‹ A.-P. de CandolleChapitre 4 sur 45 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Des Mœurs et du Caractère des Valaisans*

On trouvera peut-être que je précipite mon jugement lorsque je pense parler de la nation Valaisane en général ; ^ mais tous les hommes ne pensent pas de la même manière, sur cet article principalement; car les Français se font une autre idée des Valaisans que les Anglais. Il en est de même des particuliers de la même nation, chacun suit l’esprit de son état; l’homme de qualité, le bourgeois, le soldat , le marchand n’ont pas les mêmes idées. Le voyageur juge de la nation où il se trouve par la com-< pagnie qu’il fréquente. Un étranger qui ne verra en Valais, comme en Allemagne, je suppose, que des gens du second ordre , dira que les Valaisans comme les Allemands sont des braves gens , mais grossiers , tandis qu’un autre qui fréquentera des personnes de qualité, conviendra , que les Valaisans sont plus polis que ne les dépeignent certains auteurs étrangers qui en ont parlé très-dé favorablement. Un étranger encore , qui ne verra en Valais que des filles débauchées, des servantes corrompues , jugera que toutes les femmes et filles du pays leur ressemblent. Enfin un étranger qui habitera la plaine, ne se fera pas une même idée des Valaisans qu’un autre qui habitera les montagnes de ce pays. Ce sont pour ainsi dire autant de nations différentes dans un même pays , qui ont peu de relations ensemble , et qui s’attribuent des vices et des vertus , quelquefois même avec assez dç légéreté. Un étranger ne peut donc juger sainement que

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sur ceux qu’il fréquente. S’il a le bonheur de tomber

bien , il se fait une idée avantageuse du pays et de ses gens, ensuite après la fréquentation de ses diverses compagnies et de retour chez lui , qu’il fasse le portrait de; ces peuples et de ces nations qu’il vient de parcourir et de voir, quelle notable différence ne trouvera-t-on pas dans ses relations ?

Le jugement que je porterai ici des Valaisans sera fondé sur les compagnies que j’ai fréquentées dans les différentes contrées, et sur ce que j’en ai aperçu comme natif du pays, et demeurant parmi eux , parcourant leurs villes et hameaux pendant plus de cinquante cinq ans , et enfin sur ce que m’en ont dit les personnes du pays les plus éclairées , et qui étaient à meme de connaître leur caractère, qui, en outre , m’ont parues dépouillées de toute prévention, et m’ont bien voulu honorer de leurs lumières Je ne dis néanmoins point, qu’après tout cela , je ne puisse encore me tromper , et si je ne réussis pas à dépeindre les choses telles qu’elles sont , du moins je les peindrai telles qu’elles m’ont parues être. Je peindrai aussi les mœurs et le caractère des Valaisans avec leur différence, selon la localité où ils se trouvent. Si toutefois quelqu’un se trouve lésé , lorsque je parle en général du caractère des Valaisans, je le prie de se souvenir, que je conviens une fois pour toujours, qu’il n’y a point d’endroit dans le monde où il n’y ait des gens de mérite et de probité, et que ce n’est pas de ma faute si sa conscience ne lui permet pas de se mettre du nombre.

Pour procéder avec ordre dans cette matière , je me suis fait un devoir de partager les Valaisans en deux classes , ceux de la plaine et des montagnes , en ceux du

haut

haut Valais et du bas Valais , et de manifester leurs vertus et leurs vices auxquels ils sont sujets. Pour être fidèle à la vérité autant que possible , pour ne pas faire tort à ma propre nation, dont les opprobres retomberaientsurmoi pour les avoir dévoilés trop indiscrètement , ou pour les avoir controuvés ; j’observerai dans tout l’exactitude la plus rigoureuse. Mon but en les déclarant est de les engager à se corriger , ou d’en préserver ceux qui n’en sont pas encore atteints , commençons.

