‹ A.-P. de CandolleChapitre 31 sur 45 · DU CANTON DE MŒREL · texte numérisé non relu

DU CANTON DE MŒREL

Depuis le creux de Deisch , jusqu’à la grande rivière de la Massa, au midi, depuis les premiers prés nommés Hegmatten , jusqu’aux sommités, du couchant jusqu’au creux de Tounetsch , se trouve confiné le canton de Mœrel ; ce même district, outre les deux grandes paroisses , Mœrel et Grengiols , contient plusieurs autres villages, savoir : Belten , Bitsch * Riederberg , Goppischberg et Martisch-Berg , avec quelques autres petits hamèaux; les villages de Hegmatten et de Bister , appartiennent à la paroisse de Grengiols,.

Le

DU V A I* A I -Su 14

Le Canton de Mœrel avait autrefois sa propre juridio lion et ses propres Seigneurs; mais dans la suite il fut réuni au canton de Rarogne , et b a été jusqu’à l’époque de la réunion du Valais à l’Empire Français , où il est redevenu Canton séparé , y compris le village de Grcn giols .

Il y a donc deux lieux ou villages principaux et majeurs* qui composant le canton de Mœrel ; mais le chef-lieu proprement dit, est Mœrel ; Grengiols est situé sur la hauteur de la rive gauche du Rhône , à une lieue de distance de Mœrel , en passant un pont jeté sur le Rhône ; ce village n’est pas beau, cependant il y a quelques paysans riche* ; ce village a beaucoup perdu au tems de la guerre de 1799, où il fût presqu’enti élément brûlé par les soldats » Autrichiens ; aujourd’hui il est tout bâti à neuf; les biens y sont bons, et presque tous situés autour du village, et à l’entrée de la vallée de Binn, dans l’endroit nommé le pré à s'asseoir , ou Hockmattcn, situé sur une montagne, au pied d’une forêt ; cet endroit n'a d’autre vue que contre les ravins pierreux d’une montagne fort haute et toute nue , et sur le lit du Rhône, qui se trouve dans la profondeur, et dont les eaux se heurtent contre les pierres, produisent un bruit ennuyeux durant tout le trajet. La descente depuis ce village à Mœrel, n’est point agréable; elle est rapide , et souvent au travers des buissons qui rembrunissent le chemin; cependant il est sans danger; tandis qu’en descendant de Conchcs , sans passer le pont de Grengiols , le chemin est tellement étroit, qu’à peine peut-on passer dans plusieurs endroits, et surtout dans celui nommé aux Parois bleues ou Blavencggen , où souvent en tems de pluie ou de neige, on peut à peine poser

un pied avec sûreté; le Rhône y court si près, que le rocher parait être posé dessus; mais ce passage une fois franchi , on voyage avec assurance. ,

Cependant je dois encore avertir, qu’en prenant cette route depuis le promontoire de Deisch , à la droite du Rhône, et environ cent pas plus bas que le pont de Grengiols , il y a encore un passage fort étroit , où Ton ne passé point sans danger. Il y aurait cependant moyen d’élargir ces passages et de les rendre plus assurés, mais telle est l’insouciance des habitans de ces contrées, qu’ils aiment mieux risquer d’y périr , que d’y travailler. Pour * prouver par un fait, combien ce passage est dangereux en iems de pluie ou de neige, et plus encore en tems de „ glace, je dirai, non sans une vive émotion, à l’occasion de ce qui y est arrivé à feu mon cher père. . .

Cujus in œiernum cubent jam molliter ossa.

Ætcrnum felix , si t que beat us idem.

Que lorsqu’il était grand capitaine du Dixain de Conches, dans sa jeunesse encore, car il n’avait que quarante ans , venant de Sion, allant à cheval à Conches ; il vit que son cheval avait posé le pied dans la neige hors du chemin ; il n’eut que le tems de sortir le pied de l’étrier et de sauter du côté du mont , que le cheval se précipita du bord du rocher dans le Rhône, et y périt. Que ceux, qui passeront par là , profitent de ce triste exemple pour se préserver d’un pareil danger , car :

Fœlix qiiem faciunt aliéna pericula cautum .

Le chemin par Grengiols est beaucoup plus assuré , et plus frais en été, mais beaucoup plus long, et plus rapide

au Valais* ïfy

qVie celui dont nous venons de parler, qui à la vérité est plus doux, plus court , mais plus brûlant en été, et plus dangereux ; le long de ce chemin, on trouve une herbe assez rare, et qui ne croît que dans les lieux secs et ardens, c’est le Chcnopodium Ambrosioides , qui est d une odeur aromatique très-forte*

Grengiols a eu jadis ses Seigneurs particuliers * cepen-* dant on ignore, s’ils ont été les memes que ceux de Mœrel f ou s’ils étaient seulement païens. Le château des Sew gneursde Grengiols était sur la même place, où est actuellement l’église paroissiale de cet endroit qui a été bâtie des débris de ce château* Il est au reste probable ^ que* Jorsqüe Pierre de Savoye a battu les Barons de Mœrel , > les Barons de Grengiols ont aussi pris fin, vers lan 1260* comme on le verra ailleurs*

