunni , Eguiiuri , Nementuri , O raidi i 3 Ve ni si y Velani 9 Suelri.

Ici ne sont pas ajoutées , comme Pline l’assure , les douze villes Cottiennes , qui n’étaient pas ennemis du peuple Romain , mais ont au contraire obtenu le droit de bourgeoisie à Rome par la Loi Pompéienne ; et quoi qu'il soit vrai, que Jules-César a fait dix ans la guerre aux Gaules , il n’a néanmoins pas subjugué les peuples des Alpes , mais tant lui que les autres Empereurs qui faisaient la guerre dans les Gaules avant lui , ont ou méprisé ou négligé ces peuples , ne pensant qu’au passage de Alpes , se hâtèrent de retourner dans leurs provinces, comme Appianus nous le laisse écrit dans son

büVaüais. 9

lllyricum. De même aussi César empêché de la pour-» suite de la guerre des Gaules , et appelé ailleurs par le» armes de Pompée n’a pas pu poursui\re ces peuples restans , ni les soumettre à l’Empire des Romains , mais enfin l’empereur Auguste après qu’il s’était soumis les autres peuples révoltés qui vivaient sous leurs propres lois , s’est aussi soumis pay la force tous les peuples barbares et belliqueux qui habitaient les Alpes , quoique déjà avant cet empereur Auguste les Romains ayent fait la guerre dans les Alpes , et surtout contre les Liguriens , qui occupaient une grande partie de ces même» Alpes. On trouve au reste , très-exactement annoté , le vainqueur de chaque peuple des Alpes , ainsi que de quel droit et alliance ils usaient , et il n’y a pour cela qu’à lire Sigonius très -expérimenté dans les antiquités Romaines. J’ose espérer , que le lecteur voudra bien me pardonner cette disgression , parce qu’elle m’a paru avoir rapport au trophée précité et érigé en l’honnenr d' Auguste , et sert a le mieux faire comprendre relativement aux peuples vaincus par les Romains.

Le haut Valais, ou la partie supérieure du Valais était encore partagée en sept autres , que les Valaisan* appelaient Disains ou Dixûins , en latin Deseni, et en allemand Zenden , lequel mot on ne sait d’où il est provenu , toujours est- il certain, qu'il ne peut pas dériver du. mot dixième , n’en ayant que sept , et non dix : mais d'autres pensent , que le mot Dixain, provenait du mot latin Ditio qui voulait dire autant que Juridiction , en ce que chaque Dixain avait aussi sa Dition ou Juridiction , et constituait ainsi une République particulière. Par contre, on ne conçoit pas pourquoi Simuler ait ap*

lo Descriptio '

pelé les Dixains des Comr/z/ux ou assemblées, à moins quu n’ait voulut déduire ce nom de ce que ces dixains ou leurs députés avaient la coutume de s’assembler annuellement deux fois, en se rendant à Sion , et y formant la diète ou l’assemblée générale dans les mois de mai et de décembre , et y restaient assemblés chaque fois quinze jours pour y rendre la justice en dernier ressort , et régler les affaires de la patrie entière.

Ces sept dixains étaient les suivans : Savoir, celui de Conches , Brigue , de Viège , de Rarogne , de I Mèche , de Sierre , et enfin celui de i57o«. Chacun de ces dixains du haut Valais avait encore son adjectif ou surnom , et d’abord celui de Sion était appelé la Tête ou Cheflieu du pays , Sedumun-Caput , parce qu’à Sion était le siège Episcopal et l’est encore ; à Sion s’assemblait la Diète du Valais t en latin Comitia Palriae ; à Sion encore se géraient toutes les affaires de la patrie par les députés des sept Dixains ; il y avait à Sion une magistrasture composée de vingt- quatre membres, et ce conseil était sans contredit le plus imposant de tout le pays après' celui de l’Etat ; Sion a de même un Chapitre composé de douze Chanoines résidans ou Capitulans , et de douze titulaires ; enfin Sion a été de tout tems et est encore le chef- lieu , parce que c’est la ville principale de tout le pays située dans son milieu, et Sion est aujourd’hui plus encore que jamais le chef- lieu du Département, puisqu’il est le siège de la Préfecture ainsi que de son Conseil , et enfin du tribunal de première instance depuis la réunion de ce pays à l’Emp ire français ; Sion au reste est tellement ancien , qu’on n’a point de connaissance ni de vestige de son

du Valais.

commencement ; de manière , que sous tous les rapports. Sion mérite le nom et le surnom qu’on lui a donné Sedunum Capuf.