Les Valaisans en général étaient anciennement d’una fidélité à toute épreuve , ce qu’attestent ses alliances faiteft par les différentes Couronnes avec ce pays , et avec la' Suisse dont-ils étaient alliés. Le Valaisan était aussi jusqu'à ces derniers teins, doux , franc et d’une aimable simplicité en tout. Les gens de condition et de noblesse y recevaient une assez bonne éducation ; souvent ils allaient pour cet effet dans l’étranger , surtout en France où était maintenu un régiment Valaisan, comme aussi en Piémont, et en Espagne. Ils étaient civils, affables envers l’étranger; à l’exception de la populace qui possédait peu ces qualités; assez exacts dans l’administration de la justice qu’ils rendaient avec beaucoup de promptitude et peu de frais , surtout envers le pauvre et l’étranger. Le meilleur moyen qu'un juge ou une personne publique ait pu employer en Valais pour avancer dans les charges, était la fidélité , la promptitude et l’exactitude à remplir ses devoirs , quoique la naissance y contribuât beaucoup , ainsi que les intrigues, qui quelquefois étaient mises en usage; par contre, les négligens et les infidèles dans l’administration de leurs fonctions judiciares et autres , étaient notés •

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d’infamie , de prévarication , et rejetés comme indignes d’emplois.

Les Valaisans sont fort patiens dans les travaux surtout les montagnards ; ils s'adonnent aussi beaucoup à l’agriculture qui est la chose la plus nécessaire pour leur honnête existenoa. Laborieux , ils négligent les douceurs de la vie , et fuyent l’oisiveté que l’hiver semble vouloir leur procurer , saison dans ce pays qui ne permet guères les travaux de la campagne , mais ils portent leur activité dans les forêts, y coupent les bois de bâtisse et de chauffage ; quelquefois aussi, ils cherchent dans cette saison la société, boivent un coup entre camarades ou égaux, et s'égayent ainsi par un verre de vin.

Les habitans du Valais sont d’une taille moyenne, et cependant plus grande dans les montagnes que dans la plaine. Ils ont les cheveux noirs , longs , et les laissent llottans sur leurs épaules; ils ont aussi les yeux de même couleur. Leurs traits ne sont pas uniformes comme ceux de quelques autres nations, ils varient beaucoup; et comme leurs principales occupations sont les travaux de la campagne de tout genre , et sont par là beaucoup exposés au soleil , leur teint est basanné, rembruni ; leur face est plutôt longue que ronde, les yeux ordinairement petits et le regard vif, sauf les Crétins qui les ont grands et protubérans , quoique l’on observe aussi des yeux gris et bleus, et même à un certain nombre. Ils ont la démarche droite et hère en apparence , à l’exception des mêmes Crétins , dont ce pays abonde. Le V alaisan au reste est assez spirituel , néanmoins peu industrieux et point entreprenant. Il est fort prévenu en faveur de sa nation qu’il préfère à toutes les autres comme aussi en faveur de sa IL

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berté dont il a souvent abusé , même au grand préjudice de ses propres intérêts

Quand je parle de l’amour de la liberté de la part des Valaisans , j’entends parler des Valaisans orientaux ou des haut Valaisans; car les bas Valaisans ne l’ayant goûtée que depuis la fin du dernier siècle , ne peuvent naturellement être portés pour elle autant que les orientaux, dont la liberté n’a point d’origine connue , tant elle était ancienne. Aussi les haut Valaisans à toute représentation de la part de leurs supérieurs , lorsqu’ils avaient le malheur de leur déplaire, répliquaient d’abord, sachez que nous sommes de libres patriotes, et la diète dans tout ce qu’elle concluait était obligée de le prendre ad referendum , ou à l’acceptation des communes qui avaient envoyé leurs députés. A défaut de cette acceptation, tout ce que la diète faisait , était sans force. C’est pour cette cause , ou pour celle de l’excès dans l’amour de* la liberté , qu’ils devenaient méfians , même envers leurs supérieurs , et qu’ils les suspectaient de trahison et d’infidélité au moindre revers; qu’ils n’aimaient pas les étrangers qu’ils ne regardaient que comme des ennemis ou des espions, et pour qui ils n’avaient point d’honnêteté. Parmi les étrangers, qu’ils regardaient de mauvais œil , étaient d’abord les Savoyards , parce que lés ducs de Savoye leur faisaient souvent la guerre; ensuite les Français, à cause des deux dernières guerres que ceux-ci leur ont faites; mais aujourd’hui l’état des choses est bien différent , ils savent témoigner par leur conduite l’obéissance à leur auguste Monarque , fondant leur espérance sur sa clémence comme sur sa bienveillance dont il leur a déjà donné tant de preuves.