Le village de Mœrel est aujourd’hui chef-lieu du Canton de ce même nom; il est situé sur la rive droite du Rhône, presqu’au milieu du district, à deux lieues plus bas vyi Emen, et deux lieues plus haut que Brigue , dont nous parlerons d’abord. Au levant de Mœrel , un peu audessus, on passe le Rhône sur un mauvais pont de bois à deux arcs, pour se rendre à Grengiols ; au levant et au couchant de Mœrel ; il y a de beaux et bons prés , qu’on • fauche jusqu’à trois fois dans l’année , et qu’on parcourt en automne, et souvent encore au printems, et cela jus-* qu’au bord du Rhône ; ces prés sont parsemés de petites maisons, agréablement posées sur la verdure ; au-dessus de ce village est une montagne fort élevée , qu’on nomme la montagne Ü Antoine. C’est à Mœrel qu’on trouve les premières vignes* et beaucoup de noyers ; Conches n’en tk point , à raison de son élévation* et de sa froide tempéra-

a5o Description

iure<, tandis que Mœrel, se trouve renfermé, enfoncé et à l’abri des vents froids du nord. Quant aux vins de Mœrel , ils sont sans doute en petite quantité; mais quanfc à leur âpreté , dont parle Josias Simbler , je pense , qu’il - s’est trompé, en ce qu’il y a à peine des raisins pour pouvoir en faire du vin, et que celui que les aubergistes vendent à Mœrel, venoit tout d’Italie ,qui, les première» années est toujours acide.

Proche de Mœrel , au septentrion , sur un rocher fort élevé, il y avait jadis le château des Seigneurs Man gepan , Barons de Mœrel ; ces Messieurs exerçant la tyrannie sur le peuple, furent attaqués et vaincus par Pierre , Comte de Savoye , dans la guerre de 1262, où leur château fut détruit. Le nom de Marige-pane me parait tenir à quelque chose de particulier, et provenir de l’Italien Mange-panc , comme qui voudrait dire en latin , Mandu cat panent , il mange du pain; peut-être que le peuple, parce qu’ils exerçaient la tyrannie, leur a donné ce nom , pour dire, qu’ils lui enlevaient et qu’ils mangeaient son pain ; peut-être encore, que ces Seigneurs, par moquerie envers le peuple , se sont ainsi nommés eux-mêmes pour indiquer qu’ils avaient le moyen de manger du pain ; ces deux raisons me paraissent vraisemblables; au reste, leurs armoiries étaient la tête noire d’un taureau , avec deux épis de grains dans les narines de cette tête.

Je pense avec Simbler que ces Barons ont été vaincus et chassés par Pierre , Comte de Savoye dans le tems cpi Hcnricus de Rarogniay Erêque de S ion, faisait la guerre conlre ce même Comte, et que l’année de leur extinction a été celle de 1262, comme on le verra dans les Annale» du pays.

» u Valais.

Tl est de même vraisemblable que les Barons de Mœrel étaient de parenté avec l’illustre famille de Raronia , qui avait été leur héritière, et que pour cette raison, le Comte Pierre de Savoye , qui avait de grandes inimitiés contre cet Evêque , a aussi attaqué les Barons de Mœrel comme leurs païens, afin d en tirer une vengeance plus éclatante. Il y a aussi probabilité, que c’est depuis cette époque , que Mœrel a été réuni au Dixain d $ liarogne, dont il faisait anciennement partie.

Il y avait encore un autre château proche de Mœrel , qui appartenait aux Seigneurs de Dirrenberg , qui probablement a été détruit a la même époque; la montagne sur laquelle il était situç, en garde encore aujourd'hui !• noip, ou peut-être lui l’a donné.

Mœrel était aussi anciennement, comme encore à présent, la demeure de beaucoup d’anciennes familles du pays. Cet endroit n'a rien de particulier; ses maisons sont passablement bien bâties, et il est situé dans le lieu presque le plus resserré entre le midi et le septentrion par deux montagnes qui se touchent à leur base, et laissant à leur base, à peine un passage aux eaux du Rhône. Son commerce se fait en genisses qu’ils engraissent , et dont le revenu pouvait pour Conches et Mœrel se monter au moins à mille louis d’or annuellement ; le commerce du canton de Conches par contre consistait en fromages , qu’il allait échanger en Italie contre du vin et des ris. Mais allons plus loin, et descendons par ce chemin domine par un rocher perpendiculairement coupé , tout neuf, qui est de la hauteur de cent toises au moins ,etdont se détachent à tout moment d’immenses blocs qui remplissent le passage, comblent le lit du Rhône, et couvrent let

aSa Description

prés voisins; nous arrivons à un Ermitage dédié à Notre- Dame des sept douleurs , environ à une demi lieue de Mœrel ; ici est un passage épouvantable , il n’y a que le chemin intermédiaire entre le Rhône et le rocher presqu’à perte de vue de hauteur; ici le Rhône gêné dans son cours, se brise contre les angles des rochers, écume de fureur, et fait un bruit qui fatigue l’ouïe. Cette Chapelle où est cet Ermitage, est située sur la hauteur d’un rocher attigu aux autres , où le peuple accourt en dévotion; elle est bien décorée, elle a trois beaux autels et une chaire à prêcher; on l’a dit fort miraculeuse on appelle cet endroit aux hautes roches , ou aux hauts rochers . Depuis cette chapelle, la route change tout-à-coup de face, et devient bonne jusqu’au pont de la Massa ; c’est là que finit le canton de Mœrel \

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