Mais Sierre était surnommé V agréable , Sirrum Amaenum , parce que le site et la position du territoire de Sierro tant dans la plaine que dans les collines doucement inclinées et différemment verdoyantes , à Venthone , à St, Maurice du Lac , ainsi qu’en Anchcl , est effectiment fort agréable , à quoi si l’on ajoute les environs de Sierre , les laès , les hauteurs ou collines de la plaine , et le district de Géronde , la vérité de cette assertion ne pourra être contestée , je crois d’ailleurs , le séjour de Sierre un des plus saints de tous les dixains, jouissant de l'excellent air de la vallée d’Aniviers qui donne en face sur ce lieu, sans cependant pouvoir y jouer un trop grand rôle , tant à raison de son éloignement assez considéra-ble de la gorge de cette vallée, que parce que l’air du pays ou celui du Rhône ralentit nécessairemertt l’impétuosité de son action , de manière , que cet air d’Aniviers ne peut que doucement , agréablement et salutairement don-» ner et jouer sur Sierre , qui est encore remarquable par rapport aux deux lacs qu’il a dans son voisinage entre Sierre et Géronde, et dont le plus grand a douze toises de profondeur , et le plus petit six , enfin Sierre, et sur-r tout ses environs ne peuvent être que fort agréables, par rapport à la variation perpétuelle et aux divers genres de culture des terrains qui tantôt forment des bassins de prairies, tantôt des collines cultivées, et tantôt de pelix tes forêts, sans oublier les beaux jardins et bâtimens dç Sierre , dont quelques-uns sont réellement charmans-

Ce n’ét»u c-,ns raison non plus qu’on donnait au

ta D«3enirTïOî*

Bourg de Locche le surnom de fort Leuca forfis , par rapport à ses châteaux très-forts et par rapport à la nature de l’endroit de tout côté inaccessible , car il est entouré , de hautes montagnes du levant et de la minuit, ayant de plus , un accès très-étroit assez difficile à son levant , ainsi que le Rhône au midi qu’on y passe par Un pont couvert , ayant de plus une tour au bout du pont contre le bourg; il est enfin fermé du couchant par le torrent de la Dala . qui coule dans une profondeur prodigieuse et sépare Loeche encore de ce côté - là du reste du pays. Quant au chemin du levant, il est taillé dans le roc, fort étroit, précipiteux et au bord du Rhône, de manière, que Loëche se trouve partout for li fié par la nature comme par Part et par ses fortifications, et quTit pourrait en quelque manière se croire à Pabri des incursions hostiles, si la poudre n’avait pas été inventée et qui ne manquerait de le réduire en cendre par le bombardement.

Quant à Rarogne on lui a donné le surnom de P ru dente , parce qn'il y avait dans l’Etat et dans les assemblées souveraines du pays des hommes très-prudens et versés dans l’art de gouverner et qui sortaient de cet endroit ; lesquels derniers * selon l’opinion de la patrie par un conseil et avis prétendu sage et prudent lors des difficultés , des dissentions ou discordes qui ont eu lieu entre son Eminence le Cardinal Mathieu , Schiner et le Chevalier George , Supersaxe , où ceux de Rarogne ont cru défaire ou résoudre le nœud gordien, ainsi qu’assoupir leurs discordes , et ont effectivement rendu la paixmoijientanément à la patrie en conseillant au Souverain de les chasse* tous les deux; mais le bien qui en est résulté.

du Valais. i$

ft’est pas aussi connu et au jour, mais même le contraire serait facile à prouver; vu que le cardinal S chiner, jouis* sant de fortunes et richesses immenses, pouvait bien en faire participante sa patrie, une preuve de la vérité de cette assertion , est l’occupation des bailliages Italiens dont-il voulait favoriser sa patrie, mais celle-ci résistant à ses desseins, ils sont parvenus aux cantons Suisses qui en ont depuis joui jusqu’à ces derniers tems; d’ailleurs le conseil d’expulsion de l’un et de l’autre hors du pays, n’était rien moins que prudent et efficace , en ce qu’il n’effaçait pas le mal , parce que deux hommes puissans pouvaient également se persécuter dans l’étranger comme chez eux, ce qui est aussi arrivé, et alors les persécutions sont d’autant plus violentes que leur crédit est plus grand , ce qui ne peut retomber qu’au plus grand préjudice de leurs familles et de leurs fortunes , de façon qu’il est encore aujourd’hui problématique , si Piarogne a pu mériter le surnom de Prudcnle ou non, je ne trouve pas le conseil susdit de la plus grande pmdence qui aurait au contraire demandé qu’on épuisât tous les moyens de conciliation de ces deux personnages avant d’en venir à cet extrême.