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; Le Valaisan est encore extrêmement curieux au point* même , qu’à l’arrivée des étrangers devant les auberges, le peuple les approche en foule, les contemple la bouche béante, sans, proférer un mot, ce qui semble provenir de deux causes principales , de la curiosité du peuple à voir ce qui vient de l’étranger, et d’un défaut d’éducation convenable. Quoique le Valaisan en général ne soit

que trop peu obligeant à l’égard de l’étranger , cependant %

11 est assez bien accueilli dans les auberges, et servi avec beaucoup ;de soin et de propreté. Il y a plusieurs contrées en Valais dont les Vallieoles se piquent d’une propreté engageante , tels que Couches , Isoiïschen dans le dixain. de . Rarogne , .et ,Valdilier , dans le ci-devant gouvernement de Monthay. Il s’en trouve aussi d’autres où la mal-propreté est si grande , qu’elle produit une puamteur insupportable à ceux qui n’y sont pas habitués^ et surtout aux. étrangers, dont les nerfs olfactifs sent fort délicats. , . • .

-, Les Valaisans allaient anciennement au service militaire en France, en Espagne et en Piémont; ils allaient et vont encore au service des particuliers du pays , en qualité de domestiques. Ils sont d’un génie et d’un caractère bien différens., selon les divers endroits qu’ils habitent ; tant il est vrai , que le local influe beaucoup «UF.les facultés intellectuelles des individus, comme l’ont très-bien observé quelques célèbres auteurs ; les uns sont paresseux, lourds, stupides, tandis que les autres sont tpirituels , intelligens, mais plus adonnés aux plaisirs de l’amour, plus méchans et moins fidèles.

Les montagnards du Valais, surtout les haut Valaisans, font comme lesSuisses, laborieux, robusles, sobres, cons-

tans , opiniâtres dans leurs résolutions , et difficiles à en être détournés , francs , assez courageux. Les haut Valaisans, par contre, ne connaissent point la politique qui ne saurait être compatible avec leur franchise naturelle , et leur amour pour la défense de leur pays les a toujours animés depuis qu’ils l’habitent. Malgré une paix précédente qui a duré plusieurs siècles, dans laquelle la vertu guerrière paraissait devoir s’éteindre , les montagnards de Couches se sont montrés intrépides contre toutes les nations qui les ont attaqués. Mais nonobstant leur esprij belliqueux , leur air rude , revêche et sévère en apparence , ils sont assez affables et sentimentals.

L’habitant de la partie occidentale du Valais , ou le bas Valaisan, a déjà un extérieur beaucoup moins dur moins féroce et moins sévère, ainsi que des mœurs beaucoup plus douces , et des manières plus aisées , plus honnêtes , quoiqu’elles varient aussi selon la position de la localité plus ou moins propre au développement des facultés spirituelles , et de la civilité.

Plus les Valaisans sont éloignés de la plaine , plus ils sont forts , robustes et grossiers , ce qui peut bien tenir à ce qu’ils ne reçoivent aucun genre d’éducation sociale et civile, et qu’ils se trouvent placés comme hors du cercle 4 de la société des personnes instruites. Ceux qui habitent la rive gauche du Rhône sont plus sauvages que ceux .. qui cultivent la rive droite : c’est-à-dire , ceux d 'Hérins , à’Anniçiers , et de Nenda sont beaucoup plus rustiques que ceux de Ijeytron , Fully 9 Sallon , Saint- Pierre * Cliamoson , Ardon 9 Vetroz. 9 Conktay 9 Savièse , Grimisois9 Ayent y Lentz9 Venthone , et Saint Maurice -de -lac qui sont d’une politesse assez accueillante. Ceux de 1 9 est

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du pay4 et deux des hautes montagnes sont beaucoup , moins doux et prévenans que ceux de X ouest et ceux de la plaine.