Viège avait été appelée la Noble, ÿ espia Nohilis. Ce qui était très-vrai , car Viège pouvait anciennement être comparée à un jardin de fleurs , où presque toutes les familles nobles du pays se trouvaient réunies, et duquel jardin ensuite ces familles comme autant de belles fleurs ont été transportées dans d’autres dixains du haut Valais et s’y sont fixées; de manière, que c’est avec vérité qu’on dit , que Viège était jadis le jardin de la noblesse da pays , comme on le verra lorsqu’il sera question de cet endroit dans la description de Viège»

i'4 Description

Pour ce qui est de Brigue , il fut surnommé la Riche * Briga Dwes , parce qu’il y avait des mines d?or et d’argent en abondance, il y en a même encore actuellement à Rouden dans la montagne du Simplon , comme aussi à raison des familles riches de l’endroit, qui l’étaient extrêmement, et surtout l’illustre famille des Siockalper qui a poussé sa fortune jusqu’à nos jours, de manière, qu’elle est encore aujourd’hui la plus riche.

Enfin Conches fut surnommée la Catholique > Gomçsia Catholica , parce qu’il est certain, que Barnohas disciple des apôtres a prêché l’évangile dans pes contrées, et que parmi les Vibériens et les S échinais les Conchards ont été les premiers qui ont reçu la foi catholique, une preuve de cela est, qu’aujourd’hui encore il y a un endroit en Corn* ches à l’entrée du dixain qu’on appelle le Mont de Dieu , Mons Dei, en allemand Deisch , c’est-à-dire Divin, parce que c’est dans cet endroit que l’évangile a été prêché au* Conchards par Barnabas disciple des apôtres , et parce qu’enfm dans tous les vieux actes ou parchemins , dont j’ai plusieurs moi-même, on trouve ces mois : a Monte Dei Superius, ou en dessus duMont de Dieu, pour indiquer par là le dixain de Conches , et depuis ce tems les Con-j chards ont constamment professé la religion catholique et la professent encore , c’était donc à juste titre qu’on lui a donné le surnom de Catholique .

Les Véragriens ou V eragres soit ci-devant bas Valais sans, c’est-à-dire, les peuples qui habitaient en bas de la Morge, et jusqu’à St. Maurice indu, faisaient ancienne7 ment souvent la guerre aux Sédunois et aux Vibériens , ç’est-à-dîre aux hauts Valaisans proprement dits comme on le verra dans son tems. Mais l’année io32 cette par-*

du Valais. i5

lion du Las Valais a été donnée à Humbert aux blanches mains , fils de Berard aussi Comte de la Maurienne par Conrad II, Empereur et roi de France, pour avoir donné du secours à ce dernier contre Othon Duc de Champagne auquel cet empereur faisait la guerre précisément dans un tems où tout était troublé en Europe , et où ledit empereur ne pouvait se procurer du secours d’autre part; ayant donc demandé du secours à ce comte Humbert , ce dernier joignit ses troupes à celles de l’Empereur, et le Duc de Champagne vaincu, Conrad en reconnaissance de ce bienfait rendu, lui donna cette partie du Valais qui depuis lors a constamment resté entre les mains des comtes de Savoie, jusqu'à l’année 1475, à laquelle année ledit bas Valais a été de rechef conquis et soumis au haut \ alais sous l’épiscopat de Walther Supersaxo , de glorieuse mémoire, cette donation a attiré des maux infinis au haut Valais qui a été terriblement vexé par différentes guerres de la part des Comtes successifs de Savoie, comme l’histoire du pays le prouvera en son tems. Mais depuis cette dernière année les Véragriens vaincus par les haut Valaisans ont de rechef subi le joug de ces derniers, dans laquelle guerre seize châteaux ont été incendiés et détruits par les vainqueurs, et dont on voit encore aujourd’hui les tristes restes, c’est enfin depuis ce tems-là que les Vibériens et les Sédunois commandaient aux Véragriens, et en signe de leur domination ils leur donnaient des gouverneurs pour leur rendre la justice, et cela jusqu’en l’an 1798, à laquelle époque, ensuite d’une réforme de tout le gouvernement du Valais nécessitée par les circonstances impérieuses du tems et d’un bouleversement presque général, le bas Valais entier jusqu’à St. Gingolph a été