Le Valaisan, surtout le haut Valaisan en général , est sans luxe , simple d’ailleurs dans ses mœurs, dans ses habillemens, comme dans sa nourriture ; il est simple aussi dans ses discours , ce qui sans doute est l’effet de sa bonne foi, et de sa bonhomie, et peut-être encore celui du défaut d’un jugement suffisant. Tous les montagnards du Valais sont généralement fort opiniâtres dans leurs résolutions , lesquelles une fois bien prises , il n’y a que la force qui puisse les en détourner.

Il y a parmi les Valaisans, parmi les orientaux surtout, des artistes et maîtres -ouvriers de toute intelligence à l’exclusion même du reste du pays : tels que d’exeellens fondeurs de cloches et canons , des organistes , des sculpteurs, des peintres, charpentiers , menuisiers , maréchaux ferrans , maçons et autres. Ces habitans ne permettaient point à l’étranger , quel qu’il fût , de s’établir chez éux , ni même d’y domicilier , de crainte , qu’il ne substituât des mœurs corrompues aux leurs qu’ils croyaient plus pures.

Le Valaisan est fort attaché à sa religion qui toujours a été la religion catholique , apostolique et Romaine. 11 assiste aux services divins avec une piété exemplaire , surtout dans les villages où les femmes ont une dévotion solide , quoiqu’on y trouve aussi quelques bigottes ou hypocrites , dans les villes principalement ; cependant ce vice n’est rien moins que général dans le pays. Le Valaisan a toujours été d’un attachement inviolable pour sa religion , il haïssait toute nation qui en professait une

autre, ce qui s’est vu particulièrement lors de la réforme de la religion que les Calvinistes et les Luthériens cher chèrent à y introduire , comme on le verra dans son tems dans l’histoire du Valais. Mais observait-il toujours bien les commandemens de cette meme religion ? Puisque par elle la haine est défendue et la charité ordonnée. Leur vénération particulière est surtout pour leurs saints patrons, St. Maurice 9 St. Théo du le , et St. Catherine y et pour les patrons et patrones des paroisses; il a une grande dévotion pour la bienheureuse Vierge Marie , patrone de la cathédrale et de tout le pays, il a aussi beaucoup de respect pour les tombeaux de ses parens et de ses ancêtres, pour le soulagement des âmes desquels il a fait des fondations sans nombre d’anniversaires.

Le Valaisan est de même très-attaché h ses usages , à ses coutumes, et aux préjugés souvent aussr nuisibles que ridicules. Il est fort jaloux de sa routine rurale , dut-elle être cent fois plus préjudiciable qu’avantageuse , il n’y veut point souffrir de changement. Il néglige entièrement la culture des arbres fruitiers, qu’il laisse des siècles entiers

sans les toucher; il n’apporte point l’amélioration dans ses champs dont ils seraient bien susceptibles; mais l’exemple des forains le rendra industrieux, et plus actif.

L’habitant du Valais, quoique peu civilisé, ne laisse pas d’être hospitalier; il n’est point viridicatif pour les injures qu’il reçoit. Il est colérique, mais il dépose sa colère dans un verre de vin que lui offre celui qui l’a offensé.

Les Valaisans en général, ont peu de goût pour les sciences et les arts; ils n’ont point la dextérité, le génie, ni l’industrie des nations voisines. Cependant le Valais a eu de tout tems, des hommes aussi distingués par leurs.