|6 Description

incorporé au haut Valais, et n’a formé depuis avec ce dernier qu’un seul et meme corps politique et gouvernement jusqu’à sa réunion à l’Empire. Mais auparavant, l’Évêque de Sion était prince de tout le Valais, qui s’appelait pour cette raison, Comte et Préfet du Valais, Cornes et Praefectus V allesiae , et était le seul Seigneur dans le temporel èt dans le spirituel, soit pour cela rapport à l’acte de Guerra , de l’an 1477 du trente-unième décembre, fait dans le pré de la foire à Sion ensuite de laguerre Savoyarde susdite de l’an 1475, où on lit entre autres ces paroles : « De quibus praefaii nobilcs se amplius » intromi itéré non debeant , quoniam de mente reverendi » Domini nostri Episcopi et suorum patriotarum pracdic- » forum procedit y guod in tola patria Vallesii tam aMorgia » Confegii superius , quam infer ius , non sil nisi unus domL

» nus spirifualis et tempo r ali s y çidelicet praelibatus reveren -

» dissimus noster Episcopus sedunensis qui pro nunc est > d vel qui pro tempo re fucrit, qui officia rios suosper singula » officia suae ecclesiae sedunensis et patriae Vallesii depu- » iabit». Soit encore pour cela rapport aux donations prétendues faites par l’empereur Charlemagne à l’évêché de Sion , insérées dans la Gallia Chrisiiana de la même année 1477, sous titre instrumenta ecclesiae Sedunensis , page 447? in-folio.

Quant à la nomination de l’évêque de Sion; nous disons, que c’étaient les Chanoines de la cathédrale de Sion qui en faisaient l’élection par des suffrages communs conjointement avec les députés des sept dixains du haut Valais, seulement ajouterons-nous à cet égard, que les Chanoines présentèrent au commencement un membre de leur corps au peuple assemblé , et qu’alors celui-ci

ii r V a i ai ». *7

était reconnu évêque par de grandes acclamations de ce même peuple, mais par la suite du tems , le chapitre présenta quatre membres de son corps, et ensuite les députés desdils dixains en élisaient un de ces quatre présentés qui était alors l’Evêque élu.

Après l’Evêque la première place était occupée par celui que les gens du pays appelaient Capitaine du pays , en allemand Lands-hauptman , c’est-à-dire grand Bailli P. Celui-ci recevait toutes les causes civiles quelconques comme Président de la Diète pour les présenter à jugement âl’assemblée , carlescriminelles s’exécutaient toujoursdans le dixain où la procédure et la condamnation avaient lieu; cette charge durait deuxans,et cela jusqu’aux derniers tems, quoi qu’ancicnnement il était obligé de résigner sa charge toutes les années, comme les Abscheidts de ce tems-là le prouvent; il était nommé par l’évêque et les députés des dixains par des libres suffrages, et était ensuite après résignation préalable de sa charge à l’expiration de son tems, souvent réélu et reconfirmé, ce qui pouvait avoir lieu plusieurs fois, comme les exemples le prouvent ainsi que le catalogue des grands Baillifs.

Tous les sept dixains du haut Valais avaient chez eux la haute justice , même jusqu’au droit de condamner à mort et de faire exécuter les condamnés, mais néanmoins ils étaient obligés de demander l’exécuteur à l’Evêque, après lui avoir donné à reviser la sentence condamnafoire; il y avait même un tems où l’on était obligé de faire rçviser toutes les sentences criminelles de tout le Valais, par devant Messieurs les Bourgeois de Sion , assemblés sur le grand pont ou la place publique devant la maison de ville <le Sion , où étant assis, ils revisaient

Description

les dites sentences , et cette manière de reviser a été observée bien des années sans interruption , ' jusqu'à ce qu’enfm avec letems destructeur de toutes choses, comme aussi producteur des nouveautés, leur droit s’est perdu et a passé en désuétude. Ce souverain magistrat de chacun des sept dixains était aussi le juge en dernier ressort, conjointement avec ses assesseurs , dans le criminel comme dans le civil, sauf cependant dans ces derniers genres de causes , l’appellation au souverain ou devant la diète assemblée. Ce magistrat ou juge du dixain était appelé Major dans les dixains de Conches , de Rarogne et de Loëche, et dans les autres dixains on l’appelait Châtelain ou grand Châtelain .