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ialens que par leur mérite, et dont le souvenir est encore aujourd’hui glorieux pour la patrie qui les a vu naitèe dans son sein : ce sont un Cardinal Mathieu: v S chiner t un Chevalier Supersaxe , les Généraux de Courten , un )Weguer, un Biner , les de Rivaz , et tant d’autres, dont la liste deviendrait trop longue. Nonobstant cela, leValaisan atteint rarement à la perfection dans les arts , comme dans la peinture, la sculpture, quoiqu’il y ait beaucoup de peintres en Valais, ils réussissent 'peu souvent dans le coloris et le dessin des portraits. Ils ont quelquefois plus de succès dans les paysages. M.r Koller , peintre toujours joyeux , toujours plein d’idées heureuses et d’une société charmante, était habile peintre, et s’il avait toujours su aussi bien réussir dans le choix des couleurs que dans l’expression des traits , il aurait eu sa place au rang des bons peintres. Par contre son élève, mon ami, car j'aime particulièrement les gens à génie, M.r Charles Bon/an/in, et M.r Hecht cherchent à enrichir la peinture par les coups hardis de leurs pinceaux qui , avec beaucoup d’intelligence et de finesse , distribuent agréablement les ombres et les jours. Dans les ouvrages des autres peintres du pays, on n’aperçoit que du rude et du mesquin, qui ne manque jamais de déplaire. Tous ces défauts dans les arts peuvent être attribués au caractère particulier de leur génie; leur insouciance de s’adonner aujc sciences, et leur peu d’ambition d’y exceller, prouvent en ce point, combien le Valaisan est inférieur aux autres nations voisines plus raffinées et cent fois plus éclairées que la nôtre.

Les Valaisans ne sont point adonnés aux plaisirs, si l’oh excepte ceux des villes, quelquefois cependant ils se livrent à la boisson, au jeu; ils cherchent de l'amusement

du Valais.

dans la chasse et dans la pêche ; ils n’aiment point le Faste, ni la dépense; ils sont fort cérémonieux et d’une ofBciosilé souvent importune, tirant toujours leur chapeau. Le paysan fait sa révérence en jetant une jambe en arrière, courbant le corps en avant et baissant son chapeau presque jusqu’à terre. L’artisan étranger est excessivement adonné au vin, qui y est délicieux, surtout aux'environ» de Sion , aussi en général est-il pauvre.

La différence du langage dont on se sert en Valais, fait qu’ils ne s’entr’aiment pas beaucoup. Les haut Valaisans se défient et haïssent les bas Valaisans pour plusieurs motifs : parce que ces derniers ne parlent pas la même langue qu’eux, parce qu’encore ils ont des relations avec les nations étrangères. Les bas Valaisans à leur tour, n’aiment point les haut Valaisans, parce qu’ils leurs envoyaient des Gouverneurs choisis parmi eux , et qu’un ressentiment de cette domination souvent pesante , et toujours déplaisante est resté dans le coïur des occidentaux.

Le Valaisan dont la colère est assez portée à donner des soufflets à celui qui l’injurie , ne s’est jamais rendu coupable de meurtre, ni d’assassinat; les cqups de stilet ou de sabre, et les empoisonnemens y étaient rares et presqu’inconnus Mais que ne puis-je m’arrêter à ce tableau et finir ici ma description ! Malheureusement il faut être véridique, et dire conséquemment ce qu’il en est, le voici donc malgré moi.

Les Valaisans de pure insouciance et de pure indolence ne se mettaient point en devoir d’apprendre quelque métier à leurs enfans, tant ils s’intéressaient peu à leur sort. La paresse est Jplle dans le Valais qu’elle crée tous

les jours de nouveaux mendians, parmi lesquels quelquefois il s’en trouve qui volent dans la maison de ceux qui ont la charité de les retirer. C’était sous ce rapport là que le Gouvernement Valaisan semblait être essentiellement défectueux; quoiqu’il porta quelques lois sages pour prévenir ee défaut, il ne savait point les faire observer. A quoi alors les lois même les meilleures?