Quant aux diètes elles-mêmes, elles étaient convoquées par son S. E. le grand Baillif, et au nom du révérendissime Evêque , et cela régulièrement deux fois par an, aux mois de mai et de décembre , comme il a été déjà insinué. 11 pouvait néanmoins en cas d’urgence, pour quelques jours seulement , faire convoquer extraordinairement les députés des dixains , et alors ces assemblées convoquées recevaient le nom de Diétine , pouvant aussi dans ces mêmes diétines se borner à un seul député par dixain; d’autres fois encore, le grand Baillif passait par un courrier d’État les dépêches urgentes intérieures ou extérieures d’un dixain à l’autre , ce qu’on appelait alors des Circulaires, ou lettres Circulaires, auquel cas chaque dixain convoquait son conseil du dixain, délibérait sur l’objet en question, inscrivait dans la circulaire son opinion, et la refermait, l’envoyait signée et scellée séparément par une lettre de réponse.

, La diète était appelée en allemand , Landtrath , c’est-à-

duValais. 19

dire, Conseil du pays , à laquelle chaque dixain du haut Valais envoyait au moins deux députés, quelquefois trois, et souvent plus encore, comme le dixain de Sion qui en envoyait jusqu’à sept. Elle se tenait ordinairement à Sion , comme chef-lieu du pays, et au château de la Majorie qui était aussi la résidence ordinaire des évêques, . jusqu’à ce dernier incendie de Sion en l’année 1788. C’était le révérend issime Evêque qui présidait dans ces diètes , et le Baillif demandait et ramassait les voix ou les suffrages des députés des dixains. On y nommait de même Messieurs les Gouverneurs de Monthey et de St. Maurice , et tous les autres fonctionnaires de l’Etat , comme Messieurs les grands Majors de Nenda et d’Hérémence , et les Châtelains du Bouveret. Quant aux sentences souveraines portées en diète , il n’était plus permis aux condamnés d’en appeler aux tribunaux existans hors

de la patrie.

Il y avait aussi dans le Valais des dixains, au moins celui de Couches , qui avaient des Amman s , en latin Ammanus ; mais ceux-ci dépendaient et étaient subordonnés au juge ordinaire du dixain, nommé Major . Ce nom d'Amman chez quelques peuples et villages de la Suisse annonçait la suprême magistrature , qu’ils appelaient alors Amman du pays , en allemand land-amman .

Toute la patrie du Valais jadis obéissait à l’Evêque de Sion , comme il a déjà été insinué. Ce pays a aussi eu successivement et surtout anciennement différens Maîtres, comme son histoire le prouvera dans son tems; mais le Comté et la Préfecture du pays doivent avoir été donnés à 1 évêché de Sion dans la personne de St. Théodule par TEmpereur Charlemagne, ainsi qu’à ses successeurs dans

Description le même évêché , donation que d’autres contredisent , cômme on le verra dans la suite. Ce même Evêque de Sion avait le titre de Prince du Si. Empire Romain , et jouissait des droits de Régalie , en témoignage et signe de quoi, il recevait l’épée tranchante des deux côtés que son Sénéchal portait devant lui les jours des grandes cérémonies, lorsqu’il se rendait à la cathédrale pour y pontifier. Ce Sénéchal était son vassal , il avait diverses charges à remplir en sa qualité, et jouissait de plusieurs droits. Pour le fief de Régalie, l’Evêque de Sion à chaque changement d’Empereur Romain était obligé d’expédier pour le service , pro Seroi/io , trois vases veyères avec un mulet blanc ferré en argent aux quatre pieds , comme l’indiquent ces paroles contenues dans l’acte de 1481, qui est la reconnaissance faite entre Arnédée, Prince de Savoye, et Boniface , Evêque du Valais, pour la Régalie de l'Egl îse de Sion: cet acte se trouve inséré dans la Gcdlia Christiana , au titre : instrumenta Ecclcsiae Seduncnsis , N.° XXV, pages 452 et 433, où on lit à la dernière page les mots su i vans : « Pro eo quod Diocesani atque ipsius » capilulum lenent ipsam ( Rfgaliam ) in feudum ab Impe- » ratore , et pro servitio , çidclicet pro tribus oasis veycrcs X> cum uno muleto albo ferralo argcnlo in quatuor pedibus». C’était donc là le service du fief de Régalie de l'Evêque, Comte et Préfet du Valais.

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