La jeunesse valaisane devient fourbe , méchante , débauchée, menteuse et libertine dans les villes. Les Valaisans autrefois si célèbres par leurs guerres avec les Romains et les autres puissances voisines, si sages dans leur politique , leur amour pour la simplicité des mœurs, si louables pour leurs vertus , leur religion , commencent à diminuer de leur gloire. Leur piété avait partout bâti de belles églises, bien ornées et richement décorées, que les deux dernières guerres des années 1798 et 1799 ont presque détruites. Les orgues furent brisées, les autels renversés, les chaires abattues, les tombeaux des morts ouverts, les images des saints déchirées, les vêtemens et ©memens des églises emportés, les vases sacrés volés, et le saint des saints profané , sacrilègement arraché des tabernacles et jeté aux pieds des passans ; l’irrévérence fut poussée à bout, et le culte entièrement aboli. Dès lors, l’on a peu vu de belles églises dans le Valais, parce que le Valaisan ne peut plus les remettre à leur ancienne splendeur; oui, les Valaisans autrefois célèbres ont bien dégénéré depuis ces deux guerres.

Les Valaisans sont très-portés à la médisance, et sont extrêmement jaloux, non relativement aux femmes, mais à l’avancement, à la fortune de leurs compatriotes. Pour empêcher un sujet de parvenir à quelque rang, ils ont

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recours de suite aux moyens de flétr ir sa réputation , et de le rendre odieux au public. Le commerce n’a point de charme pour le Valaisan, ou plutôt le Valaisan n’a point d'intelligence pour le commerce. Tous les négocians du Valais sont ou savoyards, français, ou italiens, qui ne manquent pas d’y acquérir des richesses.

Maintenant que j’ai dépeint les Valaisans vicieux et vertueux, tels qu'ils sont, il faut bien aussi dire quelque chose des femmes. Elles sont pour la plupart brunes, noirâtres et basannées, à l’exception de celles de la plaine, parmi lesquelles il s’en trouve de très-jolies et de trèsaimables. On voit quelques femmes dans les montagnes, qui sont bien faites, auxquelles pour être charmantes et aimables , il ne manque que de l’éducation et des habillemens plus élégans. Elles ont un costume qui ne les embellit pas ; mais leur air vif, agaçant, avec un certain air d’indolence ne leur sied point mal. Le sexe du Valais est en général d’une petite taille, excepté dans les montagnes , où les femmes sont plus grandes et plus robustes. Mais ce qu’il y a de plus beau chez elles , c’est la blancheur de leurs dents et le vermeil de leurs lèvres. Quant à leur humeur, comme elles ne sont point naturellement vicieuses , elles ne savent point affecter la vertu , ni dissimuler les vices auxquels elles ne participent guères. La jeunesse féminine est passionnée pour la danse, et danse assez bien; il faut encore dire à la gloire de nos Valaisanes, qu’elles sont pour la plupart, sages, vertueuses et habiles. Les mariées se distinguent par leur fidélité à leurs époux , par leur activité , leur fécondité et leur soumission à l’autorité maritale. Elles sont généralement fortes et robustes , et conçoivent jusqu’à l’âge de cinquante

Descriftioi*

ans. Il est dommage pour ce sexe qui n’est pas indiffèrent, d’être si souvent défiguré par le goëtre. Je finirai ce chapitre par l’observation suivante, que le Valaisan est peutêtre le peuple du monde le plus singulier par son caractère, et par là le plus difficile à dépeindre. Ce peuple au premier abord est d’un regard farouche, ensuite devient affable et quelquefois même enjoué dans la conversation. 11 parait ignorant, stupide, et ses réponses sont néanmoins promptes et souvent mordantes; il est d’un tempérament froid, mélancolique, et cependant très-sensible; un rien l’offense , le courrouce , l’outrage , un rien lui plaît , le calme et l’apaise.

O malheureux pays , si favorablement dépeint par quelques auteurs, ne mérite -tu donc plus que des reproches? Non , tu as été vertueux, rappelle donc la vertu des siècles passés , et ne joins point à les glorieux trophées l’opprobre d’une honteuse dégénération.

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